Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/05/2009

ONZE HISTOIRES DE SOLITUDE – RICHARD YATES

Onze histoires de solitudes, onze histoires de tristesse ou d’isolement, onze façons d’être délaissé, sur la carreau d’une société ou de s’enfermer sur soi, Richard Yates promène dans ces nouvelles son regard attendri et lucide sur la middle-classe américaine des années 50-60.

 

yates.jpgCe sont onze solitudes que nous propose ces petites histoires douces amères. Des histoires d’enfance : un petit garçon dans une nouvelle école, isolé par ses camarades parce que différent, qui souffre de la cruauté involontaire des autres enfants (« Docteur Jeu de Quilles », pleine de tendresse), des petites jalousies et envies dans une autre école, pour une maîtresse plus jolie, plus enviée, mâtinées de honte et de petites lâchetés enfantines (« Une petite fête pour Noël »).

 

Des histoires de femmes : la honte et la douleur d’une jeune femme, condamnée à rendre visite à son mari tuberculeux une fois par semaine, qui voit sa jeunesse lui filer entre les doigts et culpabilise de tromper ce mari devenu un poids (« Absolument sans douleur »)

 

Des histoires de couple : un jeune couple qui se marie par conformisme et tait cette petite voix moqueuse qui lui susurre de ne pas le faire (« Tout le bonheur du monde »).

 

Et puis il y a des hommes, jeunes ou vieux, prêts à bêler avec des idiots pour ne pas rester seuls, dépendants du regard d’autrui, empêtrés dans leurs illusions, qui laissent exploser leurs frustrations ou leurs colères (« Le mitrailleur » « Un pianiste de jazz formidable ») d’autres hommes enfermés dans leurs convictions, emplis de certitudes, sourds aux conseils des autres (« Contre le requins », « Les bâtisseurs » (certainement ma préférée)), des vieux malades qui unissent leurs solitudes dans un hôpital (« Fini l’an ‘ieux, ‘ive l’an neuf », très réussie).

 

 

Bref, des êtres maladroits, tristes, amers, des laissés pour compte ou des loosers, des personnages ordinaires, avec leurs failles et leurs désirs de réussir, de rentrer dans la norme. Ce recueil est différent de « la fenêtre panoramique », les sentiments et frustrations n’y sont pas finement distillées et décomposés. Ici, onze fenêtres s’entrouvrent et se referment sur des pans de vie américains.

 

 

 

Onze histoires de solitude, Richard Yates

Pavillon poche, 364 pages – Mai 2009

 

 

 

Pour les anglophones, les curieux, les patients (40 mn) Richard Yates lit ici la nouvelle « The best of everything » (tout le bonheur du monde) (cliquez sur Audio of Yates reading « the best of everything »).

14/01/2009

VOLEURS A LA DOUZAINE – DONALD WESTLAKE

Un personnage de roman peut il devenir l’ami de l’écrivain qui l’a créé, inventé, fait naître et vivre sous sa plume ? En tous cas, voleursaladouzaine.jpgDonald Westlake aime John Dortmunder. Ils se sont connus en 1967, alors que Donald Westlake sévissait sous le pseudonyme de Richard Stark. Et frayait souvent en compagnie d’un dénommé Parker, héros récurrent de ses romans. Parker « refusa le rôle que [Stark/Westlake] lui avait trouvé »… Westlake lui trouva donc un remplaçant et ainsi naquit John Archibald Dortmunder.

 

Lire la suite

21/12/2008

Si tu manges un citron sans faire de grimaces – Sergi Pàmies

Nous sommes tous les héros potentiels d’un recueil de nouvelles. Nous, et les autres. Les héros du quotidien, les héros des jours qui passent, qui se ressemblent ou pas. Ici, pas de super-héros, ou de super-aventure. citron.jpg

 

On y croise un homme-sans-histoires qui meurt et s’aperçoit qu’au final sa famille est bien plus heureuse sans lui, des parents modèles qui découvrent que leur fille modèle veut tellement ressembler aux ados modèles qu’elle les supplie de divorcer (et ils le feront), un homme seul qui envoie des enveloppes vides à des inconnus.

