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25/11/2008

LA BALLADE DE BABY – HEATHER O’NEILL

Baby avait 1 an quand sa mère est morte. Sa mère en avait 16. baby.jpg

 

Baby va vivre, donc, élevée par Jules, son père. Elevée entre deux shoots, deux pintes, deux squats ou appartements pourris. Parce que Jules n’était pas prêt à être père. Lui aussi avait 15 ans quand Baby est née. Lui aussi n’était qu’un enfant quand il s’est retrouvé seul avec Baby. Alors, de déprime en galère, leur vie sera à l’image du cœur de Jules : cabossé, paumé, fatigué, violent parfois parce que désespéré. Baby dans tout ça devra se frayer un chemin, essayer de vivre ou plutôt de survivre. Mais quand on vit dans un squat, quand son papa se shoote avec le peu d’argent qu’ils ont, quand on vit à la dérive, on finit forcément par tomber aussi à la dérive.

 

Il y a, dans ce premier roman de Heather o ‘Neill, de la souffrance, de la noirceur, il y a du glauque et du cru, certes. Mais Heather O’Neill réussit à éviter l’écueil d’une écriture poisseuse, d’un trop grand pathos ou de paragraphes sirupeux sur les bas fonds d’une vie. Au contraire, j’ai trouvé l’écriture d’une grande justesse : le ton est à la fois simple et touchant. Baby est une enfant qui, sans le savoir, se protège en restant toujours lucide quant à la vie qu’elle mène. Elle sombrera, oui, elle aussi : une enfance sans autres repères que ceux fournis par un père junky et des foyers éducatifs, drogue, prostitution, déchéance. Mais jamais, jamais, Baby ne lâchera sa capacité d’analyse, sa lucidité.

 

Les scènes de drogue, ou de prostitution, sont dures, oui, mais nous sentons presque Baby sortir de son corps. Laisser son corps subir pendant que son esprit s’évade. Pour ne pas souffrir ? Pour ne pas être contaminé ? Pour continuer à penser en se désolidarisant du corps ? Parce que son âme d’enfant résiste silencieusement ?

 

Heather O’Neill nous entraîne dans le sillage de Baby, nous oscillons entre noirceur et candeur, entre puanteur et amour. Le fil est ténu mais l’écriture respecte un équilibre fragile et toujours impeccable. Un très bon premier roman, donc. Vraiment.

 

 

La ballade de Baby, Heather O’Neill, Editions 10/18, 2008, 377 pages

 

 

L’avis d’Emeraude.

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009.

Les autres jurés : Annie

11/11/2008

MARYLIN ET JFK - FRANCOIS FORESTIER

Une grosse déception ! L’histoire de Marilyn et John, nous la connaissons tous.

 

La Belle et la Bête, la Star et le Président, la femme-enfant et l’homme à femmes, tout  déjà été écrit, ressassé, rabâché sur ce couple mythique.

 

François Forestier, après un prologue certes trépidant et nerveux nous ramenant à ce 22 novembre 1963 à Dallas, retrace, par à coups, la légende du coup (qui ne fut pas de foudre) et la liaison qu’entretinrent Marilyn et John pendant plusieurs années.forestier.jpg

 

J’accorde crédit à François Forestier de ne pas édulcorer les personnages :

 

Marilyn y est toxicomane, droguée aux amphétamines, somnifères, antidépresseurs et autre pilules miracles, alcoolique, affreusement sale (détail qui, s’il est vrai, m’a étonnée : l’icône ne se lavait pas, ou peu, et était affreusement négligée voire répugnante en privé), à forte tendance schizophrène et totalement délabrée à la fin de sa vie.

 

JFK y est comme nous le savons tous : faible, manipulé, égocentrique, plus-speedy-gonzales-au-lit-que-lui-tu-meurs, obsédé sexuel,, mais aussi totalement inapte et influençable.

 

Robert Kennedy y est manipulateur, extrémiste, ambitieux et incompétent.

 

François Forestier nous raconte le sordide, le vicieux, le pourri et les dessous tordus d’un milieu ravagé et rongé par la corruption et un mélange politique/cinéma/star peu ragoûtant. Dépravation, sexe, drogues, alcools, le mélange sexe-politique, la défiance, les écoutes, tout le monde épie tout le monde et tout le monde fait chanter tout le monde. Ce portrait consternant a le mérite d’écorcher le mythe et de ne pas bercer le lecteur dans un portrait trop mièvre et mielleux de ces deux icônes.

