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24/04/2009

JEVIENS DE TUER MA FEMME – EMMANUEL PONS

Avis aux femmes mariées !pons.jpg

 

Si vous accablez votre auguste moitié de sarcasmes, si vous l’obligez à « se lever à sept heures du matin « pour montrer aux voisins qu’elle n’a pas épousé un fainéant », si vous le harcelez sur son taux de cholestérol, sa façon de faire les courses ou baissez le son quand il écoute du « bruit » et non pas de la musique, faites bien attention ! Votre cher et attentionné mari pourrait bien vous trucider un soir de fatigue nerveuse.

 

Voilà ce qui arrive à notre (mal)heureux héros. Un beau jour, une goutte d’eau fait déborder le vase et le voilà en route pour acheter des timbres dans sa belle région d’Yvetot pour les faire-part de décès (assassin, mais courtois).

 

Emmanuel Pons nous offre ici une jolie petite chronique, truculente à souhait, arrosée d’un humour souvent féroce. On suit les pérégrinations décalées de cet assassin passionnel pendant la semaine qui suit le meurtre, ses réflexions, ses pensées, ses grands discours faits devant le cadavre congelé de Madame. On assiste à ses rencontres avec d’autre villageois, un gentil couple tout gentil qui emmerde tout le monde à force d’être de gentils voisins, un veuf taciturne qui fera de grandes révélations, des flics pas très futés, un gourou du bien-être-bien-penser-bien-vivre à qui on couperait bien la langue, les oreilles et tout le reste, le tout est un peu dans le ton du film « L'ultime souper» ou « Very bad things… » : décalé, macabre un peu, absurde mais souvent bien vu.

 

Pas un grand roman, mais un épisode savoureux pour qui aime le second degré, le décalé, l’absurde, tout en révélant une bonne maîtrise de la narration et un sens de la formule qui, l’air de rien, fait mouche.

 

 

Sur ce, je file acheter un gilet pare-balles, sait-on jamais…

L'avis de Laure, celui de Cuné

 

 

Je viens de tuer ma femme, Emmanuel Pons – Arlea, 167 pages

 

 

07:00 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

15/04/2009

L’ARBRE D’EBENE – FADELA HEBBADJ

Nasser a six ans quand lui et sa mère quittent le Mali pour entrer clandestinement en France. Le voyage en pirogue, les squats, hebbadj.jpgles traques de la police, les expulsions, Nasser raconte, avec ses mots d’enfant qui apprend à lire, à écrire, à s’émanciper, se libérer et grandir, quelques années de sa vie.

 

Voilà un roman dont le fond est profond, sincère, juste, mais auquel je suis restée hermétique. Le style est un parler naïf, souvent parsemé de réflexions d’adulte (même si Nasser ne peut que mûrir beaucoup plus vite dans des conditions difficiles, elles m’ont semblé sonner faux). L’histoire sensible, touche un sujet épineux et particulièrement révoltant, mais son traitement à travers la voix d’un enfant ne m’a pas touchée.

 

Nasser s’émancipera en lisant beaucoup (il rencontrera une jeune bouquiniste qui lui fournira des lectures) : cet aspect là m’a davantage intéressée, l’enfant parvenant à s’ouvrir, grandir, s’affranchir, grâce à la lecture, c'est bien dessiné.

 

Je ne conteste en rien les dénonciations faites dans le roman (expulsions aléatoires, conditions d’immigration) mais le roman est pour moi raconté sur un style trop naïf et j’y suis restée insensible.

 

Laurence a un avis totalement divergent du mien. Bab’s, Cuné et Papillon aussi.  

 

A priori, je suis la seule à être restée de glace.

07:17 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

14/04/2009

COEUR COUSU – CAROLE MARTINEZ

Le cœur cousu, c’est le cœur que Frasquita Carasco a brodé pour la Vierge Marie lors d’une fête religieuse en Espagne. Frasquita coeur cousu.jpga reçu le don de coudre, le don de broder les couleurs et les vies. Du fil et de la soie, Frasquita fait des merveilles, des bonheurs et des rêves. C’est un don que se transmettent les femmes de sa famille, et elle-même transmettra à son tour un don à chacune de ses filles. Frasquita vit dans un petit village espagnol, où les langues se délient à la tombée du jour, où les superstitions gouvernent le jugement, où les regards crachent ce que les bouches ne veulent pas dire. Frasquita dont les gens ont peur, dont les gens se méfient, épouse José le charron, l’homme taciturne qui va laisser la folie grignoter son esprit. José le charron joue sa femme au combat de coq et la perd. Frasquita quitte alors le village et part dans le désert,  suivie par une guirlande d’enfants, auréolée et portée par son amour pour eux.

