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15/12/2010

Du plomb dans le cassetin - Jean-Bernard Maugiron

cassetin.jpgEn a-t-il, du plomb dans la cervelle, le narrateur de cette histoire ! Un brave homme qui travaille comme correcteur dans un journal régional. Le soir, il relit, corrige les articles écrits par les journalistes, là-haut, dans la salle de rédaction. Lui, comme ses collègues, est relégué au sous-sol, là où les rotatives tournent, là où la nuit s’échangent les blagues, les farces, et même parfois les confidences… C’est sa collègue qui lui a demandé de rédiger un article sur son métier. Alors il écrit. Et chaque chapitre, qui commence par la même phrase « Je travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional », sonne comme une ritournelle, une ode à ce métier qui petit à petit disparaît. Les machines remplacent peu à peu les hommes.

 

Un récit très court dans en forme d’hommage à l’un des derniers métiers traditionnels de la presse. A travers le récit du narrateur, qui s’obstine, se reprend, se répète, semble petit à petit perdre la tête, on découvre un vieux garçon (il vit avec sa mère, est passionné par les circuits de trains), un univers nocturne en voie de disparition, celui des salles de correction, leurs traditions, petites habitudes tissées au fil des nuits passées à travailler ensemble, les anecdotes qui se racontent en rigolant, leurs héros tristes et désabusés, personnages touchants autant qu’amusants.

 

En a-t-il, du plomb dans la cervelle, le narrateur de cette histoire ? Du plomb oui, du plomb qui peu à peu le ronge et lui fait perdre la tête. Le récit devient plus sombre, le personnage sombre lui dans la folie… Du plomb, oui. Dans la cervelle. Ca s’appelle le saturnisme.

 

Un roman qui m’a beaucoup touchée, autant par son style parfois gouailleur, direct et très maîtrisé que par une histoire-hommage teintée d’amertume et de tendresse envers toute une profession.

 

 

Du plomb dans le cassetin - Jean-Bernard Maugiron

Buchet-Chastel, septembre 2010, 107 pages

 

 

L’avis de Tamara.

 

Lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire, ce roman faisait partie de la Sélection « Premier roman » .

 

 

13/12/2010

Le journal secret d’Amy Wingate – Willa Marsh

wingate.jpgAborder la ménopause une bouteille dans chaque main, c’est peut-être pas mal. Ecrire un journal peut être une bonne alternative. C’est le conseil que donne son médecin à Amy Wingate qui aborde sa cinquantaine et se sent de plus en plus susceptible. Susceptible, ou supportant difficilement les réflexions maladroites, ou tout simplement bêtes, de sa voisine Francesca, trentenaire mariée qui joue à merveille son merveilleux rôle d’épouse et de mère merveilleuse dans sa merveilleuse maison rénovée auprès de son merveilleux mari Simon. Amy entame donc la rédaction d’un journal qu’elle tient quotidiennement.

 

Amy vit seule, entourée de ses merveilleux voisins, donc, chez qui elle passe de merveilleux dimanches. Elle les aime bien, Amy, mais elle sent parfois poindre en elle une pointe d’agressivité, ou de raillerie. Ou de culot, comme quand elle pousse un jeune garçon assis le rebord d’un pont. Ce jeune garçon, Gary, qu’elle a surpris un peu plus tôt en train de voler dans un magasin, ce jeune garçon qui la narguait visiblement. Il la narguait, elle l’a poussé. Automatisme dont la première surprise est Amy elle-même.

Il est charmant, ce journal, on sent pointer pour Amy une véritable attirance, pour ses pensées si justes, si cruelles parfois et si sensées. Amy observe, écoute, et retranscrit dans son journal les menus événements qui remplissent ses journées. Et loin d’être ennuyeux, ce journal d’une célibataire endurcie se laisse lire avec plaisir, on y suit avec le sourire les aventures tragi-comiques des jeunes couples qui entourent Amy, leurs faux-semblants, leurs jeux de société où le bonheur doit être parfait (merveilleux !) et affiché même s’il est en réalité complètement illusoire. 

