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07/12/2007

MALAVITA – TONINO BENACQUISTA

bd80736d004f9eab1447a9963b6b6f75.jpg« Une famille apparemment comme les autres. Une chose est sure, s’ils emménagent dans votre quartier, Fuyez sans vous retourner. »

Je ne connaissais pas Tonino Benacquista avant de le rencontrer à la Fête du Livre du Figaro et que Stéphanie me dise « Tonino Benacquista  est là ! Il est super sympa !! ». Nous voilà donc (Caro[line], Emeraude et moi) en train de discuter avec ce charmant monsieur qui  1) est effectivement fort sympathique 2) a écrit là un bien agréable roman.

Il est difficile de parler de l’histoire sans en dévoiler les principaux rouages.

La famille Blake s’installe à Cholong sur Avre, petite bourgade normande bien tranquille. Frederick, le père, se prétend écrivain. Maggie, la mère, se consacre à des activités caritatives ; Belle, la fille, est trop belle pour n’avoir pour écrin que ce petit village tandis que Warren, le fils, joue les caïds dans la cour du collège. Mais les apparences sont trompeuses et la famille Blake n’est pas ce qu’elle veut bien laisser croire…

En premier lieu, j’ai aimé l’humour de ce roman. Pas un humour lourd ni premier degré, non, un humour toujours subtil, qui surgit au moment où on l’attend le moins, au détour d’une phrase ou d’une situation.

Tonino Benacquista travaille ses phrases avec application, embarque son lecteur dans une description bien lisse et bien écrite puis, d’un coup, balance un revers fulgurant, une petite phrase, un mot, une allusion, qui m’ont souvent fait éclater de rire. Aussi léger et délectable qu’imprévisible et cocasse.

La trame du roman est aussi finement tissée. Une suite de situations, d’anecdotes, d’événements innocents, émouvants ou drolatiques vont embarquer le lecteur dans une série de péripéties déroutantes qui vont l’empêcher de lâcher le livre avant d’en connaître l’épilogue. Epilogue certes un peu rocambolesque mais qui réussit l’exploit d’être à la fois amusant et émouvant.

Ensuite, les personnages. Sous des aspects caricaturaux se cachent des petits trésors de réflexions et de sentiments.

Ancien mafieux repenti, Fred déambule dans une nouvelle existence préfabriquée, illusoire, empli de nostalgie et parfois de regrets. Il cherche à trouver un sens à sa nouvelle vie. C’est la découverte d’une vieille machine à écrire qui va servir de déclencheur et mettre le feu aux poudres.

Maggie tente d’oublier son ancienne vie, faite d’opulence et d’honneurs. Elle découvre dans le bénévolat un moyen de s’octroyer elle même l’absolution qu’elle pense mériter.

Belle et Warren, leurs enfants, rêvent d’un destin qui, tragique ou aventureux, répondra à leurs aspirations et leurs rêves d’absolu.

Tom Quintilliani, l’agent du FBI chargé de leur protection, ses acolytes, tout un village bouffi de fierté de voir s’installer un écrivain américain, puis toute une escouade de gangsters aussi dangereux que vaniteux forment un tableau délicieux, amusant, terriblement attachant.

Un tableau plein d’humanité : une jolie réflexion sur l’orgueil, la rédemption, la nostalgie, ou encore le sens de l’honneur et de la famille se cache derrière l’histoire souvent jubilatoire et toujours pleine de justesse et de sensibilité.

Au final un roman bien sympathique !

L’avis enthousiaste de Cuné ici, et celui d’Allie qui n’a pas accroché. Je n'en ai pas trouvé d'autres mais j'en ai peut-être laissé passer...

10:25 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook

03/12/2007

PRENEZ SOIN DU CHIEN – JM ERRE

440d49bac38d876a636096db3c741a01.jpg« Rue de la DOulce Belette , Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Fluche, peintre sur coquilles d’œufs, habitent en vis-à-vis. Chacun suspecte l’autre de l’épier. La méfiance règne… Quand un cadavre est découvert, c’est une véritable psychose qui s’installe. Seraient-ils allés trop loin ? »

Humoir noir, humour second voire quatrième degré, humour décalé, désopilant, jubilatoire, hilarant… il y a sans doute plein de choses excellentes dans ce roman. Les deux premières pages, celles qui concernent le récit de la découverte du crime, m’ont secouée de rire.

C’est en général ce que j’aime, l’absurde, le loufoque, le n’importe-quoi mais qui moi m’interpelle et fait mourir de rire.

