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02/06/2008

FAITES MOI CONFIANCE – DONALD WESTLAKE

627714341.jpgVous êtes journaliste ? Vous lisez la presse à scandale, les tabloïds, les feuilles de chou ? Oui ? Non ? Quoi qu’il en soit, Galaxy Hebdo, le magazine qui sait tout, qui dit tout, qui voit tout, ne vous laissera pas indifférent !

Sara Joslyn débute dans ce noble métier de journaliste qu’elle a choisi. Après une première expérience dans un petit journal local et un licenciement, elle est embauchée avec un salaire royal par Galaxy Hebdo. Certes, ce n’est pas le New York Post ni le Time Magazine, mais il faut bien vivre, n’est ce pas ? Alors Sara accepte le poste. Et se rend sur son lieu de travail à Miami, Floride.

Et découvre un corps sur la route. Le corps d’un homme mort. Un cadavre ! Sara file dans les bureaux de Galaxy, toute émoustillée d’avoir là, dès son premier jour, un sujet. Or, il semblerait qu’à Galaxy, on se fiche éperdument de cette histoire de cadavre anonyme. Il est mort, oui, mais était-il célèbre ? Non ? Alors sujet sans intérêt, repassez par la case départ, mademoiselle, et en vitesse s’il vous plait, il nous faut du lourd pour la prochaine édition.

Il y a de tout dans ce roman : on rit souvent, on grince les dents, on frissonne un peu, mais, dans tous les cas, on ne le lâche pas, ou alors avec réticence. Donald Westlake s’empare avec jubilation de la presse de bas étage. Il se délecte en nous racontant cette histoire hilarante parfois caricaturale se gausse du sensationnalisme de ces reporters sans scrupules, sans états d’âmes et surtout sans regrets.

Sara y perdra-t-elle son âme ? Pour son innocence, il faudra repasser, ou oublier. Petit à petit, la petite provinciale fraîchement débarquée oublie ses rêves de jeunesse, balance ses illusions et se transforme en intrépide et vorace reporter en quête du scoop le plus brûlant, le plus grandiose. A n’importe quel prix, de n’importe quelle façon, elle gravira les échelons de ce torchon devenu sa référence. L’oie blanche devient une hyène assoiffée de scoop. Mais il semblerait que quelqu’un, au sein de Galaxy, n’a pas oublié qu’elle a vu un mort, ce matin de juillet où elle a pris son poste….

C’est une immersion dans le monde de la presse. Pas la belle presse, non, la presse pourrie, salace, prête à tout, absolument tout, pour obtenir un corps dans la boîte. Parce que c’est ce que veulent les lecteurs. Du sang, des histoires sordides, et si possible sur les héros de l’Amérique : les acteurs télé, les stars de la chanson, bref, tout ce qui fait frémir les instincts les plus bas, les plus vils.

C’est cynique, c’est grinçant, c’est loufoque, c’est réjouissant en diable, ce roman de Westlake. Décidément, j’aime !

12/05/2008

LE CONTRAT – DONALD WESTLAKE

627714341.jpgImaginez un écrivain célèbre, riche, dont les livres caracolent en tête des ventes depuis plusieurs années. Mais là, il sèche. Inspiration zéro, son éditeur s’impatiente. C’est Brice Proctorr.

Imaginez un autre écrivain, sur la pente descendante. Les ventes de ses livres baissent, du coup son éditeur l’a lâché. Il a un roman, mais personne ne veut le publier. Pas assez bankable. C’est Wayne Prentice.

Alors Brice a une idée. Il publiera le roman de Wayne, sous son nom à lui et ils partageront les bénéfices. Wayne accepte.

