Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/09/2008

QUI COMME ULYSSE – GEORGES FLIPO

flipo.jpg

Nouvelles en partance.

 

En partance pour où ?

 

Le sous-titre du recueil de Georges Flipo ouvre joliment la porte à 14 nouvelles toutes aussi différentes que subtiles.

 

Que ce soit des voyages imaginaires (La route de la soie) ou réels (Les éléphants de Pattaya, Nocturne) Georges Flipo entraîne son lecteur dans une promenade au cœur de l’âme humaine.

 

On flâne dans les rues de Pattaya pour y flirter avec des fantasmes et des hésitations, des peurs et des désirs, une bataille silencieuse entre le corps et la raison, on frémit devant la petitesse et la mesquinerie d’un groupe de touristes en Inde (Nocturne), on assiste à un retour aux sources émouvant (Les sources froides). On tressaille en s’identifiant à ce groupe de femmes qui partent en groupe, quand l’une d’elle cedera et franchira une limite que toutes les autres auraient pu elles aussi franchir (L’incartade) ; on est ému par cet auteur de nouvelles qui deviendra marchand d’empanadas (Qui comme Ulysse). On marche silencieusement derrière un chef d’entreprise désabusé qui sera rattrapé par son destin (La marche dans le désert), on sourit en surprenant les pensées d’un auteur-voleur d’anecdotes (Rapace).

 

Je serais bien incapable d’un choisir une ou d’en rejeter une autre. Toutes ont éveillé en moi un je ne sais quoi de curiosité, de compréhension, d’ouverture. Toutes ont titillé quelque chose. Même si L’indifférent m’a moins passionnée, sa chute n’en reste pas moins une petite gifle, une respiration retenue, parce que nous sommes tous parfois cruels, volontairement, parfaitement égoïstes. Ou parfois nous rêvons d’une autre vie, différente, nous voudrions, juste une fois, être un autre (Confiteria Ideal).

 

 

Au-delà des voyages, au-delà des histoires et des anecdotes, il y a dans ce recueil une toute autre balade que nous offre Georges Flipo : une peinture très subtile de toutes ces petites choses et pensées qui révèlent l’âme humaine, des fragments d’humanité touchants, émouvants, parfois poignants ou révoltants.

 

Voyager en ouvrant les yeux, en s’ouvrant aux autres, à soi-même, voyager en partant ou en restant à quai, mais découvrir une petite portion d’humanité, saupoudrée de légèreté, de piquant ou de tendresse, voilà ce que nous offre Georges Flipo avec ce très beau recueil.

 

Merci, M. Flipo, j’ai été très agréablement surprise, il faut l’avouer, et je suivrai avec attention vos prochaines parutions.

 

 

 

 

Qui comme Ulysse, Georges Flipo - Editions Anne Carrière, 253 pages 

 

Les avis de Cuné, Fashion, Papillon, Laure, Keisha, Martine, Kiki , Kathel et de Cathulu qui en fait elle aussi son billet du jour !

 

Le blog de Georges Flipo.

 

15/08/2008

TRAILERPARK – RUSSELL BANKS

trailerpark.jpgRussell Banks écrit encore et toujours aussi bien les chroniques de la vie ordinaire. Dans un parc à caravanes, 12 mobile homes, neuf, branlants, rouillés ou fleuris. Des habitants, un guichetier de banque, un ancien militaire, un jeune hippie, une divorcée, une veuve…

Les vies se croisent, les gens se parlent. Chacun apporte son lot quotidien de faits et gestes qui abreuvent les commentaires, les histoires qui se raconteront, de caravane en caravane.

 

C’est l’Amérique du New Hampshire, celle des laissés pour compte, ceux qui survivent d’aides, ou d’une maigre retraite, ou de petits boulots. Une communauté faite de solitudes réunies qui partagent parfois un peu de tendresse et de chaleur, mais la plupart du temps vivent côte à côte, se parlant sans s’écouter. Ils sont unis par leurs solitudes, leurs hantises, leurs échecs ou leurs rêves brisés.

