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14/10/2009

L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS – ERIC FOTTORINO

L’homme qui m’aimait tout bas est un livre hommage, un livre mémoire, un livre confession, la confession d’un amour inaltérable fottorino.jpgd’un fils pour son père, amour inaltérable et pourtant disloqué le jour où le père d’Eric Fottorino s’est donné la mort.

 

Eric Fottorino s’efforce de retracer, en tirant un par un les fils des souvenirs, en évoquant des anecdotes, des bribes de moments partagés. Eric Fottorino écrit donc, écrit pour que cet homme qui l’a adopté, lui a redonné la vie, en même temps que son nom. Cet homme qui l’aimait silencieusement, sans mots et sans paroles, d’un amour qui se passait de preuves (« Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort – la force de l’évidence – que tu ne l’aurais pas crié sur les toit. Il fallait une indiscrétion de voisin, de cousin, pour que j’apprenne combien tu étais fier, heureux, de ce rejeton épais comme un arbalète qui disputait aux plus costauds des titres de champion à la gomme. Je me console ainsi : tu est parti tôt mais tu as eu le temps d’être fier de moi, de nous tes fils. » ).

 

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06:06 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : deuil, filiation, suicide, hommage, père | |  Facebook

13/10/2009

A la table de Yasmina - Maruzza Loria, Serge Quadruppani

Réédition d’un ouvrage paru en 2003 chez Agnès Vienot Editions, A la table de Yasmina est un roman culinaire mâtiné d’un zeste de mythologie, d'histoire et de contes. Nous sommes au XI ème siècle et le comte Roger 1er , parti de sa Normandie natale, vient de conquérir Palerme, après avoir emprisonné le prince couv-998.jpgOmar, accusé de trahison. La sœur d’Omar, la Princesse Yasmina, demande à Roger de venir dîner chez elle, à condition que Roger sursoie l’exécution d’Omar. Pendant sept soirées, Yasmina va régaler Roger en lui proposant des mets raffinés et une série de contes basés sur les différents amours possibles : filial, maternel, fraternel, courtois, amical,…

 

 

Un roman joliment écrit, qui s’inspire évidemment des contes des milles et une nuits, et dont chaque chapître est saupoudré d'histoire, de légende, de mythologie (on y rencontrera Morgane, Arthur, Charybde et Scilla, Eole…). L’affrontement entre Yasmina et Roger oscille en admiration, sensualité, plaisir des sens et des chairs / chères. Petit à petit, la princesse parvient à retenir l’attention du comte, ses mets d’un raffinement extrême, ses histoires racontées d'une voix douce influent sur le comportement brutal du comte qui se transforme peu à peu.

 

Un affrontement sensuel et raffiné, pour les amoureux de saveurs gustatives. Avec, en prime, toutes les recettes en fin de volume.

 

 

A la table de Yasmina - Maruzza Loria et Serge Quadruppani

Métailié, 197 pages, octobre 2009

 

 

L'avis de Laurence.

La couverture de l’édition de 2003, que je trouve plus réussie.

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07/10/2009

LES HEURES SOUTERRAINES – DELPHINE DE VIGAN

Mathilde est une veuve d’une quarantaine d’années, mère de trois garçons, cadre dans une grande société. Alors que son vigan.jpgactivité lui permet de faire face à la solitude, de réapprendre à vivre et à exister, elle devient petit à petit victime de harcèlement moral de la part de son supérieur (« Elle aurait dû raconter les rendez-vous annulés à la dernière minute, les réunions déplacées sans l’en informer, les soupirs excédés, les remarques piquantes sous couvert d’humour, et ses appels qu’il ne prend plus alors qu’elle le sait dans son bureau. Des oublis, des erreurs, des agacements qui, isolés les uns des autres, relevaient de la vie normale d’un service. Des incidents dérisoires dont l’accumulation, sans éclat, sans fracas, avaient fini par la détruire. Elle a cru qu’elle pouvait résister. Elle a cru qu’elle pouvait faire face Elle s’est habituée, peu à peu, sans s’en rendre compte. Elle a fini par oublier la situation antérieure, et le contenu même de son poste, elle a fini par oublier qu’elle travaillait dix heures par jours sans lever la tête. Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible. Elle ne avait pas qu’une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d’y remédier… Elle est la cible aujourd’hui et il ne reste plus rien…. Elle se tait parce qu’elle a honte ».)