Mais je crois qu’il a des moments pour lire un livre, et d’autres qui ne lui conviennent pas.

Page 88, bien que je m’amuse à lire ces aventures pour le moins drôlissimes et souvent burlesques, je laisse tomber. Je n’arrive pas à m’intéresser aux personnages ni à l’intrigue.

Je ne suis pas d’humeur, sans doute.

Et puis, pour voir si ça me faisait revenir, j’ai ouvert un autre livre, au hasard. Qui est bien plus triste, sombre, plombant. Mais qui me retient. Qui me dévore.

Je reviendrais vers ce chien dont il faut prendre soin. Certainement. Quand j’aurai envie de rire à gorge déployée ou de rien d’autre qu’un moment de rire juste pour rien.

Et puis, comme ça, je ferais peut-être un deuxième billet sur ce même livre, plus complet…

D’ici là, Anne, Cathulu, Clarabel, Caroline, Chiffonette, Emeraude, Fashion, Flo, et Papillon ont pris la peine de le terminer et d’en faire de fort bonnes critiques.

10:51 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

16/11/2007

CEUX QUI VONT MOURIR TE SALUENT – FRED VARGAS

7a6ea90ac93015a4d307fdbffe55af16.jpg« Claude, Tibère, Néron, les trois étudiants, les trois « empereurs » promènent leur nonchalance inquiète dans les rues de Rome.

Des dessins de Michel Ange ont été volés à la Bibliothèque Vaticane  !

Henri Valhubert, le grand expert parisien, et père de Claude,  est assassiné un soir de fête devant le palais Farnèse.

Que venait-il faire à Rome et comment a-t-il pu boire de la cigüe ? »

Voilà un polar bien ficelé, qui réunit des personnages baroques. Un expert en vieux manuscrits qui va se faire assassiner avec un poison hors d’âge, une épouse admirablement belle qui fascine et hypnotise tous ceux qui l’approchent, trois jeunes étudiants décadents et cyniques qui se complaisent dans une parodie des Empereurs Romains, un évêque obligeant et protecteur des 3 étudiants, une fille secrète, un inspecteur italien bêtement obéissant et un flic/privé/détective pétri de nostalgie, associal et introverti qui va enquêter pour le compte d’un ministre français (le frère de la victime) soucieux d’étouffer l’affaire.

C’est bien fait.

Rien à dire sur le déroulé de l’enquête, qui démarre sur un meurtre à la cigüe et va lentement évoluer vers un autre assassinat plus violent.

Rien à dire sur le style épuré, les dialogues caustiques, sur le dénouement inattendu qui m’a surprise.

Mais c’est tout.

Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, qu’ils fassent partie des gentils ou des méchants.  J’ai lu ce livre avec curiosité, pour connaître l’identité de l’assassin, mais sans le moindre battement de cœur qui fait tourner les pages d’un thriller, qui captive et empêche de s’arrêter, qui kidnappe le lecteur et le fait trembler pour la peau d’un personnage.

Peut-être étais-je encore sous la coupe de Terre des Oublis ? Peut-être étais-je ailleurs ? En tout cas pas à Rome, que ce soit la Rome d'aujourd'hui ou la Rome antique.

Je lirais d’autres Fred Vargas, parce que j’avais aimé « Pars vite et reviens tard ». Mais celui-ci m’a laissé un goût d’inachevé.

L’avis de Clarabel, plus enthousiaste, que j’ai trouvé sur le site amazon, mais pas sur son blog. Je mets donc le lien sur Amazon. Clarabel, si tu me lis et si tu as un lien sur ton blog, dis le moi !! Si d’autres ont mis des critiques en ligne, dites le moi dans les commentaires..

12/11/2007

COUSINE K - YASMINA KHADRA

c95dca3407c8bcfd03d548228e32e252.jpg« Hanté par la mort de son père, oublié par sa mère, blessé par l’absence de son frère adoré, un jeune Algérien de l’après guerre se laisse peu à peu envahir par ses sentiments pour sa belle cousine. Très vite cet amour devient obsession et névrose…. Entre les deux adolescents une relation de victime à bourreau s‘installe…. Dans le silence du douar étouffant et torride, une tragédie se prépare. »

Ce jeune homme entame lorsqu’il découvre son père assassiné un lent voyage dans la folie qui le mènera au meurtre. Dépossédé de toute identité (il na pas de nom, sa mère ne s’occupe pas de lui, son frère reçoit tous les honneurs, sa cousine le méprise), le jeune homme s’enferme dans sa folie, s’enlise dans son ressentiment et ses pensées tortueuses. Sa cousine K est belle, sa famille l’aime, l’écoute. Elle est tout ce que lui n’est pas ou plus, et la fascination qu’elle exerce sur son cousin se mue peu à peu en obsession, obsession dont il ne pourra se délivrer que par la mort, se précipitant lui-même dans la folie.