Le ton n’est jamais amer, tout comme Amy, et au contraire le récit fait largement sourire, ses considérations et anecdotes étant criantes de vérité (« Très tôt, j’ai du m’assurer de faire éclater un mythe : non, je n’adorais pas donner son bain au bébé. Il ne fait essentiellement que baver, hurler, ou les deux à la fois. Lorsque j’ai compris qu’on s’apprêtait à me transformer en forçat à l’heure du bain… " mais si, elle est fantastique avec les enfants, ma chère, elle adore ça, la pauvre petite, vraiment…. " j’ai été bien contrainte de prendre certaines dispositions. J’ai fait en sorte de lâcher une fois ou deux le bébé sur la table à langer, après quoi j’ai bien failli le noyer – des peccadilles de cet acabit…. J’ai été rapidement rétrogradée et je suis désormais affectée aux contes. »).

Que ce soit dans son observation quotidienne de ses voisins (lesquels retrouveront bientôt un autre couple qui viendra apporter quelques rebondissements au journal) ou son récit de ses relations avec le jeune Gary, qu’elle va prendre un peu sous son aile, Amy est décidément une femme attachante, qui révèlera petit à petit son propre passé et ses propres relations avec les hommes.

C’est touchant, juste, bourré d’un humour très discret mais bien présent, on s’attache follement à cette « plus toute jeune » qui nous plonge dans l’atmosphère paisible d’une bourgade anglaise où les petits et grands soucis des gens ordinaires sont poignants de justesse et racontés au final avec beaucoup de délicatesse.

« Francesca est à la porte avec les enfants, prête à m’accueillir. Simon est juste derrière elle, une bouteille à la main. Il faut en passer par la pantomime habituelle, mais pour une raison quelconque, je trouve cela moins irritant que la dernière fois. Suis-je en train de m’adoucir avec l’âge ? A Dieu ne plaise ! J’ai hâte de devenir une vieille femme difficile, tyrannique et totalement désagréable ! Après tout, il faut se réserver certains plaisirs pour ne pas devenir sénile. »

 

 

Le journal secret d’Amy Wingate – Willa Marsh

Littératures autrement, novembre 2010, 206 pages

 

Les avis de Cuné, Cathulu et Juliette

 

08/12/2010

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

bello.jpgÇa ressemble à un roman policier classique, un roman de bonne facture où tous les éléments de crime et de l’enquête sont donnés au lecteur qui pourra s’il le veut en tirer rapidement ses conclusions. Le lieu, une ville de province. Le crime : Emilie Brunet et son amant ont disparu depuis plusieurs jours. Les protagonistes  habituels : le mari, principal suspect, la maîtresse, la gouvernante, le meilleure amie…. Le policier : Achille Dunot, enquêteur à la retraite, grand lecteur expert dans l’œuvre d’Agatha Christie.

 

Ça pourrait, mais ce n’est pas tout à fait ça. C’est même fichtrement plus compliqué. Achille Dunot est enquêteur à la retraite, certes, mais il est frappé d’amnésie antérograde : il oublie tout des événements de la veille et doit relire chaque matin le carnet dans lequel il a consigné la veille tout ce qu’il a appris. Henri Gisquet, son supérieur, lui demande de l’aider à résoudre cette affaire qui parait simple : Claude Brunet, le mari d’Emilie, a été arrêté. Principal suspect, il a été passé à tabac par un jeune inspecteur persuadé de le faire ainsi avouer. Mais Claude Brunet, suite à cette bavure, est lui-même devenu amnésique : il n’a aucun souvenir de la journée qui a précédé la disparition de sa femme et de ce fait ne peut produire d’alibi. Pour corser le tout, Claude Brunet est un neurologue reconnu spécialiste des sciences cognitives : son amnésie est elle réelle ou simulée ? Entre ces deux là commence une partie d’échecs où Achille Dunot est tributaire de son cahier et des souvenirs qu’il y consigne.