Mais Brice pose une condition : Wayne doit tuer la femme de Brice, Lucie. Parce que leur divorce va lui coûter cher, beaucoup trop cher…

Voici une histoire plutôt sombre dont je me suis délectée. C’est noir, c’est gris, c’est captivant. Outre le meurtre, car meurtre il y aura, le portrait de ces deux écrivains, de leurs difficultés à écrire ou se faire publier, leur rapport à la création, à l’inspiration, aux intrigues qu’ils imaginent est décrit d’excellente manière.

Et puis il y a leur meurtre et ses répercussions qui seront tout sauf celles auxquelles ils s'attendaient. La capacité de l’un à oublier, faire avec, dépasser l’acte commis, irrémédiable en endossant une autre vie, et l’impossibilité pour l’autre d’oublier, de faire face à ce qu’il a fait, de se défaire d'un souvenir.

Des personnages troubles, délicieusement perturbés, ou surprenants (la femme de Wayne, Suzan, notamment est truculente de noirceur placide), un monde où le paraître est primordial, un auteur qui s’enfonce peu à peu dans un abîme de folie dont il ne pourra sortir. Mmm, délicieux donc, même si la fin traîne un peu, même si elle se devine aisément, on dit chapeau, parce que c’est du bon boulot.

29/04/2008

NE TE RETOURNE PAS – JAMES W. NICHOL

1719530149.jpgWalker Devereaux a dix-neuf ans quand il décide de retrouver ses parents biologiques. D’eux, il ne se rappelle rien, à peine une silhouette, celle de sa mère qui l’a abandonné. Elle l’a déposé en plein jour au bord d'une route, lui a demandé de serrer très très fort le fil de fer de la barrière, l'a supplié de ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner. Et elle est partie. Il avait trois ans. Malgré les recherches, on n'a pas pu retrouver la trace de cette femme. Et personne n'a réclamé un petit garçon. Personne.

Dès qu’il a l’âge légal, il demande donc son dossier aux services sociaux et quitte sa famille adoptive sur les traces de sa mère. Il n’y a rien dans son dossier. Juste la photo de deux fillettes et une vague lettre, qui donnent peu d’explications, peu d’indices.

Walker arrive à Toronto et rencontre Krista, une jeune handicapée qui l’aidera dans ses recherches, malgré les embûches, malgré le cambriolage où la lettre et la photo disparaissent, malgré cet homme qui semble les suivre et tout faire pour que leurs recherches n’aboutissent pas.

Ce roman policier est adapté d’une pièce radiophonique écrite par James W. Nichol. Nous allons y suivre, en parallèle, les recherches de Walker et la vie de Bobby, un garçon perturbé, violent, inquiétant. Un garçon écrasé par son père, dont la toute puissance broie sans le savoir la volonté et la raison de son enfant.

Tandis que l'on accompagne les tâtonnements de Walker et Krista, on suit avec répulsion l'évolution de Bobby qui, à force de faire taire cette violence sourde qui est en lui, à force d'étouffer ses désirs, devient de plus en plus renfermé et laisse ses démons l’envahir, jusqu’à ce qu’il finisse par passer à l’acte.

On s’interroge sur ces deux personnages, on cherche le point commun, le moment où leurs existences se croiseront.

Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’on découvrira comment la folie d’un garçon a conduit au pire.

La construction en parallèle de ces deux parcours laisse beaucoup de questions s’installer dans l’esprit du lecteur. Je regrette néanmoins que certains éléments soient éclaircis trop rapidement.

J’aurais sans doute préféré que James W. Nichol prenne plus de temps pour laisser la vérité germer. Son jeune héros Walker a finalement beaucoup de chance dans son malheur et trouve un peu trop vite à mon goût la trace de sa mère. Un peu plus de lenteur, un peu plus de doutes savamment distillés, une angoisse mieux entretenue m'auraient certainement davantage tenue en haleine.

C'est le personnage de Bobby que j’ai préféré. La lente érosion de son raisonnement, la montée de folie, la succession d’événements qui le pousseront à refuser d’être ce qu’il est et devenir par là même un monstre écoeurant, rongé de frustrations. Les pulsions violemment contenues, la rage de se savoir différent, qui laissent peu à peu le pas à la mégalomanie, à la folie, à l'abstraction de tout sens commun.

