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14/06/2011

La vie commence à 20h10 – Thomas Raphaël

« Après hypokhâgne, khâgne, une licence, un master et bientôt un doctorat, je me sentais à l'aise ans ma mission de résumer cinq épisodes de La vie la Vraie pour Télé 7 Jours ».vie.jpg

 

Elle, c'est Sophie. Elle n'a pas encore trente ans, essaie de terminer sa thèse (« Transitionnels ou symboliques : les objets du quotidien dans le roman français de 1953 à 1978 ») (tout un programme) (ne pas confondre avec « Transitionnelles ou symboliques : les choses du quotidien dans le roman français de 1953 à 1978 ») (vous comprendrez si vous lisez le livre). Sophie est également l'auteur d'un roman que, pour le moment, tous les éditeurs refusent, vit avec Marc, professeur de lettres et maître de conférences, qui a la charge de son neveu et de sa nièce depuis la mort de leurs parents. Il faudra un concours de circonstances et un coup de pouce du hasard ou du destin pour que Sophie, après qu'elle ait écrit à la chaine de télévision qui diffuse une série bêtifiante depuis des années, soit embauchée par Joyce Verneuil, productrice crainte et respectée en tant que Coordinatrice d'écriture. Sophie ne dit rien à Marc, accepte de sacrifier à ses idéaux un an seulement dans le seul but d'être éditée (c'est la carotte) et entame une double vie entre Bordeaux et Paris.

 

La vie la vraie, c'est le titre de cette série, diffusée tous le soirs à 20h10 devant des milliers de fans qui suivent le quotidien d'un quartier niçois et les turpitudes de ses habitants. La vie la vraie, c'est le quotidien de Sophie qui va devoir jongler entre mensonges à son compagnon (qui ne s'abaissera jamais à regarder une émission aussi populaire et populiste) , impératifs de la production stressants, la pression mise par Joyce Verneuil et l'attachement qu'elle finit par ressentir pour la série et ses intervenants, qu'ils soient comédiens, scénaristes ou acteurs divers.

 

"Tu sais que chez Flammarion, ils n'ont pas lu ton texte. Oh, ils vont le lire, t 'en fais pas, ne serait-ce que pour les coquilles...  Et je vais te dire, pas de pression, bon ou mauvais, personne ne lira ton roman. … Le plus dur, dans l'édition, c'est de percer. T'en fais pas pour ta réputation. Pense au prochain roman. ». De la chick litt de la vraie, donc, où les codes du genre sont respectés (double vie, quiproquos, vie de couple, peur du futur, suspens avec la disparition d'un personnage et j'en passe) et qui n'est pas sans rappeler, évidemment « Plus belle la vie » (du moins, je suppose :) ou tout simplement Le diable s'habille en Prada (Joyce Verneuil a bien des points communs avec Miranda Priestly). Mais une chick litt ma foi fort bien faite, où les situations s'enchainent à toute vitesse, où les clichés sont compensés par une histoire qui tient la route sans jamais déraper, des interrogations bien amenées et jamais lourdes, le tout dans un style enlevé jamais vulgaire ni simpliste. On y apprend de plus moult détails sur l'élaboration, la conception et la réalisation d'une série télévisée (Thomas Raphaël a été scénariste pour la télévision) et le tout se moque bien gentiment ou parfois plus vachardement du petit milieu de la télévision, voire, cerise sur le gateau, de l'édition tant qu'on y est.

 

Bref, voilà c'est dit, de la chick litt, oui, mais de la bonne qui se lit avec plaisir et le sourire aux lèvres. Et ça, ça fait du bien par les temps qui courent. C'est moi qui vous le dis.

 

 

Les avis de Clara (que je rejoins totalement), Lectrices & the city et Actulittéraire.

