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11/04/2011

The anniversary man - RJ Ellory

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« Hell, I live in New York. Every one seems crasy to me. »

 

 

On pourra dire que des histoires de serial killer, on en a lu tant et tant que bon ben quoi, voilà, on ne voit pas pourquoi R.J. Ellory réussirait à faire de The Anniversary Man quelque chose de différent, de neuf, de mieux que untel, de plus mieux bien que tel autre etc. Ouaip. Certes. D'ailleurs, l'intrigue générale reste classique : un tueur en série joue les copycat à New York, un flic, Ray Irving, se remet difficilement de la mort de sa compagne, une jeune journaliste Karen Langley, spécialisée dans le crime, va travailler avec Irving. Le tueur manipule diaboliquement la police et les suspects ne sont jamais ceux que l'on pense.

 

Le tueur en série, le flic, la journaliste, rien de spécialement original, donc. Mais RJ Ellory travaille des personnages, les cisèle, les rend présents, palpables. Et puis il y a John Costello, qui travaille auprès de Karen comme assistant de recherche. John a réchappé de justesse, quelque vingt ans auparavant, à un serial killer, the Hammer of God. Comment refaire a vie quand on a vu, à seize ans, sa petite amie massacrée sous ses yeux ? John ne sera jamais le jeune homme insouciant qu'il était. Depuis vingt ans, il travaille au New York City Herald, connaît tous les meurtres et les affaires de tueurs en série, et c'est lui qui va reconnaître en ces divers assassinats les copies conformes de meurtres survenus des années auparavant. Chaque « copie » ayant lieu à la date anniversaire précise de son modèle, les détails, même les plus infimes (de l'âge de la ou des victimes jusqu'à ses vêtements), sont reproduits à l'identique.

 

La narration, avec des chapitres courts, se concentre sur Irving, Costello et Karen et le lecteur va suivre l'enquête de leur point de vue. Il y a dans la plume de RJ Ellory une façon très personnelle de modeler ses personnages, de créer une intimité entre le lecteur et les acteurs de ses romans, de faire entrer le lecteur dans son intimité, son passé, ses pensées. Ici, Ray Irving n'est pas seulement un flic dépassé par les événements (les meurtres ont lieu dans des districts différents de New York et il faudra que Costello éveille l'attention des policiers avant qu'ils fassent le lien entre eux).

Le flic est aussi un homme qui s'interroge sur sa vie, son enquête, sa relation avec le meurtre et les tueurs (Ellory cite d'ailleurs souvent Capote et De sang froid). Sans compter ces pages qui se tournent fébrilement, ces meurtres que l'on attend en frémissant (j'ai tremblé avec la famille Allen), ces interrogations qu'Ellory distille sans arrêt, ces fausses pistes et ces chausse trappes qu'il ouvre et ferme sans arrêt, toutes ces pages qui font et défont les pistes qu'on se prend à imaginer, créer, deviner ou plutôt croire deviner, pour repartir rapidement bredouille et tout aussi perdu. Comme Iving.

 

Un bon page turner, donc, avec une petite réserve pour la fin, pas assez étayée à mon sens, mais, bon, ne pinaillons pas, ça reste un Ellory de très bonne facture.

 

Les avis d'Amélie Bertrand, de Cuné (merci pour le prêt), de Val, de Aupolicierchinois.

 

 

 

 

The anniversary man, RJ Ellory -VO

Orionbooks, 452 pages, 2009

29/03/2011

Close your eyes – Amanda Eyre Ward

 

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Deux enfants, frère et soeur, Alex et Lauren. Une nuit étoilée, il dorment dans la cabane que leur père a construite dans le chêne de leur jardin. Izaan, leur père, et Jordan, leur mère, reçoivent des amis. La nuit est douce mais le matin sera terrible : Izaan a tué Jordan après une violente dispute.

 

Près de vingt ans après, alors que leur père purge une peine de prison et qu'Alex reste persuadé de l'innocence de son père, Lauren, elle, refuse tout contact avec ce dernier.

 

On retrouve les thèmes déjà présents dans « A perte de vue » : l'enfance brisée par un événement douloureux, la difficulté à survivre, le doute, la peur de s'engager. Comme dans son deuxième roman, un élément de la fratrie refuse de baisser les bras tandis que l'autre ne veux pas revivre le passé et préfère oublier, sans réussir à trouver la paix.

 

Amanda Eyre Ward décrit avec subtilité la douleur et l'impossibilité de survivre, de se construire après le drame. Pas de fioritures, pas de pathos, seuls les agissements de Lauren symbolisent ses freins et l'on ici retrouve ce qui fait la touche d'Amanda Eyre Ward et que j'apprécie.

 

Ici, "Close your eyes"  mélange intrigue policière et drame familial, puisque arrivera dans la deuxième partie du roman un autre personnage, Sylvia, qui pourrait apporter un nouveau regard sur le meurtre de Jordan. Sylvia dont l'enfance a été marquée par l'influence insidieuse de son amie Victoria. Sylvia a quitté son compagnon et part, enceinte, pour rejoindre Victoria, chez qui elle croit pouvoir trouver refuge.

 

L'alternance de chapitres entre les récits concernant Lauren et Sylvia donne au roman un rythme lent à démarrer, on s'ennuie un peu dans ces deux histoires qui semblent ne jamais de relier. Petit à petit néanmoins, l'éclairage se fait sur les événements et le roman devient plus touchant, les liens entre les deux personnages, Lauren et Sylvia, commencent à s'esquisser au fil de leurs vies que l'on découvre.

