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24/01/2011

Des clous – Tatiana Arfel

 

arfel_des-clous.jpg« Penser moins, pour travailler plus ».

 

Passer du succès d'un premier roman à l'épreuve du second n'est sans doute pas facile. Changer de ton, de thème, d'ambiance, éviter la répétition et prendre le risque d'une changement de cap non plus. Tatiana Arfel quitte l'ambiance poétique de L'attente du soir pour aborder le monde de l'entreprise et sa violence.

 

Des clous, voilà ce que sont Catherine, Laura, Rodolphe, Marx, Francis et Sonia. Des clous sur lesquels on tape sans arrêt, sur lesquels on tape avec violence, avec mépris, pour les faire rentrer dans le moule, les mettre en conformité avec l'Entreprise, Entreprise avec un grand E car les conformes doivent s'y soumettre et oublier jusqu'à leur propre identité afin de sacrifier à son succès.

 

Des clous, voilà. Des non conformes aussi. Qu'ils soient hôtesse d'accueil (Laura, qui ne supporte pas les talons hauts) comptable expert (Françis, qui se réfugie dans les chiffres, un peu trop, un peu trop bon, un peu trop solitaire) cuisinier (Rodolphe, qui s'imagine qu'on peut donner de la confiture aux cochons, ie agrémenter les plats des employés quand c'est réservé aux cadres, en encore, pas tous, les meilleurs) ou Catherine, la DRH, qui était entrée dans l'entreprise avec joie, devenue l'ombre de son ombre parce qu'elle envisageait son métier du point de vue...humain. Humain. Quelle aberration. Quelle idiotie. Alors les conformes, les bons, ceux qui sont entrés dans le moule, ceux qui savent, ceux qui sont, ceux qui comptent, les convoquent à un séminaire d'entreprise. Un séminaire de formation animé par Denis, un comédien, qui va les remotiver, les aider, les soutenir.

 

Tu parles, Charles. Ce séminaire, en réalité, est destiné à les faire couler encore plus vite, encore plus facilement. Les faire couler et surtout les faire couler tous seuls. Les aider à fournir eux-même les preuves de leur incapacité, de leur inaptitude. Les aider à plonger encore plus vite et les faire dégager. Vite, bien, et sans coût supplémentaire.

 

On se croirait dans un roman futuriste, une anticipation. Un peu, mais pas tant que ça. Anticipation parce que le récit est dramatisé, parce que tout ça semble outrancier, inconcevable ; Tatiana Arfel fait par ailleurs référence au roman de George Orwell, 1984 ou à celui d'Huxley, Le meilleur des mondes ("J'ai pensé, bien sûr, à 1984, j'ai pensé qu'Orwell avait été visionnaire, et que comme toujours la réalité dépassait toujours la fiction. Certes nous ne travaillerons pas à la modification de la réalité des faits historiques, nous ne travaillerons pas à un mensonge clair et direct, mais nous travaillerons à la soumission des hommes par la langue"... "J'ai pensé aussi à celui d'Huxley, plus visionnaire encore, à la dictature du confort, de la sécurité, de chacun sa place, conditionné et consentant".). Mais c'est cette exagération, cette outrance qui sont volontaires et amplifient encore plus la violence et la déshumanisation de ces personnages, de ses clous, de ces hommes et femmes objets, certains frappant d'autres recevant les coups, mais tous devenus des êtres désincarnés soumis à l'Entreprise, nouveau Dieu devant lequel on se prosterne et se sacrifie.  Anticipation, peut-être, mais l'action se déroule en 2006. Un ancrage dans le présent, des hommes et des femmes qui pourraient être n'importe lesquels d'entre nous, des travailleurs devenus des rebuts et que l'Entreprise et ceux qui la dirigent, la portent, la soutiennent, y sont conformes, vont s'employer à broyer et réduire en poussière.

 

L'écriture est à la fois blanche et cruelle. Pas de concession, pas de poésie et de douceur comme dans L'attente du soir, nous sommes dans un conte actuel et impitoyable, un récit acre où les protagonistes racontent, à leur tour, ce séminaire. Si tous les non-conformes ont la même voix, la même blancheur, c'est qu'ils deviennent peu à peu des machines qui ne pensent plus et perdent peu à peu toute humanité, toute individualité. Si les conformes ont la même violence, le même acharnement à détruire, c'est qu'ils ont été refaçonnés, remodelés pour devenir des machines, des broyeurs. De la négation de l'humain au profit de la productivité. 