 

 

La vie commence à 20h10, Thomas Raphaël

Flammarion, 514 pages, juin 2011

 

 

06/06/2011

D'acier - Sylvia Avallone

acier.jpgFace à l'île d'Elbe se dressent Piombino et les barres d'immeubles de la via Stalingrado. Des immeubles où la vie s'étire avec torpeur, entre les cris des adultes, les pleurs des bébés et l'ennui des jeunes qui traînent entre les terre-pleins et la plage, à l'ombre de l'usine Fucchini, l'aciérie où travaillent la plupart des hommes de la cité.

Dans ce quotidien accablé de chaleur et de poussière vivent Francesca et Anna qui, du haut de leurs treize ans, rêvent d'un futur différent où Anna sera avocate et Francesca star de télévision. Un père violent pour l'une, un frère délinquant pour l'autre, des mères qui ont parfois baissé les bras et la plage remplie d'ordures pour seule alternative aux après midi abrutis par la télé qui beugle dans les appartements.

"Avoir été au coeur de la vie, et ne pas l'avoir su."  Silvia Avallone peint ces jeunes déboussolés, sans détours ni édulcorants, en un tableau plein d'âpreté et pourtant palpitant de vie. Si leurs parents avaient des idéaux, ils les ont oubliés, ou perdus au fil des années de chômage, de difficultés et de déceptions, de promesses jamais tenues et de mensonges savamment enrobés par la classe politique. Impossible pour la nouvelle génération de croire en un monde meilleur, alors on survit, tant bien que mal, entre petites magouilles, partie de babyfoot ou boites de nuit. Au milieu de cette grisaille, Anna et Francesca, dont la beauté suscite le désir, la jalousie et la convoitise : liées par une amitié indéfectible  elles en sont pas encore des femmes mais plus tout à fait des enfants et chacune puise en l'autre la force de croire encore en des lendemains moins sordides. Elles sont les reines de la cité, ont ce monde à leurs pieds et croient encore, peut-être, un peu, que l'avenir leur appartient.

On pourrait reprocher à l'histoire les clichés attendus ou des situations caricaturales ou parfois manichéennes (la beauté de Francesca et Anna face à la laideur des autres jeunes filles, l'histoire d'amour entre Alessio, frère de Francesca et ouvrier et Elena, la jeune fille de bonne famille qui deviendra chef du personnel à l'usine, la mère de Francesca vieillie trop tôt, l'île d'Elbe paradis inaccessible, symbole du rêve et d'une vie plus facile) mais ces défauts sont compensés par une écriture précise qui plonge immédiatement le lecteur dans cette cité industrielle de Toscane et lui fait sentir, outre les effluves de l'acier, celles des algues et des relents de la plage. On sursaute aux cris des mamas et les pleurs des bébés, on sent le soleil accabler ses épaules et on entend presque l'effritement des rêves qui se dissolvent dans la torpeur de l'ennui. Anna et Francesca sont des personnages pour lesquels on ressent une empathie immédiate : Silvia Avallone réussit à décrire sans exagération et toujours avec une grande justesse ce fil invisible, fusionnel et passionnel qui lie les adolescentes pour qui l'autre, l'Amie, devient le centre de gravité, le point d'équilibre, la bouée de secours d'existences encore fragiles. Ne serait-ce que pour ça, on pardonne le reste et on attend un deuxième roman de l'auteur, encore plus abouti.

« Tous les quatre, ils attendaient quelque chose – que le samedi après midi remplisse les rues de scooters et de jolies filles, qu'une bagarre éclate, que Francesca arrive avec des fringues à tomber, et Sonia, Jessica ou même Elena, que Mattia et Anna réapparaissent, vu que ça faisait une semaine qu'on ne les voyait plus, bref, que quelque chose se passe dans ce printemps qui commençait à peine, dans ce putain de trou. »

D'acier – Silvia Avallone / Liana Levi, 387 pages, avril 2011

09:35 Publié dans *Littérature Italienne* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

13/05/2011

La vie financière des poètes – Jess Walter

« En fait, il s'avère que tout à un fond. A part les problèmes dans lesquels jewalter.jpg m'enfonce. »

 

 

