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09/03/2009

LE PONT DES SOUPIRS - RICHARD RUSSO

Thomaston est une petite bourgade des Etats-Unis, où les différents quartiers délimitent les classes sociales de russo.jpgleurs habitants. On s’y croise, on s’y connaît, la vie s’écoule paisiblement. On rencontre la famille Lynch et la famille Marconi. Toutes deux ont vécu à Thomaston, et c’est Lou C. Lynch (Lucy)  qui, à 60 ans, entreprendra de d’écrire ses souvenirs, de se plonger dans l’histoire de sa famille et celle des Marconi, notamment son ami Bobby, devenu peintre célèbre. Lucy et sa femme s’apprêtent à le retrouver à Venise où il s’est installé.

 

Outre le fait que le récit passe allègrement d’une époque à l’autre, alternant quelquefois les narrateurs, outre le fait que Richard Russo donne à son récit une certaine mélancolie, parfois… perturbante (il faut s’habituer et ne pas se décourager par le rythme lent et décousu du roman), voilà un roman nostalgique où nous suivons des personnages attachants, où nous baignons dans une atmosphère particulière : celle des petites bourgades états-uniennes des années 50. Une atmosphère qui baigne dans les souvenirs, dans la nostalgie. Une atmosphère paisible, douce, et des personnages que l'on aime, forcément, au final. Que l'on aime accompagner, suivre, observer.

 

Un roman agréable, parfois déstabilisant dans sa construction, mais qui mérite assurément qu’on s’y arrête. Simple et lumineux.

 

 

 

Le pont des soupirs, Richard Russo – Quai Voltaire 726 p

 

 

Lu dans le cadre du Prix des lectrices ELLE, catégorie roman

 

 

Les avis de Cuné, Karine ,Joëlle, Enna, Antigone, Annie

 

19/01/2009

MEURTRES EN BLEU MARINE – C.J. BOX

Au début du roman, nous faisons la connaissance d’Annie et son frère William. Elevés par leur mère célibataire, Monica, ils meurtrebleumarine.jpgdécident d’aller à la pêche après l’école et, alors qu’ils traversent une forêt (le roman se passe dans l’Idaho), sont les témoins involontaires d’une scène de meurtre. Les assassins ? Un bande de flics à la retraite. Annie et William prennent la fuite, mais les meurtriers les ont vus et partent à leur poursuite. Les enfants trouvent abri chez un fermier solitaire, Jess Rawlins, qui croit leurs accusations et décide de les protéger tandis qu’à la ville, le shérif Carey, totalement dépassé par cette affaire, décide l’aide que les policiers-retraités lui proposent. Ce que veut le shérif : retrouver les enfants. Ce que veulent les retraités : la même chose. Mais pas pour les mêmes raisons.

 

Dans la famille polar bien-fait-quoique-peu-original je demande Meurtres en bleu marine. Peu original, parce que le situations et les personnages sont somme toute assez attendus voire prévisibles. Bien fait, eh bien parce que je ne l’ai pas lâché, il a monopolisé  quelques petites heures est à l’origine d’un magma de féculents affreusement gluants, il faut l’avouer totalement immangeables.

 

Bien sûr, on pourra dire que les ficelles du polar sont classiques. Les méchants sont des affreux flics véreux décidés coûte que coûte à protéger leurs anciennes exactions. Les enfants innocents, qui ne peuvent aller trouver la police, sont hébergés par un vieux cow boy qui décide de leur faire confiance. Jess est un vieux de la vieille, genre cow boy solitaire au cœur gros comme ça sous des dehors taciturnes et un peu ours. On y trouve aussi un autre flic décidé à éclaircir une vieille histoire jamais résolue, une factrice commère et avide de sensationnalisme qui se mêle de tout et surtout de ce qui ne la regarde pas, un banquier torturé par ce qu’il sait, un shérif incapable et manipulable. Le tout dans une petite bourgade perdue dans l’Idaho, où la nature est omniprésente et les centres d’intérêt réduits aux commérages, à la pêche et aux bars.

 

Voilà, c’est classique, de bonne facture, et surtout, prenant. A lire pour se laisser absorber, comme un page turner efficace, avec empathie et envie d’oublier le reste un moment. Loin, très loin de Shutter Island ou Zulu, par exemple, mais efficace.

 

 

Meurtres en bleu marine, C.J. Box – Seuil Policiers, 383 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, catégorie Policiers

12/01/2009

C’ETAIT NOTRE TERRE – MATHIEU BELEZI

« Pour que les choses changent, il faut que le sang coule ». Un sang dévastateur, vorace, impitoyable, le sang des colons farouchement attachés à leurs terres et celui des Algériens, déterminés à récupérer leur pays, le reprendre en main et de libérer du joug des occupants.

