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17/02/2011

La cuisine des flibustiers – Melani Le Bris

 

« Ils ne croient pas que l'ivrognerie est une crime, mais seulement un divertissement, c'est pour cela que les femmes boivent aussi hardiment que les hommes ».


 

l'abus d'alcool est dangereux pour la santé,parait-il.

 

 

Etonnant voyage au pays des saveurs que nous propose Melani Le Bris. Un recueil de recettes « exotiques » où le piquant d'une rougaille se mélange à la douceur des bananes plantains, le fondant des mangues au gouleyant d'un vin d'ananas ou d'un café brûlot diabolique, le tout étayé d'anecdotes et de références puisées dans l'histoire de la flibuste.

 

Le Père Labat n'est pas seulement une marque bien connue des amateurs de rhum, c'est aussi un missionnaire envoyé en Martinique en 1694. D'une grande partie de sa vie passée aux Antilles, il laisse plusieurs écrits dont s'est inspirée Melani Le Bris en puisant dans les recettes et anecdotes laissées par ce fin gourmet tout comme dans d'autres récits de William Dampier, Oexmelin ou Caroline Sullivan.

 

On se promène des Antilles à Madagascar, les papilles frémissent à l'idée d'une sauce chien qui viendra relever un poisson grillé, on caresse l'idée d'un ragout de boeuf au brandy ou d'une bisque d'écrevisse, le palais se réjouit d'un blanc manger ou d'un sugar-cake. Classées en catégories bien classiques : pimentades, entrées, boucans ragoûts et fricassées, poissons crustacés fruits de mer, tubercules légumes, desserts douceurs et enfin rhums punchs et « autres manières de gagner le paradis », elles mettent l'eau à la bouche et promettent un voyage gustatif aux tonalités épicées et colorées.

 

Un recueil érudit, qui informe les curieux et régale les gourmets. Quelques anecdotes truculentes ou insolites viennent le compléter (parfois peu ragoutantes (est-ce le cas de le dire ?) comme l'art de tuer une tortue (amis du jour bon appétit) ou comment le Père Labat mangea un de ses perroquets. Le tout forme un ensemble plutôt agréable que les passionnés dévoreront et les amateurs pourront picorer de ci de là.

 

Pour les amateurs de cuisine !

 

La cuisine des flibustiers, Melani Le Bris

Phebus Libretto, janvier 2011, 300 pages

 

 

Amateurs de cuisine ? Il y en a et j'en suis, parfois, enfin, de temps en temps, quelquefois dirons nous. Et je me suis souvenue m'être inscrite, il y a fort longtemps, au challenge organisé par Chiffonnette, A lire et à manger (challenge terminé, mais pas grave, j'honore mon engagement en retard (comme d'habitude murmure certain...). La cuisine des flibustiers a ravivé ma mémoire tout autant que ma flemme et je me suis lancée dans une des recettes du recueil. Une des plus faciles, of course, et surtout une des plus gourmandes.

 

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Donc j'ai réalisé un blanc-manger.

Quezako blanc-manger ? C'est une sorte d'entremets à la noix de coco, dirons nous.

Voici quelques photos : 

 

 

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Je ne vais pas recopier la recette, mais en gros il faut du lait de coco, du lait, du sucre de canne, de la gélatine, une gousse de vanille, de l'extrait d'amande amère, une pincée de sel.

 

 

 

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Fort bon !

(et, pour l'anecdote, on apprend que, "au temps où la gélatine n'existait pas, cet entremets en lait d'amandes, très populaire au Moyen-Age, était confectionné à base d'un bouillon de poule et prescrit aux malades.")

 

Mais puisqu'on y est, autant en tester une autre, me suis-je dit :

 

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Après tout, A lire et à manger, ça peut aussi vouloir dire A boire et à manger, non ?

 

Hips.

30/11/2010

Nos étoiles ont filé – Anne-Marie Revol

revol.jpgPénélope et Paloma étaient des petites filles sagement endormies quand un incendie s’est déclaré dans la maison de leurs grands-parents pendant les vacances de leurs parents. Pénélope et Paloma sont mortes.