J’aime beaucoup Yasmina Khadra qui est un de mes auteurs préférés. Il écrit magnifiquement bien et ses phrases sont toujours d’une beauté fascinante : « La montagne, au loin, a l’altesse écorchée. La rivière qu’elle secrète ne rejoindra jamais la mer. C’est un pays aride, renfrogné et hostile, conçu uniquement pour subir. Les villageois ne l’aiment pas. Ils le maudissent jour et nuit. A Douar Yatim, tout malheur se silhouettant à l’horizon n’est que le précurseur de sa smala. Ni la suer ni le sang n’ont réussi à assagir un sol ingrat. Qu’il neige ou qu’il grêle,, la pierraille triomphe au fil des ans tandis que dans le regard recru des fellahs le fiel se nourrit du dépit. ».

Ceci dit j’ai trouvé ce roman trop court. J’aurais sans doute aimé que le processus de folie soit plus long, plus lent, que Yasmina Khadra distille plus lentement le poison, que la vénénosité de ses phrases se répande mot à mot dans la tête de son lecteur, jusqu’à l’écoeurement final.  Il n’en reste pas moins que, comme dans la plupart de ses romans, son écriture est fluide, magnifique, et comme toujours poignante.

Merci à Stéphanie de me l’avoir prêté ! Les avis de Bellesahi et Emeraude.

« Si le jour et la nuit avaient choisi d’être l’éclipse qui vient de voiler mon regard, si la foudre s’était inspirée de mon geste sublime pour m’anéantir, si ma mère avait choisi cet instant précis pour rentrer,je crois que j’aurai tout pardonné ».

« La colère m’inonde. Je la rejoins, je la saisis par les cheveux, la renverse, la piétine. Elle crie, supplie, se débat, embrasse mes mains, mes pieds, se couvre de ridicule… L’ingrate ! Je m’acharne sur elle en riant. Mon rire m’effraie. Je ne me souviens pas d’avoir lu une seule foi dans ma vie. »

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09/11/2007

UNE PIECE MONTEE - BLANDINE LE CALLET

9b2febf7b9c865bc76bc13b1cd62c60a.jpgLa pièce montée arrive, sur un plateau immense porté par deux serveurs. Vincent voit osciller au rythme de leur marche cette tour de Babel en choux à la crème, surmontée du traditionnel couple de mariés. Il se dit : C’est moi ce petit bonhomme tout en haut. C’est moi. Il se demande qui a pu inventer un gâteau aussi ridicule. Cette pyramide grotesque ponctuée de petits grains de sucre argentés, et de feuilles de pains azyme vert pistache et de rose en pâte d’amande, cette monstruosité pâtissière sur son socle de nougatine. Et ce couple de mariés perché au sommet, qu’est ce qu’il symbolise au juste ?

Bérengère et Vincent se marient aujourd’hui. Mariage bourgeois, capelines et grosses voitures, tout a été âprement préparé, minutieusement calculé, calé, anticipé et mis en scène, et nous sommes conviés à ce mariage, non pas comme invités, mais plutôt comme des petites souris, qui vont, par le petit trou de la serrure, à travers les yeux et les pensées de 9 personnes présentes, observer avec délectation l’hypocrisie, la frustration, la rancœur qui se cachent derrière le sourires de bon aloi et les l'affectation des bonnes manières.

Blandine Le Callet offre ici un joli portrait au vitriol d’une bourgeoisie engoncée qui affiche son savoir-vivre comme un label de qualité mais qui dissimule derrière des sourires factices et des formules éculées des comportements et pensées tous aussi noirs que méprisants, ridicules que détestables.

Le récit commence avec Pauline qui, du haut de ses huit ans, observe ses parents jouer la comédie du couple solide qui dure, voit bien que l’on s’efforce de cacher  la petite trisomique de la famille pour qu’elle ne gâche pas les photos (la mariée étant la première à ne pas vouloir de cette tâche dans le beau tableau de son mariage). Le prêtre aussi commente le mariage de ce couple qu’il ne connaît que très peu, et qui ne semble rechercher dans la célébration religieuse que le cérémonial hypocrite qui sera raconté avec émotion plus tard dans les dîners en ville sans la moindre réelle conviction religieuse. Alors, las de servir une messe dont personne ne se soucie, il finit par bâcler le homélie et se trompe de prénom, lapsus involontaire mais criant de vérité.

