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16/10/2009

LES DIX FEMMES DE L’INDUSTRIEL RAUNO RÄMEKORPI – ARTO PAASILINNA

Rauno Rämekorpi fête ses soixante ans ce jour-là. Industriel renommé et reconnu, il reçoit à cette occasion le ban et l’arrière paasalinna.jpgban de la bonne société finlandaise. Ainsi qu’une multitude de cadeaux, dont de somptueux et trop nombreux bouquets de fleurs. Comme sa femme Annikki est asthmatique, il décide de se débarrasser des fleurs et entame une grande tournée auprès de maîtresses et amies. Avec l’aide de Seppo Sorjonen, le chauffeur, complice et confident, Rauno va ainsi se retrouver dans le lit de neuf autres femmes, qu’il retrouvera quelques mois plus tard au moment de Noël.

 

Une comédie grinçante, parfois amusante, qui nous lance sur les pas d’un homme riche, dans la force de l’âge, persuadé d’être un héros pour ces dames. Obtus, fier de lui et parfait goujat, Rauno offre son sexe comme LE cadeau ultime, persuadé que toutes lui voueront une reconnaissance éternelle (forcément, hein !). Au passage, quelques formules épinglent la bonne société finlandaise, et particulièrement les petits et un peu moins petits bourgeois parvenus, quelques (trop rares) moments truculents et assez savoureux, mais ceci dit, le tout, au final, reste quand même très léger. On sourit, on s’amuse un peu, mais sans extase non plus, la longue litanie des maîtresses devenant monotone à la fin. Quant à leur vengeance, quelques mois plus tard, elle fait seulement sourire, mais manque à mon sens cruellement de … cruauté. Arto Paasilinna épingle la muflerie masculine, la goujaterie virile avec une écriture détachée et un humour froid, mais il m'a semblé effleurer son sujet dans une comédie un peu trop superficielle pour me convaincre.

 

Divertissant, mais sans plus.

 

 

Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi – Arto Paasilinna

Denoël, 258 pages, avril 2009

 

 

Les avis de Michel, Laurent et Clochette

31/08/2009

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE - KATARINA MAZETTI

Benny est agriculteur et plutôt balourd.mazetti.jpg

 

Désirée est bibliothécaire et plutôt intello.

 

Il aime les tableaux au point de croix de sa maman, elle aime le design et l’art contemporain.

 

Ils se rencontrent au cimetière, devant les tombes de feu le mari de Désirée et feu la maman de Benny.

 

Tout les oppose, et pourtant…

 

C’est marrant, mais ce livre m’a toujours tentée, et pas tentée. J’en lisais beaucoup de bien ici et là, j’avais envie d’essayer, mais la couverture du broché et le titre me rebutaient, du coup, j’ai laissé passer. Et puis je suis tombée dessus dans une charmante librairie de Sanary sur Mer (au passage, le petit village de Sanary compte deux très bonnes librairies sur son port, une librairie spécialisée en BD dans les ruelles du vieux village, quelques bouquinistes, et aussi une délicieuse biscuiterie provençale, je dis ça je dis rien J). La libraire, passionnée et passionnante, me l’a conseillé, voire chaudement recommandé. Ma foi, c’étaient les vacances, un livre de plage me serait toujours utile, je pourrais toujours le donner à ma nièce, je l’ai acheté. Et lu. Et gardé pour moi.

 

L’histoire est totalement prévisible, ces deux là ont tout pour ne pas s’aimer, sont trop différents pour s’assembler et comme les contraires s’attirent forcément, les voilà embarqués dans une histoire d’amour où le bat blesse trop souvent pour ne pas provoquer des étincelles. Une histoire facile et attendue, donc, mais servie avec un humour très fin, des réflexions justes et touchantes sur les relations de couple et les concessions qui se font à maux couverts. Des débuts d’une relation où la passion et la nouveauté effacent tout le reste aux premières hésitations, aux premiers reproches, aux ressentiments et frustrations qui se transforment en rancoeurs, puis en regrets, le tout est toujours juste, à la fois subtil et drôle. Chaque chapitre est raconté par l’un des deux tourtereaux et donne lieu à de savoureuses remarques qui illustrent joliment leurs différences (« J’en étais sûr. Elle a l’air de quelqu’un qui lit sans arrêt et de son plein gré. Des gros livres, avec des petits caractères et sans images. »)

 

Très joliment racontée, l’histoire de Désirée et Benny se lit avec plaisir. Un bémol ? Un seul, soyons sincère : la fin est trop manifestement ouverte vers un nouvel épisode (du style « vous voulez savoir si Benny et Désirée arriveront à *….* ??, lisez la suite ! », et plutôt cucul la praline). Mais ça ne m’empêchera pas de la lire, cette suite.