 

Les colons, ce sont les Saint André / Jacquemain : Hortense, Ernest, Claudia, Marie-Claire, Antoine. Et Fatima, leur gouvernante, belezi.jpgou « bonne, domestique, femme de peine, maritorne, servante, soubrette, souillon », qui racontent la fin tragique de l’Algérie Française.  A tour de rôle, ils prennent la parole, dans des monologues qui résonnent comme des mélopées : ils s’interpellent, se répondent, se supplient.

 

Le rythme est lancinant et les mots, souvent crus, souvent âpres, deviennent envoûtants. Si au début on a un peu de mal avec ces phrases qui se choquent, s’interrompent, reprennent, on se laisse finalement envahir par la mélodie qui nous enveloppe. Les mots deviennent complainte : une complainte de plusieurs voix, chacune représentant une vision différente de la décolonisation : Ernest, l’arrogant colon révoltant et détestable, Hortense, son épouse méprisante qui refusera de quitter le pays, Marie-Claire et Claudia qui partiront mais ne pourront jamais oublier leur terre natale, Antoine, le fils qui  rejoindra les fellaghas avant d’être capturé et torturé par l’OAS. Quant à Fatima, elle restera auprès de sa maîtresse, parce qu’elle n’a aucun autre endroit où aller. Parce que sa vie, c’est Montaigne, le domaine de la famille, la terre qui abreuve leurs vies depuis trop longtemps. La terre objet de toutes les convoitises, jalousies et qui recueillera le sang de beaucoup d’entre eux. La terre pour laquelle ils mourront et se déchireront.

 

Les récits sont sans complaisance, ce sont des cris intérieurs, des cris d’amour et de haine, hurlés en silence, qui plongent le lecteur dans une partie de l’histoire française et algérienne, l’histoire d’une terre farouchement aimée et farouchement défendue. Une terre pour laquelle une guerre fratricide s’est déclenchée et dont personne n’est sorti indemne.

 

Apre, douloureux, le roman de Mathieu Belezi se lâche difficilement. Parce ses personnages sont terriblement humains, terriblement poignants, lâches et cruels, haïssables et attachants, viscéralement attachés à leur pays, et leurs monologues résonnent encore dans la tête du lecteur bien après qu’il ait posé le livre.

 

 

 

C’était notre terre, Mathieu Belezi – Albin Michel, 475 pages

 

Les avis d’ Anne-Sophie, Sel, Emmyne.

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009.

 

07/01/2009

JE T’AI VUE – JULIE PARSONS

Michael Loughlin vient de prendre sa retraite après de bons et loyaux services au sein de la police dublinoise. Il est encore hanté par le meurtre de Mary, sur lequel il a enquêté, dix ans auparavant. Et surtout par la mère de Mary, Margaret, qui a assassiné le meurtrier de sa fille. Quand un ami lui demande d’enquêter, en privé, sur le supposé suicide d’une jeune fille, Marina, il hésite, puis, devant l’insistance de la mère de Marina, il se plonge dans le passé de Marina.parsons.jpg

 

Même si tous les protagonistes de ce roman sont attachants, ou intéressants (un vieux flic désabusé meurtri, une mère vengeresse dévorée voulant en finir avec sa culpabilité, une jeunesse dorée hantée par un passé peu glorieux), le roman manque de rythme, de puissance, de frissons.

 

L’intrigue se laisse lire sans qu’à aucun moment le cœur ne palpite, la curiosité ne soit aiguisée (j’ai failli lâcher en me disant que je me contrefichais de connaître l’épilogue).

 

Et, quand survient la fin, les dernières pages, alors que l’intrigue est sur le point d’être résolue, on se dit que, mouais, tout ça pour ça.

 

Bof, bof, bof, au final. Au prochain.

 

 

Je t'ai vue, Julie Parsons - Calmann-Levy, 326 pages

 

 

Antigone a apprécié la lecture, Enna a moins aimé.

 

 

Lu dans le cadre du Prix des lectrices ELLE 2009, catégorie Policier

 

17/12/2008

LE PREMIER PRINCIPE LE SECOND PRINCIPE – SERGE BRAMLY

Le premier principe, c’est l’entropie : tout corps de refroidit au contact d’un corps froid.bramly.jpg

Le second, c’est quand dans un système clos, le désordre va en augmentant.

 

Les éléments concernés par ces principes ? Une princesse, un paparazzi, un ministre, un marchand d’armes, un conseiller financier, un agent des renseignements, dont les destins a priori tout à fait distincts vont se heurter.

 

Prenant pour toile de fond la France dans les années Mitterand, Serge Bramly propose ici un très bon roman, davantage roman d’espionnage que romanesque d’ailleurs, où les différentes pièces d’un puzzle vont s’associer sous nos yeux.