Il est loin, le temps où Matt rêvait d'un monde meilleur, en tous cas plus poétique, en tous cas plus idéal, un monde dans lequel il pourrait quitter son boulot de journaliste et créer un site de conseils boursiers en ligne... des conseils en vers, en rimes, en strophes, en alexandrins ou en prose, des conseils différents de la prose indigeste et impersonnelle des journalistes financiers. Ce qu'il a fait en créant poesiness.com, avant de se rendre compte que ce monde meilleur n'existe que dans les rêves des poètes silencieux. Et les rêves se sont transformés en cauchemar. Matt doit trouver 30000 dollars dans la semaine s'il ne veut pas être exproprié, sous les yeux de sa femme, de leurs deux fils et de son père sénile revenu vivre auprès d'eux.

Exproprié ou... dealer d'herbe, finalement, car le hasard le met sur la route de Skeet et Jamie, deux vendeurs de beuh avec lesquels Matt va travailler. Au point où il en est, tout est bon à prendre, même les risques insensés que son statut de chef de famille devraient lui interdire de courir.

 

Autant critique sociale que farce désabusée sur les rêves désenchantés des jeunes cadres, "La vie financière des poètes" recèle quelques trésors d'humour et de dérision. Les aventures de ce jeune quadra déboussolé autant par la menace d'expulsion que par celle d'être trompé par sa femme ou de perdre l'admiration de ses enfants révèlent au delà de l'aspect tragi-comique (et Dieu sait qu'elles le sont, comiques) un satire corrosive de nos sociétés de consommations (« Avec les tapis de sol pour l'hiver, les taxe et le contrat d'entretien de deux ans superflu, cette voiture m'a coûté 31 256 dollars. Et à cause de plusieurs imprévus récents – mensualités oubliées, pénalités de retard, refinancement de la maison, consolidation de prêt, diverses crises familiales et mon licenciement malvenu – après deux ans de versement, je dois encore 31 000 dollars. Pour une voiture qui en vaut 18 000. Telle est ma vie maintenant : endettement maximum. »).

 

Et la consommation n'est pas la seule cible de Jess Walter : y passent aussi et surtout les rêves et idéaux de réussite (sociale tout au tant que financière) des quadra désabusés et laissés sur le carreau par la vie et ses aléas. Alors que sa femme se cherche une vie qu'elle croit meilleure à travers les réseaux sociaux, Matt fonce tête la première dans ce qui lui semble la seule et unique chance de s'en sortir. Il achète, il vend. Et pourquoi pas aux riches ou aux méchants qui l'ont plumé ? C'est vif, drôle, alerte, on rit plus souvent qu'à notre tour et même si, pour ma part, l'effet de style « listes » et énonciations m'a parfois un chouya fatiguée, je n'en garde pas moins le sourire aux lèvres au souvenir de l'ironie mordante bourrée d'auto-dérision et de lucidité de ce poète malheureux, un sourire plein de tendresse et d'empathie.

 

Que demander de plus ?

 

 

La vie financière des poètes – Jess Walter

10/18, avril 2011, 306 pages

 

 

L'avis de Cuné, in love with it.

 

"Amber dirigeait les ressources humaines du journal à l'époque où je travaillais ici. Maintenant, quatre vagues de licenciements plus tard, Amber est quasiment le service des ressources humaines. Ça aussi, ça doit craindre, la chef des RH qui vire presque tout le monde aux RH. On se serre la main. Sans être très belle, Amber possède un look business woman un peu pute, légèrement déplacé, avec ses tailleurs un peu courts, un peu moulants, et ses chaussures un peu radicales dans un environnement de bureau. (Si Amber doit se licencier un jour, elle pourra toujours se suicider en se jetant du haut de ses escarpins)."

