Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/12/2008

MELANINE – DANIEL CARTON

Dans un futur pas si lointain (on apprendra avec regret la mort de Paul Mc Cartney à l’âge de 90 ans), la population mondiale est melanine.jpgvictime d’une étonnante épidémie : les chercheurs évoquent une nouvelle grippe espagnole, une peste noire, les morts se comptent pas millions. Par millions, sauf au sein de la population noire où l’on ne déplore aucun décès. Julius Gueye, chercheur émérite de l’Institut Pasteur, originaire du Sénégal, tente de trouver un remède pour enrayer la pandémie.

 

Plongée de ce « thriller » en espérant égrener quelques heures rapidement, je me suis rapidement ennuyée. Le style narratif est purement descriptif et sans relief, il m’a manqué un rythme plus effréné, un je ne sais quoi de trépident.

 

Le roman commence alors que la mystérieuse pandémie se répand déjà : j’aurais préféré la découverte d’un premier cas clinique, assister aux premières inquiétudes des chercheurs, une description plus apocalyptique de ses symptômes et conséquences (on apprendra uniquement que la maladie se déclare par une intense fatigue et conduit à la mort du patient). Le mesures prises pour bâillonner la presse et éviter la propagation de fausses rumeurs m’ont paru incohérentes : on supprime les blogs mais le lecteur constatera quelques pages plus tard que les forums sont toujours actifs. D’autres invraisemblances (on supprime les transports en commun, puis on incite les populations à prendre le train pour aller au bord de la mer, l’action se passe dans un futur proche mais les chinois ont déjà marché sur Mars et bientôt sur Mercure) m’ont interpellée.

 

Quant au dénouement, je l’ai trouvé, comment dire…. risible. Mais bon, très dans le ton « agathe clery » du moment…

 

Déception pour moi donc, mais je laisse les volontaires se faire leur propre opinion.

 

Cuné, elle, s’est laissée prendre au jeu. Vous aimerez peut-être ?

 

 

Mélanine, Daniel Carton – Fayard 331 pages

 

 

17/12/2008

LE PREMIER PRINCIPE LE SECOND PRINCIPE – SERGE BRAMLY

Le premier principe, c’est l’entropie : tout corps de refroidit au contact d’un corps froid.bramly.jpg

Le second, c’est quand dans un système clos, le désordre va en augmentant.

 

Les éléments concernés par ces principes ? Une princesse, un paparazzi, un ministre, un marchand d’armes, un conseiller financier, un agent des renseignements, dont les destins a priori tout à fait distincts vont se heurter.

 

Prenant pour toile de fond la France dans les années Mitterand, Serge Bramly propose ici un très bon roman, davantage roman d’espionnage que romanesque d’ailleurs, où les différentes pièces d’un puzzle vont s’associer sous nos yeux.

 

Dans la première partie, nous suivons Max Jameson, le paparazzi. Ami d’un ancien ministre, Jameson est prêt à tout pour obtenir LE scoop. Son ambition le mènera dans les coulisses de l’Elysée, à Gstaad, Saint Tropez. Prêt à tout, même à enregistrer les conversations qu’il surprend sur un petit dictaphone. Et, de fil en aiguille, d’événements en circonstances, Serge Bramly tisse la toile d’un thriller exemplaire.

 

Dans la deuxième partie, c’est un agent de la DGSE qui se voit chargé de remonter la piste d’un ancien agent déserteur. De document en archive secrète, l’agent remontera la mécanique d’une suite de circonstances et d’enchaînements qui ont mené au pire…

 

La construction est très réussie (tous les éléments s’assemblent inexorablement et viennent éclairer chaque zone d’ombre au bon moment), l’histoire contient suffisamment d’éléments identifiables (même si aucun nom n’est jamais cité) pour que le lecteur ancre les événements dans son propre vécu de l’Histoire. Le tout est impeccablement mené, la narration maîtrisée, l’intérêt du lecteur croissant au fil des pages.

 

Ne cherchez pas là un énième roman jouant avec le voyeurisme qui pousse le quidam à venir trouver là de quoi abreuver sa soif de sensationnalisme ou de révélations fracassantes. Ici, tout n’est que jeu, invention, création. Les événements de l’Histoire servent au romancier et lui offrent le matériau de base. Rien de plus.