Et Blandine Le Callet de nous servir ainsi, à travers les pensées des autres convives, un joli petit assortiment d’amuse-bouches acides, de petits fours piquants de vérité, de bouchées fourrées à l’amertume et au fiel, dans une succession de plateaux joliment colorés.

La fin du récit, celui de Bérengère, la mariée, est, de façon très surprenante, empli de douceur et de tendresse, comme si l’auteur avait voulu atténuer l’acidité de cette pièce montée en ajoutant une touche plus sucrée, mielleuse.

A-t-elle voulu terminer son roman par une note optimiste ? C’est très bizarre et  cette soudaine avalanche de sucrerie m’a semblé tomber «comme un cheveu dans la soupe », je crois que j’aurai préféré une fin encore plus amère ou acide.

Les avis de Cathulu, Bellesahi, Caro[line], Tamara.

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06/11/2007

QUI SE SOUVIENT DE DAVID FOENKINOS – DAVID FOENKINOS

b21b77cd26ac7c4947870bdf13c19463.jpg« Je ne sais pas si certains d'entre vous se souviennent de moi. Il y a quelques années, j'ai publié 'Le Potentiel érotique de ma femme'. Ce roman, traduit dans de nombreuses langues, avait obtenu un réel succès. J'étais alors dans la promesse. Pourquoi les choses ont-elles si mal tourné ? Depuis ce succès qui s'efface des mémoires, j'ai publié quatre autres romans et tous sont passés inaperçus. J'ai tenté d'analyser les raisons de mes échecs, mais il est impossible de comprendre pourquoi l'on devient invisible. Serais-je devenu médiocre ? Suis-je trop allé chez le coiffeur ? Pourtant, je dois absolument m'accrocher : bientôt, une fabuleuse idée de roman va surgir en moi. Bientôt, je serai à nouveau propulsé parmi les auteurs vivants. Enfin, on va se souvenir de moi. »

Caro[line] m’a donné envie de lire David Foenkinos, dans ses nombreux billets dédiés à cet auteur dont, personnellement, je ne me souvenais pas du tout avant qu’elle ne m’en parle et n'évoque "Le potentiel érotique de ma femme" dont j'avais effectivement entendu parler !

Je me suis plongée dans le livre, pressée de connaître davantage cet auteur. Le thème de l’écrivain en panne d’inspiration n’est pas nouveau, et il parait facile de s’en inspirer.

Et puis vlan, dès la deuxième page, DF affirme que son imagination est « ménauposée », je souris, j’aime cette image, ce tarissement suggéré de l’imagination fertile propre à tout écrivain en forme. Puis Df parle de sa femme,  « alliée féminine entre la muse et la bonne », et son humour me fait de plus en plus sourire.

Je lis, je souris, je tressaute parfois, je tourne les pages et je me régale. La plume de DF est drôle, légère, caustique. DF nous parle d’un auteur en panne d’inspiration avec un humour décalé souvent délicieux (« et mon idée s’était sentie décontenancée par l’ambiance de ma vie, je n’avais pas su la rassurer ; et je priais maintenant pour qu’elle n’aille pas se réfugier ailleurs, dans un pays riche, chez Marc Levy ou Dan Brown »).

DF tourne en dérision cet auteur vidé de toute substance créative, qui se complait dans le néant d’une dépression fort propice à justifier son manque d’inspiration. C’est drôle et juste en même temps. Le roman écrit à la première personne évite l’écueil d’un humour qui pourrait paraître trop persifleur ou cynique vis-à-vis des écrivains, mais donne un ton plein d’autodérision, voire de tendresse pour le personnage.

Le roman évoque aussi l’épuisement de l’amour dans un couple, l’installation des silences qui prennent de plus en plus de place dans les conversations, ne reflètent plus la communion de pensée mais leur éloignement. Le tout est raconté avec une plume légère mais pleine d’acuité dans les portraits de ces personnages.

Au final, un roman plein de justesse, assez sensible, mais qui apporte un humour décalé très souvent jubilatoire, sur ce portrait d’un écrivain plutôt minable dans son attitude, mais finalement attendrissant.

Merci Caro[line] ! son avis ici (si d’autres l’ont lu et ont fait un billet dessus, ne pas hésiter à me le dire !)

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