 

Pas facile, comme thème. Pas facile, comme roman. Enfin, au début. On a envie de dire bon ok encore un bouquin sur le deuil, ça va dégouliner de pathos, que chacun garde sa pudeur et ses larmes pour lui, pas besoin de jeter ça à la face du monde etc.

 

Et puis non. Cette douleur qui dévaste et détruit, Anne-Marie Revol ne la jette pas à la face du monde ou tout au moins de ses lecteurs. Ce deuil, elle le raconte en publiant ces lettres que, chaque jour, elle a écrites à ses deux petites filles pendant un an. Une lettre par jour ou presque. Des lettres pleines d’amour, de tristesse, de gaîté parfois, des lettres où transparaissent l’indicible douleur et l’impossibilité de s’en remettre. « On ne s’y habitue pas mais on vit avec ».

 

On vit avec, oui, et Anne-Marie Revol raconte, écrit, parle. Pénélope et Paloma deviennent ses confidentes, ses lectrices, témoins des jours qui s’écoulent sans elles. Elles ne sont plus là et pourtant elles sont omniprésentes. Elles sont là dans chaque objet, chaque anecdote, chaque souvenir qui remémore leur existence à leurs parents. Colère, refus, culpabilité, amour, peur, désespoir, lutte pour survivre, à travers ces lettres c’est la chronique d’une année de deuil et de mort intérieure qui est racontée avec une pudeur extrême, avec colère, avec désespoir, avec rage ou bien douceur. Parce que tous ces sentiments sont ceux que Anne-Marie Revol et son mari ont ressentis, des sentiments différents selon les jours, des sentiments qui les poussent à pleurer ou espérer. Des sentiments ainsi qu’un un amour infaillible qui soude le couple et lui permet de supporter l’atrocité, l’un soutenant l’autre à tout de rôle, de s’effondrer ensemble ou de faire face ensemble.

 

« Mes drogues douces », « Mes libellules », « Mes fraises des bois ». « Mes espoirs brisés », « Mes perles de pluie »… Pénélope et Paloma ne sont plus, Lancelot leur petit frère né un peu plus d’un an après leur mort ne les connaîtra pas, sauf à travers le récit et les souvenirs de ses parents et sa famille.

 

Ce livre à la fois triste et beau, douloureux et apaisé, est un hommage pudique, sincère, émouvant à deux petites étoiles filantes. Et bien que mes larmes en aient souvent inondé les pages, bien que plusieurs fois j’aie pensé à ces multiples doux surnoms que je donne aussi à ma fille et failli le refermer presque par superstition, j’en ressors avec un sourire attendri et l’image de deux petites filles que je n’ai pas connues mais qui, grâce à leur mère, existent un peu.

 

C’était le but de ce roman dont j’ai du mal à parler, mais oui, Pénélope et Paloma sont deux petites filles qui existent encore grâce à Anne-Marie Revol.

 

 

 

Nos étoiles ont filé, Anne-Marie Revol

Stock,octobre 2010, 394 pages

16/11/2010

Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté – Michèle Fitoussi

Au fait les filles, quand vous utilisez un mascara, dites merci à Helena Rubinstein. Parce que c’estHR.jpg elle qui a créé le premier mascaramatic, le tube dans lequel vous plongez la petite brosse, là, vous voyez ? Avec ça, youplà, à vous les yeux revolver et le regard qui tue, vous tirez la première ils sont touchés c’est foutu.

 

Parce qu’avant, le mascara, c’était un pot de fard dans lequel nos (arrières ?) grand-mères crachaient avant d'y passer une brosse pour le rendre plus liquide. So glamour, isn’t it ?

 

L'envoi aux oubliettes des cils à la salive n'est pas la seule réalisation et innovation de la créatrice de la marque de beauté éponyme. Bien au contraire. Helena Rubinstein est née en 1872  dans les faubourgs de Cracovie. Une enfance si ce n’est misérable tout au moins impécunieuse, une famille nombreuse (Helena a 7 sœurs), un caractère bien trempé qui lui fait refuser d’épouser les prétendants que lui proposent ses parents et préférer émigrer en Australie à 24 ans, avec pour seuls trésors quelques pots de la crème pour le visage que lui prépare sa maman).