 

Rien n’est vrai, tout est vrai, dit Serge Bramly en exergue.

 

Voyons y surtout l’excellent exercice d’un écrivain qui a puisé dans l’Histoire les ingrédients d’un roman, qui les malaxe, les pétrit, les enfourne et sert au lecteur un roman qui se déguste avec félicité.

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE, catégorie Roman

(mais il aurait aussi bien pu concourir dans la catégorie Policiers)

 

 

Le premier principe, le second principe, Serge Bramly. Ed. JC Lattès, 614 pages

 

 

12/12/2008

DOPE - SARA GRAN

dope.jpgJoséphine est clean depuis deux ans. Deux ans sans dope, deux ans à lutter contre le manque, l’envie, le besoin. Fini les trips, les passes ici et là pour payer ses doses, fini.

Pour survivre, elle pique ici et là dans les magasins un bracelet, un collier, qu’elle revend. Jusqu’au jour où un couple de riche New Yorkais lui demande de retrouver leur fille camée. Mille dollars d’avance, mille après. Comment refuser ? Joséphine se lance sur les traces de Nadine dans les bas-fonds de New York. Qu’elle connaît comme sa poche. Le problème, c’est qu’un dealer est retrouvé assassiné, et que Joséphine est très vite désignée coupable idéale.

 

Voici les bases d’un polar auxquelles rien ne manque pour être solides : univers glauque, une ex-camée repentie, une sombre affaire de règlement de comptes entre dealers, une machination, des meurtres…

 

Mais que sont les bases d’un bon policier si le traitement de celui-ci est tout à fait bancal ? Le style est plat, sans aucun relief et d’une monotonie lénifiante.

 

La crédibilité de l’héroïne me laisse très dubitative : ancienne droguée, ex femme d’un dealer, Joséphine a trente-six ans et l’air d’en avoir vingt-deux. Elle semble réussir à pénétrer les cercles fermés des riches new-yorkais sans que ceux-ci s’interrogent sur sa légitimité (ancienne école huppée de Nadine ou personne ne lui demande pourquoi elle recherche la jeune fille, riche avocat dont les secrétaires successives lui ouvrent la porte sans « barrage », …). De même, cette jeune femme de trente-six ans, qui a certes grandi dans Hell’s Kitchen, le quartier maudit, n’a jamais vu de télévision « à part dans les magasins » . « C’était incroyable, comme au cinéma, là, dans sa maison, à part que l’image était réduite et floue… ») : cette anecdote n’apporte rien et enlève beaucoup de crédibilité au personnage.

 

Alors oui, dès que les recherches de Joséphine évoluent et que l’on comprend qu’elle est elle-même manipulée, on continue à lire, pour savoir et comprendre. Curiosité donc.

 

Curiosité qui sera certes satisfaite à la fin du livre, mais encore une fois malheureusement déçue : le dénouement, ici aussi, semble tiré par les cheveux, téléphoné et trop peu crédible.

 

Mauvaise pioche, donc. Dommage.

 

 

DOPE, Sara Gran, Editions Sonatine, 213 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Policiers

Le bookomaton n'est pas du même avis que moi ! Anna Blume et Antigone et Annie ont aussi été déçues.

09/12/2008

LA PART DES CHIENS – MARCUS MALTE

Deux hommes, une ville, le fantôme d’un ange et la noirceur absolue, putride, faisandée d’une ville enclavée entre mer et montagne. Zodiak et Roman le Polac sont à la recherche de Sonia, l’ange disparu, l’épouse et sœur volatilisée. Disparue en emportant le cœur de Zodiak, son amour, sa vie, son futur. Sonia est dans cette ville, quelque part.couv_part_des_chiens_folio.jpg

 

Les personnages sont troublants, fascinants. Qui est Zodiak, cet homme mystérieux à la recherche de son amour, qui est Roman, le gentil sous sa couche de brutalité, le benêt dévoué ? On croisera également un nain infirme avide de vengeance, un salaud de la pire espèce, un milieu corrompu, une troupe d’artistes errants un peu magiciens, et surtout, surtout, cette ville*, obscure, viciée, troublante, inquiétante, dont nous nous enfonçons dans les méandres, les dédales, les ruelles maussades où la violence gronde silencieusement.