 

Au fil des pages, au gré de l'horreur absolue et de la révolte que peuvent inspirer ce récit, le lecteur s'enfonce dans un monde de noirceur où toute couleur a été bannie, toute identification, toute personnalisation, toute humanité (« Une erreur de prénom ce n'est pas très grave en soi, enfin, ça vexe, je sais. Les gens veulent tellement qu'on s'intéresse à eux, comme si l'entreprise était là pour ça, comme si on n'avait rien d'autre à faire. Il y a une erreur fondamentale dans leur façon de prendre le travail, ils croient qu'on les embauche pour eux, leur petite personne, alors qu'on a besoin d'efficacité, c'est tout, peu importe ce qui arrive. Ils ne devraient pas se plaindre, eux aussi viennent au boulot pour gagner de l'argent, pas pour HT, si c'était bénévole y'aurait plus personne ! Mais ils demandent encore, encore de l'attention, mon nom, mon nom, mon nom exact, moi, moi, moi.... Les gens continuent à s'appeler par leurs prénoms, comme s'ils existaient seuls, et ça m'énerve ! Ca m'énerve ! Faudra interdire ça, bien sûr ! »).

 

Un univers impitoyable que Tatiana Arfel décrit sans concession, froidement. Amélioration du langage où les mots inutiles, vains, improductifs, sont bannis pour faire place à un vocabulaire efficace, rapide, qu'ils soit français ou anglais. Un univers brutal où l'individu est réduit à un numéro, une machine qui ne peut plus penser, plus agir, seulement obéir et adhérer aux règles ou en être éjecté, et tant pis si ça veut dire mourir.

 

Violent et blanc, donc, ce roman de Tatiana Arfel. Même si un épisode final m'a semblé trop facile, trop approprié, trop propice, il n'en reste pas moins que, tout comme Delphine de Vigan avec  Les heures souterraines  Tatiana Arfel signe là un excellent roman sur la violence en entreprise et l'anéantissement des individus au profit de cette même entreprise.

 

 

 

Des clous, Tatiana Arfel,

José Corti, janvier 2011, 315 pages

Lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire

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07/01/2011

L’attente du soir – Tatiana Arfel

arfel.jpgLe môme, Mademoiselle B, Giacomo.

 

Giacomo le dresseur de caniches qui parle et qui raconte la vie du cirque, la solitude, les soirées passées à faire rêver, à allumer quelques étincelles dans les yeux des spectateurs, étincelles de plaisir, jeux d’ombres et de lumières pour apporter un peu de joie dans les villes tristes qu’ils traversent, brinquebalant leur chapiteau branlant de vieux cirque fatigué. Giacomo dont les yeux ne sont que douceur.

 

Mademoiselle B, la femme grise, sans vie, sans amis. Mademoiselle b qui a grandi sans le regard de ses parents pourtant présents, mais qui ne la regardaient pas. Mademoiselle B devenue transparente aux yeux de tous y compris les siens. Mademoiselle B qui évolue dans un halo de brume, invisible et aveugle à la vie, aux autres, à elle-même.

 

Et le môme, enfant des rues, enfant du terrain vague où il a grandit, seul, avec un chien. L’enfant qui ne parle pas, l’enfant qui aboie parce que le seul regard qui l’ait aimé est celui d’un chien. Le môme qui peint inlassablement avec du sang, de la boue, des feuilles d’arbre, les tâches et les ombres qui obstruent sa mémoire. Qui est-il ? D’où vient-il ?

 

Que dire de l’attente du soir qui n’ait déjà été dit ? C’est un roman choral ou chacun prend la parole (sauf le môme, bien sûr, pour qui Giacomo parle et raconte, maintenant qu’il sait, ce qu’a été sa vie). Un roman dont chaque mot, chaque phrase, est recouvert de poésie, chaque page fait frissonner ou frémir.

 

Un conte étrange où la magie côtoie la solitude, où la lumière côtoie la nuit, où la joie côtoie la tristesse. Tour à tour, le lecteur écoute les récits, se fond dans l’histoire de ces trois êtres perdus et seuls (Giacomo, malgré les quelques artistes qui l’entourent, n’a pas réellement vécu, ni fondé un véritable foyer). Un conte étrange où des être fantomatiques vont peu à peu renaître et réapprendre à vivre. Apprendre à vivre, puisqu’ils ne savaient pas qu’ils étaient en vie. Même si l’intrigue elle-même se devine rapidement, même si le lecteur fera très rapidement le lien entre les personnages, même si tout reste au final très attendu, on se laisse malgré ça bercer par la poésie du style et la puissance évocatrice de la plume de Tatiana Arfel.