 

En revanche, le style m’a particulièrement rebutée. François Forestier ne se contente malheureusement pas de décrire avec la neutralité d’observateur l’époque et la relation. Il ne peut s’empêcher d’intercéder, interpréter et évoquer les pensées des personnages, leur donner une épaisseur trop romanesque, le récit est gâché par des effets de style malvenus à mon avis dans un document.

 

On n’apprendra pas grand-chose : Marilyn a été probablement assassinée, JFK victime de la CIA, ou le FBI, ou la Mafia. Marilyn se voyait Première Dame, JFK se fichait d’elle.

 

Rien de neuf, donc…

Marylin et JFK, François Forestier - Albin Michel,298 pages

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Documents

L'avis d' Antigone

06/11/2008

CHAOS CALME - SANDRO VERONESI

veronesi.jpgPietro et son frère Carlo sauvent la vie de deux jeunes femmes. Ils ont plongé sans hésiter, ramené les jeunes femmes sur la plage. Pietro est un héros ? Oui, peut-être. Personne ne le remercie. Pietro s’en va et Pietro rentre chez lui, pour apprendre que Lara, sa femme, est décédée d’une brutale rupture d’anévrisme pendant qu’il jouait les sauveurs.

 

Incapable de s’effondrer, incapable de ressentir ou d’exprimer son chagrin, anesthésié, Pietro passe ses journées dans sa voiture, devant l’école de Claudia. Pietro vit dans sa voiture, Pietro travaille dans sa voiture, Pietro reçoit dans sa voiture. Une, deux, trois visites, puis quatre, puis cinq. Le dernier salon où l’on cause, c’est chez Pietro. Comprenez dans sa voiture.

 

C’est un roman que j’aurai du mal à définir. Savoureux, ennuyeux ? En fait un peu le deux. L’incessant va et vient des amis, famille, voisins, connaissances de Pietro qui défilent dans sa voiture, qui pour s’épancher, qui pour s’inquiéter, qui pour « voir », est un régal. Chacun appréhende le deuil à sa façon, l’absence d’effondrement de Pietro, ou son absence de manifestation apparente de désespoir provoque peu à peu les confessions, les petites histoires et les grands rêves confiés. Que de sourires dans cette lecture ! Mais d’un autre coté, le livre est long, traîne un peu en longueurs par moments.

 

Mais il n’en reste pas moins un bon roman sur le temps qui passe, les rapports humains, les petites tendresses et les grands dégoûts. Parce que la vie, c’est justement ça, ces petits trucs qui font qu’elle a du goût, de la saveur, et que même sous l’insipidité de certains jours, elle est remplie de petits bonheurs. Il suffit d’ouvrir les yeux.

 

C’est souvent drôle, loufoque, attendrissant. Attachant, doux. Un roman sur nos vies et nos choix, parsemé de désirs et de regrets. Un roman à lire avec plaisir, malgré les longueurs.

 

Chaos calme, Sandro Veronesi – Grasset 505 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis de Anne, Antigone, Cuné,  LVE.  Bellesahi s’est ennuyée ferme.

31/10/2008

ZULU - CARYL FEREY

zulu.jpgL’Afrique du Sud.  Ses paysages, ses plages somptueuses et sauvages, son gigantisme, ses plaines arides et ses racines multi-ethniques et multi-culturelles. Ses parcs, ses gratte-ciels, ses déserts, le sable blanc léché par l’océan.

 

L’Afrique du Sud et ses guerres, ces cicatrices encore béantes, ses déchirements raciaux, son lent et fragile réveil à la tolérance et à la dignité.

 

Nous y sommes, donc, en Afrique du Sud. A Capte Town plu précisément. Le corps d’une jeune femme – blanche – est retrouvé. Lacéré, déchiqueté, écorché. Une bouillie, une boucherie. L’assassin a voulu l’effacer, la rayer de la carte des mémoires. Dans le sang de la victime, une substance inconnue. Nouvelle drogue ?

 

L’inspecteur Ali Neuman prend l’enquête en charge, aidé de ses deux collègues, Fletcher et Reddken. Neuman est un noir qui a déjà ses propres démons à combattre, les deux autres, blancs, ne sont pas si blancs que ça, tout dedans.