06:09 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook

04/05/2011

Les privilèges – Jonathan Dee

dee.jpg« C'est extraordinaire. Qui aurait deviné qu'être maître de l'univers pouvait rapporter autant d'argent ? »

 

 

Parfois les a priori sont tels qu'on passe devant une couverture / 4ème de couverture avec une moue et on repose l'ouvrage négligemment. Et puis on s'aperçoit que son libraire le labellise « coup de coeur », on lit quelques critiques dans la presse professionnelle toutes enthousiastes alors on feuillette quelques pages, on se dit après tout pourquoi pas, allez tentons, essayons on verra bien.

 

Parce que les a priori, j'en avais en découvrant Les privilèges. Une histoire de riches New-Yorkais, très très riches et malheureux. Je ne suis pas du genre à baver devant tout étalage de fortune et j'avais peur que le propos de l'auteur veuille seulement rassurer un lecteur béat qui aurait été ravi d'apprendre que même les riches sont malheureux et que l'argent ne fait pas le bonheur, tout en rêvant devant un étalage de bling bling et de brillant.

 

Mais point de bling bling et de strass ici, et aucun des clichés qui m'effrayaient : Jonathan Dee évite l'écueil démagogique en basant son roman sur les personnalités de Cynthia et Adam, ce jeune couple qui se marie dans les premières pages du roman. Un couple dont la force réside dans l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Réussir, oui, pour briller socialement – puisque briller signifie exister – mais surtout pour se protéger.

 

Car si Adam fait fortune en tant que financier (tout en s'arrangeant parfois avec l'éthique et la justice), il veut avant tout et surtout mettre Cynthia à l'abri et lui donner tout ce qu'elle peut souhaiter. Tout au long des quatre chapitres qui couvrent les étapes successives de la vie des Morey et de leur situation financière (ils deviendront, au final, odieusement riches), Jonathan Dee raconte avec froideur, presque, l'évolution de cette famille. Quatre chapitres qui sont autant d'ellipses sur les périodes intermédiaires de la vie des Morey : le but n'est pas de montrer comment Adam fait fortune ni comment leurs vies se délitent : 1) ils se marient, 2) ils sont jeunes et gagnent bien leur vie, 3) ils sont riches, 4) ils sont extrêmement riches. Point d'explication, de démonstration ou de détails, Jonathan Dee dresse un tableau en quatre volets qui n'en sont que plus forts et encore plus édifiants.

 

Adam et Cynthia oublieront d'être à force de paraître ou de vouloir être tandis que leurs enfants chercheront désespérément ce qu'ils sont (que ce soit dans la drogue ou dans la musique), sans se trouver ("Personne ne pouvait rien contre sa naissance. Il fallait juste partir de zéro et l'empêcher de déterminer qui vous étiez"). Jonathan Dee s'attache à tour de rôle à chacun des membres de cette famille, selon leur point de vue : tous, malgré leurs privilèges, sont seuls, et ont perdu, à force de ne plus rien désirer, le sens même du mot désir.

 

Une chronique familiale implacable et pessimiste qui nous emporte du premier mot au dernier mot, dernier mot au cynisme glaçant tout autant qu'admirable.

 

Impressionnant.

 

 

 

 

 

 

Les privilèges, Jonathan Dee

Plon, mars 2011, 298 pages

 

 L'avis de Cathulu

02/05/2011

London colors

C'est vrai que j'ai toujours dit New York, New York... C'est vrai que London, ok, oui, why not mais en week end.

C'est vrai.

Mais maintenant il serait faux, entièrement faux, de continuer à prétendre que je n'y vivrais pas volontiers. Totally faux.

Et même, soyons honnête jusqu'au bout, j'y vivrais bien tout le temps. En partant, de temps en temps, sometimes, for a while, à New York. Bah oui, quand même... Et puis, un truc en plus : Fifille a décidé d'y vivre, quand elle sera grande. Premièrement parce qu'elle s'imagine déjà aller prendre un verre au pub avec ses copines en sortant du bureau et qu'elle trouve ça over cool (elle est bien ma fille, je trouve, pas vous ?). Deuxièmement parce qu'elle a adoré marcher pendant des heures et découvrir la ville. Troisièmement parce qu'elle a découvert les scones et les noddles bars. Quatrièmement parce qu'elle trouve que Will est un beau mec / prince et que l'époque se prêtait bien à ce genre de fantasmes, vu qu'on ne voyait que lui et Kate, à tous les coins de vitrine / publicités / corners...