 

Antoine Bello sème ici et là des indices, les efface, les balaie, les reprend. Tout au long du roman, truffé de références à Agatha Christie ou à d’autres énigmes policières littéraires (Dickens avec Le mystère d’Edwin Drood, Gaston Leroux) (puisque Dunot et Brunet comparent l'affaire qui les occupe aux principales enquêtes de Poirot et ne cessent de confronter leurs analyses réciproques de l'oeuvre d'Agatha Christie), il sème le trouble dans l’esprit du lecteur qui doit se contenter des souvenirs de Dunot. Mais ceux-ci sont-ils exacts, impartiaux ? N’a-t-il pas oublié un élément important ? A-t-il été manipulé par Brunet, considéré dès le début comme le coupable idéal : héritier, machiavélique, volage, l’homme qui prône la recherche du crime parfait semble être le suspect idéal. Mais rien n’est plus facile que de sauter sur des conclusions rapides. Hercule Poirot aurait brillamment élucidé l’affaire en y apportant des preuves éclatantes. Ariadne Olivier, elle, aurait laissé son intuition la guider au fur et à mesure de l’enquête et abouti au même résultat. Comme Ariadne Olivier, je me suis laissée porter par un indicible soupçon, une idée tenace et sous-jacente qui commençait à pointer insidieusement mais ne trouvait pas de prise réelle ou légitime, jusqu’aux dernières pages du roman.

 

A lire et à relire sans doute, pour tenter de trouver d’autres preuves irréfutables, pour peu qu’il y en ait. A revoir aussi « La corde », d’Alfred Hitchcok, et surtout les romans d’Agatha Christie où Hercule Poirot entre en scène. Jusqu’à, évidemment, Poirot quitte la scène.

 

  

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

Gallimard, septembre 2010, 251 pages

 

 

Les avis de Cuné : "C'est un régal de plonger dans ce chaleureux hommage à Dame Agatha et au roman policier en général"

 

Celui de Fashion : « C'est un véritable jeu de piste que je me suis pour ma part régalée à suivre »

 

Celui de Voyelle et Consonne :  « Un exercice de style, donc, plein de prouesse et d'habilité »

 

Celui d’Emeraude : « Un roman à la fois drôle, intéressant, divertissant… »

 

Celui de Vincent Jolit sur Rhinoceros : « Un tel niveau de virtuosité permet à Antoine Bello de signer à nouveau un texte magistral. »

 

06/12/2010

L’homme que vous aimerez haïr – Joséphine Dedet

dedet.jpgIl  était outrancier, menteur, sadique, provocateur, précurseur, cruel, probablement visionnaire, certainement génial. Il est né juif en 1885, a émigré en Amérique en 1906, changé d’identité, troqué son Stroheim judaïque contre un Von Stroheim bien plus catholique. S’est inventé une lignée nobiliaire, une mère dame de compagnie à la cour de l'Empereur. A renié sa famille juive, son père modeste chapelier autrichien. A toujours élucidé les questions sur son parcours, largement édulcoré son expérience dans l’armée autrichienne, émigré en Amérique pour réinventer sa vie, toujours utilisé les femmes, a réussi à convaincre D.W. Griffith de l’embaucher, est devenu acteur, metteur en scène, a scandalisé, outré, offusqué, choqué.

 

Lui, c’est Erich Von Stroheim, donc, né Erich Oswald Stroheim à Vienne. Une personnalité hors normes dont Joséphine Dedet s’empare dans une fiction basée sur des faits réels (le tournage du Bourbier, en 1928, avec Gloria Swanson, alors queen_kelly.jpgmaîtresse de Joseph Kennedy. Le film est par ailleurs sorti sous le nom de Queen Kelly, Stroheim réalisateur en aura été évincé par la star, et s’en tiendra, avec l’apparition du cinéma parlant peu après sa ruine, à son métier d’acteur).