 

Arrivée en Australie, Helena travaille auprès de son oncle. Elle décide de fabriquer elle-même la crème de sa mère, dans son arrière cuisine, et, après quelques tâtonnements, finit par commercialiser sa propre mixture, Valaze, dont elle a amélioré la composition pour l’adapter aux épidermes abîmés par le soleil australien. 

 

Succès immédiat, les premières clientes raffolent de cette crème et en redemandent. Il n’en faudra pas plus à Helena pour lancer sa marque, ouvrir quelques instituts et se pencher de plus en plus sérieusement dans des recherches médicales et scientifiques pour toujours améliorer sa production, très artisanale dans un premier temps. Elle n’oublie cependant jamais d’accompagner ses produits de conseils, formations, astuces, en femme réellement convaincue et passionnée qu’elle est.

 

C’est le destin de cette toute petite bonne femme d’un mètre quarante sept, le visage pâle  et les cheveux en arrière, toujours tirés en un chignon impeccable que retrace Michèle Fitoussi. Un document passionnant qui, outre la vie exceptionnelle d’une femme hors du commun, relate en quelques 500 pages un siècle d’histoire de la beauté et des cosmétiques.

 

De Paris à New York, en passant par Londres et Moscou, l’histoire d’Helena devenue Madame, du nom que lui donnent ses proches, les journalistes et ses milliers d’employés, est racontée avec moult détails, anecdotes et documentation.

 

L’histoire d’une firme et d’une ascension hors normes mais aussi, en toile de fond, un tableau de la condition féminine durant ce siècle : comment les femmes abordaient la beauté (le maquillage étant au début du XXeme siècle considéré comme l’apanage des comédiennes et femmes de mauvaise vie pour devenir un élément de revendication et symbole d'émancipation plus tard), l’hygiène (peu se lavaient quotidiennement), le travail ou leur épanouissement, qu’elles soient infirmières, secrétaires, riches oisives ou simples ménagères).

 

Tout au long de cette biographie, on croisera Mademoiselle Chanel, débutante au début du siècle et elle aussi pionnière de la mode, Schiaparelli, Paul Poiret, Salvator Dali, un tout jeune créateur nommé Yves Saint Laurent, Picasso et beaucoup d’autres… tout comme d’autres rivaux de Madame : Elizabeth Arden, la concurrente de toujours (née Florence Nightingale, aucun rapport avec l’infirmière), la toute nouvelle Estée Lauder, Max Factor, ou Revson (Revlon).

 

Le rapport à la beauté évolue au fil des années de guerres et des crises (première et seconde guerre mondiale, crise de 1929, après guerres…) et tout comme l’évolution des mentalités qui est décrite à travers un prisme bien plus large que celui de la seule beauté : évocation des milieux artistiques (Helena Rubinstein était une grande collectionneuse), du milieu de la mode ou tout simplement et surtout  aspirations des femmes à travers les époques, aspirations que Madame devinait et devançait en bonne précurseur des désirs féminins.

 

 

D’une simple officine, Helena Rubinstein a créé un métier, celui d’esthéticienne en prônant les massages et la formation toujours plus poussée de ses vendeuses, le marketing en s’efforçant de trouver des arguments adaptés à l‘évolution de la clientèle. Ses lignes de maquillages inspirent de plus en plus de femmes de toutes conditions (saviez vous que le mot « vamp » vient de Theda Bara, le sex symbol qui jouait un rôle de vampire dans « the fool was there », film muet de 1918 ? Helena Rubinstein la maquille et créée une ligne appelée Vamp pour elle… le mot est restée dans les mœurs), pour devenir au final une multinationale longtemps convoitée par tous et crainte par ses concurrents.