 

 

L’attente du soir, Tatiana Arfel

Ed José Conti, collection Merveilleux, octobre 2009, 325 pages

 

Les avis de Papillon, Cuné, Caro[line], Fashion, Dominique, Cathulu

 

06:05 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

03/01/2011

Blonde – Joyce Carol Oates

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ».

 

blonde.jpgEst elle morte au bon moment, Norma Jean Baker Mortensen Monroe ? Est elle morte avant de devenir l'ombre de son ombre, gavée de somnifères, de Nembutal, de Benzedrine, d'alcool, ou avant de devenir totalement folle, totalement aliénée, totalement dépendante des hommes, des autres, d'elle-même ou de l'image, cette image qui la regardait dans le miroir, cette autre Elle devenue l'Amie dans le miroir, la seule à laquelle elle pouvait se confier ? Est elle morte avant d'avoir pu vivre vraiment ?

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ». Ces mots que lui a confiés sa mère, Gladys Mortensen, semblent prophétiques quand on connait la vie de Norma Jeane. Norma Jeane devenue Marylin, mais Norma Jeane l'héroïne du roman de Joyce Carol Oates.

 

Norma Jeane qui, sous la plume de Joyce Carol Oates, devient vivante, palpite, respire, prend forme et renaît pleinement. Je dis renaître car la star, elle, la Marylin, je ne la connaissais qu'à travers ses films et la légende qui l'entourait. Le reste, pour moi, était une nébuleuse faite de mythe et de faits avérés.

 

JCO s'est emparée du mythe pour dessiner le portrait et esquisser la vie d'une simple femme. De l'enfance de Norma Jeane, baptisée ainsi en hommage à Norma Thalmadge et Jean Harlow, deux stars que sa mère admirait. Sa mère qui travaillait dans les studios d'Hollywood, sa mère schizophrène, sa mère qui oubliait dans l'alcool et les médicaments les tourments et les peurs. Sa mère qui l'élevait seule, sa mère qui a toujours caché à sa fille la véritable identité de son père, son père qu'elle a cherché toute sa vie, appelant ses maris "Papa".

De l'enfance, chaotique, tourmentée (Norma Jean fut confiée à un orphelinat puis une famille d'accueil après que sa mère Gladys eut été internée), aux premières photos de pin-up, aux premiers pas à Hollywood, en passant par un premier mariage, au statut de star, de bombe sexuelle, de scandaleuse, de victime, de tas de viande salement exhibé et exploité, de fantasme ambulant entièrement fabriqué par les studios, Joyce Carol Oates s'empare du mythe et lui érige un piedestal fascinant sous forme d'une biographie romancée. Part du vrai ? Part du faux ? Le vrai, la vérité, celle qu'on connait, sert de fondations à un roman extrêmement fouillé où la star n'est plus qu'une femme, l'héroïne d'un somptueux roman qui ne se quitte pas.

SI Joyce Carol Oates excelle à forger des portraits de femmes brisées (Ariah dans Les Chutes, Genna dans « Fille noire, fille blanche »), la vie de Marylin devient sous sa plume un matériau qu'elle pétrit inlassablement pour en extraire un suc dense et palpitant.

Joyce Carol Oates écrit nerveusement, de façon saccadée pour souligner la vie en soubresauts de l'Actrice blonde. Son style énergique, parfois lancinant, parfois obsédant, magnifie son existence bousculée et la narration toute en brisures met en exergue les fêlures de la femme fatale, victime à la fois consentante et manipulée, méprisable et fascinante, obsédante et idéalisée.

Le regard de JCO se porte sur la vie d'une femme faite de contradictions, une femme faite et défaite au fil des ans et des rencontres. Des initiales ou des simples surnoms désignent les personnages qui entourent Marylin (l'Ancien Sportif pour Joe Di Maggio, le Dramaturge pour Henri Miller, H. pour John Huston, W pour Billie Wilder ou C. pour Tony Curtis) : ainsi ces personnages mythiques ne sont plus que des ombres secondaires qui entourent la Femme emblématique, petite fille brisée, broyée par une machine infernale qu'elle rêvait de quitter mais qui n'a pas jamais su s'échapper de la cage dans laquelle elle avait été enfermée.