 

Thibault, une quarantaine d’années aussi, est médecin aux urgences médicales de Paris. Il vient de quitter Lila qu’il aime, mais qui est incapable de lui rendre son amour. Son quotidien : les blessures des autres, les douleurs, les petits et grands bobos qu’un médecin est amené à soigner dans une grande ville. Un quotidien et une solitude qui l’usent jusqu’à la corde (« Il est médecin de ville et sa vie se résume à ça. Il n’a rien acheté de pérenne, pas d’appartement, pas de maison de campagne, il n’a pas eu d’enfant, il ne s’est pas marié, il ne sait pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce qu’il n’a plus d’annulaire gauche. Il n’y a pas d’alliance possible. Il a quitté sa famille et ne revient qu’une fois par an.  Il ne sait pas pourquoi il est loin, d’une manière générale, loin de tout excepté de son travail qui l’accapare tout entier. Il ne sait pas comment le temps est passé si vite. Il ne peut rien en dire, rien de particulier. Il est médecin depuis bientôt quinze ans et il ne s’est rien passé d’autre. Rien de fondamental.»).

 

Harcèlement moral d’un coté, solitude de l’autre, les deux personnages principaux du roman de Delphine de Vigan traînent derrière eux des torrents de désespoir et de lassitude dans un roman sombre où la tristesse suinte à chaque page, où ne perle pas une seule lueur de gaîté.  Et c’est dans un Paris dénué d’humanité, Paris ville tentaculaire qui avale ses habitants et les recrache avec indifférence, Paris qui abrite des grandes (et petites) sociétés dans lesquelles les hommes et femmes ne sont que des pions malléables, interchangeables et supprimables sans préavis, que ces deux ébréchés déambulent, marchent sur un fil tendu à l’extrême, toujours au bord du gouffre, du précipice, et finissent, usés,  épuisés, par baisser les bras («  Il arrive un moment où le prix est trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut sortir du jeu, accepter d’avoir perdu. Il arrive un moment où l’on ne peut pas se baisser plus bas »).

 

Delphine de Vigan dit avec beaucoup de simplicité le sentiment de disparaître, de fondre, de se dissoudre que Mathilde ressent au sein de sa société : à petit feux, lentement, Mathilde perd tous ses dossiers, jusqu’à ne plus être qu’une ombre inutile dans son département, un fantôme balayé, renié qui finit par se gommer lui-même et renoncer à se battre, en devient incapable de se défendre.

 

Les chapitres concernant Thibault et son mal-être m’ont moins touchée, son incapacité à exprimer son amour, sa quête d’un être à aimer, m’ont paru plus artificielles, moins tangibles. Une victimisation moins parlante pour moi, sans doute, et c’est là le seul reproche que je ferai à ce livre.

 

Le tout est écrit avec des mots justes, sans exagération, sans pathos, et, contrairement à d’autres avis lus ailleurs, j’ai trouvé la fin tout à fait logique, un autre dénouement m’aurait immanquablement déçue.

 

 

 

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

JC Lattès, 300 pages, août 2009

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Les avis partagés de : 

Koryfée, séduite (« Un roman sombre, traité brillamment, sans effet de style ni concession »), 

Bab's, séduite aussi ("Ils sont sans pathos, juste tragiquement beaux tout comme les deux personnages")

Canel a aimé aussi.

 

Hubert Artus, pour qui c'est un coup de coeur (en lien une video de l'auteur également).

Isa, a aimé aussi, même si elle trouve elle aussi que le personnage de Thibault n'est pas assez étoffé.

 

Laurent, déçu (« Quant à l’histoire, je n’y ai rien trouvé de véritablement original, et un sentiment d’enlisement m’a rapidement envahi « ) 

Clarabel, déçue aussi (« En fait, ce roman a été pour moi une déception. J'ai trouvé que l'histoire était triste, porteuse d'une espérance qui rendrait presque fébrile le lecteur »)

Celsmoon, déçue aussi, l'a fini avec un neoud à l'estomac.