 

Bref un document passionnant et jamais flagorneur (Madame est aussi une femme impitoyable qui ne saura jamais manifester ses sentiments, ne montrera aucune tendresse envers ses deux maris, ne s’occupera pas de ses deux fils et tyrannisera ses proches et ses employés) qui se lit avec énormément d’intérêt. 

 

Sur ce, je vais mettre un peu de mascara, histoire qu'il rêve de gestes défendus. 

 

Helen Rubinstein, La femme qui inventa la beauté, Michèle Fitoussi

Grasset, septembre 2010, 494 pages

 

 

 

Le très bon et très complet billet de Tamara,

 

Celui de Cuné qui cite des extraits truculents, 

 

Ceux de Brize, de Stef et d'Emma.

 

 

02/10/2009

LAIT NOIR – ELIF SHAFAK

J'avais décidé de ne pas lire le dernier livre d'Elif Shafak. Même si j'avais aimé « La bâtarde d'Istanbul » et moins « Bonbon Palace », quand j'ai lu que Elif Shafak publiait un livre dans lequel elle racontait sa dépression postnatale, je me suis immédiatement détournée : allaitement, dépression…les histoires nombrilistes dans lesquelles un écrivain tourne autour de sa propre personne ont le don de m'agacer. Pourtant ici ou là, je lisais du bien de Lait Noir. Mes réticences commençaient à lait noir.jpgs'effilocher. Le doute à pointer son nez, la curiosité à me titiller. Et puis le billet de Sylvie m'a convaincue d'aller voir par moi-même de quoi il en retournait exactement.

 

Que Sylvie en soit remerciée, donc !

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03/07/2009

HISTOIRE D’UNE VIE – AHARON APPELFELD

De bric et de broc, voilà ce qu’on pourrait penser de cette autobiographie d’Aharan Appelfeld. Des chapitres posés ça et là, dans un ordre pas du tout chronologique, des souvenirs livrés un peu au hasard, des réflexions éparses et un style neutre, comme si Aharan Appelfeld piochait au hasard dans un album de souvenirs et se contentait de décrire simplement ce qu’il y voit, en appelfeld.jpgobservateur impartial.

 

Mais, comme il le dit dans sa préface, Aharon Appelfel préfère faire éclore les souvenirs tels qu’ils viennent, quel que soit l’ordre, quel que soit le sujet (« Ce livre n’est pas un résumé, mais plutôt un tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leurs racines…. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans ma mémoire, et convulsent encore. »).

 

Appelfeld ouvre des fenêtres et lit, dans un style très neutre, presque blanc, les pages du livre de sa vie : une famille juive peu pratiquante, des vacances en Ukraine chez ses grand-parents pratiquants, la vie dans le guetto, coupés du monde, l’évasion d’u camps et la longue marche dans la forêt, seul, quand il avait 10 ans. Puis la fuite en Palestine, la vie en Israël, ses premiers écrits, son rapport aux mots et à la littérature.

 

Avec une étonnante économie de mots et de moyens, pourrait-on dire, cette autobiographie en dit peu et en dit long, très long à la fois : souffrance, peur, faim, violence, blessures de l’âme, difficulté et impossibilité de se reconstruire, tout l’indicible est dit sans mots, avec une extrême pudeur qui fait justement ressortir l’anéantissement intérieur et la nécessité de vivre avec, pour ne pas mourir, justement.

 

 

L’histoire d’une vie, Aharon Appefeld, 214 pages - Points, Octobre 2005

 

 

Merci à La Nymphette pour le prêt.

 

Les avis de Thom chez les Chats de Bibliothèque et de Malice.

 

Une interview de l’auteur sur le site du Magazine Littéraire.

06:00 Publié dans *Essais, documents*, *Littérature Israélienne* | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook

27/03/2009

DE SANG FROID – TRUMAN CAPOTE

Le 16 novembre 1959, la famille Clutter est sauvagement assassinée. Herb Clutter, Nancy Clutter, Kenyon Clutter et Dorothy Clutter sont ligotés dans leur ferme du Kansas, et abattus d’une balle dans la tête. Très peu d’indices et aucun témoin pour ce crime odieux. La police s’interroge.