 

 

Marcus Malte nous entraîne dans un univers oscillant à chaque page, à chaque mot, entre pureté et noirceur absolue. L’équilibre est ténu, le lecteur marche sur un fil aussi fragile que parfaitement maîtrisé qui l’entraîne dans un univers sordide et terrifiant, un univers à la lisière de l’onirisme et du réel. La quête de Zodiak et Roman passera par des épreuves presque initiatiques, ils devront traverser la fange et s’y immerger. Mais pour trouver quoi ?

 

N’allez pas croire que ce roman est atroce. Il l’est, par certains aspects que les âmes sensibles ne supporteront peut-être pas, mais le style de Marcus Malte est d’une poésie saisissante et enivrante. Il y a, même dans les passages les plus noirs, des étincelles de beauté qui viennent apaiser le lecteur, éclairer la noirceur, l’atténuer. La pureté met la noirceur en exergue et vice versa.

 

Un roman noir, donc, mais plein d’une grâce enivrante.

 

 

Les avis de Kathel, Emeraude.

 

Le site de l’auteur

 

 

La part des chiens, Marcus Malte – Folio Policier, 300 pages

Prix Polar dans la ville 2004

* toutes les descriptions, géographiques, locales, localisation des places, rues principales, chemins, corniches, ... correspondent à Toulon, dont Marcus Malte s'est servi comme "modèle". Mais, Toulon n'est pas aussi "noire" que ça, en réalité ;) Mais je dois avouer en avoir savouré d'autant plus le roman, pouvant m'imaginer sur les pas de Zodiak et Roman au cours de leurs errances...

08/12/2008

AUSTRALIA UNDERGROUND – ANDREW McGAHAN

underground.jpgImaginez un futur où la lutte anti-terrorisme est arrivée à son paroxysme. Après que Canberra (Australie) ait été rayée de la carte par une bombe nucléaire, le gouvernement australien, sous couvert de menace contre l’état et la sécurité nationale, a déclaré l’Islam ennemi national. L’immigration est interdite, la contestation soigneusement brimée, la population strictement sous contrôle.

 

Nous sommes en 2010 et Leo James, le frère du Premier Ministre, est enlevé par un groupuscule terroriste. Et libéré peu après par un autre groupuscule, Australia Underground, groupe que rejoignent peu à peu les opposants au régime.

 

L’Australie vue par Andrew McGahan est édifiante. La lutte contre le terrorisme sert de prétexte à la mise en place d’un régime totalitaire : opposition soigneusement muselée, état omniprésent et manipulation des populations. La Citoyenneté est préservée, les médias sous contrôle, les citoyens doivent renouveler leurs papiers tous les ans, être, comme il se doit, en règle et répondre correctement, en cas de doute, à un questionnaire précis sur l’Identité Nationale : questionnaire qui porte autant sur les résultats sportifs des héros australiens, les poèmes des poètes nationaux ou l’hymne national.

 

Les musulmans qui n’ont pas quitté le pays sont parqués dans des guettos où ils peuvent vivre sans se mêler au reste de la population.

 

Australia Underground, réseau d'opposition souterrain, œuvre en silence et en secret pour le retour aux libertés : de juger, de vivre, de penser, de parler.

 

Australia Underground se lit avec une attention toujours croissante. Le rythme est rapide, voire saccadé à certains moments de la fuite de Leo et ses acolytes. Le ton est résolument direct, nerveux. Leo James est le narrateur, il relate sa fuite, depuis son enlèvement jusqu’à sa séquestration. Par qui ? Nous l’apprendrons à la fin du roman. En alternant son récit (lucide et narquois à souhait) avec des retours en arrière où il retrace l’évolution de son pays vers un régime totalitaire, pays qui a rapidement basculé de démocratie à dictature. Et ce avec l’assentiment d’une population trop heureuse d’échapper à la menace islamiste.

 

C’est là que réside le principal intérêt du roman : comment faire monter l’intolérance et la peur, comment obtenir l’absolution d’une population en faisant miroiter le spectre de la terreur. Comment stigmatiser une religion en la rendant responsable de tous les maux. Manipulation des masses, allégeance aux superpuissances économiques, montée de l’intolérance. Un roman de fiction (voire d’anticipation) politique tout à fait crédible (même si la fin m'a laissée néanmoins perplexe) qui se lit presque d’une traite.

