Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/12/2009

THIS IS NOT A LOVE SONG – JEAN-PHILIPPE BLONDEL

Partir pour ne pas revenir, c'est ce qu'a fait Vincent en quittant sa province française pour vivre avec Suzan, en Angleterre.blondel.jpg

 

Partir pour ne pas mourir, aussi, parce que Vincent « tournait mal » selon ses parents, entre petits boulots, galères, chômage... Vincent qui à 27 ans n'avait rien fait de sa vie, rien bâti, rien construit, commencé pas mal de choses mais jamais rien fini. Vincent qui errait dans sa vie avec son ami Etienne, lui aussi en galère, en vadrouille...

 

Vincent est parti, il a suivi Suzan et commencé enfin quelque chose là-bas. Commencé et réussi : mariage, enfants, carrière...

 

Partir pour réussir, donc...

Lire la suite

06:10 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : culpabilité, lâcheté, faiblesse, province, réussite, sdf | |  Facebook

11/12/2009

L’ARABE – ANTOINE AUDOUARD

Antoine Audouard dresse la chronique de la haine ordinaire, celle qui naît dans les préjugés, grossit lentement et en silence dans audouard.jpgl’esprit d’hommes ordinaires, effleure parfois à coup de petites piques et de réflexions amères jusqu’à enfler inexorablement et finir par exploser un triste jour. Un événement, un accident, une goutte d’eau qui va faire se renverser le vase de la colère et de la bêtise.

 

L’accident, c’est le viol et l’assassinat de Noémie, dans ce petit village du Sud où les habitants ont vu s’installer l’Arabe. Il est pourtant discret, cet Arabe. Logé dans une cave (c’est provisoire, hein, juste provisoire, faudra qu’il s’en aille !), employé dans une carrière, l’Arabe ne fait rien de mal sur cette Petite place des Hommes, beau nom pour une belle place, pourrait-on dire… Mais sur la Petite place des Hommes vit aussi Mamine, la grosse obèse qui ne peut plus bouger sa graisse autrement qu’en voiturette électrique. Mamine la mère de Noémie qui voit d’un sale œil cet Arabe envahir son paysage. Même s’il ne fait apparemment rien de mal, s’il se tient à carreau, elle le surveille, dès fois que… parce qu’on ne sait jamais, hein, avec ces gens là… Et dès lors que Noémie est tuée, dès lors que son meurtrier avoue, Mamine ne tient plus en place, même si c’est Robert l’ivrogne, l’ex-mari de Noémie, qui a fait le coup. Alors elle va voir les flics et dénonce. Robert a avoué mais l’Autre est forcément dans le coup. Forcément.

 

Chronique de la haine ordinaire, donc, esquissée sans fioriture aucune, avec des mots abrupts, des phrases sèches, des situations hachées, mais qui dessine sans concession la bêtise humaine, les haines viscérales nées de préjugés et nourries à l’ignorance, soigneusement entretenues et irriguées au fil des ans, chronique d’hommes et de femmes éructant de bêtise, engoncés dans une méchanceté crasse distribuée à tous et toutes («  Pour rire, Mamine dit aux garçons qu’ils allaient le suivre, ça lui ferait une promenade, elle en avait besoin. Ce qu’on appelait la route des Pierres était l’ancienne route des carrières. Elle menait aussi au camping municipal et à l’institut des débiles, qui avait une grande piscine ouverte, la seule du village, ce qui en disait long sur un village où on dépensait plus de sous pour des débiles irrécupérables, venus des quatre coins du pays, et peut-être même de l’étranger, que pour des gens nés au village dont les parents et les grands parents étaient enterrés au cimetière, et le maire avait beau dire que ce n’était pas de sa faute, le petit pédé, il n’avait qu’à pas être maire si es choses n’étaient pas de sa faute ».), l’Arabe esquisse un portrait noir et âcre d’une part d’humanité peu reluisante, solidement ancrée dans les mentalités, rampante et qui ne demande qu’à exploser au grand jour.

 

 

L’Arabe, Antoine Audouard

Editions de l’Olivier, 260 pages, septembre 2009

 

 

Les avis de :

 

In cold blog : “Sans ostentation, avec une certaine pudeur, Antoine Audouard livre un puissant réquisitoire contre la bêtise. Son récit, implacable, d’un réalisme cru, laisse peu de place à l’espoir et agit sur le lecteur comme un uppercut, le laissant le souffle coupé, nauséeux ».

 

Cuné : je n'ai jamais rien lu d'autre de cet auteur, mais "L'Arabe" est un Grand Roman. »

 

Valérie : « C'est un roman très pessimiste sur la peur de l'autre, mais aussi sur l'ennui qui pousse les jeunes à commettre des actes monstrueux.  Pas de place pour  l'amour ici, peu de place pour l'espoir même s'il se termine sur la venue au monde d'un enfant mais qui peut encore croire après avoir lu ce livre qu'enfance siginifie innocence? » 

A propos des livres :  « J'ai été révoltée par la bêtise et la méchanceté de ceux du village mais j'ai également été touchée par l'humanité de Juste, Bernard, Estevan et l'Indienne et par la gentillesse presque naïve de l'Arabe. »

 

La chronique d’ Hubert Artus sur Rue89 avec une video de l’auteur.