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Truman Capote a choisi un fait divers remarqué dans un journal. Fasciné, il se lance dans une longue enquête, récolte les témoignages, se rend sur les lieux du crime, et rencontrera les criminels quand il purgeront leur peine. De ce travail naît « De sang froid », sous titré « Récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences ».

 

Il retrace, dans la première partie (« Les derniers à les avoir vus en vie ») la dernière journée des victimes. En parallèle, nous suivons la journée des deux assassins, Perry et Smith, qui préparent minutieusement leur crime. Pas de suspens donc, quant à l’identité des meurtriers. Le rythme n’en est pas moins soutenu et Truman Capote fait admirablement monter la tension, tout en relatant le plus scrupuleusement et objectivement les dernières heures de la famille Clutter.

 

Il raconte ensuite la cavale de Perry et Smith ainsi que l’enquête, l’arrestation, les aveux et enfin la pendaison des coupables.

 

Le ton est toujours distant, extrêmement précis. Truman Capote relate les événements sans jamais prendre parti,  et, malgré la distance, l’objectivité du récit, il arrive à faire plonger avidement le lecteur dans cette histoire.

 

C’est un témoignage fascinant, non seulement sur un meurtre commis presque sans mobile (si ce n’est le vol qui ne rapportera que quelques dollars), mais aussi, et surtout, sur d’une part la vie dans le Kansas, les occupations et mœurs dans un bled perdu, les aspirations d’une famille paisible et aisée et d’autre part sur l’enchaînement de circonstances qui va mener deux jeunes gens à tuer… pour tuer, parce que « c’est comme ça ». Absence de morale dont on apprendra peu à peu les raisons (toujours seulement exposées, jamais suggérées ni imposées). Le parcours des tueurs, leur enfance... Truman Capote témoigne, toujours en observateur impartial, jamais en juge, en alternant les points de vue (victimes / enquêteurs / tueurs) : les faits sont à la fois simplement exposés tout en proposant une peinture au scalpel des personnalités (notamment celle des jeunes meurtriers) et de la société américaine des années 60.

 

Au final, et dans la dernière partie, nous assistons au procès. Là encore, voilà un document particulièrement intéressant sur la justice de cette époque, les hésitations et errements d’un jugement, les manquements qui, aujourd’hui, nous paraissent totalement injustes et bâclés. Truman Capote termine son récit par l’exécution des jeunes gens, et l’on sent, en refermant le livre, toutes les interrogations et remises en questions sur la peine de mort, son principe, sa justification. Mais, encore, une fois, c’est au lecteur de se faire son propre avis.

 

Le mien est fait, ceci dit, et depuis longtemps et, sur cette question là, il n’est pas sans me rappeler le film de Tim Robbins « La dernière marche ». J’ai lu ce roman (non-roman, comme le disait Capote) en moins de deux jours. Fascinant.

 

 

De sang froid, Truman Capote – Folio 506 pages

 

 

Les avis de Sel, Phil

 

 

13/03/2009

SANS BLESSURES APPARENTES - JEAN-PAUL MARI

Des milliers de soldats quittent les pays en guerre sans blessures apparentes. Officiellement, ils n’ont pas été blessés, n’ont mari.jpgaucune séquelle physique et peuvent reprendre le cours d’une vie « normale ». Jean-Paul Mari s’intéresse à ces soldats (ou journalistes, ou civils) qui, bien que considérés comme «épargnés » sont incapables de survivre et d’échapper au souvenir des atrocités qu’ils ont vécues.

 

L’enquête est longue, la liste des exemples implacable, et, bien que parfois le récit soit parfois décousu (JPM passe d’un souvenir à l’autre, d’une guerre à l’autre : Bosnie, Irak, Afghanistan, Rwanda,…), le témoignage de l’auteur se déroule comme une longue énumération, souvent éprouvante, qui révèle les traumatisme indicibles qui étouffent ces victimes pourtant non officielles.