 

 

Merci à l’équipe de l’agence Zelios Interactive pour cette lecture dans le cadre du Goncourt des Lycéens.

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28/09/2009

TROIS FEMMES PUISSANTES – MARIE NDIAYE

Norah, Fanta, Khadi. Trois femmes africaines aux prises avec la souffrance et sous l’emprise des hommes. Le roman de Marie ndiaye.jpgNdiayé est composé de trois histoires distinctes (même si l’une ou l'autre apparaît fugacement dans le récit des autres femmes) : Norah, personnage principal du premier récit, est avocate, vit à Paris avec sa fille, son compagnon et la fille de celui-ci. Appelée par son père, elle retourne au Sénégal et retrouve son frère, Sony, emprisonné pour meurtre. Le deuxième récit est conté par Rudy, le mari de Fanta, désespéré de perdre celle qui a quitté l’Afrique pour le suivre. Khadi, dans la troisième histoire, n’a plus que sa dignité humaine pour tenir debout, avancer dans la misère et l’isolement le plus total.

 

Certes, Norah est sans cesse écartelée, déchirée entre sa conscience et ce père immonde qui rejetait l’existence de ses filles en attendant UN héritier, mais Norah a appris à se battre seule et s’est construite, tant bien que mal, avec ce sentiment d’inutilité profonde qu’avait semé en elle son géniteur. Certes Fanta a abandonné son pays pour suivre un homme qui l’aime trop mal, mais elle érige un mur de silence qui la protège et l’isole. Certes Khadi n’a rien, doit vendre son corps pour survivre, mais elle garde sa dignité, son identité, qui lui permet d’avancer et de rester debout, malgré tout.

 

Trois femmes puissantes est un roman dont la puissance m’aura peu touchée, et encore moins renversée. Sans m’endormir dessus, comme Papillon, je l’ai lu en restant plus ou moins à distance, selon les histoires : curieuse parfois, assommée à d’autres moments (le deuxième récit notamment), remuée, c’est vrai, par l’histoire de Khady, je ne peux nier que ces portraits de femmes sont touchants et qu’apparaissent en filigrane la violence faite aux femmes, leur position dans une société où les femmes sont laminées.

 

Marie NDiaye ne dénonce pas, ne milite pas ouvertement, elle propose des histoires où tout est dit à mots couverts, où il suffit de fermer les yeux pour atteindre l’indicible, la souffrance et la honte. Alors pourquoi ce roman, qui touche à quelque chose d’universel, de poignant, de douloureux, m’a-t-il laissée indifférente ? C’est la plume de Marie Ndiaye qui m’a rebuté. Des phrases longues, denses, des pensées qui se noient dans d’autres pensées, des phrases courtes et sèches, dont certaines m’ont paru lourdes (« Combien pesant devait être aujourd’hui, songeait Norah, le démon assis sur le ventre de Sony. »), je ne suis pas endormie, non, mais souvent ennuyée par le ton monocorde (et ce surtout dans le deuxième récit qui m’a tellement agacée que je me suis arrêtée plus d’une fois, mes pensées s’envolant bien loin du roman). Le troisième récit sauve le tout ; l’histoire de Khadi m’a remuée, il y a quelque chose de lumineux dans cette souffrance indicible, une dignité dans la déchéance infiniment respectable.

 

Du coup je me retrouve fort circonspecte, au moment de classer cette lecture dans mes catégories. Pas mal ? Sans plus ? J’hésite.

 

Ce sera Pas mal. Pour l'histoire de Khadi.

 

 

Trois femmes puissantes, Marie NDiaye

Gallimard, 317 pages, août 2009

 

 

Cathulu a eu le » cœur serré » en refermant son exemplaire,  Fashion le recommande et lui a trouvé des « figures féminines bouleversantes » (merci pour le prêt, d'ailleurs !), Lily qualifie ce roman d’ « important, bouleversant, unique et nécessaire ». Quant à Papillon, ce roman l’a laissée perplexe et elle a trouvé le style insupportable.