 

Candeur sexuelle ou innocence perverse ? Qui était Norma Jean Mortensen Baker Monroe ? Nul ne le saura vraiment, mais JCO réussit à la perfection dans un exercice ô combien périlleux, ô combien dangereux. Sa plume correspond parfaitement à l'héroïne mythique : brûlante, acérée, saccadée, elle magnifie Norma Jean et la rend sublime, humaine, à la fois méprisable et infiniment émouvante.

 

 

Blonde, Joyce Carol Oates

Traduit de l'anglais (américain) par Claude Seban

Stock, 981 pages, juin 2010

Première parution 2005

Livre de poche (mai 2002)

 

 

Les avis de Restling

"J’ai adoré découvrir cette femme charismatique accompagnée de la plume de Joyce Carol Oates et si vous n’avez pas peur des pavés, je vous recommande chaudement ce roman."

 de Magda

"Oates pénètre les tourments et les espoirs de Marilyn mieux que n’importe quel écrivain l’a fait avant elle, et nous raconte une histoire dont il est impossible de décrocher. "

de Cathulu :

"Joyce carol Oates s'empare de la vie de Marylin Monroe , la sculpte, la brasse à sa guise et la transforme en une fiction fascinante qui distille un sourd malheur."



 

« Le trac. Cette peur animale. Le cauchemar de l'acteur. Une décharge d'adrénaline si forte qu'elle peut vous projeter à terre & votre coeur bat à toute vitesse & un tel afflux de sang dans ce coeur qu'on se dit avec terreur qu'il va éclater & et les doigts des mains et des pieds glacés & plus de forces dans les jambes & la langue engourdie, plus de voix. Un acteur est sa voix & sans voix il n'existe plus. Souvent il y a des vomissements. Epuisants et spasmodiques. Le trac est un mystère qui peut frapper n'importe quel acteur n'importe quand. Même un acteur chevronné. Un acteur à succès. Laurence Olivier, par exemple. Olivier a été incapable de jouer sur une scène pendant cinq ans au faîte de sa carrière. Olivier ! Et Monroe, touchée par le trac à la trentaine, durement touchée, devant des caméras & même devant des spectateurs en chair & en os. Pourquoi ? On explique toujours que le trac doit être une simple peur de la mort & de l'anéantissement mais pourquoi ? pourquoi une peur aussi générale frapperait-elle de façon aussi erratique ? pourquoi spécifiquement l'acteur & pourquoi si paralysante ? pourquoi cette panique à ce moment là, pourquoi ? vos membres vont-ils être déchiquetés, pourquoi ? vos yeux arrachés, pourquoi ? ventre percé, pourquoi ? êtes vous un enfant, un nourrisson sur le point d'être dévoré, pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

 

Le trac. Parce qu'elle ne pouvait pas exprimer de colère. Parce qu'elle savait exprimer magnifiquement & subtilement toutes les émotions à l'exception de la colère. Parce qu'elle pouvait exprimer la déception, le désarroi, la crainte & la douleur mais ne pouvait se présenter de manière convaincante comme l'instrument de telles réactions chez d'autres. Pas sur scène. Sa faiblesse, le chevrotement de sa voix si elle l'élevait pour exprimer la colère. La protestation, la rage. Non, c'était impossible !.... L'homme qui était son amant ou qui avait souhaité être son amant, comme tous ses amants un homme pénétré de la certitude d'être le seul homme à détenir le secret du puzzle, de l'énigme, de la malédiction de Monroe, lui avait dit qu'elle devait apprendre à exprimer la colère sur scène & qu'elle deviendrait alors une grande actrice ou aurait au moins une chance de devenir une grande actrice & il la guiderait dans sa carrière, il choisirait ses rôles & il la dirigerait, & il ferait d'elle une grande actrice de théâtre ; disant, taquin et grondeur même quand il lui faisait l'amour ( de cette curieuse façon lente & étonnée & presque abstraite sans jamais cesser de parler sauf au moment de l'orgasme & encore à peine un court instant, comme dans une parenthèse) que lui savait pourquoi elle était incapable d'exprimer de la colère et elle ? & elle secoua la tête en silence, non, & il dit Parce que tu veux que nous t'aimions, Marylin, tu veux que le monde entier t'aime & ne t'anéantisse pas, comme toi tu aimerais anéantir le monde & tu as peur que l'on découvre ton secret je me trompe ? & elle avait fui. »

30/12/2010

Tu veux ma photo ?

