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11/09/2008

TENEBREUSES – KARIN ALVTEGEN

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Axel Ragnerfelt est écrivain, Prix Nobel de Littérature et considéré comme un Maître dans son pays. Ou plutôt était. Aujourd’hui il vivote sur un lit d’hôpital, terrassé par une attaque cérébrale. Son fils Jan-Erik entretient la flamme et la mémoire de son père, à travers conférences, interviewes, œuvres caritatives, qui continuent à alimenter aussi bien la réputation du grand homme que le tiroir caisse familial. Mais, un jour, Gerda, la fidèle employée de maison de la famille Ragnerfelt meurt en désignant comme unique héritier de ses maigres ressources un jeune homme totalement inconnu.

 

Ce n’est pas la vie d’Axel Ragnerflet qui risque  de basculer, mais son œuvre ; tout ce qu’il a consciencieusement érigé et farouchement protégé est menacé de pulvérisation, atomisation, désintégration.

 

 

Tout commence comme un roman noir classique. Des personnages bien campés, un auteur immensément connu et reconnu, une épouse frustrée et aigrie, un fils incapable de bâtir quoi que ce soit qui se contente des miettes (confortables) récoltées dans l’ombre de son père. Un jeune homme égaré dans sa propre existence, qui cherche le chemin de sa vie : qui est-il ? pourquoi a-t-il été abandonné et pourquoi cette Gerda l’a désigné comme héritier, lui qui ne la connaît même pas ?

 

Un début classique donc. On devine rapidement qu’il y a anguille sous roche et que le Grand Homme n’est sans doute pas si Grand que cela, à l’intérieur. Mais, soudainement, alors qu’on se disait que le roman était de bonne facture, sans plus, voilà que les choses prennent une tournure brusquement plus noire, obscure, ignominieuse et que l’on est littéralement rivé au livre, à la fois hypnotisé et écoeuré.

 

Les visages se révèlent et deviennent glauques, le récit se transforme en un roman psychologique ténébreux et opaque à souhait.

 

Un roman où les écrivains s’enfoncent dans l’ignoble, où les ayants droit se vautrent dans la boue pour qu’elle ne soit pas remuée, où les femmes boivent et vendent leur âme au diable pour protéger leur misérable vie.

 

Vous êtes écrivain et l’inspiration vous a quitté ? Votre succès s’émousse ainsi que votre fortune ? Allez donc voir par ici et voyez si tout cela en vaut vraiment la peine.

 

Vous allez enfin publier votre premier roman et vous demandez comment sortir du lot et faire parler de vous ? Allez voir par ici, êtes vous sûr que tout cela en vaut le coup ?

 

Vous êtes lecteurs : allez donc voir par ici et aérez la pièce, vous risquez de manquer d’air.

 

 

 

Ténébreuses, Karin Alvtegen – Plon 315 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

L'article de ELLE sur la sélection de septembre, catégorie Policier

 

06/08/2008

DERIVE SANGLANTE – WILLIAM G. TAPPLY

derive.jpgVous vous souvenez ? Je vous ai parlé de Stoney Calhoun récemment. Mais oui ! Le guide de pêche, celui qui vit dans le Maine, celui qui ne se rappelle de rien, l’amnésique ! Je vous en parlais à propos de « Casco Bay ».

Ici, Dérive sanglante est le premier roman où William G. Tapply met en scène Stoney Calhoun.

Amnésique, donc, le Stoney. Nous faisons sa connaissance dans ce premier volet de ses aventures et apprenons comment Stoney est sorti un beau jour de l’hôpital, mémoire en berne, avenir indécis et passé englouti par la foudre dix-huit mois plus tôt.

Aucun souvenir, donc, mais Stoney sort enfin. Il sait juste que son compte en banque sera désormais suffisamment pourvu pour qu’il n’aie pas à travailler, pourvu que le passé ne pointe pas son nez.

Alors Stoney écoute son instinct, ou les voix qui sommeillent en lui, ou son flair. Il s’installe au fin fond des bois du Maine et construit sa cabane. Il deviendra guide de pêche, aimera la belle Kate. Un jour, un client vient et demande un guide pour l’emmener dans les bois pêcher des truites sauvages. Stoney n’a pas envie, Stoney ne le sent pas, Stoney fait sa tête de pioche et envoie Lyle, son meilleur ami, à sa place.

Lyle ne reviendra pas. Inquiet, stressé, empli d’un mauvais pressentiment, Stoney part à sa recherche et retrouve son corps. Assassiné.

Par ce client bizarre ? Stoney s'en veut. Il aurait dû y aller, il aurait dû mourir, lui, et pas son copain Lyle.