Résignation, pauvreté, échecs, violence, alcool, solitude, ces nouvelles se lisent comme un roman. Le ton est tendre, parfois ironique, parfois moqueur mais toujours lucide.

Russell Banks pose un œil averti sur une population oubliée, une communauté isolée. De belles tranches de vie.

Les avis de Laurence et Allie.

06:07 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

25/06/2008

L’ANGE SUR LE TOIT - RUSSELL BANKS

ange.jpgAvec Russell Banks, nous sommes loin de l’Amérique clinquante et scintillante. Nous sommes loin des grandes villes et des fortunes, loin des nantis, loin des banlieues bourgeoises et calibrées, loin des analystes surpayés et des écoles privées hors de prix.

 

Les personnages de Russell Banks sont des gens simples, des Américains moyens, "de base". Les femmes essayent de s’en sortir, les enfants observent leurs parents sans illusions, les hommes boivent pour adoucir des journées sans espoir. On communique peu, ou plus, ou mal. On essaye de s'en sortir. Le quotidien a effiloché les vies, les relations.

 

Dans l’Ange sur le toit, nous suivons ces Américains là. Des personnages blessés, usés,  las, des hommes et des femmes qui vivent simplement. Avec leurs regrets, leurs blessures, leurs usures. Des personnages dont la vie peut prendre des chemins surprenants, inattendus.

 

Dans chaque nouvelle, c’est un moment qui dérape, un moment M où la fissure, la fêlure qui étaient présentes, lancinantes, souterraines, vont brusquement céder. Un événement anodin, et la vie prend un chemin inattendu. Une rencontre accidentelle, et le passé ressurgit, vous envahit. Un accident, un dérapage et un couple se défait, une enfant part sans se retourner, et ne reviendra pas. Le passé, les regrets, l’amertume, la nostalgie sont le fil conducteur de ces nouvelles, comme un constat amer, désabusé.

Comme toujours, le style de Russell Banks vous étreint le cœur. J’ai néanmoins été un peu moins touchée qu’avec l’autre recueil de nouvelles « Histoires de réussir ». (Dont l’une des nouvelles est reprise dans ce recueil, en guise de préambule).

 

Les avis de Cuné et Laurence et Thom.

06:34 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

13/06/2008

OUVRE TOI ! Recueil d’anthologie dirigé par Magali Duez

ouvre-toi.jpgQuand on dit « Ouvre toi », on peut s’adresser à n’importe quoi.

 

Une fichue boite de conserve qui refuse de céder à vos assauts affamés, une porte récalcitrante, une trousse à crayons indocile, une fermeture éclair réfractaire ; on rage, on râle, on rate, on rame, bref, l’injonction est là, sur le bord des lèvres, prête à sortir d’abord dignement, fermement puis rageusement.

 

Mais « Ouvre-toi » peut signifier plein d’autres choses, et ce recueil de nouvelles nous en donne des exemples tantôt édifiants, tantôt touchants, tantôt drolissimes.

Ouvre-toi, c’est le cri d’une enfant qui veut lire, et qui interpelle son livre. Son livre qui décide de faire grève, parce que la petite ne lit que par obligation, par obéissance, parce que sa maîtresse et ses parents l'y forcent. Le livre ne s’ouvrira que sur injonction du plaisir.

Ouvre-toi c’est le cri de ce soldat désespéré à son parachute, avant qu’il ne découvre que des gremlins facétieux ont décidé de se mêler d’une guerre absurde menée par les humains (cette nouvelle est excellente !)

Ouvre-toi, c’est le cri de cette enfant autiste, qui ne peut sortir de son enfermement, cloîtrée en elle-même, blindée, sécurisée, cadenassée.