 

 

Le mec de la tombe d’à coté, Katarina Mazetti.

Babel, 254 pages

 

 

Les avis de Cuné, Emeraude, Papillon, Fashion, Dasola, Tamara, Caroline de Pensées de ronde, Laure, Sylire, Lilly, Pimprenelle, Chrestomanci, Stéphie, Brize, Kathel, Flo , Abeille, Aproposdeslivres, Theoma.

 

Et l'avis d'un homme, quand même ! Yvon l'a lu.

 

J'en ai sans doute oublié, n'hésitez pas à me signaler vos billets...

 

10/10/2008

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Läckberg

glaces.jpgAlex Wijkner est retrouvée morte dans sa baignoire. Les veines ouvertes. Suicide évident. Mais très vite l’autopsie révèle qu’Alex n’a pu de suicider : trop de somnifères dans le sang. Il s’agit d’un meurtre.

Erika, son ancienne amie d’enfance veut comprendre ce qui s’est passé. Elle est aidée Patrick, inspecteur de police et amoureux transi.

 

L’intrigue était bien pensée. Un meurtre, une jeune historienne curieuse, un flic amoureux, un passé lourd et un village dont les bouches sont scellées, le passé soigneusement enfoui, les non-dits et les ragots murmurés seulement mais jamais avoués.

 

Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible à la façon dont Camilla Läckberg a « accommodé sa sauce », et je pense que le mélange « chick lit » / polar est ici fort mal venu.

 

A trop vouloir en faire, on fait en effet n’importe quoi. Je dirais même du grand n’importe quoi. Camilla Läckberg mélange les genres : on est dans un mix fade de Desperate Housewives (la quatrième de couverture le proclame ouvertement), et Bridget Jones (citée nominément), le tout accommodé façon polar. J’ai l’impression que l’auteur a pioché ici ou là des formules gagnantes, a mis le tout dans un mixeur et sorti le tout sans avoir un seul instant pensé à le retravailler.

 

L’enquête ne tient pas la route, on a envie de prendre la place des inspecteurs en leur demandant de barricader le lieu du meurtre au lieu de laisser aller notre jeune Miss Marple mener son enquête toute seule. On se demande comment la police peut ne pas sceller ni examiner une scène de crime. Voit on trop les Experts à la télé ? Toujours est-il que l’enquête nous semble bien peu cohérente et sensée.

 

Sans compter un style parfois lourd et désagréable, des mètres de phrases perdues façon chick lit (on s’en contrefiche, qu’Ericka doive choisir entre une culotte ventre plat ou un string avant son dîner, et encore plus qu’elle se précipite dans la salle de bains pour enfiler une culotte dentelle avant le Grand Moment. Et ils le font 5 fois, d’ailleurs : édifiant (ou consternant)…). Cette parenthèse, dont certes la parenté est reconnue à Bridget Jones, manque cruellement d’originalité.

 

La traduction est mauvaise, ou alors le roman lui-même était écrit pour un public peu exigeant. Ici, on ne tombe pas, on se casse la figure, on ne chute pas, on s’étale, on n’est pas attirant, on est bandant etc …. L’utilisation trop fréquente de l’argot rend la lecture déplaisante, lourde et surtout peu qualitative. On a l’impression qu’une gamine s’est essayé au polar. Mouais. Pour moi,

c’est raté.

 

Ceci dit, et soyons honnête, le dénouement final est surprenant. Même si une partie de l’énigme apparaît clairement au lecteur au bout de 200 pages, il n’en reste pas moins que la fin comporte encore des surprises de taille.

 

Il y aura une série de plusieurs titres. Celui-ci très clairement me suffira.

 

La princesse des glaces, Camilla Läckberg, Ed. Actes Sud Actes Noirs, 381 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

 

 

Ce livre a suscité des avis divergents sur la blogosphère :

 

Les pour : Cathulu, Michel, Gawou, Elfique, Mamzelle Poupée, Shopgirl

Les contre : Moustafette,

Les mitigés : Le Bookomaton, Julie,

 

 

Ainsi que parmi les filles du Prix ELLE 2009 :

Les pour : Annie

Les contre : Antigone, Anna Blume

 

11/09/2008

TENEBREUSES – KARIN ALVTEGEN

alvtegen.jpg

 

Axel Ragnerfelt est écrivain, Prix Nobel de Littérature et considéré comme un Maître dans son pays. Ou plutôt était. Aujourd’hui il vivote sur un lit d’hôpital, terrassé par une attaque cérébrale. Son fils Jan-Erik entretient la flamme et la mémoire de son père, à travers conférences, interviewes, œuvres caritatives, qui continuent à alimenter aussi bien la réputation du grand homme que le tiroir caisse familial. Mais, un jour, Gerda, la fidèle employée de maison de la famille Ragnerfelt meurt en désignant comme unique héritier de ses maigres ressources un jeune homme totalement inconnu.