Le personnage de Krista, la jeune handicapée qui aide Walker malgré sa hanche brisée, est aussi intéressant, quoique traité de façon trop fleur bleue. Elle et Walker sont fades à coté de Bobby. Comme quoi la gentillesse ne paie plus !

Bon, même si l’intrigue aurait supporté un peu plus de complications, aurait dû être traitée moins superficiellement, plus perversement, ça reste un polar, disons, divertissant, à lire avec curiosité à défaut d’enthousiasme débordant. Et oublier rapidement.

Dommage, il y avait de quoi faire un bon truc, quand même.

Lettre N du challenge ABC.

09/04/2008

PERSONNE N’EST PARFAIT – DONALD WESTLAKE

1803711996.jpgVolera bien qui volera le dernier….

C’est l’histoire d’un tableau de maître. Ce tableau, « La folie conduisant l’homme à la ruine » du peintre Veenbes vaut… pas mal de fric, dirons nous. Et justement, son propriétaire, Chauncey, en a besoin, de fric. Parce que c’est un flambeur, Chauncey, qui vit largement au dessus de ses moyens. Et comme Chauncey n’est pas à proprement parler un saint, et que les principes et lui, ben ça fait deux, il imagine un coup très simple : il organise un faux cambriolage, empoche l’argent de l’assurance, récupère son tableau et hop ! L’affaire est dans le sac. Et pour le cambrioleur, à qui fait-il appel, d’après vous ?

A Dortmunder, bien sûr !

Et, bien sûr, tout ne se passe pas aussi facilement que prévu…

Encore une fois, Donald Westlake nous entraîne dans une aventure rocambolesque et bidonnante. De déraillement en cafouillage, d’imprévus en truandages, tout part en vrille. Le tableau est bien volé, mais perdu. Dortmunder et son fidèle copain Kelt doivent trouver une solution pour se sortir de ce guêpier….

Et voilà un faussaire, un écossais mal embouché, un tueur à gages, un comédien en mal de sueurs froides, qui entraînent Dortmunder et son équipe dans une course poursuite à la recherche du tableau volé, retrouvé, revolé et de sa copie. Où est le vrai Veenbes, où est la copie ? Ca s’embrouille un peu, le voleur se fait voler et le voleur du voleur se fait voler à son tour par le premier voleur…

Rira bien qui rira le dernier… beaucoup d’humour, de retournements donc, et au final un nouveau volet des aventures de Dortmunder toujours aussi attendrissant dans son rôle de looser de première classe. Et des scènes à se tordre de rire, comme ce dîner organisé par Chauncey, pour que les voleurs puissent voler à leur guise, et cette bagarre d'écossais, et la découverte de la conduite à gauche par ces new-yorkais pas futés...

On l’aime toujours autant, ce brave cambrioleur abonné aux coups foireux !

A lire, donc, pour rire tout simplement, encore plus un jour de pluie, un jour de misère morale, pour retrouver le sourire !

(j'avoue ceci dit garder ma préférence pour Jimmy the Kid : effet découverte, sans doute)

11/03/2008

DANS LES BOIS – HARLAN COBEN

293210663.jpgPaul Copeland est procureur. Un homme est retrouvé assassiné, plusieurs coupures de presse dans sa poche attestent qu’il connaissait Copeland. Quand Copeland identifie le corps, il reconnaît Gil Perez.

Mais Gil Perez est considéré comme mort depuis vingt ans. Comme la sœur de Paul. Ils ont disparu même temps que Margot et Doug, dont les corps ont été retrouvés peu après dans les bois. Ils avaient été égorgés, alors qu’ils étaient en colonie de vacances. Alors que Paul était chargé de veiller sur le camp. Mais il avait déserté son poste pour retrouver sa petite amie Lucie. Un tueur en série a été arrêté, mais sa culpabilité n'a jamais été formellement démontrée.