Il parait que l’année se termine, mais je ne l’ai pas vue passer. Question d’âge disait mon arrière grand-mère qui savait de quoi elle parlait puisqu'à 102 ans elle prétendait qu'elle avait 72 ans, la coquette, en dégustant un petit verre de muscat. Plus l’on vieillit donc, moins on voit le temps passer. Mouais. Pas pour dire mais je ne suis pas assez vieille pour les bilans de fin de vie, donc le mien sera fait de bric et de blog, un fatras foutoir un peu foutraque, un peu fourre-tout et pas trop touffu. Du moins j'espère.

 

Que s’est-il donc passé dans la vie de ce blog pendant un an ? Pas grand-chose. Des livres, des chroniques, je ne vois pas quoi ajouter d’autre, de toute façon un blog ne sert à rien, dans l’absolu, hein ? Je vous épargne aussi le bilan chiffré, je trouve ça inintéressant au possible. Ou alors faut qu’il fasse rire (et là, je ne saurais pas faire).

 

Si je devais tenter de recouvrer un minimum de mémoire et me forcer à revenir en arrière (ce que je déteste par-dessus tout), j’essaierais de mettre en exergue les points forts de ce blog, les billets que j'ai aimé écrire, les challenges (là c'est vite vu, zéro + zéro égalent double zéro et fier de l'être), les visiteurs (pauvres âmes errantes sur l'internet de l'univers intergalactique arrivés ici par hasard, je vous salue bien bas. Poor lonesome cowboys of universally intergalactical (?) worldwide web, please tell Jack to come back home, and que ça saute, please). Le problème c’est que ça deviendrait vite désespérément ennuyeux (pas qu'il revienne mais que je parle chiffres, bon sang faites un effort pour suivre, ici bas).

 

Donc, je disais et non je ne suis pas sénile, autant parler des blogs que j’ai notés cette année (enfin, dans les dernières semaines, parce que je ne prends pas de notes sur un petit carnet dès qu’un truc m’interpelle, autant briser une légende tout de suite, je ne suis pas une bloggueuse qui traîne derrière elle un joli petit carnet rose sur lequel elle note tout plein de titres et de liens. Nada. Je considère que si ma mémoire retient quelque chose, c’est que ça en vaut la peine, sinon tant pis).

 

Je vais citer donc quelques blogs qui m’ont plu ou séduite.

 

Allons y Alonzo, comme dirait l’Autre.

 

 

Tout d’abord un blog / site dédié au théâtre, à la littérature et aux BD, Rhinoceros. J’aime beaucoup. 

 

Là, un blog un peu lecture, un peu chroniques, que je trouve très bien écrit : Je suis venue te lire. 

 

Ici, les Pesctaculaires, que je connais depuis quelques mois. En fait depuis quasiment ses débuts. J’ai eu l’occasion de rencontrer ses deux rédactrices cette année, Plastie et Alexiane. Des filles bien pour un blog bien. Ca fait plaisir. 

 

Et pour finir Les plumes d’Audrey, que je suis depuis quelques mois maintenant et qui me plaît bien.

 

Il y a eu aussi quelques requêtes drolatiques qui ont amené sur mon blog. Je vous épargne les sempiternelles et banales requêtes à connotation sexuelle, pornographique, zoophile etc, mais quelques unes ont retenu mon attention. Je vous les cite de mémoire : 

 

« Amanda Meyre comédienne : où  ? » : la réponse est simple, cher internaute curieux : si vous voulez savoir, vous m’envoyez un mail privé, mon adresse est située là, regardez bien, dans la colonne de droite, tout en haut. Peut-être vous répondrai-je. Ou pas. Si je sépare vie privée et vie bloguesque, ce n’est pas pour rien. En fait ça dépend de vous. Si vous avez un énorme bouquet de roses blanches à m’offrir à la fin, peut-être que je vous dirais ça.

 

« Librairie Amanda Meyre » : désolée je ne suis pas libraire !

 

« Amanda Meyre auteur » : non plus !

 

"Amanda rédactrice" : ça dépend ça dépasse ?

 

"photo Amanda Meyre" : nue ou habillée ?

 

 "blog amanda meurt" : pourquoi tant de haine ?

 

« Amanda Meyre sympa ? » : a priori pas pour l'internaute précédent !