Voici un roman ma foi fort passionnant. Avec Casco Bay, j’avais découvert ce genre de « polar nature ». Ici encore, nous nous baladons dans les bois du Maine, nous nous passionnons pour la pêche (oui oui), nous suivons avec empressement Stoney dans cette nature sauvage, prenante, absorbante et paisible.

Et, encore une fois, Stoney est passionnant. Qui est-il ? Comment expliquer ce flair, ce besoin d’enquêter, de fouiner, de comprendre ? Comment expliquer qu’il sait comment casser d’un revers de main le nez et les dents à la fois ?

William G Tapply nous embarque dans cette enquête en deux temps trois mouvements : deux promenades en forêt et trois tours de moulinet, quatre mouches-appats (que nous saurons presque monter nous-même). Et pourtant, aucune de ces scènes de pêche et détails techniques n’est barbant. Au contraire. On suit Stoney, on suit Kate, on suit le shérif Dickman, tous ces personnages attachants, authentiques, VRAIS, dans une enquête menée tambour battant, stressomètre au maximum, juqu’au dénouement final (dénouement final qui, encore une fois, aurait à mon sens supporté d’être un peu plus creusé, plus étoffé, mais bon, l’essentiel n’est pas là).

Nous avons ici un polar d’un genre nouveau, original, où la nature prend une place importante, capitale, et c’est franchement à la fois apaisant et rafraichissant.

Eh, Stoney, tu reviens quand, pour un troisième volet ? Je t’attends, moi !!!

Dérive sanglante, William G Tapply - Ed. Gallmeister, 268 pages

 

 

Laure a aimé aussi.

16/07/2008

L’ENNEMI DANS LE MIROIR – LEIF DAVIDSEN

vuk.jpgC’est quoi un bad boy ?

Un bad boy c’est un gars pas net, un mec qu’il vaudrait mieux ne pas fréquenter, un gars à éviter.

Mais c’est aussi un gars sexy. Un gars qui attire. On va se brûler les ailes mais on n’y peut rien.

Moi, mon bad boy, il s’appelle Vuk, il est danois et serbe. C’était l’un des personnages principaux du "Danois Serbe". Un tueur à gages sans pitié, sans conscience, sans morale. Un mec dont le passé, la famille, ont été pulvérisés par la guerre civile en ex-Yougoslavie. Un type qui aurait pu être normal s’il n’avait pas assisté au massacre de sa famille. Un type devenu tueur parce qu’il n’avait plus rien, plus foi en rien, plus d’avenir, plus d’espoir.

A la fin du Danois Serbe, Leif Davidsen laissait la porte ouverte. Vuk disparaissait et le commissaire Per Torflund continuait ses activités au sein du PET (cellule anti-terroriste).  Nous le retrouvions dans « La femme de Bratislava ».

Mais voilà, quelques années plus tard, nous retrouvons Vuk. Le temps a passé. Per Torflund a épousé Lise Carlsen, la journaliste rencontrée dans le premier volet de la trilogie. Vuk s’est exilé aux Etats-Unis où il refait sa vie. Il mène une vie normale avec Emma, devenue Anna, et leurs enfants, nés américains. Ses cauchemars ont cessé Vuk/John est un citoyen lambda. Le passé est le passé.

Sauf que le 11 septembre va tout bouleverser. La paranoïa américaine qui s’ensuit va le coincer. Les étrangers sont contrôlés ; Vuk a changé de vie, mais pas d’empreintes digitales. La CIA l'arrête et lui propose un marché : collaborer ou être extradé au Danemark, où il est recherché pour meurtres.

« L’ennemi dans le miroir » est très abouti. Plus rythmé que « Le danois serbe », plus nerveux, il nous entraîne dans les méandres de la lutte anti-terrorisme à l’échelon mondial. On y retrouve la profondeur des personnages : Per Torflund, dont la mariage bat de l’aile, Vuk, bien sûr, écartelé entre son passé qui ressurgit et la nouvelle vie qu’il a réussi à bâtir. Vuk qui n’aspire qu’à tirer un trait sur ce passé, mais se voit forcé de travailler avec la CIA , pour protéger sa famille.

De nouveaux personnages aussi : Mike, l’agent du FBI taché de surveiller Vuk/John qui devient son ami, Ibrahim Krassilnikov, Mustafa Mussim, des citoyens lambda en réalité sympathisants de la cause islamiste, et surtout Aïcha bint Husseim, la jeune collaboratrice de Per Torflund.

A travers Aïcha, Leif Davidsen raconte cette jeunesse émigrée de deuxième génération, ses difficultés à s’intégrer. La complexité d’une vie écartelée entre modernisme et traditions séculaires. Poids des on-dit, poids de la famille, certitude de devoir s’émanciper.