 

Les trois hommes cherchent à savoir qui est ce meurtrier qui tue au-delà de l’entendement, au-delà de la folie. Et cette substance, cette nouvelle drogue, cette nouvelle donne-la-mort, les entraîne aux confins du monde normal, à la lisière de la folie humaine.

 

On y est, dans ce polar. On y est jusqu’au cou, englué, enlisé, enchaîné dans ces 393 pages. Impossible d’en sortir « comme de rien n’était ». Des townships suant la misère humaine, des gamins promis à un avenir aussi bref que poisseux, des dealers de came et de mort latente, des puissants corrompus et viciés par leur haine du nègre, Cary Ferey agrippe le lecteur, le fouette sans ménagement dans une enquête crue et oppressante.

 

Plus d’une fois le cœur marque l’arrêt, la gorge est sèche et l’air vient à manquer. On est hypnotisé, camé aux mots. Sensation de manque et besoin d’y retourner. Avidité de douleur et de brûlure. Ce n’est plus un livre, c’est un marquage au fer rouge.

 

Des personnages puissants, forts : Neuman, Epkeen, Fletcher, les flics droits et justes ; Zina la danseuse militante, Claire, Ruby, David et les autres, sans compter les autres, les pourris, les salauds, les plus que vermine, ceux qu’on voudrait écraser comme des insectes nuisibles, là, tout de suite, en fermant le livre d’un coup. Ceux qu’on voudrait détruire comme ils détruisent les autres.

 

Une Afrique du Sud vérolée par la haine, des brûlures de l’Appartheid, des journées sans espoir d’une population vouée à la simple survie, des meurtres et de la drogue, des expériences médicales et des tortures, brr…

 

Haletant, étouffant.

 

Quelle noirceur.

 

Impressionant.

 

 

Zulu, Caryl Ferey. Gallimard Série Noire, 393 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis de Emeraude, Dominique 

 

 

 

 

 

17/10/2008

LE VILLAGE DE L’ALLEMAND – BOUALEM SANSAL

 

Rachel et Malrich sont frères algero-allemands, émigrés en France à quelques années d’intervalle. Leurs parents (mère algérienne, père allemand) sont restés à Aïn Deb, en Algérie.

 

Les deux frères ne se parlent pas, ne se comprennent pas tellement. Trop différents, trop occupés, trop occupés à leurs propres vies. Quand ils apprennent que le GIA a décimé Aïn Deb, que leurs parents ont été égorgés, comme tous les autres habitants du village, Rachel décide de se rendre sur place. Il trouve une valise, ayant appartenu à son père. Et il découvre que celui-ci était un ancien nazi. Un SS qui a échappé à la traque anti-nazi en s’engageant dans les moujahid et en se réfugiant en Algérie…

 

Les deux journaux, celui de Malrich le gosse de la cité et celui de Rachel le modèle d’intégration, se répondent, se racontent.

 

Rachel, lui, s’enfonce dans la colère, la honte, s’enlise de plus en plus. Il se glisse dans les pas de son père et voyage. Pologne, Allemagne. Camps. Stalags. Il doit revivre, voir, entendre, ressentir la barbarie. Les mots sont acres, douloureux, le voyage de Rachel vous empoigne, vous broie. Voyage au pays de l’horreur, descente aux enfers dont la seule échappatoire est la mort. Rachel se suicide. Il veut payer pour l’horreur impunie commise par son père.

 

Malrich quant à lui se révolte et répond par la colère. Malrich, avec son inculture, ses emportements de jeune homme, s’emporte. Contre le nazisme, la terreur, la soumission. Contre l’islamisme et le fanatisme. Contre l'extrémisme. Malrich assimile nazisme et islamisme. Sa révolte est plus naïve, plus partiale.

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Que faire quand on découvre que son père était un assassin, un criminel, un bourreau, un nazi ? Comment porter ce poids et vivre avec la culpabilité, la honte, la haine, la colère ? Est-on responsable des crimes de ses parents ? Boualem Sansal nous offre un roman d’une force et d’une ampleur bouleversantes. Le dialogue entre les deux frères s’instaure enfin : un dialogue posthume, un dialogue d’amour et de haine, qui restera sans réponse. Mais quelle réponse apporter face à l’horreur ? L’un choisira la mort, l’expiation, l’autre la révolte, le dialogue, la vérité.