 

Ce n’est pas la vie d’Axel Ragnerflet qui risque  de basculer, mais son œuvre ; tout ce qu’il a consciencieusement érigé et farouchement protégé est menacé de pulvérisation, atomisation, désintégration.

 

 

Tout commence comme un roman noir classique. Des personnages bien campés, un auteur immensément connu et reconnu, une épouse frustrée et aigrie, un fils incapable de bâtir quoi que ce soit qui se contente des miettes (confortables) récoltées dans l’ombre de son père. Un jeune homme égaré dans sa propre existence, qui cherche le chemin de sa vie : qui est-il ? pourquoi a-t-il été abandonné et pourquoi cette Gerda l’a désigné comme héritier, lui qui ne la connaît même pas ?

 

Un début classique donc. On devine rapidement qu’il y a anguille sous roche et que le Grand Homme n’est sans doute pas si Grand que cela, à l’intérieur. Mais, soudainement, alors qu’on se disait que le roman était de bonne facture, sans plus, voilà que les choses prennent une tournure brusquement plus noire, obscure, ignominieuse et que l’on est littéralement rivé au livre, à la fois hypnotisé et écoeuré.

 

Les visages se révèlent et deviennent glauques, le récit se transforme en un roman psychologique ténébreux et opaque à souhait.

 

Un roman où les écrivains s’enfoncent dans l’ignoble, où les ayants droit se vautrent dans la boue pour qu’elle ne soit pas remuée, où les femmes boivent et vendent leur âme au diable pour protéger leur misérable vie.

 

Vous êtes écrivain et l’inspiration vous a quitté ? Votre succès s’émousse ainsi que votre fortune ? Allez donc voir par ici et voyez si tout cela en vaut vraiment la peine.

 

Vous allez enfin publier votre premier roman et vous demandez comment sortir du lot et faire parler de vous ? Allez voir par ici, êtes vous sûr que tout cela en vaut le coup ?

 

Vous êtes lecteurs : allez donc voir par ici et aérez la pièce, vous risquez de manquer d’air.

 

 

 

Ténébreuses, Karin Alvtegen – Plon 315 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

L'article de ELLE sur la sélection de septembre, catégorie Policier

 

16/07/2008

L’ENNEMI DANS LE MIROIR – LEIF DAVIDSEN

vuk.jpgC’est quoi un bad boy ?

Un bad boy c’est un gars pas net, un mec qu’il vaudrait mieux ne pas fréquenter, un gars à éviter.

Mais c’est aussi un gars sexy. Un gars qui attire. On va se brûler les ailes mais on n’y peut rien.

Moi, mon bad boy, il s’appelle Vuk, il est danois et serbe. C’était l’un des personnages principaux du "Danois Serbe". Un tueur à gages sans pitié, sans conscience, sans morale. Un mec dont le passé, la famille, ont été pulvérisés par la guerre civile en ex-Yougoslavie. Un type qui aurait pu être normal s’il n’avait pas assisté au massacre de sa famille. Un type devenu tueur parce qu’il n’avait plus rien, plus foi en rien, plus d’avenir, plus d’espoir.

A la fin du Danois Serbe, Leif Davidsen laissait la porte ouverte. Vuk disparaissait et le commissaire Per Torflund continuait ses activités au sein du PET (cellule anti-terroriste).  Nous le retrouvions dans « La femme de Bratislava ».

Mais voilà, quelques années plus tard, nous retrouvons Vuk. Le temps a passé. Per Torflund a épousé Lise Carlsen, la journaliste rencontrée dans le premier volet de la trilogie. Vuk s’est exilé aux Etats-Unis où il refait sa vie. Il mène une vie normale avec Emma, devenue Anna, et leurs enfants, nés américains. Ses cauchemars ont cessé Vuk/John est un citoyen lambda. Le passé est le passé.

Sauf que le 11 septembre va tout bouleverser. La paranoïa américaine qui s’ensuit va le coincer. Les étrangers sont contrôlés ; Vuk a changé de vie, mais pas d’empreintes digitales. La CIA l'arrête et lui propose un marché : collaborer ou être extradé au Danemark, où il est recherché pour meurtres.