 

Chacune des filles de Frasquita recevra elle aussi un don : Anita celui de conter, de dire les histoires et d’envoûter par ses récits, Angèla celui de transporter les âmes avec ses chants, ceux qui baiseront Martirio goûteront la mort, Clara sera la lumineuse, l’astre, le soleil. Pedro, le fils, dessinera, fera naître l’univers sous sa craie, et sera combattant pour obéir à son père. Quant à Soledad, la dernière, la solitaire, recevra les mots qui s’écrivent, se tissent pour laisser une trace. C’est la narratrice du roman.

 

Cœur cousu est un roman somptueux. D’une écriture poétique, sensuelle, superbement colorée et sensible, Carole Martinez nous emmène sur les pas de Frasquita, dans un voyage qui mêle conte et tristesse, amours et douleurs. L’histoire est mêlée de conte, auréolée de mysticisme et de croyances. Mêlant le rêve et le réel, le voyage de Frasquita est un récit superbe.

 

Le conte magnifique est aussi une peinture à la fois lumineuse et douloureuse, un tableau fascinant, celui d’un village étriqué, enfermé, où la femme est porteuse de mal, sorcière si elle est différente. Il y a des femmes qui souffrent en enfantant, d'autres qui les aident ou font naître les anges, il y a des croyances, des rêves, de la magie qui se transmet. L’absurdité des hommes et des révoltes aussi, l’idéalisme des guerriers et leur cruauté, parfois, tout est là, dans le voyage de Frasquita, tout est là et pourtant le roman porte haut les couleurs de l’amour, celui des mères, celui des filles, celui qui fait avancer et refuser de fléchir.

 

Il est difficile d’en parler, d’autres l’ont beaucoup mieux fait. Que dire, alors ? Juste que c’est superbe, incroyablement poétique et doux, renversant de beauté. Ce roman m'a fait frissonner, je l'ai refermé l'oeil humide et la gorge sèche. Il s’agit du premier roman de Carole Martinez. Une auteure à suivre, assurément.

 

 

 

Cœur cousu, Carole Marinez – Folio 440 pages

 

 

Les avis de Dda (Biblioblog), Chiffonette, Sylvie, du Buzz littéraire, Bellesahi, Aifelle, Karine, Fashion, Yohan et sans doute plein d’autres encore à trouver chez eux.

10/04/2009

LA VIEILLE ANGLAISE ET LE CONTINENT – JEANNE-A DEBATS

Ann Kelvin, a consacré sa vie aux recherches transmnésiques (transplantation de l’esprit dans un autre corps). Alors qu’elle debats.jpgattend de succomber au cancer, Marc Sénac, son ancien élève – amant, lui propose de réaliser une dernière mission, un baroud d’honneur qui leur permettra de mettre fin aux massacres des cétacés. Pour ce faire, l’esprit d’Ann sera transplanté dans le corps d’un cachalot.

 

Une novella très courte qui se lit d’une traite, et dont le premier abord, qui paraîtrait plutôt loufoque, voire totalement absurde au lecteur récalcitrant, réfractaire à tout ce qui ne s’ancre pas dans une réalité bien tangible (j’en suis), disparaît totalement d’une part sous la plume alerte et fluide, et d’autre part sous le message écologique (condamnation des massacres de cétacés, irrespect de l’environnement, notamment sous marin). Au début.

 

Pourtant, le texte étant particulièrement court, il manque à mon sens d’une part de précision (on apprendra vaguement ce que sont les recherches transmnésiques  ou quels ont été les travaux auxquels s’est consacrée Ann (et qui lui ont valu, comprendra-t-on, de sévères critiques). Il faut donc tout imaginer, supposer. Et moi qui suis en général hermétique à tout ce qui touche science fiction, fantasy, j’aurais peut-être préféré plus de détails ou d’explications pour accepter de plonger. Autant la première partie, qui relate le voyage d’Ann et sa découverte des fonds marins  est un très joli moment de lecture, autant la seconde partie, (attention je vais spoiler) qui aborde une sombre histoire de cadavres radioactifs balancés en mer (et que Ann et son nouvel ami 2x2x2 (un cachalot, donc) s’empressent de faire remonter à la surface) m’ont paru abracadabrantesques et peu vraisemblables (j'essayais de les imaginer se démenant avec leurs caudales... pas facile pour moi) : le récit, s’il était resté sur un plan purement écologique, n’aurait pas vu son message se diluer sous une histoire de clones volés à laquelle j'ai beaucoup moins adhéré.

 

Au final, qu’en reste-t-il ? Je n’ai pas détesté, loin de là, je l’ai même lue avec plaisir, mais j’y ai sans doute trouvé trop de choses mises pêle-mêle dans trop peu de texte.

 

 

La vieille anglaise et le continent - Jeanne-A Debats - Griffe d'encre - 70 pages

 

 

Les avis de Fashion (merci pour le prêt), Chiffonette, Laurence, Lucile, Chimère, Brize, Delphine, toutes enthousiastes.