 

 

Je ne sais pas trop quoi rajouter. Sachez que Perette a embouti sa voiture zéro fois mais amélioré l’homogénéité des rayures sur ses portières en y apportant une ou deux touches supplémentaires du plus bel effet. Qu’elle a fichu à la poubelle moult papiers importants que sa mémoire n’avait pas daigné retenir. Dont une fiche de paie. Et un dossier scolaire.

 

En fait je n’ai pas grand-chose à dire pour ce bilan. Ce n’est pas mon truc. Si, que j’ai oublié en septembre l’anniversaire de ce blog qui a donc eu trois ans sans qu’on lui souffle ses bougies, le pauvre ? Il devrait être content d’être encore là et cesser de se plaindre, tiens J Pour le consoler, je lui ai fait un cadeau. Un animal de compagnie. Un animal qui nous apporte plein de fous rires et beaucoup de sujets de conversation. Qui restent privés.

 

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Sur ce bonne année, tiens !

06:13 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (50) | |  Facebook

21/12/2010

La fortune de Sila – Fabrice Humbert

humbert.jpgUn restaurant. Un serveur, des couples, des familles, des amis attablés. Un milliardaire russe et sa femme, un mathématicien et son ami, un homme qui a fait fortune dans le crédit immobilier. Un enfant bouge trop et gêne le serveur, le serveur lui demande de se pousser, le père de l’enfant se lève et frappe le serveur.

 

Et rien ne se passe. Tous baissent le nez dans leur assiette, le serveur retourne en cuisine. Personne n’a bougé, personne ne s’est interposé. La vie continue.

 

Un prologue amer et parfaitement réussi pour le roman de Fabrice Humbert. Sec, nerveux, il plonge directement le lecteur en apnée et le capte sans ambages. Une scène d’ouverture qui va découler sur les personnages attablés ce jour là et leurs existences vouées à l’argent.

 

Mark Ruffle, l’homme qui a frappé, est l’archétype du profiteur roublard. Il a bâti sa fortune sur le crédit immobilier et vend des crédits aux plus faibles ; sa fortune repose sur l’exploitation des subprimes aux États-Unis. Lev est un milliardaire russe qui a profité de l’écartèlement de l’empire de Russie. Simon est une jeune et brillant mathématicien reconverti dans la finance anglaise. Autour d’eux, des femmes qui subissent et acceptent elles aussi les compromis faciles. Certaines partiront, d’autres pas.

 

Fabrice Humbert plonge le lecteur dans l’univers apparemment feutré de la finance, dans des milieux où l’argent se compte en milliards. Univers feutré en apparence, univers miroir d’un coté fastueux et de l’autre d’une violence larvée et souterraine. Ces personnages dont les routes se croiseront peu où à peine évoluent dans un monde où le pouvoir et la réussite se bâtissent sur un terreau fait d’intimidation et d’écrasement des faibles. Lev, Simon et Mark, dans une spirale infernale, oublient leurs idéaux et rêves de jeunesse pour devenir des monstres prêts à tout, la faim et la soif de pouvoir devenant toujours plus voraces. Certains se demanderont toujours s’ils ont fait les bons choix, certains hésiteront, d’autres agiront sans la moindre morale.

 

A coté d’eux, Sila, le serveur émigré du Sénégal, leur oppose la fraîcheur et l’innocence.

 

Entre pouvoir, corruptions, lâchetés et compromissions, Fabrice Humbert dessine un monde sans pitié où la corruption et la violence sont maîtresses. Ses personnages avancent avec avidité, s’interrogent, ou pas, sur leurs choix et leurs possibilités. 

 

Vendre son âme, posséder le pouvoir, accumuler sans cesse et toujours plus, mais pour quoi ? Un roman dont le style et le récit happent le lecteur et, même s’il tend à être trop professoral, à trop détailler, expliquer, donner au lecteur des clefs qu’il ne demande qu’à deviner par lui-même, s’il tombe parfois dans  l’excès d’analyse et de démonstration, n’en reste pas moins un bon roman et une découverte agréable.

 

 

 

 

La fortune de Sila – Fabrice Humbert

Le passage, août 2010, 317 pages

 

 

L’avis de Papillon : « Un roman brillant et extrêmement cruel ».

 

 

 

17/12/2010

Quand blanchit le monde – Kamila Shamsie

shamsie.jpgHibakusha : victime des bombes nucléaires. Survivant.