Les personnages sont attachants, profonds, vrais. Pas uniquement des héros de cinéma qui enquêtent ou tuent, ou se battent. Des personnages qui pensent, qui sont troublés, divisés entre leur métier et leurs sentiments, leurs devoirs, leurs consciences.

On voyage également, à Hawaï, à Venise, en Espagne, et bien sûr, encore une fois, on y découvre Copenhague. Non seulement la ville, mais aussi ses habitants. Ses citoyens, leur mode de vie et de pensée, leur attitude face à l’immigration, la volonté du Danemark d’être une nation sereine, au dessus des luttes intestines des autres grandes puissances, une nation où il fait bon vivre. Leif Davidsen nous en donne envie, encore une fois.

Donc, un roman à lire, oui. Il peut se lire indépendamment de « La femme de Bratislava », ou même du « Danois serbe », mais ce premier volet est excellent et permet de faire connaissance avec Vuk et ses contradictions, pour mieux le retrouver ensuite !

L’ennemi dans le miroir, Leif Davidsen – Folio Policier, 519 p

10/07/2008

CASCO BAY – WILLIAM G. TAPPLY

casco.jpgUn polar en pleine nature, ça vous tente ? Un polar où le personnage principal est une baie, Casco bay, dans le détroit du Maine. Casco bay et les Calendar Islands, nommées ainsi parce qu’elles sont nombreuses, sauvages, abruptes, désertes.

Stoney Calhoun est Guide de Pêche. Il embarque les touristes et les emmène pêcher dans la baie, accompagné de Ralph, son chien, son ami, son compagnon. Stoney est un brave type. Un peu bourru, un peu sauvage, pas très loquace. Sa vie, il se l’est construite depuis sept ans. D’avant, il n’a aucun souvenir. Il sait seulement qu’il a été frappé par la foudre et que sa mémoire a été gommée, effacée. Ctrl Alt Suppr, en quelque sorte. Profiter, pêcher, savourer, aimer la belle Kate, pêcher, parler à Ralph. Parfois quelques éclairs fugaces, une lueur floue dans sa tête, mais rien de plus.

En revanche, quand il découvre avec un touriste un cadavre calciné sur Quarantine Island, il sait qu’il ne doit toucher à rien, ses yeux cherchent automatiquement les traces, les indices. Et cette odeur, il la connaît aussi. Puis quand le touriste qui l’accompagnait est aussi assassiné, Stoney sait instinctivement étudier le corps avec le regard, chercher les douilles, étudier l’angle de tir.

Stoney accepte d’épauler le shérif Dickman, son ami.

Toute la beauté de ce polar réside d’une part dans la nature, cette Casco Bay sauvage et brumeuse. La brume, les sorties en mer, la vie plutôt aride et bourrue des habitants. On est loin des villes et des courses poursuites effrénées. D’autre part, le personnage de Stoney est véritablement charismatique. On devine l’ancien… l’ancien quoi au fait ? un ancien flic ? un ancien terroriste ? un ancien agent spécial ? On n’en saura rien. Si ce n’est que quelqu’un vient s’assurer régulièrement que Stoney est toujours amnésique. Et que Stoney semble savoir instinctivement comment tuer à mains nues.

Et là réside le charme principal du roman : on s’attache à ce pêcheur, à son chien, à son bateau. Les cadavres se multiplient et on ne lâche plus le roman. Plus du tout (même si, soyons honnête, on se dira en le terminant que le dénouement n'est finalement pas très original).

Casco Bay est le deuxième roman mettant en scène Stoney Calhoun. Le premier, Dérive sanglante, va certainement rejoindre le haut de ma PAL rapidement.

Et Stoney Calhoun devenir un de mes personnages préférés.

 

Casco Bay, William G. Tapply – Gallmeister collection Noire, 291 p

09/06/2008

La danse des obèses – Sophe Audouin-Mamikonian

obeses.jpgTout n’a pourtant pas trop mal commencé. Un serial killeur s’en prend à des obèses qu’il laisse mourir de faim avant de les torturer et les abandonner dans une mise en scène particulièrement macabre. Le capitaine Philippe Heart est chargé de l’affaire, aidé par la pédopsychiatre Elena Bartok.

Le début du roman est parvient à donner l’impression que nous sommes plongés dans un whodunit qui, à défaut d’être pleinement abouti, tiendra son lecteur en haleine pendant 300 pages. Que demander de plus quand on a envie d’une lecture facile, courte et haletante ?

Quelques scènes de crime sont particulièrement dégoûtantes, mais, serial killer souffrant d’un rapport pathologique avec la nourriture oblige, nous avons là aussi quelques recettes de cuisine particulièrement alléchantes. A tel point que j’en ai noté une, d’ailleurs.