06:42 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : afrique, exil, souffrance, position des femmes, douleur | |  Facebook

16/09/2009

LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES – JEAN-MICHEL GUENASSIA

 

 

« Je vais te dire une chose, mon garçon, une femme qui lit en marchant, je trouve ça suspect. »

 

Je ne l’ai pas lu en marchant, ce livre (comme certaines pourraient le faire), je l’ai lu debout, assise, couchée. Je l’ai lu en guenassia.jpgapnée, en râlant (parfois) devant sa longueur et son poids qui l’empêchait de m’accompagner ici ou là. Je l’ai commencé sans arrière pensée, parce le titre me plaisait et qu’on en disait du bien. Je l’ai terminé le cœur serré en me disant qu’il en valait – vaut – la peine.

 

L’histoire débute à Paris en 1980. Jean-Paul Sartre est enterré au cimetière Montparnasse. Deux hommes se rencontrent aux abords du cimetière : Michel et Pavel, qui se sont connus vingt ans auparavant, dans un bistrot du quatorzième arrondissement de Paris. A l’époque, Michel avait tout juste douze ans, un grand frère communiste, Franck, des parents propriétaires d’un magasin de salles de bains. La famille bourgeoise de sa mère méprisait celle de son père, fils d’un cheminot SNCF. L’oncle Maurice vivait en Algérie, où Franck partirait bientôt.

 

C’est grâce à son frère Franck que Michel entre un beau jour au Balto, le petit bistrot près de Denfert-Rochereau. Ce café dont l’arrière salle semble abriter les réunions d’un club très fermé. Michel intègrera ce club des Incorrigibles Optimistes, où se retrouvent autour de parties d’échecs passionnées une poignée d’exilés d'Europe de l'Est : Igor l’ancien chirurgien russe, Leonid l’ancien pilote de l’Aeroflot, Tibor l’ancienne star de cinéma hongrois, son manager Imré, Werner le projectionniste de cinéma, Pavel ou Sacha que tous semblent détester. Tous sont passés à l’Ouest, ont abandonné leurs patries, leurs familles, leur passé. Kessel et Sartre s’installent parfois au fond de la salle.

 

Un jeune adolescent, quelques apatrides qui n’ont plus que l’amitié pour se réchauffer le cœur, une famille petite-bourgeoise qui se déchirera, des amis passionnés et exaltés, une passion commune pour les grandes discussions sur la vie, la littérature, le socialisme, l’Algérie, les échecs, voilà les ingrédients du roman de Jean-Michel Guenassia. Entre chronique sociale des années 1960 et esquisse amère des déceptions du stalinisme, sur fond de rock and roll et de guerre d’Algérie, c’est un roman au style fluide, agréable, sans fioriture inutile : on se glisse dans cette histoire, on se faufile au fond du Balto et on regarde vivre ces personnages attachants et terriblement émouvants avec l’impression d’être juste à cotés d’eux, de les écouter et de les observer.

 

Parfois les histoires croisées de ces hommes s’imbriquent, il y a quelques retours en arrière, le passé des exilés se mêle au présent de Michel, ses études au lycée Henri IV, son amour des livres, ses relations avec Cécile, l’amie de Franck, passionnée par Aragon, Camille la jeune fille passionnée de poésie, ses relations parfois houleuses avec sa famille. Parfois on se dit que c’est long, mais il suffit d’une pause pour retrouver avec joie cette galerie touchante, ce Paris des années 60 dans lequel on aimerait vivre, ces bistrots où l’on refait le monde dans la fumée des cigarettes et les discours qui finissent souvent en engueulade générale mais où tout le monde se réconcilie rapidement. La fin n’est pas dénuée d’émotion, on comprendra pourquoi Sacha est ignoré des autres et le cœur se serrera dans les toutes dernières lignes.

 

Un roman jamais trop lyrique, avec juste ce qu’il faut de nostalgie, un roman d’atmosphère et d’amitiés, un roman qui nous fait aimer tous ses personnages et Paris encore plus.

 

 

Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia

Albain Michel, 758 pages, septembre 2009

 

 

 

Clarabel a aussi beaucoup aimé.