 

Hiroko Tanaka est une hibakusha. Elle a survécu à la bombe. Hiroko vivait à Nagasaki. Elle était jeune et aimait Konrad, un allemand. Ils voulaient se marier après la guerre. Avoir des enfants et peut-être voyager, rendre visite à la demi-sœur de Konrad qui avait épousé un anglais et vivait en Inde.

 

Mais la bombe a détruit Nagasaki, leur amour, et Konrad. Quelques années plus tard, marquée à vie par deux immenses tâches noires sur son dos, traces des brûlures de la bombe, Hiroko se rend à Dehli pour rendre visite à Elizabeth Weiss Burton, la demi-sœur de Konrad. Elle restera en Inde et rencontrera Sajjad Ashraf l’employé de James Burton. Ces deux là vont se reconnaître, s’aimer, et s’enfuir pour se marier. Mais l’Inde est déchirée elle aussi, l’Indépendance arrive, les anglais s’en vont, les hindous et les musulmans se déchirent. La Partition se met en place et Hiroko et Sajjad, de retour de voyage de noces, ne peuvent revenir au pays. Un Indien qui a épousé une Japonaise. Des parias, donc. Ils s’installent au Pakistan tandis que, de son coté, Elizabeth Burton quitte son mari et s’envole pour New York.

 

Quand blanchit le monde est un roman dense, passionnant, qui nous entraîne de Nagasaki à New York en passant par Delhi, Karachi ou Islamabad. A travers plusieurs générations, nous suivons deux familles intimement liées par une tragédie (la famille Burton-Weiss et la famille Tanaka-Ashraf) qui survivent dans un monde toujours en guerre, deux familles multi-culturelles (Elisabeth née allemande, mariée à un anglais, divorcée aux Etats Unis, et Hiroko et Sajjad, la japonaise et l’indien qui ont refait leur vie au Pakistan) et marquées au fer par les deuils qui les ont rongées au fil des ans. Car si la seconde guerre mondiale est terminée, la menace nucléaire continue de peser : que ce soit la bombe indienne ou celle que le Pakistan projette d’acquérir, l’ombre d’une nouvelle tragédie continue de ravager les destins de ces deux familles. La menace nucléaire tout comme la folie et la rage des hommes et des nations qui se déchirent à travers les années et les pays.

 

A travers Harry, le fils d’Elizabeth émigré aux Etats Unis avec sa mère, qui s’engage dans la CIA, ou  Raza, le fils de Hiroko et Sajjad, jeune homme emporté dans les tourments qui déchirent le Pakistan et l’Afghanistan en pleine guerre contre l’URSS, on ne peut que se laisser porter par cette fresque familiale.  Une épopée sous laquelle se dessine aussi une l'histoire géo-politique, celle des guerres d’Afghanistan et du Pakistan, les guerres externes ou internes, la montée de l’intégrisme et des Talibans, aussi bien que l’ingérence des Etats-Unis prêts à tout pour assoir leur puissance. Une guerre qui est, depuis 1945, toujours aussi larvée et encore accrue depuis le 11 septembre.

 

On ne peut qu’aimer Hiroko, Sajjad, Harry, Raza, Elisabeth ou Kim. Ces deux familles, liées par une amitié indéfectible qui unira leurs enfants sans qu’ils se rencontrent (comme Raza et Kim, la fille d’Harry), traversent les épreuves et les guerres en se protégeant mutuellement, en s’appuyant, se haïssant parfois pour mieux se pardonner. Des actes anodins, des parcours, des chemins qui s’écartent et les vies sont bouleversées mais toujours intimement soudées les unes aux autres. Hiroko, personnage phare du roman, incarne à elle seule la force de la résilience et de la souffrance que l'on apprend à supporter.

 

De Nagasaki en 1945 à New-York en 2002, Kamila Shamsie nous offre là une toile étonnante, ou s’imbriquent émotions, douleurs et joies, parfaitement ancrées dans une réalité historique et géo-politique. L’ombre de ces oiseaux sur le dos d’Hiroko, symbole de la bêtise humaine et de l’horreur que peuvent commettre les nations, continue de détruire les destins à travers des actes parfois anodins dont les conséquences sont irréversibles. Jusqu’aux dernières lignes.

 

 

 

Quant blanchit le monde – Kamila Sahmsie

Buchet Chastel, septembre 2010, 492 pages

 

 

Les avis de Katell, Pimprenelle.