 

Le bourbier, donc, ou celui dans lequel s’empêtrent Von  (surnom donné au réalisateur), Gloria Swanson, productrice et actrice principale du film, et Jo Kennedy, amant de cette dernière. Il ne s’est pas lancé encore en politique, même s’il rêve pour son aîné, estroheim.gifJo Junior, d’un mandat présidentiel. L’avenir, s’il lui enlèvera son poulain dans un accident d’avion, lui donnera quand même ce dont il rêve trente ans plus tard).

 

Gloria, Von, Jo. Trois personnalités hors du commun réunies dans un roman qui plonge le lecteur dans l’ambiance étouffante qui règne sur le tournage. Von ne rêve que de provocation, Swanson d’un film à son unique gloire, Jo d’accroître encore et toujours sa fortune.

 

Trois personnages certes, et même un quatrième qui apparaîtra au milieu en la personne de Rose Kennedy, épouse largement cocufiée mais toujours maîtresse d’elle et de sa famille, probablement tout aussi tireuse de ficelles que son arriviste de mari.

 

Trois personnages dont Von, Erich von Stroheim, narrateur de cette fiction. Au fil de ses souvenirs, évoqués en alternance du récit du tournage, on découvre un homme provocateur au cynisme cinglant. Von reçoit des lettres anonymes qui menacent de révéler son imposture et son passé. Swanson reçoit elle aussi des lettres de son père, lettes anonymes qui menacent détruire l'image de la star. Si l’intrigue en elle-même n’est pas réellement passionnante et plutôt légère (qui écrit ces lettres anonymes ? La révélation finale sera d’ailleurs légèrement décevante), l’intérêt du roman tient au personnage passionnant de Stroheim, évidemment, personnage précurseur et manipulateur dont le lecteur suivra les pensées iniques et l'ironie mordante en avance sur leurs temps (avec peut-être un regret : les trois mariages de Stroheim sont à peine évoqués). Que ce soient Stroheim, Jo Kennedy ou Gloria Swanson ou même Rose Kennedy, tous se sont perdus dans leurs propres miroirs : la star de cinéma terrifiée par le temps qui passe et terrorisée à l'idée que son image soit ternie par des révélations ou une scène trop choquante pour l'Amérique puritaine, l'homme d'affaire obnubilé par la réussite et l'argent, la bourgeoise trompée qui tient avant tout à sauver les apparences, et surtout, surtout, le réalisateur décadent et mythomane, seul personnage, au final, aimable, malgrè ses provocations et le mépris qu'il porte à ses semblables. 

 

En ces temps où le cinéma parlant menace le muet, où la censure muselle toute velléité de provocation, ces trois personnalités explosives évoluent sur fond de puritanisme américain des années 30 et de déchéance à venir. Que ce soit la star (Swanson) face à ses concurrentes (Mary Pickford) qui voit dans un film un piédestal qui ne doit servir que sa propre gloire, un amant  insolent qui ne rêve que d’argent (Jo Kennedy) ou un réalisateur viscéralement haïssable certes, mais au final réellement fascinant (Stroheim), « L’homme que vous aimerez haïr » est une fiction réussie aux dialogues percutants et acérés.

 

 

 

« Assis devant ma glace, je me couvre le visage de poudre, comme pour le faire disparaître. Je m’efface derrière mon personnage. C’est lui, qui, tous les jours, a le dessus. Je souris de me voir ainsi fardé. J’ai toujours prétendu que je ne me maquillais jamais. Or tout le monde me voit le faire sans songer à m’objecter cet argument. J’affirme, et nul ne contredit. Ma logique l’emporte que le bon sens, mon mensonge sur la vérité des autres. Je les fais douter d’eux-mêmes et de leur raison. Je suis un génie de l’apparence. Je ne me serais pas contenté de créer mes scénarios, j’aurai inventé ma propre vie, tel l’oiseau moqueur des contes pour enfants. Et ce n’est pas un vilain corbeau qui me fera chuter de ce perchoir d’où je regarde le monde. Je chante ma chanson, libre à chacun de me croire. Et comme je chante juste, personne ne me prendra en défaut. »