Ouvre-toi, c’est le cri de ce paysan, fermé aux autres, asocial, frustré, méfiant, c’est le cri de cette autre enfant dont la vie est contrôlée, réglée, minutée par ses appareils domestiques robotisés robotisants dans une société futuriste, c’est le cri de rage de Jassim Ibn Menollh, le chef des 40 voleurs, qui découvrira peu à peu une autre voie, plus sage, plus solitaire (quel plaisir !) ou celui, hilarant, désopilant, de Dieu, qui discute avec une de ses plus fidèles… fidèles !

Ouvre-toi, c’est le cri par lequel commencent toutes ces nouvelles. La solitude, la maladie, la mort, la drogue, l’oubli, tous ses personnages se heurtent à leurs propres cloisons, leurs propres peurs et tous supplient leurs portes de s’ouvrir. On y parle de haine, de quête, de peur, on sourit, on s’interroge… Il y a dans ce recueil des petites perles qui sont ma foi très prometteuses. D’autres m’ont moins touchée, d’autres m’ont amusée, certaines m’ont transportée.

A lire au compte goutte, en prenant son temps, nouvelle par nouvelle, pour faire durer le plaisir.

 

 

 

Les avis de Flo, de Chimère, de Chiffonette

05:32 Publié dans *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Facebook

15/05/2008

HISTOIRE DE REUSSIR – RUSSELL BANKS

1985041505.2.jpgVous ai-je déjà dit que j’aime Russell Banks ? Oui, quand j’ai parlé de « De beaux lendemains » ? De façon plus mitigée avec « La réserve » ?

 

 

OK. J’avoue, son dernier roman m’a laissée sur ma faim. Mais je sentais bien qu’entre lui et moi, il y a avait quelque chose. Ce petit truc qui fait que vous sentez, que vous devinez, qu’un auteur va vous embarquer dans ses mots, dans ses histoires, dans ses récits, et que vous n’aurez cesse d’en lire davantage.

 

 

Troisième essai, donc et avantage Banks.

 

 

"Histoire de réussir" est un recueil de neuf nouvelles. Dans la plupart d’entre elles nous retrouvons les mêmes personnages, à quelques années d’écart.

 

 

Tout commence par le récit de Earl, 12 ans. Son père est parti, abandonnant femme et enfants et les laissant de débrouiller avec leur misère et leurs problèmes. Earl, devenu l’homme de la famille, inscrit sa mère à Reine d’un jour, une émission de télévision où des femmes viennent plaider leur cause, leur détresse, leur dénuement et les soumettre à l’applaudimètre du public. La malheureuse la plus applaudie gagnera un lave-vaisselle, ou un réfrigérateur…

 

 

Voilà le rêve américain, le rêve d’une Amérique profonde, pauvre et les chimères auxquelles elle s’accroche et qui sont ses seuls repères.

 

 

Au fil des nouvelles, nous suivrons Earl, qui tente d’échapper à l’échec social promis par son milieu, sa famille et sa culture.

 

Il y a les mensonges, que l’on se raconte et raconte à ses enfants pour embellir le quotidien et remodeler inconsciemment son passé, en édulcorer le sordide. Il y a les ambitions déçues, les illusions perdues d’un gamin admis à l’Ivy League mais qui ne peut se fondre dans le moule trop lisse et rutilant pour qu’il y  trouve sa place. Il y a le renoncement d’une population à croire en la justice et qui érige en héros quelques justiciers qui deviendront bourreaux à leur tour, en toute impunité. Il y a des mariages ratés, rongés par le quotidien, des échecs involontaires, des innocences qui cèdent la place au fatalisme et la résignation.

 

 

Quelques nouvelles sont sans rapport avec Earl et sa famille. Mais n’en sont pas moins riches de contenu, brillantes. « Le poisson » est une nouvelle étonnante, truculente, sur la capacité qu’ont les hommes à détruire eux même leurs propres ressources, briser eux-mêmes leurs propres rêves. « Histoires d’enfants » est un récit acerbe sur les rapports parents-enfants, constat amer et lucide de la déchéance et la chute des valeurs morales et familiales.