 

A lire, donc ! (avec en prime une très belle couverture).

 

 

Australia Underground, Andrew McGahan, Actes Sud collection Actes Noirs, 303 pages

 

 

Les avis d’Emeraude qui m'a donné envie de le lire.

02/12/2008

PETIT BREVIAIRE DU BRAQUEUR – CHRISTOPHER BROOKMYRE

Brookmyre_petit_breviaire_P.jpgTout commence au Mexique par une explication par A + B, où l’on apprend que les pipes mexicaines sont forcément meilleures que les américaines. Où l’on apprend qu’un dénommé Harry est à la recherche d’un certain Nunnez, et pas que pour lui conter fleurette, apparemment. Puis on file à Glasgow, où l’on rencontre Angélique de Xavia, flic de choc, encore sous le coup des émotions de Dubh Ardrain, où elle a récemment sauvé le Royaume d’une attaque terroriste (il FAUT que je lise Petite bombe noire). Toujours à Glasgow, nous fredonnons aux cotés d’un chanteur de rue, puis nous compatissons aux regrets d’une employée banque qui a stupidement couché la veille avec un collègue. Débile, lâche et couard, le collègue, mais quand on a un peu trop bu... Et puis une bande de clowns arrive, elle exécute un numéro ahurissant de spectacle de rue (évidemment, je ne fais que chantonner One step beyond depuis), entre dans la banque en poursuivant sa chorégraphie. Le chanteur se demande pourquoi les clowns ont besoin d’une scène couverte, l’employée de banque est la seule à comprendre, malgré sa gueule de bois, que les clowns sont masqués, que le nain, avec ses sauts périlleux, va réussir à sauter au dessus des vitres blindées qui séparent les guichetiers des visiteurs. « C’est un hold-up » dit-elle… Et elle a bien raison.

Avant même de comprendre qui est qui et qui fait quoi (Christopher Brookmyre s’amuse apparemment à brouiller les pistes, suscite un flot de questions et enfume gaiement le lecteur), on fond littéralement devant son style : percutant, cynique, politiquement incorrect, jubilatoire, ça claque et ça manie l’humour noir et second degré avec délectation. On se régale et on fonce dans l’histoire en attendant que tout s’éclaire.

Politiquement incorrect, mais diablement efficace : les personnages sont croqués avec malice et perspicacité : la femme-flic, bigrement touchante, enquêteuse experte en gangsters mais trentenaire solitaire ayant très envie 1) que ses supérieurs arrêtent de la considérer comme la nana de service 2) de se fondre dans les yeux d’un bel homme.

Et le bel homme, le voici : Jarry, qui semble être le chef de cette bande de clowns, malgré son masque, malgré son arme, malgré son braquage en cours, reste un gentleman. Ou comment craquer devant un gangster qui sauve la mise de l’employée de banque, et son honneur, parce que l’honneur d’une dame, Monsieur, c’est primordial.

Tous les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont d’une justesse impeccable : les flics sont souvent bourrus et naïfs (surtout les hommes), les voleurs délicieusement pervers mais au fond très sympathiques, malicieusement cultivés, les mafieux adroitement débiles. N’oublions pas les supporters des Rangers, les otages éberlués, les militants acharnés et bornés du Conseil Œcuménisme et Natalité (la scène dans le musée est tout simplement excellente), les artistes ratés et les soi-disant caïds…

Le scénario décousu se tisse peu à peu et l’on suit les yeux fermés Jarry / Zal et ses complices dans des braquages aussi croustillants les uns que les autres, Angélique dans son enquête troublée par ses sentiments envers son principal suspect… tout s’implique et s’imbrique, le ton est délicieusement croustillant, l’enquête est trépidante, on est passé par Glasgow, Paris, le Louvre, Montmartre… revenus à Glasgow, fascinés par cet exercice d’illusionniste parfaitement réussi.

Zal est un magicien. Christopher Broomyre aussi. « Alakazammi, c’est le grand rififi ! »

Exactement.

 Petit bréviaire du braqueur, Christopher Brookmyre, Ed. L'aube noire, 459 pages

 

Cuné, ton colis Sexy Men était parfait : Zal a relégué certains au fond de mon classement personnel des sexy héros… Merci !

Les avis de : Cuné, donc, So, Tamara, Cathulu, Chimère