Seulement voilà. D’une part Sophie Audouin s’est sentie obligée d’affubler ses personnages de clichés plutôt navrants. Le capitaine Heart, courageux et vénérable policier, est aussi un veuf éploré, à qui son épouse (une authentique princesse italienne) a légué une immense fortune. Il vit dans leur appartement de 1500 m², il est beau, il est jeune, et cinq ans après le décès de sa femme continue à lui parler dans leur immense appartement. Saura-t-il recommencer à vivre ?

Elena Bartok, la pédopsychiatre (dont le capitaine Heart va bien sûr tomber follement amoureux) est d’une beauté renversante. Elle aussi est immensément riche grâce à l’empire industriel de son père. Son meilleur ami est homosexuel, il fréquente le jet-set, les coiffeurs à la mode et ce cher John (entendez Galliano, s’il vous plait). Je vous fais grâce des énoncés de marques de luxe auxquels nous avons droit. Elena a été victime de tentative d'abus pendant son enfance. Saura-t-elle surmonter son aversion pour les rapports amoureux ? Saura-t-elle faire enfin confiance à un homme ?

Les victimes sont obèses, mais se chaussent tous chez un chausseur de luxe (B. si vous voulez savoir !), fréquentent les meilleurs restaurants, et sont aussi, en réalité, de très méchantes personnes, vraiment. On entend ici une histoire de trafic de bébés à peine esquissée, très peu plausible, malheureusement.

Cette façon qu'a Sophie Audouin d'insister sur les physiques renversants de ses personnages, de s'attarder sur leurs vêtements, leurs états d'âmes d'une puérilité effrayante frise le roman de gare.

D’autre part, l’intrigue ne tient plus la route dès le deuxième crime. On ne croit plus une seule seconde à la façon dont le meurtrier arrive à se débarrasser des corps, l’histoire d’amour entre le beau capitaine et la superbe psychiatre se transforme en soupe harlequinesque du plus bel effet, sans compter les incohérences de l'enquête et surtout du dénouement final que je ne saurais qualifier : navrantes, ou parfaitement risibles ?

 

L’avis de Clarabel.

03/06/2008

GARDEN OF LOVE - MARCUS MALTE

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PRIX DES LECTRICES ELLES 2008 - CATEGORIE POLICIER

 

 

C’est l’histoire d’un flic qui reçoit un manuscrit anonyme dans lequel des éléments troubles et sa vie s’imbriquent et se rejoignent, se mêlent, se fondent, s’enchevêtrent.

 

C’est l’histoire d’un livre qui happe le lecteur, l’hypnotise et le retient prisonnier une, deux, trois heures puis la nuit entière.

 

Parce qu’on ne peut pas lâcher Garden of Love une fois commencé. C’est stupéfiant, cette maîtrise des mots, des phrases et de l’histoire, que l’on ressent à chaque détour, à chaque page. Au fil des chapitres, les personnages apparaissent, laissent à la place à d’autres, reviennent pour mieux disparaître et, malgré le sentiment déroutant de ne pas comprendre où l’auteur veut nous mener, on se laisse guider, on s’abandonne à cette construction magistrale, à cette puissance des mots qui vous giflent parfois alors que le style même est simple et direct, sans fioriture, sans mélo, sans pathos, des mots rien que des mots qui vous aspirent. La première scène, le premier chapitre, sont pour moi un pur moment d'anthologie, et le reste du roman est à la même enseigne : parfaitement virtuose.

 

Petit à petit l’horizon va se découvrir et on s’enfonce totalement dans cette histoire de peurs, de folie, de schizophrénie, de traumastismes. C’est un jeu de miroir dans lequel on se perd sans chercher ni fil blanc, ni petits cailloux à semer ; on sait que tout s’éclairera, alors on savoure. Les personnages se heurtent, leurs doubles leurs répondent. Qui manipule qui ? Qui est réel ? Qui est fantasme ? Où est la vraie histoire, où est la part de peur, d’angoisse, de cauchemars, de réminiscences ?

Qui sont les bons, qui sont les méchants ? Marcus Malte le dit très bien : on est tous les deux à la fois.

A lire, donc, à lire.

 

Laure l’a lu dans le cadre du Prix des Lectrices Elle 2008, son billet est ici.

 

Marie l'a lu aussi, son avis ici. Et celui de Faustine, que j'ai découvert chez Marie.

 

Et celui d'Emeraude, que j'avai raté, et celui de Goelen aussi !

 

Il a été récompensé, à juste titre.

 

 

Garden of Love, Marcus Malte - Zulma, 316 pages