 

Des soldats américains qui réintègrent leur pays, éprouvent une grande difficulté à retrouver leur vie « normale » voire une impossibilité totale à affronter le quotidien, des Casques Bleus hantés par des images insoutenables, des civils ou journalistes qui ont été témoins de morts, qui « ont vu la mort », beaucoup mettent fin à leurs jours ou ont besoin de puissants anxiolytiques pour vivre.

 

C’est un témoignage souvent difficile, un dossier dont on parle peut-être trop peu : Jean-Paul Mari raconte en observateur plein d’empathie ces névroses traumatiques qui font des victimes autrement plus importantes, plus silencieuses mais à tout jamais détruites de l’intérieur.

 

Émouvant. Parfois difficile à lire, mais très bien fait.

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Sans blessures apparentes, Jean-Paul Mari - Robert Lafont, 306 p

 

 

Enna l'a lu aussi

07:27 Publié dans *Essais, documents*, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

11/11/2008

MARYLIN ET JFK - FRANCOIS FORESTIER

Une grosse déception ! L’histoire de Marilyn et John, nous la connaissons tous.

 

La Belle et la Bête, la Star et le Président, la femme-enfant et l’homme à femmes, tout  déjà été écrit, ressassé, rabâché sur ce couple mythique.

 

François Forestier, après un prologue certes trépidant et nerveux nous ramenant à ce 22 novembre 1963 à Dallas, retrace, par à coups, la légende du coup (qui ne fut pas de foudre) et la liaison qu’entretinrent Marilyn et John pendant plusieurs années.forestier.jpg

 

J’accorde crédit à François Forestier de ne pas édulcorer les personnages :

 

Marilyn y est toxicomane, droguée aux amphétamines, somnifères, antidépresseurs et autre pilules miracles, alcoolique, affreusement sale (détail qui, s’il est vrai, m’a étonnée : l’icône ne se lavait pas, ou peu, et était affreusement négligée voire répugnante en privé), à forte tendance schizophrène et totalement délabrée à la fin de sa vie.

 

JFK y est comme nous le savons tous : faible, manipulé, égocentrique, plus-speedy-gonzales-au-lit-que-lui-tu-meurs, obsédé sexuel,, mais aussi totalement inapte et influençable.

 

Robert Kennedy y est manipulateur, extrémiste, ambitieux et incompétent.

 

François Forestier nous raconte le sordide, le vicieux, le pourri et les dessous tordus d’un milieu ravagé et rongé par la corruption et un mélange politique/cinéma/star peu ragoûtant. Dépravation, sexe, drogues, alcools, le mélange sexe-politique, la défiance, les écoutes, tout le monde épie tout le monde et tout le monde fait chanter tout le monde. Ce portrait consternant a le mérite d’écorcher le mythe et de ne pas bercer le lecteur dans un portrait trop mièvre et mielleux de ces deux icônes.

 

En revanche, le style m’a particulièrement rebutée. François Forestier ne se contente malheureusement pas de décrire avec la neutralité d’observateur l’époque et la relation. Il ne peut s’empêcher d’intercéder, interpréter et évoquer les pensées des personnages, leur donner une épaisseur trop romanesque, le récit est gâché par des effets de style malvenus à mon avis dans un document.

 

On n’apprendra pas grand-chose : Marilyn a été probablement assassinée, JFK victime de la CIA, ou le FBI, ou la Mafia. Marilyn se voyait Première Dame, JFK se fichait d’elle.

 

Rien de neuf, donc…

Marylin et JFK, François Forestier - Albin Michel,298 pages

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, Catégorie Documents

L'avis d' Antigone

02/10/2008

LE CHEMIN PARCOURU – ISHMAEL BEAH

beah.jpg

Ishmael Beah est né en Sierra Leone et vit aujourd’hui à New York. Entre les deux, une éternité, un univers totalement opposés. Et dans cette éternité, Ishmael est devenu un enfant soldat, un tueur, une machine. A tuer, la machine.