06:06 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : racisme, préjugés, ignorance crasse | |  Facebook

27/11/2009

LA DELICATESSE – DAVID FOENKINOS

Un dimanche comme les autres, alors que Nathalie lit tranquillement un roman russe, son mari François part courir. Comme tous foenkinos.jpgles dimanches. Un dimanche comme les autres, donc, mais qui se terminera comme un dimanche fatal, celui où la vie s'arrête et prend un chemin différent : François meurt, écrasé par une voiture. Nathalie passe du statut de jeune mariée à celui de veuve d'un coup, comme ça, là, maintenant. Quelques années plus tard, Nathalie embrasse un collègue. Une impulsion imprévue, un geste irréfléchi, un baiser qui va changer sa vie, celle de Markus, l'embrassé, celle de Charles, son patron, amoureux de Nathalie.

 

 

Il est délicat, ce roman de David Foenkinos. Il est délicat et touchant par moments. Délicat parce que David Foenkinos effleure joliment, avec délicatesse, justement, ces petits moments, ces petits riens qui viennent imperceptiblement agir sur le cours des vies : un baiser, une chanson, une caresse, un plat du jour ou un tableau qui sans faire de bruit impriment leurs marques et colorent les destins. Délicat parce que les personnages sont juste touchants, juste justes : valse des hésitations, valse des sentiments, que ce soient ceux de Nathalie qui se surprend à réapprendre à aimer, Markus qui apprend justement à aimer ou Charles qui aime, désaime et réaime.

 

Le tout est très Foenkinien, bien sûr, entendons par là un style qui manie judicieusement humour et délicatesse. Foenkinien aussi parce que trop de formule tue la formule, et que certaines facilités auraient pu être évitées, certaines notes de bas de page m'ont paru totalement inutiles voire carrément gonflantes. Certaines Foenkineries un peu trop faciles, un peu trop ‘too much ». Il y a du bon et du moins bon, je me serais volontiers passée de plusieurs énumérations, de plusieurs considérations superflues annotées en bas de page (« 1. C'est étrange de s'appeler Alice et de se retrouver dans ce type de soirée pour rencontrer un homme. En général les Alice rencontrent facilement les hommes. 2. C'est étrange de s'appeler Alice et de travailler dans une pharmacie. En général les Alice travaillent dans les librairies ou des agences de voyage. 3. A ce stade, on peut s'interroger : s'appelait-elle vraiment Alice ? » : ah… heu… bon... OK, mais l’histoire, ça lui apporte quoi, ça ? Pas grand-chose, non ?).

 

Alors ? Au final ? Pas mal : de jolis moments, des personnages et des sentiments qui l'air de rien sont finement dessinés, et une histoire somme toute banale racontée avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Malgré les envolées foenkiniennes qui m'ont paru superflues et pas toujours amusantes. Pas le roman du siècle pour moi, pas meilleur que « Qui se souvient de David Foenkinos », mieux que « Le potentiel érotique de ma femme ». Entre les deux quoi !

 

 

 

 

La délicatesse, David Foenkinos

Gallimard 200 pages, Septembre 2009

 

 

Avis entousiastes (Caro[line], bien sûr que je remercie pour le prêt, ou Fashion, ou plus réservés comme Cuné à piocher chez Bob, ou chez Bartllebooth).

06/11/2009

LA LUMIERE ET L’OUBLI – SERGE MESTRE

C’est à travers les vies de Esther et Julia que nous plongeons dans une page sombre de l’histoire de l’Espagne, période  dont les mestre.jpgravages ont marqué aussi bien physiquement que psychiquement les personnages principaux de « La lumière et l’oubli ». En août 1953, Esther et Julia parviennent à s’échapper d’un convoi ferroviaire et aux religieuses qui les escortent pour un autre couvent. Quelques années plus tard, Julia est journaliste à Paris, et va replonger dans son passé, découvrant au fil des jours et des souvenirs qui resurgissent des pans entiers de son histoire.

 

Alternant les récits et les époques, Serge Mestre propose une fresque historique foisonnante : exactions, sévices, résistants, tortures et mise en place d’une Nouvelle Inquisition par le Clergé Franquiste. C’est souvent édifiant (« Sans prêter attention à son disciple occasionnel qu’il considère devoir se tenir à la disposition de l’Eglise, un point c’est tout, le curé reprend : Je parlais d’une Inquisition différente ; je disais différente ; je pensais aussi im-pi-toy-able, in-flexible ; à la fois savante, prudente ; une Inquisition capable de faire obstacle à l’empoisonnement littéraire des masses, à la diffusion des idées antipatriotiques, à la ruine définitive de l’esprit de notre Hispanité. »), c’est parfois difficile et certaines scènes sont difficiles.