 

 

 

L’homme que vous aimerez haïr, Joséphine Dedet

Belfond, novembre 2010, 260 pages

 

stroheim sunset blvd.jpg

 

 

 

Sunset Boulevard, tourné 22 ans plus tard, avec Gloria Swanson et Erich von Stroheim

03/12/2010

Le vendredi après jeudi c’est citation quand même

coup_coeur_elle_02.jpgOn ne va pas se la jouer faussement modeste à la « mais nooon je ne mérite rien oubliez moi je vous en supplie pour vivre heureux vivons cachés » (je le pourrais, en fait, je le voudrais, même) mais bon, soyons honnête un quart de seconde :

 

Si j’ai été surprise en entendant mon nom hier j’ai été quand même vachement touchée.

 

Zut, « vachement » ça ne fait pas littéraire. Ca craint, je suis une blogueuse « Livres », faut que je fasse des efforts, là.

 

Hum… Ah, ça y est : J’ai été extrêmement émue.

 

Nan, finalement ce n’est pas du tout moi, ça.

 

Donc j’ai été vachement touchée.

 

Ok.

 

Mais ça ne change en rien mes habitudes de blog et surtout de lecture. On est flattée le temps d’une une soirée et puis on rentre, on se couche avec un bon bouquin et basta. Le reste, c’est rigolo. Même si je suis contente d’avoir un APN rien que pour moi, hein.

 

Ensuite c’est juste un prix, non ? Ce n’est pas un Cesar, pas un Oscar, le Nobel encore moins. Fashion l’a eu l’an dernier, une autre l’aura l’an prochain.

 

Moi plutôt qu’une autre ou une autre plutôt que moi, sincèrement, pour moi c’était pareil (je me dis quand même a posteriori que j’aurais pu mieux m’habiller) (ce que j’écris mal ce matin, ils vont finir par regretter leur choix, chez Elle). Donc c’était pareil (même si les mots adorables de deux personnes du magazine, une fois que nous sommes parties faire des photos dans une salle à part, m’ont vraiment touchée et laissée sans voix ; ils valent d’ailleurs à eux seuls 1000 fois plus que le prix, l’APN et le bouquet réunis).

 

Bref, on ne va pas en faire un fromage, de tout ça. C’est juste un prix, une reconnaissance qui flatte l’ego pendant au moins un quart de seconde et basta.

 

Ensuite, il y a l’autre. Celui qui fera polémique. Le prix des internautes.

 

Comment ?

 

Un petit blog de lecture qui n’a même pas 2500 visites par jour a gagné le prix des internautes ?

 

Quoi ?

 

NOOOONNN ???

 

Incredibeule. Impossible. Ils jouent à quoi chez Elle ? Comment ont-ils pu faire ça ? Merde quoi. Un petit blog de lecture ? Un tout petit de chez tout petit riquiqui qu’a même pas 176845,3 visiteurs uniques par mois ?

 

Ben oui.

 

Effectivement c’est surprenant. Même moi je suis tombée des nues après avoir crié de surprise ET de joie. Parce que c’est ma copine, Caro, qui l’a eu. Mais même Caro est tombée des nues.

 

Pourquoi elle a gagné, Caro ?

 

Ben, on n’en sait rien.

 

On n’en sait rien mais on se dit que, vues les fraudes constatées, il y a dû y avoir : concertation ? remodelage des votes après soustraction des votes fictifs survenus 597 fois le même jour ? Je n’en ai aucune idée et dans l’absolu je m’en moque comme d’une guigne.

 

Je conçois parfaitement que d’autres blogueuses soient déçues. D’autres blogueuses qui comptabilisent à elles seules en un seul jour le nombre de visiteurs réunis de 47 blogs de lecture. D’autres blogueuses à très très forte audience, pour qui les gens ont voté massivement. Moi aussi d’ailleurs, tiens. Parce que je les lis régulièrement et pour certaines religieusement depuis longtemps.