 

Lu pour le prix Biblioblog.biblioblog.jpg

08/04/2009

MUSC – PERCY KEMP

Monsieur Eme, à soixante-dix ans bien sonnés, est ce qu’on pourrait appeler quelqu’un bien de sa personne. Il attache une kemp.jpgimportance toute particulière à sa mise, choisit ses vêtements avec soin, ne sort que soigneusement vêtu et parfumé. Parfumé avec la même fragrance depuis moult années, cette fragrance appelée Musc conçue dans une parfumerie de Grasse. Un beau matin, la maîtresse de Monsieur Eme lui fait remarquer que son odeur a changé, très discrètement, très légèrement, mais a changé tout de même.

 

 

C’est la plume si personnelle, à la fois exigeante et totalement séduisante que l’on retrouve ici. Nous suivons Monsieur Eme et son rapport à Musc (le parfum devient un personnage intégral de l’histoire) son rapport à lui-même, aussi, aux autres, aux femmes, à la vie (sa vie étant toute conditionnée à son odeur, à ce qu’il émet), à la fois fascinés par le personnage et son besoin vital, essentiel, de retrouver SON parfum. Difficile de la décrire, difficile de préciser exactement pourquoi le roman est un bijou, parce que tout est dans le style, la façon si fluide dont Percy Kemp arrive à nous happer, nous chopper avec son sexagénaire jamais ridicule (et pourtant !) souffrant d’une obsession olfactive et prêt à tout pour retrouver ces effluves, en être à nouveau imprégné. Pe'rcy Kemp nous coince, nous enchaîne à son histoire, jamais dénuée d’un humour distant et pourtant bien présent.

 

Un vrai petit régal, donc.

 

 

Cuné a senti la même chose.

 

 

30/03/2009

LUNE CAPTIVE DANS UN ŒIL MORT – PASCAL GARNIER

« Les conviviales », comme leur nom l’indique pompeusement, c’est un lieu de partage, de rencontres, d’échanges. Réservé aux personnes âgées, aux retraités aisés qui veulent profiter de leurs dernières années sous le soleil de Provence, en bonne compagnie, dans une résidence ultra-sécurisée où les enfants et petits enfants ne sont tolérés que 15 jours par an, des activités proposées pour tromper l’ennui. Quitte à vieillir, autant vieillir en paix et dans un endroit confortable.garnier.jpg

 

Martial et Odette ont quitté Suresnes (les fous* !) pour ce paradis artificiel. Bon, c'est pas pour dire, mais ils se sentent un peu seuls, au début, au milieu de ces 50 bungalows vides. Seuls et refroidis par la température glaciale non prévue dans la plaquette publicitaire. Ils ont payé pour la sécurité, le soleil, le pastis avec les amis de leur âge, éventuellement la pétanque et les ballades sur les marchés de Provence) ; bref, pour une retraite plus ou moins dorée dans un paradis artificiel (et quand il n'y a personne, on se rend bien mieux compte que le tout ressemble plus à du stuc qu'à du vrai marbre et qu'au final, on s'est fait peut-être avoir, mais bon, faut assumer à présent).

 

L’arrivée d’un autre couple, quelques semaines plus tard, les rassure : Maxime et Marlène, puis Léa, une femme seule (est-elle veuve ? divorcée ? vieille fille ?) s’installent à leur tour dans le bunker plaqué or. Mr Flesh, le gardien taciturne et Nadine, la secrétaire animatrice, entourent le petit cercle de personnages. Le décor est planté, la partie de quilles va pouvoir commencer.

 

Pascal Garnier croque ses personnages l'air de rien, avec un humour sous-jacent plutôt sympathique : les couples s’observent, s’invitent, papotent, trompent l’ennui en organisant des apéros, en se racontant leurs vies. Petites histoires et gros mensonges, chacun rentre chez lui en critiquant son voisin. L’isolement et l’ennui exacerbent les travers et on sent pointer, lentement sous le vernis de sociabilité, les petites irritations, les accès d’intolérance, les touches de rancoeurs. Pas si lisses que ça, les petits vieux. L’installation d’un camp de gitans à proximité vient tout chambouler.

 

Si dans la première partie du roman j’ai seulement bien aimé l’acidité de ces vieux beaux / vieux cons, c’est surtout quand tout « part en barigoule » (nous sommes dans le Sud après tout) que je me suis amusée. Nous assistons à une comédie féroce qui tournerait presque à la farce si l’on ne discernait pas, sous l’exagération des situations, la férocité d’une peinture vitriolée : intolérance, jalousies, petitesses, les fêlures soigneusement cachées se fissurent encore plus et finissent par exploser. Si la pression monte lentement au début, elle s’installe de plus en plus, à coup de petits événements et de trébuchements des personnages, pour finir par éclater. Effet cocotte minute, le paradis se transforme en enfer. Une parodie grinçante, que j'ai trouvé un peu courte pour ne pas effleurer trop superficiellement ces petits travers pointés avec malice (mais je pinaille, là).

 

 

 

 Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier – Zulma, 157 pages

 

Les avis de Cathulu, In Cold Blog, Cathe, Valdebaz, Julie, Elfique

 

 

 

* quitter Suresnes….  J’y retournerais bien, moi !