 

Dans la première partie, nous suivons Max Jameson, le paparazzi. Ami d’un ancien ministre, Jameson est prêt à tout pour obtenir LE scoop. Son ambition le mènera dans les coulisses de l’Elysée, à Gstaad, Saint Tropez. Prêt à tout, même à enregistrer les conversations qu’il surprend sur un petit dictaphone. Et, de fil en aiguille, d’événements en circonstances, Serge Bramly tisse la toile d’un thriller exemplaire.

 

Dans la deuxième partie, c’est un agent de la DGSE qui se voit chargé de remonter la piste d’un ancien agent déserteur. De document en archive secrète, l’agent remontera la mécanique d’une suite de circonstances et d’enchaînements qui ont mené au pire…

 

La construction est très réussie (tous les éléments s’assemblent inexorablement et viennent éclairer chaque zone d’ombre au bon moment), l’histoire contient suffisamment d’éléments identifiables (même si aucun nom n’est jamais cité) pour que le lecteur ancre les événements dans son propre vécu de l’Histoire. Le tout est impeccablement mené, la narration maîtrisée, l’intérêt du lecteur croissant au fil des pages.

 

Ne cherchez pas là un énième roman jouant avec le voyeurisme qui pousse le quidam à venir trouver là de quoi abreuver sa soif de sensationnalisme ou de révélations fracassantes. Ici, tout n’est que jeu, invention, création. Les événements de l’Histoire servent au romancier et lui offrent le matériau de base. Rien de plus.

 

Rien n’est vrai, tout est vrai, dit Serge Bramly en exergue.

 

Voyons y surtout l’excellent exercice d’un écrivain qui a puisé dans l’Histoire les ingrédients d’un roman, qui les malaxe, les pétrit, les enfourne et sert au lecteur un roman qui se déguste avec félicité.

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE, catégorie Roman

(mais il aurait aussi bien pu concourir dans la catégorie Policiers)

 

 

Le premier principe, le second principe, Serge Bramly. Ed. JC Lattès, 614 pages

 

 

12/12/2008

DOPE - SARA GRAN

dope.jpgJoséphine est clean depuis deux ans. Deux ans sans dope, deux ans à lutter contre le manque, l’envie, le besoin. Fini les trips, les passes ici et là pour payer ses doses, fini.

Pour survivre, elle pique ici et là dans les magasins un bracelet, un collier, qu’elle revend. Jusqu’au jour où un couple de riche New Yorkais lui demande de retrouver leur fille camée. Mille dollars d’avance, mille après. Comment refuser ? Joséphine se lance sur les traces de Nadine dans les bas-fonds de New York. Qu’elle connaît comme sa poche. Le problème, c’est qu’un dealer est retrouvé assassiné, et que Joséphine est très vite désignée coupable idéale.

 

Voici les bases d’un polar auxquelles rien ne manque pour être solides : univers glauque, une ex-camée repentie, une sombre affaire de règlement de comptes entre dealers, une machination, des meurtres…

 

Mais que sont les bases d’un bon policier si le traitement de celui-ci est tout à fait bancal ? Le style est plat, sans aucun relief et d’une monotonie lénifiante.

 

La crédibilité de l’héroïne me laisse très dubitative : ancienne droguée, ex femme d’un dealer, Joséphine a trente-six ans et l’air d’en avoir vingt-deux. Elle semble réussir à pénétrer les cercles fermés des riches new-yorkais sans que ceux-ci s’interrogent sur sa légitimité (ancienne école huppée de Nadine ou personne ne lui demande pourquoi elle recherche la jeune fille, riche avocat dont les secrétaires successives lui ouvrent la porte sans « barrage », …). De même, cette jeune femme de trente-six ans, qui a certes grandi dans Hell’s Kitchen, le quartier maudit, n’a jamais vu de télévision « à part dans les magasins » . « C’était incroyable, comme au cinéma, là, dans sa maison, à part que l’image était réduite et floue… ») : cette anecdote n’apporte rien et enlève beaucoup de crédibilité au personnage.

 

Alors oui, dès que les recherches de Joséphine évoluent et que l’on comprend qu’elle est elle-même manipulée, on continue à lire, pour savoir et comprendre. Curiosité donc.

 

Curiosité qui sera certes satisfaite à la fin du livre, mais encore une fois malheureusement déçue : le dénouement, ici aussi, semble tiré par les cheveux, téléphoné et trop peu crédible.

 

Mauvaise pioche, donc. Dommage.

 

 

DOPE, Sara Gran, Editions Sonatine, 213 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Policiers

Le bookomaton n'est pas du même avis que moi ! Anna Blume et Antigone et Annie ont aussi été déçues.