Lire la suite

15:36 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

30/10/2009

LA PETITE ÉCUYÈRE A CAFTÉ (LE POULPE) – JEAN BERNARD POUY

Gabriel, c'est le Poulpe. Mais il peut s'appeler Jérôme Le Prieur, ou Henri Wajman, selon les papiers qu'il utilise. Qui est-il ? On poulpe.jpgn'en sait pas plus, si ce n'est que l'individu travaille seul, qu'il maîtrise le maniement des armes, peut disposer d'un stock infini de faux papiers. Il flaire le mensonge, la saleté, la pourriture du monde et part alors semer son petit grain de sel dans des rouages apparemment bien huilés par des salauds qu'il déteste. Trois petits tours et puis s'en va.

 

Ici, tout commence par le suicide de deux gamins, 17 et 19 ans, la fille bien née, très bien née même, et le gamin, fils de prolos amoureux d'une princesse de la bourgeoisie locale. Suicide aux petits oignons : impossible de se rater quand on se menotte aux rails et qu'on avale la clef en attendant le Rouen-Dieppe de 22h04. Attablé dans un bistrot du 11ème, Gabriel lit la nouvelle dans le journal. Ça sent le souffre, se dit-il. Alors en bon curieux qu’il est, en bon renifleur d’affaires pas claires, il prend l'express Paris-Dieppe. Curieux, le bonhomme, curieux et pas con. Tu parles d'un suicide ! Un suicide à l'insu de leur plein gré, plutôt...

 

Miam. Je ne connaissais pas le Poulpe, et bien m'en a pris d'apaiser ma curiosité avec ce court roman de Jean-Bernard Pouy qui inaugure la série Le Poulpe, série qui poursuit son chemin depuis 1995, avec des épisodes qui seront signés par plusieurs autres auteurs, connus ou moins connus. Commencer par le premier me semblait la seule chose à faire.

 

L'écriture est nerveuse, l'action coule rapidement, sans circonvolutions ni blablas inutiles. Un polar nerveux, sec, avec aussi beaucoup d'humour noir et distancié, une intrigue rondement menée, toute en saletés bien véreuses soigneusement dissimulées sous un vernis glacé et glaçant de la haute bourgeoisie provinciale. On y croisera des punks gentiment révoltés, faut bien s'affirmer quand on grandit dans un bled pourrave (pardon, les dieppois, hein !), des journaleux locaux bien contents d'avoir enfin un truc intéressant à raconter, des flics tout acquis à la mafia bourgeoise et donc un peu oublieux de se poser les bonnes questions.

 

Et puis il y a Le Poulpe, ses bras longs comme ceux d'un singe, sa carcasse qu'il semble traîner derrière lui comme une charge, son opiniâtreté, sa façon d'enquêter, de fouiner, de soulever la poussière. Ce n'est pas un flic, pas un privé, pas un militaire, pas un malfrat (un ancien ? On ne sait pas, peut-être après tout), il n'a pas l'air commode mais on l'aime tout de suite, le bougre.

 

Que dire de plus ? C'est comme un café serré, ça se boit d'une gorgée et ça revigore.

Garçon ! La même chose !

 

 

 

La petite écuyère a cafté, Jean-Bernard Pouy

Editions Baleine, avril 2009, 159 pages

 

 

Polar noir en parle. 

Phil a moins accroché.

29/10/2009

BREVES ENFANCES – SYLVIE BOURGEOIS

Voilà trente-quatre nouvelles qui nous sont racontées par des enfants. Des enfants grandis trop tôt, des enfants abîmés, sbourgeois.gifétonnés, qui observent les adultes et ce monde si bizarre où maman est en prison, papa embrasse la voisine ou la boulangère est morte d’avoir voulu tuer son bébé dans son ventre.

 

Effet mitigé, pour l’ensemble du recueil : si les premières nouvelles recèlent de vrais moments d’innocence et reflètent ces moments fragiles où la candeur commence à céder face à la réalité (Mon papa est curé, Prison, Daniel), l’ensemble est touchant, certes, par moment, mais m’a paru un peu redondant et répétitif. Est-ce dû au fait que certains personnages reviennent dans plusieurs nouvelles, mais avec finalement très peu d’évolution ? (Je pense notamment à « Sylvette » qui revient plusieurs fois, où une petite fille est déchirée depuis le divorce de ses parents : dans les trois histoires, nous avons à faire à une mère détestant la nouvelle femme de son père et essayant d’influencer sa fille).

 

Un recueil pas désagréable, mais qui ne m’aura pas suffisamment touchée.

 

Vous pourrez lire une des nouvelles (« Basquiat ») sur le blog de Sylvie Bourgeois.

 

 

 

Brèves enfances, Sylvie Bourgeois

Au diable vauvert, 236 pages, octobre 2009

challenge-du-1-litteraire-2009.jpg