 

Effectivement, dans l’absolu, ce n’est pas normal. Pas compréhensible. Pas juste. J’aurais sans doute les boules si j’étais à leur place, je suppose.

 

Mais je jette mon gant à la gueule figure du premier qui jette la pierre à Caro. C’est pas elle qui a choisi, c’est Elle (wouach, progrès en écriture, finalement, ils ne vont pas m’envoyer l’huissier pour me reprendre mon APN, ouf) (si ?).

 

Caro, elle a fait campagne, en sachant pertinemment et depuis le début que, puisqu’un seul blog sur 110 gagnerait, elle n’avait aucune chance. Et elle ne voulait pas gagner pour ne pas provoquer d’aigreurs d’estomacs.

 

Donc elle a fait campagne. Une campagne drôlement rigolote, drôlement décalée, drôlement dérisoire. Une campagne qui frôlait parfois le n’importe quoi (nan mais franchement, tu crois, ma Caro, que Hugh Jackman a voté pour toi ? (oh purée, on me dit dans l’oreillette que oui, il t’adore)).

 

Caro, elle s’est amusée comme une folle et elle nous a amusés comme des folles / fous. Caro ne s’est jamais prise au sérieux. Est-ce ça qui a plu ? Qui a fait que beaucoup de gens ont voté pour elle ? Que la rédaction a fini par choisir un blog qui avait tourné tout ça en plaisanterie bon enfant sans y croire une seule seconde ? Est-ce que sa modestie réelle et sincère a convaincu en perçant sous ses billets tellement fun, tellement décalés et, au final, tellement humbles ? Aucune idée.

 

Je n’aime pas les appels aux vote, je trouve ça... limite indécent (je ne jette aucune pierre, hein, c’est juste que non, pour moi ce n’est pas faisable de se mettre en avant comme ça, surtout quand d’autres sont en « compétition ». Parce que ça transforme le tout, justement, en compétition). J’ai vu des campagnes assidues, insistantes, qui devenaient pesantes à force d’être narcissiques, à force de ne jamais dire « et votez pour les autres aussi ! » ou alors du bout des lèvres, pour se donner bonne figure. Des campagnes qui montraient bien que leurs auteurs y croyaient dur comme fer, y mettaient beaucoup de « personnel » et si peu d’humilité. Mais bon, chacun fait comme il le sent, et ce qu’a fait Caro, je l’ai trouvé vraiment drôle, vraiment désintéressée, vraiment modeste.

 

Voilà, c’est dit.

 

 

Maintenant, si vous voulez des détails sur la soirée, je n’ai pas grand-chose à dire si ce n’est que j’ai aimé parce que l’ambiance était sympa, parce que les autre blogueuses avaient l’air cool, qu’elles ne stressaient visiblement pas, que beaucoup prenaient tout ça visiblement avec sérénité et sans esprit de compétition (peut-être suis-je naïve ?), que la suite ELLE Décoration est belle sauf le couloir qui donne le tournis, que la chambre JP Gaultier où nous avons fait une séance photo (devinez pour qui il a fallu que le photographe abaisse ses réflecteurs de lumière pour les mettre à la taille de la blogueuse ?!) est kitsch et fun à souhait. Les autres résultats sont .

 

Sur ce, puisque le jeudi c’est citation et que cet extrait lu hier soir après la soirée m’a beaucoup fait rire (au second degré, hein, que les féministes ne me lapident pas immédiatement s’il vous plait), on va finir par une petite citation  parce qu’après tout Chiffonnette rules for ever :

 

 

« Je spéculais sur mon pouvoir de séduction. Il était loin d’être nul, je venais de le vérifier. Mais je n’avais pas besoin d’une compagne d’infortune. J’en voulais une qui me serait utile, et que j’échangerais contre une autre, plus utile encore. Je n’aime pas vraiment les femmes ni même l’idée que je leur plais. C’est fatiguant, une femme. Comme un chien. Il faut la sortir plusieurs fois par semaine, lui donner des gâteries, lui caresser la tête en lui jurant fidélité, la lester d’une portée de marmots et, quand les choses tournent mal, la tenir en laisse pour l’empêcher de lever la patte à tous les coins de rue. Je ne suis pas l’homme de la situation. Je veux vivre pour moi. C’est assez bien, comme programme. »

 

 

Un peu d’humour, s’il vous plait, pour apprécier cet extrait de « L’homme que vous aimerez haïr » (nom approprié !) de Joséphine Dedet. J’en parlerai prochainement. Je n’ai pas encore terminé le livre, mais j’aime beaucoup le haïr, cet homme.