 

Un peu de photos, donc, en vrac et au hasard...  et rien d'autre que ça, juste pour le plaisir... (sais pas si mon montage marchera, donc montage ET photos)

 

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06:20 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (38) | |  Facebook

28/04/2011

Des adhésifs dans le monde moderne - Marina Lewycka

lewycka.jpg« - Vous êtes juive?

- Yorkshire. C'est presque une religion. »

 

 

 

Parce qu'il ne veut pas coller un porte brosse à dents dans la salle de bain, Georgina lui envoie son lait brûlant à la figure et se fait quitter dans la foulée. Puisqu'il est parti, Georgina met toutes ses affaires à la benne, tant pis pour lui (j'aime les femmes de caractère, moi) et rencontre Mrs Shapiro, une veille dame qui vient récupérer dans ladite benne les disques de musique classique de feu le mari aimé. Mrs Shapiro vit dans une grande bicoque délabrée au coeur de Londres, possède sept chats efflanqués dont un macho (qui plus est violeur patenté), une chatte amoureuse, un crotteur anonyme, le tout dans des conditions hygiéniques plus que douteuses voire carrément répugnantes.

 

Le rapport avec les adhésifs, me direz vous ? C'est que Georgina travaille comme journaliste pour un site « Des adhésifs dans le monde moderne ». Peu passionnant mais payant.

 

Le rapport entre les adhésifs et l'histoire de Georgina et Mrs Shapiro, me re direz-vous en souriant d'un air caustique ? Il y en a un pourtant, et même plusieurs car au fur et à mesure que l'on découvre avec jubilation ces aventures tragi-comiques, on se laisse totalement emporter par l'histoire et les personnages. Georgina, donc, va s'occuper de la maison de Mrs Shapiro quand celle ci sera hospitalisée et découvrir un peu du passé de la vielle dame excentrique. Ajoutez à l'histoire de Mrs Shapiro des agents immobiliers appâtés par la bâtisse, des travailleurs palestiniens fans de PVC et pas vraiment bricoleurs, des agents des services sociaux pas très sociaux, des personnes âgées frappadingues, un adolescent illuminé qui attend la fin du monde et reliez le tout par un adhésif puissant : l'amitié, l'amour, le respect ou la tendresse selon les cas.

 

Car de fêlures il en est bien question, que ce soient celles des relations parentales, celles des couples, celles des gens qui s'abiment dans des disputes épuisantes ou des conflits sociaux, de classe ou de religion. Un peu de colle donc ou de ciment, dont en sortira un roman tout en finesse, en drôlerie et en tendresse. Car oui, on rit souvent, on s'émeut, on applaudit presque, on efface discrètement une petite larme attendrie que l'on n'a pas vue venir. Marina Lewycka dépasse avec brio le stade de la comédie de moeurs en élargissant le spectre de ces relations humaines à l'histoire plus générale : en remontant dans le passé de plusieurs protagonistes du roman, Marina Lewycka fait une incursion dans l'histoire avec un grand H et emmène son lecteur en Palestine, ou Israël. Là où la colle n'a pas encore pris. Mais point de grande leçon ou de discours pontifiant, rassurez vous, le tout ne sert qu'à étayer ce sympathique roman où les scènes se visualisent avec tant de plaisir qu'on aimerait, après avoir tourné la dernière page, foncer à Londres du coté de Totley Place, et de se glisser parmi les invités de Canaan House. Avec un tube de colle pour nous aussi recoller les morceaux et surtout ne plus pouvoir partir.

 

 

Des adhésifs dans le monde moderne, Marina Lewycka

Editions des Deux Terres, 506 pages, avril 2011

 

 

 

 

Les avis de Sandrine, Lililecture, Sentinelle et Armande

 

 

 

 

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