 

On y croise un auteur qui s’interroge sur la mort, un auteur qui se demande pourquoi cette femme couche avec lui,  un bonhomme qui n’aime pas ses voisins mais se demande pourquoi ils ne l’aiment pas…

 

 

Des héros du quotidien, donc, des gens banals, des personnes sans histoire, ou si peu, ou si peu intéressantes. Voilà que ce raconte Sergi Pàmies, avec un humour doux amer, avec le recul et la maturité de celui qui observe et ne juge pas, qui éclaire simplement le temps d’un instant des instantanés de vie, qui entrouvre des portes et les referme, le tout avec un joli talent de conteur.

 

Un tout petit livre, qui se déguste rapidement, s’oubliera peut-être aussi rapidement, mais nous fait passer un très agréable moment.

 

 

Si tu manges un citron sans faire de grimaces, Sergi Pàmies – Editions Jacqueline Chambon (ed.associés Actes Sud) 120 pages

 

 

Les avis de Cathulu et Lau.

06:45 Publié dans *Littérature Espagnole*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

13/11/2008

LA SEQUESTREE – CHARLOTTE PERKINS GILMAN

Une jeune femme, jeune maman dépressive, se voit cloîtrée dans une chambre par son médecin de mari. Seul remède préconisé : le repos, l’isolement, l’absence de toute activité créatrice susceptible de favoriser l’apparition d’idées nocives et de pensées destructrices. Dans une maison louée à la campagne, la jeune femme s’enferme dans sa chambre et se noie dans l’observation du papier peint…gilman.jpg

 

Une très courte nouvelle (49) pages, absolument édifiante sur les conditions et les soins apportés aux femmes dites « hystériques » à la fin du 19ème siècle. L’isolement préconisé et chaudement recommandé par un médecin obtus (en l’occurrence son mari tout à fait incapable de gérer la dépression de sa femme) conduit la jeune femme à s’enfermer dans ses pensées, les laisser dériver et, peu à peu, s’enliser dans la contemplation du papier peint.

 

Papier peint dont les motifs la fascinent et la dérangent.

 

Elle y voit une autre femme qui rampe et semble vouloir s’échapper. Ce processus de miroir imaginaire est clairement l’image inconsciente que la jeune femme a d’elle-même : une victime, tentant d’échapper à ses bourreaux, enfermée dans un système de conventions rigides et hors d’âge. Condamnée à l’enfermement vivant, contrainte de subir une annihilation forcée et pourtant admise (elle accepte ce traitement, convaincue qu’obéir à son mari est une chose normale, saine, raisonnable), la jeune femme s’enfonce lentement dans une spirale nébuleuse, toute clairvoyance disparaît en elle et la folie, doucement, sûrement, s’installe et annihile toute capacité de jugement ou clairvoyance chez la jeune femme.

 

De liseré en entrelacement de motifs jaunes, le papier peint absorbe la jeune femme, l’attire, l’envoûte, l’ensorcelle et la fait définitivement sombrer. Edifiant.

 

La lecture post-face de Claire de Margerie est indissociable de la lecture du livre. Elle apporte un éclairage passionnant sur la vie de Charlotte Perkins Gilman (elle-même victime d’une dépression post-natale et contrainte à l’enfermement par un époux aveuglé par des principes de médecine obscurantiste).

 

 

La séquestrée, Charlotte Perkins Gilman - Phébus Libbretto, 98 pages

 

 

Les avis de Lily, Cathulu, Laure, Malice, Lou.

20/10/2008

INTERIEUR NORD – MARCUS MALTE

interieur nord.jpgMusher vit dans les montagnes. Ses compagnons, ses amis : ses chiens de traîneau. Sa vie se résume à la neige, au froid, à la solitude, quelques touristes qui viennent découvrir son univers. Des gens de passage, des rencontres fugaces. Jusqu’à l’arrivée de Lauren.