 

Ishmael a douze ans et quitte son village pour participer à un spectacle de rap. Nous sommes en Sierra Leone dans les années 1990 et les affrontements entre armée et rebelles font rage. Le village d’Ishmael est détruit, sa famille disparue. Il erre dans la forêt et après de longues semaines, privé de nourriture, épuisé autant moralement que physiquement, il rejoint un groupe d’enfants eux aussi abandonnés à eux-mêmes. Faute de nourriture et faute d’espoir, ils rejoignent l’armée (« L’armée c’était la survie. C’était la rejoindre ou être tué »).

 

Le témoignage d’Ishmael Beah est fort. Nous assistons au parcours d’un enfant, issu de famille paysanne mais instruite (Ishmael va au collège, apprend l’anglais et les monologues de Shakespeare), qui, par désespoir autant que par nécessité, intègrera une milice de l’Armée.

 

L’univers des enfants soldats est décrit froidement, avec simplicité, lucidité et humilité. Ishmael Beah raconte le plus sincèrement possible la  marijuana, la cocaïne, le Brown Brown (mélange de cocaïne et de poudre à fusil) grâce auxquels les enfants sont rapidement privés de tout repère et deviennent des machines à tuer. Dressé pour massacrer, totalement déshumanisé et dépouillé de tout sens moral ou esprit critique, Ishmael devient « lieutenant des jeunes » et encadre un groupe de jeune soldats-tueurs.

 

C’est un témoignage à la fois cruel par ce que l’on y apprend, mais aussi touchant par la sincérité de l’auteur. Il n’essaye point de se dédouaner ou d’édulcorer la réalité : il a tué par réflexe autant que par « plaisir », la guerre étant devenu le centre vital, névralgique de son existence. Il ne cherche pas non plus à justifier les raisons politiques d’une guerre pendant laquelle il n’était de toute façon pas suffisamment âgé pour en comprendre les raisons ni les éclaircissements.

 

Une mission humanitaire lui permet trois ans plus tard de quitter l’armée. Après une « rééducation » et un sevrage, il réapprend petit à petit à vivre. Il est envoyé à l’ONU et présente avec d’autres enfants la situation des enfants soldats dans son pays. De retour au pays, il reprend ses études mais, après quelques semaines, le gouvernement est renversé par les rebelles. Ishmael réussit à fuir la Sierra Leone et s’installera à New York, chez une amie rencontrée lors de son voyage à l’ONU.

 

Un récit efficace, troublant et simple, sur le parcours d’un enfant-tueur, sa rééducation et son retour progressif à une vie normale, une enfance qui ne demande qu’à ressurgir après les cauchemars. Un récit qui dit simplement l'importance des associations humanitaires et leur impact sur les vies des enfants.

 

 

Le chemin parcouru, Ishmael Beah - Presses de la cité, 269 pages

 

 

 

Lu dans la cadre du prix des Lectrices ELLE 2009 - Catégorie Documents.

 

Les avis des autres membres du jury:  Emmyne, Anna Blume,

ainsi que ceux de Martine, Anne-Sophie

 

 

 

 

 

06:47 Publié dans *Essais, documents*, Prix des lectrices ELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

19/09/2008

LE SYNDROME DU TOAST BRULE – TERI HATCHER

hatcher.jpgVous connaissez Suzan Mayer, l’héroine de Desperate Housewives ?

 

Maladroite, gaffeuse, un coté Bridget Jones en quadra-maman-solo.

 

La comédienne qui incarne ce rôle (avec talent) est à l’image du personnage qui l’a ramenée vers le succès.

 

Elle nous découvre dans son livre autobiographique les milles et une façons dont elle a affronté les difficultés rencontrées dans sa vie de femme, actrice et mère.

 

C’est gentil, ça se lit vite, ça pétille parfois comme son personnage, mais en dehors du coté « je suis une femme comme une autre », ça n’apporte pas grand-chose.

 

A réserver aux inconditionnels de l’actrice et la série.

 

Merci Cathulu pour le prêt ! Son avis ici.

06:45 Publié dans *Essais, documents* | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : teri hatcher, desperate housewives, suzan mayer | |  Facebook