 

Le roman de Boualem Sansal vous bouleverse, vous émeut. Shoah, horreur, terreur, bien sûr, mais aussi les cités, les gosses qui errent, abandonnés par l’Etat, récupérés par des imans voraces et dangereux, et Algérie, GIA, extermination. Le roman est un choc. Violent, effroyable. Le récit est maîtrisé, puissant. Il vous emporte comme une vague énorme, puissante.

 

Ecoeurant, hypnotisant, indispensable.

 

 

Le village de l’Allemand, Boualem Sansal – Gallimard 272 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis d’Antigone et Anna Blume

10/10/2008

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Läckberg

glaces.jpgAlex Wijkner est retrouvée morte dans sa baignoire. Les veines ouvertes. Suicide évident. Mais très vite l’autopsie révèle qu’Alex n’a pu de suicider : trop de somnifères dans le sang. Il s’agit d’un meurtre.

Erika, son ancienne amie d’enfance veut comprendre ce qui s’est passé. Elle est aidée Patrick, inspecteur de police et amoureux transi.

 

L’intrigue était bien pensée. Un meurtre, une jeune historienne curieuse, un flic amoureux, un passé lourd et un village dont les bouches sont scellées, le passé soigneusement enfoui, les non-dits et les ragots murmurés seulement mais jamais avoués.

 

Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible à la façon dont Camilla Läckberg a « accommodé sa sauce », et je pense que le mélange « chick lit » / polar est ici fort mal venu.

 

A trop vouloir en faire, on fait en effet n’importe quoi. Je dirais même du grand n’importe quoi. Camilla Läckberg mélange les genres : on est dans un mix fade de Desperate Housewives (la quatrième de couverture le proclame ouvertement), et Bridget Jones (citée nominément), le tout accommodé façon polar. J’ai l’impression que l’auteur a pioché ici ou là des formules gagnantes, a mis le tout dans un mixeur et sorti le tout sans avoir un seul instant pensé à le retravailler.

 

L’enquête ne tient pas la route, on a envie de prendre la place des inspecteurs en leur demandant de barricader le lieu du meurtre au lieu de laisser aller notre jeune Miss Marple mener son enquête toute seule. On se demande comment la police peut ne pas sceller ni examiner une scène de crime. Voit on trop les Experts à la télé ? Toujours est-il que l’enquête nous semble bien peu cohérente et sensée.

 

Sans compter un style parfois lourd et désagréable, des mètres de phrases perdues façon chick lit (on s’en contrefiche, qu’Ericka doive choisir entre une culotte ventre plat ou un string avant son dîner, et encore plus qu’elle se précipite dans la salle de bains pour enfiler une culotte dentelle avant le Grand Moment. Et ils le font 5 fois, d’ailleurs : édifiant (ou consternant)…). Cette parenthèse, dont certes la parenté est reconnue à Bridget Jones, manque cruellement d’originalité.

 

La traduction est mauvaise, ou alors le roman lui-même était écrit pour un public peu exigeant. Ici, on ne tombe pas, on se casse la figure, on ne chute pas, on s’étale, on n’est pas attirant, on est bandant etc …. L’utilisation trop fréquente de l’argot rend la lecture déplaisante, lourde et surtout peu qualitative. On a l’impression qu’une gamine s’est essayé au polar. Mouais. Pour moi,

c’est raté.

 

Ceci dit, et soyons honnête, le dénouement final est surprenant. Même si une partie de l’énigme apparaît clairement au lecteur au bout de 200 pages, il n’en reste pas moins que la fin comporte encore des surprises de taille.

 

Il y aura une série de plusieurs titres. Celui-ci très clairement me suffira.

 

La princesse des glaces, Camilla Läckberg, Ed. Actes Sud Actes Noirs, 381 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

 

 

Ce livre a suscité des avis divergents sur la blogosphère :

 

Les pour : Cathulu, Michel, Gawou, Elfique, Mamzelle Poupée, Shopgirl

Les contre : Moustafette,

Les mitigés : Le Bookomaton, Julie,

 

 

Ainsi que parmi les filles du Prix ELLE 2009 :

Les pour : Annie

Les contre : Antigone, Anna Blume