 

 

 

 

 

01/09/2009

CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA – VERONIQUE OVALDE

Rose, Violette, Vera Candida, Monica Rose, une lignée de femme dans une île imaginaire, Vatapuna. Une lignée de femmes vouées à enfanter seules, enfanter des filles, ne jamais révéler l’identité du père et vivre en ne comptant que sur elles.ovaldé.jpg

 

C’est aérien, un roman comme celui-ci. Aérien et lourd, parce que les vies de ces femmes ne sont ni douces ni faciles. Rose Bustamente, la mère, grand-mère et arrière grand-mère, a commencé par vendre son corps avant de devenir pêcheuse de poissons volants. De sa rencontre avec Jeronimo, le riche propriétaire qui voulait l’exproprier, l'homme au passé sombre et au présent trouble,  va naître Violette, qui sera pute tout court avant de mourir. Vera Candida, la fille de Violette, préfère quitter Vatapuna quand elle se rend compte qu’elle est enceinte…

 

Une histoire de femmes, donc, dont les destins semblent se répéter, marqués par une même fatalité obscène. Une fatalité que Vera Candida refuse. Son départ de Vatapuna lui permettra de rejeter ce sort, d’apprendre à vivre, d'apprendre à aimer, petit à petit, d’abord sa propre fille, puis Itxaga, l’amant qui la réconciliera avec les hommes ou avec l’amour tout court. Avec elle-même, aussi. Une histoire de femmes devenues mères par hasard et qui découvrent une force insoupçonnable dans la maternité (« C’est très difficile, pensait Vera Candida, d’oublier que votre enfant est un organe siamois de l’un des vôtres, c’est très difficile de ne pas le considérer tout le temps comme un membre supplémentaire et parfait de votre propre corps »).

 

C’est surprenant, ce style léger, ces phrases qu’on dirait éparpillées comme par hasard, comme des petites gouttelettes qui éclatent mais qui n’en sont pas moins extrêmement travaillées, sans aucun doute. Au début, on se dit, oui, c’est pas mal, c’est joli,… puis on se laisse aller et, à côtoyer Rose et Vera Candida (qui sont celles que l’on voit le plus, les plus fortes, les plus intenses) on est bercé par ce texte mélodieux qui fait surgir des images, des couleurs, des sons. On n’est plus avec Lancelot qui regardait le ciel lui tomber sur la tête et se disait, Ciel ! le ciel me tombe sur la tête que faire qu’est-ce qui m’arriveshclhurmp, le ciel lui était tombé dessus avant qu’il ait pris la moindre décision. Ici les femmes souffrent, se battent contre la vie (les hommes) et contre elles-mêmes, parfois, à coup de petits riens et de grande volonté. Elles apprenent à avancer, à s'arranger de leur passé et regarder de l'avant. Rien n’est dit mais tout est suggéré, imagé, les phrases sont des petites bulles qui éclatent, donc, qui pétillent avec une belle densité de couleurs et de sens. Au final, une impression jolie, inattendue, et vraiment plaisante.

 

« La regarder ainsi c’était pour Itxaga comme de sentir de nouveau le sang pulser dans son corps jusqu’à l’extrémité même de son doigt fantôme, la main de Vera Candida qui pendait de son poignet et faisait négligemment dégringoler ses cendres d’un petit tapotement de l’index était comme l’aorte de son univers, il pensa, Pour le moment ça me fait du bien de la revoir, quand ça me fera de nouveau mal j’arrêterai de la voir, mais c’est une promesse d’ivrogne et d’amoureux, à quel moment bascule-t-on dans la douleur et dans la dépendance, y-a-t-il un moment précis où la joie disparaît ? Alors il dit, Tu attends quoi de moi ? Il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, qu’elle cesse de regarder la cours et ses ornières pareilles à des vasques de boue, il aurait aimé qu’elle ne scrute pas un loin la cime de l’araucaria du jardin abandonné en face, il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, le fixe de ses yeux minuscules, remarque la cicatrice sur son visage et le petit doigt qui manquait et dise, Abandonne tout et allons sur ta colline de comédie musicale et reprenons tout à zéro…. ....C’était une drôle de question, mais cela avait à voir avec le mille feuilles qu’il avait confectionné à partir de ses terreurs, de ses frustrations, de ses incapacités et de son infinie solitude (l’infinie solitude étant la couche de crème acide qui ajoutait à plusieurs reprises du moelleux à la chose). »

 

 

Cuné et Marie ont aimé. Bab's aussi.

 

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovalé

Eidtions de l’Olivier, août 2009, 293 pages

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