 

Et merci si vous avez eu le courage de lire ce bien trop long billet.

15:42 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (53) | |  Facebook

30/11/2010

Nos étoiles ont filé – Anne-Marie Revol

revol.jpgPénélope et Paloma étaient des petites filles sagement endormies quand un incendie s’est déclaré dans la maison de leurs grands-parents pendant les vacances de leurs parents. Pénélope et Paloma sont mortes.

 

Pas facile, comme thème. Pas facile, comme roman. Enfin, au début. On a envie de dire bon ok encore un bouquin sur le deuil, ça va dégouliner de pathos, que chacun garde sa pudeur et ses larmes pour lui, pas besoin de jeter ça à la face du monde etc.

 

Et puis non. Cette douleur qui dévaste et détruit, Anne-Marie Revol ne la jette pas à la face du monde ou tout au moins de ses lecteurs. Ce deuil, elle le raconte en publiant ces lettres que, chaque jour, elle a écrites à ses deux petites filles pendant un an. Une lettre par jour ou presque. Des lettres pleines d’amour, de tristesse, de gaîté parfois, des lettres où transparaissent l’indicible douleur et l’impossibilité de s’en remettre. « On ne s’y habitue pas mais on vit avec ».

 

On vit avec, oui, et Anne-Marie Revol raconte, écrit, parle. Pénélope et Paloma deviennent ses confidentes, ses lectrices, témoins des jours qui s’écoulent sans elles. Elles ne sont plus là et pourtant elles sont omniprésentes. Elles sont là dans chaque objet, chaque anecdote, chaque souvenir qui remémore leur existence à leurs parents. Colère, refus, culpabilité, amour, peur, désespoir, lutte pour survivre, à travers ces lettres c’est la chronique d’une année de deuil et de mort intérieure qui est racontée avec une pudeur extrême, avec colère, avec désespoir, avec rage ou bien douceur. Parce que tous ces sentiments sont ceux que Anne-Marie Revol et son mari ont ressentis, des sentiments différents selon les jours, des sentiments qui les poussent à pleurer ou espérer. Des sentiments ainsi qu’un un amour infaillible qui soude le couple et lui permet de supporter l’atrocité, l’un soutenant l’autre à tout de rôle, de s’effondrer ensemble ou de faire face ensemble.

 

« Mes drogues douces », « Mes libellules », « Mes fraises des bois ». « Mes espoirs brisés », « Mes perles de pluie »… Pénélope et Paloma ne sont plus, Lancelot leur petit frère né un peu plus d’un an après leur mort ne les connaîtra pas, sauf à travers le récit et les souvenirs de ses parents et sa famille.

 

Ce livre à la fois triste et beau, douloureux et apaisé, est un hommage pudique, sincère, émouvant à deux petites étoiles filantes. Et bien que mes larmes en aient souvent inondé les pages, bien que plusieurs fois j’aie pensé à ces multiples doux surnoms que je donne aussi à ma fille et failli le refermer presque par superstition, j’en ressors avec un sourire attendri et l’image de deux petites filles que je n’ai pas connues mais qui, grâce à leur mère, existent un peu.

 

C’était le but de ce roman dont j’ai du mal à parler, mais oui, Pénélope et Paloma sont deux petites filles qui existent encore grâce à Anne-Marie Revol.

 

 

 

Nos étoiles ont filé, Anne-Marie Revol

Stock,octobre 2010, 394 pages