 

Que ce soient Lauren et sa difficulté à vivre, à s'épanouir dans une relation (elle refuse d'accepter d'épouser son ami en pensant que tout mariage finit inéluctablement par une tragédie) ou Sylvia, dont on découvre petit à petit l'enfance et ses relations difficiles avec sa meilleure amie (qui l'étouffe) ou sa difficulté à se construire par absence de repères paternels, les personnages d'Amanda Eyre Ward sont  des caractères toujours finement ciselés. Néanmoins, je suis restée indifférente à cette histoire, la trouvant touchante par moments, lassante à d'autres, et au final sans grande surprise tant la fin est attendue.

 

 

L'avis de Cuné

 

 

 

Close your eyes, Amanda Eyre Ward

Harper Press, 2011, 251 pages, VO

 

06:13 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, Lectures VO | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

09/06/2010

Brooklyn – Colm Toíbín

Irlande, années 50. Eilis est une jeune fille comme les autres. Elle vit avec sa mère et sa soeur Rose alors que leur père est brooklyn.jpgdécédé et leurs frères partis vivre leur vie en Angleterre. C’est Rose qui lui offre l'opportunité de partir vivre à Brooklyn où elle pourra travailler et étudier la comptabilité. Après une traversée en bateau, Eilis a le mal du pays mais s'intègre peu à peu et rencontre d'autres jeunes filles logées comme elle dans une pension de famille. Eilis est bénévole dans la paroisse locale, employée dans un magasin de vêtements et fréquente les communautés irlandaises et italiennes très présentes dans ce coin de New York. Elle rencontre Tony, fils d’immigrés italiens.

 

 

Il y a des romans qui sont dans l'action, qui déroulent les vies de leurs personnages en les argumentant à coups de rebondissements et d'événements sensés signifier chaque étape importante de ces vies. Il y a d'autres romans qui tissent leurs histoires sur des petits faits et gestes, des pensées disséquées et n'en sont que plus passionnants. Brooklyn est de ceux là.

 

Pourtant, les choses n'étaient pas gagnées pour moi dans la première partie et, contrairement à Cuné, lire Brooklyn en anglais m'a au début laissée dans une position d’observatrice plus ou moins indifférente si ce n’est légèrement ennuyée. Tout est pourtant parfaitement compréhensible, la langue et le style sont tout à fait abordables. C'est petit à petit, lentement mais sûrement, que je me suis laissée happer par Eilis et suis entrée en totale empathie avec elle.

 

Parce que Colm Toíbín, l'air de rien, détaille avec une précision quasi entomologique les moeurs de ces jeunes filles qui acceptent ce que les années 50 leur réservent : travailler, un peu, puis se marier, fonder une famille et s'y consacrer ; quelques bals, quelques amourettes dont la seule finalité est de rentrer dans la norme en fondant un foyer.

 

Eilis ne conteste en rien ce futur, elle s'y prépare en toute quiétude, sans se poser de questions ni chercher à précipiter les choses. Mais cette nouvelle indépendance, loin de sa mère et de sa soeur, vont lui donner l'occasion de s'émanciper quelque peu et surtout de commencer à imaginer une autre vie, où elle pourrait travailler, tout en élevant des enfants.

 

Le destin tout tracé, le poids des conventions forment un mur auquel va se heurter Eilis. Sans arrêt partagée entre désirs intimes qu'elle peine à identifier voire à assumer, ses ambitions (qui sont pourtant bien raisonnables : préparer un diplôme pour ne pas rester vendeuse, éventuellement continuer à travailler à mi-temps si elle a des enfants) et les conventions qui sont imposées par le seul poids de l'éducation et des habitudes (personne n’empêche Eilis d’étudier, personne ne lui impose une mariage), Eilis est un personnage troublant.

 

Troublant car elle est écrasée par sa propre faiblesse et pas son incapacité à exprimer ses sentiments ou points de vue. Eilis est une jeune femme qui subit, observe et se tait, incapable de s'affirmer, par faiblesse ou par peur de blesser. Mais éduquait-on les jeunes filles pour qu'elles pensent par elles-même autrement que selon un moule tout tracé ? ? A cette époque, une jeune fille ployait volontairement sous le joug des conventions sans chercher à les remettre en question.

 

On peut la trouver lâche, quelque part manipulatrice dans ses mensonges par omission, je l'ai trouvée touchante, jusque dans ses faiblesses.

 

Un roman tout en finesse, qui rappelle effectivement Richard Yates et ces auteurs anglo-saxons qui savent disséquer, explorer des pans de sociétés ou de moeurs sans inutilement se perdre dans des intrigues complexes : un tableau social dressé avec une retenue très gracieuse ; les peurs, les doutes, la complexité des sentiments y sont livrés avec une discrétion ciselée, une grande délicatesse et beaucoup d'intensité, au final. Et si dans La fenêtre panoramique de Richard Yates April Wheler était une femme de tête qui prenait des décisions, ici Eilis est faible, lâche souvent, mais toujours touchante.

 

 

 

 

Brooklyn, Colm Toíbín

Penguin, 2009, 252 pages

 

 

 

Merci à L'ogresse d'avoir partagé ce roman, et à Cuné de l'avoir fait suivre.

 

 

Et, puisqu'il s'agit d'un livre en anglais, j'en profite pour réaliser un peu du challenge de Bladelor, Lire en VO, auquel je ne suis pas inscrite, mais quand même !

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« She wrote once more to Rose, using her sister’s office address and told her how far things had gone ; she attempted to describe Tony, but it was difficult without making him sound too boyish or silly or giddy. She mentioned that he never used bad language or curse words because she thought it was important for Rose… she had made it sound as tough she were pleading for him, instead of merely trying to explain that he was special and that she was not staying with him simply because he was the first man she had met.”