« L’ennemi dans le miroir » est très abouti. Plus rythmé que « Le danois serbe », plus nerveux, il nous entraîne dans les méandres de la lutte anti-terrorisme à l’échelon mondial. On y retrouve la profondeur des personnages : Per Torflund, dont la mariage bat de l’aile, Vuk, bien sûr, écartelé entre son passé qui ressurgit et la nouvelle vie qu’il a réussi à bâtir. Vuk qui n’aspire qu’à tirer un trait sur ce passé, mais se voit forcé de travailler avec la CIA , pour protéger sa famille.

De nouveaux personnages aussi : Mike, l’agent du FBI taché de surveiller Vuk/John qui devient son ami, Ibrahim Krassilnikov, Mustafa Mussim, des citoyens lambda en réalité sympathisants de la cause islamiste, et surtout Aïcha bint Husseim, la jeune collaboratrice de Per Torflund.

A travers Aïcha, Leif Davidsen raconte cette jeunesse émigrée de deuxième génération, ses difficultés à s’intégrer. La complexité d’une vie écartelée entre modernisme et traditions séculaires. Poids des on-dit, poids de la famille, certitude de devoir s’émanciper.

Les personnages sont attachants, profonds, vrais. Pas uniquement des héros de cinéma qui enquêtent ou tuent, ou se battent. Des personnages qui pensent, qui sont troublés, divisés entre leur métier et leurs sentiments, leurs devoirs, leurs consciences.

On voyage également, à Hawaï, à Venise, en Espagne, et bien sûr, encore une fois, on y découvre Copenhague. Non seulement la ville, mais aussi ses habitants. Ses citoyens, leur mode de vie et de pensée, leur attitude face à l’immigration, la volonté du Danemark d’être une nation sereine, au dessus des luttes intestines des autres grandes puissances, une nation où il fait bon vivre. Leif Davidsen nous en donne envie, encore une fois.

Donc, un roman à lire, oui. Il peut se lire indépendamment de « La femme de Bratislava », ou même du « Danois serbe », mais ce premier volet est excellent et permet de faire connaissance avec Vuk et ses contradictions, pour mieux le retrouver ensuite !

L’ennemi dans le miroir, Leif Davidsen – Folio Policier, 519 p

18/01/2008

LA CITE DES JARRES – ARNALDUR INDRIASON

926ead377d6daacc1b2f54963c4ea291.jpgUn vieil homme est assassiné à Reykjavik. A priori un meurtre banal. L’inspecteur Erlendur est chargé de l’affaire.

 

Erlendur est un bon vieux flic, un bon vieux flic comme on aime les voir au cinéma : il est bourru, fume trop, ne sait pas cuisiner, n’est pas fichu de communiquer avec ses deux enfants. D’ailleurs l’un des deux a filé Dieu sait où, quant à l’autre elle essaie de décrocher de la drogue, et c’est pas facile. Quant à son ex-femme… n’en parlons pas. Bref un bon vieux flic comme on les aime.

 

De fil en aiguille, de découverte en découverte, Arnaldur Indriason ballade ses lecteurs de questions en questions. Une collection de photos pornographiques dans l’ordinateur du mort : ne serait on pas plongés dans une sombre histoire de pédophilie ? Un viol commis il y a de longues années : histoire de détraqués sexuels ? Au fil des événements, on découvre peu à peu une histoire à la fois triste, moche, glauque mais aussi touchante.

 

Le meurtre n’est pas aussi anodin, gratuit, simple qu’il parait. Le mobile, petit à petit se dessine. Erlendur s’interroge et le lecteur aussi. Voici une tragédie familiale, une histoire douloureuse, des personnages complexes, des coupables éventuels, des victimes innocentes, tout s’implique, tout s’embrique dans un style concis, net, sans circonvolutions inutiles jusqu’au dénouement.

 

On aura compris bien avant la fin qui est le coupable, mais ce n’est pas pour autant qu’on arrêtera la lecture, car Indriasson ajoute à son intrigue des sentiments bien plus complexes, bien plus singuliers qui nous pousseront à finir coûte que coûte le roman.

 

Famille, héritage génétique, historique, psychologique, transmission, mémoire, Indriasson propose ici un fort bon polar, mené tranquillement mais sans désintérêt aucun, bien au contraire. Le tout en nous faisant visiter l'Islande, ses moeurs, l'apparente placidité des habitants mais aussi leur droiture et leur honnêteté.

 

La cité des jarres - Arnaldur Indriason - Points 328 p

 

Les avis de Fashion Victim, Katell, Tamara