 

 

Alcool, adultère, échecs, misère, solitude. Peut-on s’en sortir ? A quel prix ? Il me serait difficile de dire quel constat en tirer. Oui, on peut essayer de se construire une vie, un avenir, un futur différent. Mais les séquelles sont trop importantes pour en être à jamais libéré.

 

 

J’en redemande, donc.

 

Cuné l'a lu.

06:07 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook

31/03/2008

DE BEAUX LENDEMAINS – RUSSELL BANKS

1985041505.jpgParfois un roman peut en cacher un autre. « De beaux lendemains » raconte l’histoire d’un accident. Un accident qui a causé la mort de plusieurs enfants.

Dolores Driscoll est conductrice de bus scolaire. Elle ramasse chaque jour les enfants de ce petit coin perdu des Aridonbacks, dans le nord de l’Etat de New York. Chaque jour depuis près de trente ans elle les conduit à l’école de la vallée. Jusqu’au jour où elle croit voir un chien sur la route montagneuse. Elle freine, braque, vire et tombe dans le ravin, glisse sur une sablière, le bus fend la glace et s’enfonce.

L’accident pulvérise la vie du village de Sam Dent. Malgré les secours, plusieurs enfants périssent.

L’accident nous est raconté à tour de rôle par Dolores elle-même, puis par Billy Ansel qui a perdu ses enfants ; par Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais qui va tout faire pour qu’un procès ait lieu et faire payer les responsables ; par Nicole Burnell, une jeune rescapée devenue invalide suite à l’accident.

C’est magistral. Chacun, avec sa voix, ses mots va apporter son regard sur les événements. Mais au-delà de l’accident, un autre roman se dessine : celui de cette bourgade, celui des habitants des montagnes isolées, rongés par la pauvreté, par la rigueur des hivers, par l'obscurité de leurs avenirs. Celui des couples qui ne se parlent plus, usés par les difficultés à nourrir une famille, ceux qui se contentent de leur morne quotidien puisque demain ne sera qu’un autre quotiden, tout aussi morne, suivi par un autre, et un autre encore. Celui des parents ravagés par le deuil, emmurés dans leur douleur, incapables de partager leur fardeau. Celui de cet avocat avide de revanche, de vengeance, de victoire, qui mène mille combats pour oublier qu’il n’a pas gagné celui d’être un bon père.

C’est le roman de cette jeune fille démolie par un père abusif mais cloîtrée dans le silence. Comment dénoncer son père ? Parce qu’il l’aime, en fait. D’une certaine façon, c’est sûr, mais c’est son père après tout. Elle était déjà démolie, de toute façon. Son handicap tiendra son père au loin, c’est déjà ça.

L’atmosphère pourrait être opaque, triste. Comme si le malheur ne s’abattait que plus lourdement sur les gens démunis. On est loin de la grande ville et de ses lumières, on vit d’aide sociale ou de menus travaux, mais l’honneur de ses habitants est intact, même s’il se noie parfois dans l’alcool qui anesthésie les souffrances. L’atmosphère est opaque, oui, d'une certaine manière, mais en même temps elle est illuminée par la richesse intérieure de ces personnages, par leur richesse morale, par leur dignité.

C’est impressionnant, c’est bluffant, cette capacité qu’a Russel Banks de se couler dans l’intimité de l'âme humaine, de nous faire aimer ces êtres qui essayent de vivre décemment, dignement. Il nous remue de compassion et d’empathie pour ses personnages. Il nous transporte dans ce bled paumé et l'on s'y sent presque bien, presque à notre place.

Un roman, deux romans, plusieurs romans en un seul, pour un même régal.

Ah, que j'ai aimé ce livre!

L'avis d'Anne, qui m'a donné envie de le lire, celui de Joelle.

 

 

06:05 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Nouvelles* | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook