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29/11/2010

Le déclin de l’empire Whiting – Richard Russo

russo.jpgIl ne se passe pas grand-chose, à Empire Falls, depuis la crise économique, le chômage, la fuite de ses habitants vers d’autres villes plus riches. Il ne se passe pas grand-chose et Miles Roby tient le Grill de la ville, grill tant bancal que fréquenté par les quelques habitués qui sont restés à Empire Falls comme on s’accroche à de vieux rêves. La vieille Mrs Whiting est toujours là avec sa fille Cindy, uniques représentantes de la famille Whiting qui a fait la splendeur de la ville.

 

Le rêve de Miles, c’est que Mrs Whiting lui lègue un jour le fonds de commerce. Et de pouvoir, peut-être, un jour, partir ouvrir une librairie. Ailleurs.

 

Le rêve de Jeannine, son ex-femme, ou plutôt sa future ex-femme, c’est que Walt, son amant, continue à lui donner des orgasmes à répétition, ce que Miles se savait pas faire. Et aussi de ne pas reprendre les 25 kilos qu’elle a perdus.

 

Le rêve de Walt, c’est d’ouvrir des succursales de salles de sport où il pourra draguer les clientes, jouer les vieux beaux et mentir sur son âge.

 

Le rêve de Tink, la fille de Roby et Jeannine, c’est qu’on lui foute la paix.

 

Le rêve de Max, le père de Miles, c’est que son fils lui donne encore et encore de l’argent, qu’il pourra boire en même temps que ses vieux rêves évanouis. Lui qui pour emmerder le monde peignait sa maison en technicolor et s’ils n'étaient pas content tant pis pour eux.

 

Ils ont tous des rêves, eux et les autres, des rêves ou des résignations, des amertumes, des regrets. Des personnages qu’on pourrait croire remplis de vide, puisque leurs vies se résument à pas grand-chose, mais que Richard Russo réussit à bourrer d’humanité, de tendresse, de tristesse, de petites joies et de bonnes engueulades. C’est là toute la richesse de ce roman et de ses personnages : on prend un énorme plaisir à les accompagner, à les suivre, les observer.

 

Il ne se passe pas grand-chose, autour de ces bras cassés de la vie et de la crise économique, mais Richard Russo dépeint à merveille l’atmosphère de cette ville presque fantôme où la grisaille des jours est largement compensée par la richesse de ses habitants. Une richesse qu’il faut aimer chercher mais qui jaillit pour peu que l’on s’habitue au rythme, à la presque lenteur du récit, pour peu que l’on aime récolter sous les jours insignifiants des petits trésors d’humanité.

 

Un roman beau, un peu triste, un peu amer, un peu joyeux, un peu drôle, un peu tout, quoi, comme on les aime. J’ai préféré « Les sortilèges du Cap Code », peut-être parce que plus court et plus concentré, mais Le déclin de l’empire Whiting est sans aucun doute un roman que je relirai. Pour  retourner à Empire Falls et y découvrir d’autres détails, d’autres anecdotes qui réchauffent le cœur, qui embuent les yeux ou tout simplement font sourire.

 

 

 

Le déclin de l’empire Whiting, Richard Russo

10/18, domaine étranger, janvier 2004, 633 pages

  

Les avis de Papillon et de Karine

 

 

 

 

06:01 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

24/11/2010

Le Horla, Maupassant, Lu par Michaël Lonsdale

Ecouter. S’imprégner. Laisser pénétrer lentement la voix d’un lecteur et se laisser horla.jpgbercer par la mélodie des mots et des histoires.

 

Pas toujours facile, selon le moment. Si Cuné a tenté le repassage sur fond d'audio-livre, je sais que, pour ma part, je ne suis pas assez mordue de ce sport là pour le faire autrement qu’en râlant et espérant qu’un être invisible s’en charge à ma place.

 

Ecouter à la maison me semblait tout aussi exclu, mon attention s’en allant trop souvent au gré de mes rêveries et autres tâches à faire. J’ai quand même tenté l’audio-livre en cuisinant. Pas mal. D’ailleurs l’écoute de « Une cœur simple » de Flaubert, lu par Marie-Christine Barrault accompagne assez bien la confection d’une tarte aux pommes saupoudrée de cannelle.

 

Mais c’est au volant que je préfère écouter un audio-livre et j’ai tenté récemment l’écoute de « Le Horla » de Maupassant, lu par Michaël Lonsdale. Pourquoi celui-ci ? D’une part parce que j’aime beaucoup Maupassant et ma lecture du Horla remonte à quelques années. Mais aussi, et surtout, enfin, parce qu’il y a des voix qui m’ensorcellent, me happent et me laissent pantoise voire pantelante. Voire carrément frissonnante. Mais là n’est pas l’objet de ce billet, ne nous dispersons pas, hein…

 

D’ailleurs je ne me lancerai pas dans une description de l’état dans lequel me laisse la voix de Marielle. Ce serait indécent ici-même. Un audio-livre était même disponible : Le grand n’importe quoi, de Jean-Pierre Marielle lu par Jean-Pierre Marielle. J’aurais pu. Mais non. Parce que je n’aime pas quand un auteur lit son propre livre. Question de principe. Idiot peut-être, mais c’est ainsi.

 

Ca y est, je pense à Marielle et je me disperse. Revenons à nos moutons. Il vous fait ça aussi ? Weber aussi, m'arrache des frissons, surtout quand il s'esclaffe. Noiret, pareil. J'arrête.

 

Le Horla, donc, de Maupassant, lu par Michaël Lonsdale. C’est ici la forme du journal qui est lue, Maupassant ayant publié cette nouvelle sous trois formes différentes (Lettre d’un fou, 1885), Le Horla (nouvelle, 1886,  et Journal, 1887).

 

Ecouter le Horla en voiture est assez agréable : le texte est fluide, la voix de Lonsdale carrément hypnotique. Je me laisse aller, j’écoute, je fonds dans l’histoire. Je me surprends même à caresser le rêve d’un embouteillage qui retardera le moment d’interrompre l’écoute. Je ralentis, chose peu courante, avouons le tout de suite, et me voilà transformée en conductrice raisonnable. Une fois n'est pas coutume.

 

J’écoute, je réécoute, d’ailleurs, car le texte de Maupassant n’est pas un texte que l’on peut écouter de façon trop distraite. Plusieurs fois j’ai enclenché un retour un arrière. Des retours en arrière qui ne me lassent pas, tout comme la voix de Lonsdale. Sa lecture est à la fois blanche et vivante : les inflexions toujours parfaitement dosées  permettent de plonger dans l’histoire, de sentir la folie prendre peu à peu possession du personnage (la folie, ou le Horla ?!), tout en ne supplantant pas le texte de Maupassant. Une impeccable justesse de ton. Qui est cet homme, est-il malade, que sont ces rêves ? Petit à petit, l'homme sombre jusqu'à l'irréparable et la dernière phrase sonne comme un glas. Un glas qui m'a donné immédiatement envie de réécouter le tout.

 

 

Le comédien lecteur donne vie au texte et aux mots tout en s’oubliant derrière l’auteur. Voilà ce que j’aime dans les lectures à haute voix. Exercice plus difficile qu’il n’y parait et que Lonsdale, ici, et comme d’habitude d’ailleurs, réussit à merveille.

 

 

Un bilan somme toute positif, donc. Il faut sans doute accorder textes et occasions, certaines lectures ne se satisfaisant sans doute pas d’une attention trop distraite. Et, très certainement, du moins à mon avis, préférer les textes courts qui ne nécessitent pas plus de 2 heures d’écoute.

 

Pour ma part, la lecture de Marie-Christine Barrault (Un cœur simple) m’accompagne depuis longtemps, en voiture ou plus occasionnellement en cuisine. Le Horla rejoint Félicité. Décidément, la Normandie est à l’honneur…

 

Tiens, un petit extrait est ici.

 

 

 

Le Horla, Guy de Maupassant, Lu par Michaël Lonsdale

Audio-Lib, Juin 2009, durée 1heure

06:14 Publié dans Audio-Livres | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

22/11/2010

Perette entend siffler le train

Comme vous le savez, Perette a la joie (ahem) de vivre en banlieue, banlieue bucolique s’il en est.

 

L’autre jour, donc, Perette avait rendez vous dans Paris et devait pour ce faire prendre le RER, source toujours inépuisable de plaisirs démodés.

 

Perette, donc, se rendit dans la ville desservie la plus proche (ville que nous appellerons ici Point A) afin d’honorer son rendez-vous, évidemment à l’autre bout de Paris (ville qui logiquement, s’appellera Point B). L’autre bout de Paris, donc, mais aussi de la banlieue, du monde, de l’univers et surtout du périmètre habituel de pérégrinations de Perette. L’Est de Paris. Déjà, Perette aurait dû se méfier.

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16/11/2010

Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté – Michèle Fitoussi

Au fait les filles, quand vous utilisez un mascara, dites merci à Helena Rubinstein. Parce que c’estHR.jpg elle qui a créé le premier mascaramatic, le tube dans lequel vous plongez la petite brosse, là, vous voyez ? Avec ça, youplà, à vous les yeux revolver et le regard qui tue, vous tirez la première ils sont touchés c’est foutu.

 

Parce qu’avant, le mascara, c’était un pot de fard dans lequel nos (arrières ?) grand-mères crachaient avant d'y passer une brosse pour le rendre plus liquide. So glamour, isn’t it ?

 

L'envoi aux oubliettes des cils à la salive n'est pas la seule réalisation et innovation de la créatrice de la marque de beauté éponyme. Bien au contraire. Helena Rubinstein est née en 1872  dans les faubourgs de Cracovie. Une enfance si ce n’est misérable tout au moins impécunieuse, une famille nombreuse (Helena a 7 sœurs), un caractère bien trempé qui lui fait refuser d’épouser les prétendants que lui proposent ses parents et préférer émigrer en Australie à 24 ans, avec pour seuls trésors quelques pots de la crème pour le visage que lui prépare sa maman).

 

Arrivée en Australie, Helena travaille auprès de son oncle. Elle décide de fabriquer elle-même la crème de sa mère, dans son arrière cuisine, et, après quelques tâtonnements, finit par commercialiser sa propre mixture, Valaze, dont elle a amélioré la composition pour l’adapter aux épidermes abîmés par le soleil australien. 

 

Succès immédiat, les premières clientes raffolent de cette crème et en redemandent. Il n’en faudra pas plus à Helena pour lancer sa marque, ouvrir quelques instituts et se pencher de plus en plus sérieusement dans des recherches médicales et scientifiques pour toujours améliorer sa production, très artisanale dans un premier temps. Elle n’oublie cependant jamais d’accompagner ses produits de conseils, formations, astuces, en femme réellement convaincue et passionnée qu’elle est.

 

C’est le destin de cette toute petite bonne femme d’un mètre quarante sept, le visage pâle  et les cheveux en arrière, toujours tirés en un chignon impeccable que retrace Michèle Fitoussi. Un document passionnant qui, outre la vie exceptionnelle d’une femme hors du commun, relate en quelques 500 pages un siècle d’histoire de la beauté et des cosmétiques.

 

De Paris à New York, en passant par Londres et Moscou, l’histoire d’Helena devenue Madame, du nom que lui donnent ses proches, les journalistes et ses milliers d’employés, est racontée avec moult détails, anecdotes et documentation.

 

L’histoire d’une firme et d’une ascension hors normes mais aussi, en toile de fond, un tableau de la condition féminine durant ce siècle : comment les femmes abordaient la beauté (le maquillage étant au début du XXeme siècle considéré comme l’apanage des comédiennes et femmes de mauvaise vie pour devenir un élément de revendication et symbole d'émancipation plus tard), l’hygiène (peu se lavaient quotidiennement), le travail ou leur épanouissement, qu’elles soient infirmières, secrétaires, riches oisives ou simples ménagères).

 

Tout au long de cette biographie, on croisera Mademoiselle Chanel, débutante au début du siècle et elle aussi pionnière de la mode, Schiaparelli, Paul Poiret, Salvator Dali, un tout jeune créateur nommé Yves Saint Laurent, Picasso et beaucoup d’autres… tout comme d’autres rivaux de Madame : Elizabeth Arden, la concurrente de toujours (née Florence Nightingale, aucun rapport avec l’infirmière), la toute nouvelle Estée Lauder, Max Factor, ou Revson (Revlon).

 

Le rapport à la beauté évolue au fil des années de guerres et des crises (première et seconde guerre mondiale, crise de 1929, après guerres…) et tout comme l’évolution des mentalités qui est décrite à travers un prisme bien plus large que celui de la seule beauté : évocation des milieux artistiques (Helena Rubinstein était une grande collectionneuse), du milieu de la mode ou tout simplement et surtout  aspirations des femmes à travers les époques, aspirations que Madame devinait et devançait en bonne précurseur des désirs féminins.

 

 

D’une simple officine, Helena Rubinstein a créé un métier, celui d’esthéticienne en prônant les massages et la formation toujours plus poussée de ses vendeuses, le marketing en s’efforçant de trouver des arguments adaptés à l‘évolution de la clientèle. Ses lignes de maquillages inspirent de plus en plus de femmes de toutes conditions (saviez vous que le mot « vamp » vient de Theda Bara, le sex symbol qui jouait un rôle de vampire dans « the fool was there », film muet de 1918 ? Helena Rubinstein la maquille et créée une ligne appelée Vamp pour elle… le mot est restée dans les mœurs), pour devenir au final une multinationale longtemps convoitée par tous et crainte par ses concurrents.

 

Bref un document passionnant et jamais flagorneur (Madame est aussi une femme impitoyable qui ne saura jamais manifester ses sentiments, ne montrera aucune tendresse envers ses deux maris, ne s’occupera pas de ses deux fils et tyrannisera ses proches et ses employés) qui se lit avec énormément d’intérêt. 

 

Sur ce, je vais mettre un peu de mascara, histoire qu'il rêve de gestes défendus. 

 

Helen Rubinstein, La femme qui inventa la beauté, Michèle Fitoussi

Grasset, septembre 2010, 494 pages

 

 

 

Le très bon et très complet billet de Tamara,

 

Celui de Cuné qui cite des extraits truculents, 

 

Ceux de Brize, de Stef et d'Emma.

 

 

12/11/2010

Prix Web Cultura

pwl.jpgLe prix Web-Cultura a été révélé lundi 5 lors d’une soirée animée et fort sympathique. Mais auparavant ont eu lieu moult lectures durant le mois d’octobre et surtout des délibérations le samedi 30 octobre. Je m’y suis rendue en me demandant comment tout ça allait se passer, si nous allions nous écharper sur tel ou tel roman, sur tel ou telle auteur. Enfermez plusieurs personnes dans une pièce, des personnes qui ont toutes des visions, des attentes, des perceptions différentes. Il y a des calmes, des passionnés, des négociateurs dans l’âme, des râleurs (c’est moi ça)… Tous ont fermement l’intention de défendre son / ses romans préférés. Fermez la porte et laissez mijoter.  

La cocotte minute a-t-elle explosé ?  

Même pas :) 

Les délibérations ont eu lieu dans une bonne ambiance où échanges et rires ont fusé, chacun défendant ses poulains, argumentant, râlant (parfois !). Et surtout chacun recevant les arguments des autres en toute intelligence. Pas de blessés, pas de porte qui claque, pas verres qui volent, au contraire ils se remplissent de café ou de coca, et au bout de quelques heures tout le monde se met d’accord et personne ne regrette les choix effectués. 

Pour ma première participation à ce prix (d’ailleurs, merci Abeline de m’avoir proposé d’en être), j’ai trouvé l’ambiance amicale et vraiment sympathique. 

Les gagnants, vous le savez tous, sont :  

Roman français : François Marchand pour Plan social, que j’avais chroniqué ici. 

Roman étranger : Kathryn Stockett pour La couleur des sentiments (chronique ici) 

Premier roman :  Christophe Ghislain pour La colère du rhinocéros, une histoire sympathique et décalée qui commence comme un road movie : un corbillard volé percute un rhinocéros sur la route d’un plat pays… et le lecteur découvrira trois personnages étonnants. A découvrir. 

Enfin, un prix spécial du jury a été attribué. Un prix voulant récompenser un roman ambitieux qui nous a tous séduits : Apprendre à prier à l’ère de la technique, de Gonçalvo M. Tavarès. 

Voilà, des billets sur quelque unes de mes lectures à suivre et un excellent souvenir :)

 

Et, comme le dit la grande blonde, là-bas, on espère que ce prix connaîtra une longue vie, et bien sûr encore un grand merci à Abeline, of course, Christophe B, David V, Fashion, Leiloona, Raphael, et Stephie mes comparses du jury  ainsi que les membres de Cultura. 

Tous les résultats et les autres romans en lice sont sur le site des Chroniques de la Rentrée Littéraire. 

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10/11/2010

Le repas des fauves – Vahé Katcha. Adaptation et mise en scène Julien Sibre

LeRepasdesFauves2.jpgTiens, on va faire un jeu. Histoire d’agrémenter un diner un peu terne et par la même occasion ce blog tout aussi terne ces derniers temps.

Imaginez que vous recevez quelques amis à dîner pour l’anniversaire de votre femme. Cinq amis qui ont chacun leur personnalité, leurs qualités, leurs défauts. Vous croyez les connaître, vous les aimez bien et savourez à l’avance cette soirée entre amis. Parce qu’en ces temps de deuxième guerre mondiale et d'occupation, restrictions et privations obligent, il faut bien conjurer le sort et rire un peu. Tout le monde est arrivé : Jean-Paul le docteur dévoué, Vincent le maître de philosophie un peu dandy, Pierre l’aveugle de guerre, André le filou un peu roublard un peu collabo mais qui vous apporte pas mal de gourmandises introuvables, Françoise, la veuve de guerre aux convictions résistantes bien arrêtées. Vous, vous êtes libraire et aimez Sophie votre jeune épouse qui fête donc ses 28 printemps.

 

La soirée commence bien, les langues se délient, les rires fusent, on savoure le Dom Pérignon dégoté par André, Sophie est ravie des paires de bas que les hommes lui ont offertes, vous vous offrez une parenthèse de gaîté sans penser au lendemain.

 

Et puis voilà, des coups de feu éclatent dans la nuit, vous vous précipitez tous aux fenêtres et comprenez que deux soldats allemands viennent d’être tués par un résistant. Peur, angoisse, vous espérez que la soirée pourra continuer calmement mais c’est sans compter sur le commandant Kaubach qui fait irruption et vous annonce que ses hommes seront vengés d’ici deux heures. Vengés par l’arrestation de deux otages par appartement. Vengés parce que vous êtes en temps de guerre et que voilà, c’est comme ça, deux hommes assassinés égalent deux otages. Mais Kaubach, dans sa grande mansuétude, a décidé de vous faire un cadeau : vous êtes 7 personnes dans l’appartement, il ne lui en faut que 2. Et c’est à vous de décider. Vous avez deux heures pour ça. Choisissez entre vous ceux qui se sacrifieront.

 

Pas mal comme soirée, non ? Ca vaut mieux que toutes les parties de backgammon ou de bridge du monde, non ?

Le repas d’anniversaire peut commencer. Ah non, ce n’est plus un repas d’anniversaire. C’est devenu un repas de fauves. Parce qu’à partir de ce moment, les masques vont tomber, les langues se délier, et les véritables natures se révéler. Tout, plutôt que de mourir. Tout, pourvu qu’on sauve sa peau.

 

Un résumé un peu long, je le reconnais, mais qui me permet de dresser le tableau de cette excellente pièce jouée au théâtre Michel. Adaptée de la pièce de Vahé Katcha (pièce qui fut également une nouvelle écrite par le même Vahé Katcha) et du film qu’en a tiré Christian-Jaque en 1964, Le repas des fauves met en scène la jalousie, la petitesse et la mesquinerie d’un groupe d’amis. Quand les masques tombent, quand la peur de mourir pulvérise l’amitié, la lâcheté prend le dessus et met à jour les faiblesses humaines.

 

 Tous ces amis vont entamer une partie où chacun cherche à sauver sa peau. Le vernis s’écaille et révèle les personnalités. André, le collabo, est prêt à tous les saluts hitlériens pour s’en sortir, à toutes les dénonciations (« Mais vous pourriez vivre avec un cadavre sur la conscience ? Franchement, je préfère vivre avec un cadavre sur la conscience qu’être moi-même un cadavre sur la conscience d’un autre. ») ("Et vous, vous n’êtes pas nazi ? Je préfère être un nazi vivant qu’un français mort ! »). Les autres, du médecin au libraire, vont tout imaginer pour s’en sortir, quitte à sacrifier leurs amis.

 

Un texte ciselé aux répliques qui giflent et une mise en scène réussie qui tient le spectateur en haleine. Le jeu des comédiens est excellent, tous maitrisent parfaitement leurs émotions. Impossible d’en retenir un ou une en particulier, j’ai aimé Caroline Victoria dans le rôle de Sophie, toute en candeur et innocence, Cyril Aubin excellent dans le rôle du docteur (« Non, je devrais être le dernier à le dire : supprimer un médecin, ce serait un crime contre l’humanité ») ou Oivier Bouana dans le rôle de Victor qui peu à peu va s’effondrer et révéler toute sa faiblesse et sa terreur. Je n’en cite que trois mais tous sont parfaitement dirigés et font évoluer leurs personnages à la perfection du début à la fin. Ni trop, ni trop peu, leur jeu est minutieusement dosé et tout en finesse.

 

Des projections video viennent également s’ajouter à la pièce par moment, et c’est sans doute là le seul bémol que je mettrai car je ne pense pas qu’elles soient nécessaires pour intensifier la tension ou illustrer les situations (notamment la toute première qui projette des défilés allemands (nous savons à quelle époque nous sommes, inutile de le souligner, ou celles qui figurent l’assassinat des soldats allemands sous forme d'animations) ou celles du bombardement. Seule la dernière m’a énormément plu et clôture la pièce sur une note douce amère que j’ai particulièrement appréciée.

 

Une comédie dramatique, donc, qui n’oublie pas de rire : des rires amers parfois, cruels aussi, parce qu’elle révèle des sentiments et attitudes tellement humaines. Parce que personne ne peut promettre de ne pas réagir pareillement, au final.

 

Très bon, donc. Vous venez dîner à la maison ?!

 

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Le repas des fauves

Adaptation et mise en scène Julien Sibre, compagnie Minus et Cortex

Théâtre Michel

38 rue des Mathurins Paris 9

01 42 65 35 02

Jusqu’en janvier 2011

 

Le site de la compagnie (avec la bande annonce)