 

Un père passe tous les jours devant le carrefour où son fils a été assassiné. Où son fils a croisé un destin inattendu, brutal, hasardeux et mortel. Il ne peut s’en empêcher. Passer là et se souvenir. Ne pas oublier. Surtout ne pas oublier.

 

Patrick observe sa mère boire. Il sait qui elle est, elle ne le sait pas. Il s’abreuve de sa présence, elle s’abreuve pour faire taire sa mémoire.

 

Quant à Lucien, le dernier narrateur, au crépuscule de sa vie, il se souvient. Il se souvient de sa vie de représentant, la route, les routes, les gens, les départs et les longs kilomètres avalés, seul au volant, jusqu’à ce jour où il a sonné chez Jeanne. Ces semaines extraordinaires qui ont suivi, et qui ont brutalement cessé…

 

Il y a des rencontres dans le recueil de Marcus Malte, des rencontres qui surgissent et viennent lacérer les lendemains, bouleverser des vies et déchiqueter leur monotonie. Il y a des solitudes, des hommes seuls qui, un jour, croisent un éclat de vie, un éclat de mort, et ne seront plus jamais les mêmes. La mort sera devenu part intégrante d’eux-mêmes, ils continueront à vivre en équilibre sur un fil ténu, fragile, comme des funambules avancent en se balançant sans cesse entre vie et mort.

 

La grisaille de ces vies est illuminée par la plume à la fois superbe et simple, (jamais un mot de trop), de Marcus Malte : il entoure ses personnages, hommes perdus, hommes seuls, d’un halo lumineux, serein, halo qui ne les quittera plus. Qui continuera à scintiller dans leur mémoire, comme un souvenir que l’on chéri et conserve précieusement, que l’on caresse doucement, en silence.

 

Ce recueil a reçu le prix Rotary Club de Paris.

 

Intérieur nord, Marcus Malte. Ed. Zulma, 140 pages

 

 

14/10/2008

TOUTE LA NUIT DEVANT NOUS – MARCUS MALTE

Un enfant qui s'enlise dans l’irréel pendant une colonie de vacances. D’autres enfants désespérés par la marche du monde, une bande de gamins qui vivent au travers une équipe de foot ; l’univers du petit recueil de nouvelles de Marcus Malte est rempli d’un charme à la fois vénéneux et troublant.malte.jpg

 

Mestrel, le narrateur de la première nouvelle (Le fils de l’étoile) découvre le monde impitoyable des colonies de vacances et la muflerie des adolescents. Sa rencontre avec le taciturne François l’entraînera dans une spirale trouble, sombre, torsade d’événements qui bouleversera sa vie à tout jamais.

 

Iris, Lys, Rose et Chardon Ardent, les enfants de la deuxième nouvelle (Des noms de fleurs) veulent se persuader que seul un « coup de grâce » peut changer la marche d’un monde qui les dégoûte :  seul un sacrifice influera le déclin de leur planète. Prêts à tout, même au sacrifice ultime.

 

Le dernier narrateur (Le père à Francis) raconte la cité, l’OM, le foot comme seule riposte à une vie sans avenir, seule échappatoire dans un univers désenchanté, désoeuvré.

 

Trois nouvelles donc, et trois univers très différents, avec pour point commun et fil conducteur les désillusions, l’espoir, les rêves évanouis, avalés par un avenir obscur.

 

Que l’on s’oublie dans les rêves, que l’on se réfugie dans un univers parallèle et protecteur, que l’on aille jusqu’au bout par conviction ou désespoir, que l’on voie ses rêve brisés net par un quotidien trop livide, rattrapés par la perspective de lendemains sans espoir, les personnages de Marcus Malte sont touchants, parfois grinçants mais toujours justement dessinés. Le style, différent dans les trois nouvelles, est toujours juste et prenant.

 

Un petit recueil qui sait laisser son empreinte.

 

Belle lecture, donc.

 

 

 

Toute la nuit devant nous, Marcus Malte – Ed. Zulma, 126 pages