Le dernier roman d’Harlan Coben ne déroge pas à la règle. Véritable whodunitqui ne se lâche pas, chaque chapitre se termine en entrouvrant la porte d’un nouveau rebondissement. Le passé enterré resurgit et Paul Copeland, déjà empêtré dans une affaire de viol qu’il doit instruire, va se lancer dans une course après des fantômes. Fantôme de sa sœur, fantôme de sa propre culpabilité, fantôme de toutes les personnes dont les vie ont été laminées par ces meurtres : sa mère qui les a quittés, lui et son père, peu après cette histoire, la famille Perez, sa petite amie Lucie, qu'il n'a plus revue depuis, le père de Lucie, propriétaire de la colonie et apôtre des drogues douces. Tous ont tenté de rebâtir leur vie malgré leur culpabilité, leurs questions, leurs douleurs.

Autant de cicatrices grossièrement refermées qui vont s’ouvrir brutalement.

Encore une fois, c’est haletant, c’est rapide. Harlan Coben maîtrise brillamment les codes du suspens et l'on retrouve ses thèmes favoris : le passé, son poids, les non-dits soigneusement ensevelis qui vous sautent au visage alors que vous essayez de balayer ce passé qui vous ronge.

Néanmoins, j’ai aimé le tout sans réellement m’attacher aux personnages. Comme si la sauce manquait de liant. Ce petit truc en plus que j’avais aimé dans les autres romans d’Harlan Coben, comme "Une chance de trop", "Innocent" ou surtout, mon préféré « Disparu à jamais ».

Dans les bois – Harlan Coben. Belfond noir, 423 pages

06/03/2008

DANS LES BOIS ETERNELS – FRED VARGAS

2000663006.jpgDeux hommes ont été retrouvés égorgés. Des tombes ouvertes, des cadavres intacts (le sont-ils vraiment ?). Des reliques disparues. Des cerfs tués, le cœur arraché, un chat castré… Une femme serait à l’origine de ces crimes, une ombre, une revenante. Une quête d’immortalité.

Cette enquête du commissaire d’Adamsberg est un mélange. Mélange de crimes, de sang, de fantômes, et mélange de personnages névrosés, perdus, dont les esprits vagabondent au gré de l’avancement de l’enquête.

On y retrouve l’équipe de policiers rattachés à Adamsberg. Leurs malaises, leurs personnalités troublées. Fred Vargas campe chaque personnage, prenant le temps de redessiner chacun des membres de l’équipe d’Adamsberg. Ils sont intéressants, peu orthodoxes, bizarres, attachants autant qu’insupportables parfois.

Un nouveau venu, qui parle en vers, fait revivre le passé d’Adamsberg. Le chat La Boule deviendra part intégrante de l’enquête. Adamsberg veille son fils et lui raconte des histoires de bouquetins.

La première partie est plutôt ennuyeuse. On pourrait lâcher le bouquin pour courir vers un vrai whodunnit. Mais on y reste. Et on a raison. L’intrigue se corse, tout devient flou puis plus clair. Rebondissement. Eclaircissement. Visions du commissaire. Epilogue.

Elle est agaçante, Fred Vargas. J'aime ses personnages, j'aime leur coté hors normes. J'aime Adamsberg qui conduit ses enquètes à l'intuition (un peu Dr House, sans le sourire), et pourtant je n'arrive pas à plonger, je n'arrive pas à ne pas lâcher. Au contraire. Je prends, je lâche, je reviens, vais faire un tour, reprends... 

Au final, un livre pas forcément extraordinaire, parfois pesant, mais du bon boulot. Sérieux. Bien fait. A réserver aux fans d’Adamsberg. 

Lu dans le cadre du challenge ABC 2008, lettre V