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23/03/2009

L’autre moitié du soleil – Chimamanda Ngozi Adichie

Nous sommes à Lagos, au Nigéria au début des années 60. Le jeune Ugwu, 13 ans, entre au service de Odenigbo, un universitaire adichie.jpgengagé. Odenigbo rencontre Olanna, une jeune femme issue de la bourgeoisie Nigériane. De son coté, Kainene, la sœur jumelle d’Olanna, entrepreneuse prospère et ambitieuse, devient la maîtresse de Richard Churchill, un pseudo journaliste / écrivain, passionné par l’ethnie Igbo et ses racines.

 

En ce début des années 60, l’élite Nigériane rêve d’une prospérité nouvelle pour son pays fraîchement indépendant. On rêve, on débat, on se projette, la bonne société fustige l’influence des anciens colons anglais, tout en envoyant ses enfants étudier à Londres et épousant les modes de vies occidentaux. Mais l’ancien colon a pris soin de stigmatiser les clivages ethniques  entre les musulmans du Nord et les chrétiens Igbos de l’Est. A la fin des années 60, après un premier coup d’état, et les massacres répressifs qui s’ensuivent, la province de l’Est déclare son indépendance et proclame la naissance du Biafra. La guerre civile est déclarée, le génocide va commencer.

 

A travers les 5 personnages principaux, Chimananda Ngozi Adachie propose une fresque attachante sur une page sanglante de l’histoire du Nigéria. Des rêves idéalistes à la famine et à la guerre, nous suivons Olanna et son idéaliste de mari, décidés coûte que coûte à faire vaincre la province du Biafra. Nous suivons Kainene d’un peu plus loin, dans ses rapports complexes avec Richard, formant avec lui un couple mixe peu conventionnel.  Le jeune Ugwu apporte un peu de fraîcheur parmi ces nantis qui vont connaître la guerre et la faim et perdre leurs possessions.

 

Les destins ravagés des personnage apportent un coté romanesque qui ne déplaira pas aux amateurs d’histoires attachantes (il y a de l’amour, des jalousies, des pleurs) et donnent sans doute au roman un coté plutôt convenu, axé principalement sur leurs personnalités, leurs désarrois face à la guerre et la chute de leurs idéaux.

 

Mais, au-delà, il y a l’emprise de la Couronne Britannique qui supporte le Nigéria pour ne pas perdre les réserves de pétrole du Biafra, influence de l’occident sur une jeune république indépendante, les modes de vie Nigérians, les coutumes africaines matinées de sorcellerie et de sorts, et surtout, la naissance et la disparition presque aussi soudaine d’un pays éphémère décimé par un génocide sanglant. Pour tout cela, c’est un roman agréable qui laisse un bon souvenir.

 

 

 

L’autre moitié du soleil , Chimamanda Ngozi Adichie – Gallimard, 499 pages

 

Lu pour le Prix des Lectrices ELLE 2009, catégorie Roman

 

 

Les avis de Bab’s, Gangeous, Anna Blume et de Thierry Colet

03/11/2007

L'EGLISE DES PAS PERDUS - ROSAMUND HADEN

8446bb431da658340068a306ff38f0a6.jpg« Quand Catherine King s'aventure seule dans la nuit pour aller voir les ossements humains mystérieusement apparus devant l'église de sa propriété, son amie Maria Dlamini la suit. C'est la fin de l'apartheid, les leaders noirs ont été relâchés. Les deux femmes sont âgées : elles ont été élevées ensemble, près de soixante-dix ans auparavant, dans cette ferme au nord-est de Johannesburg dont le père de Catherine, d'origine britannique, était le propriétaire et où la mère de Maria était la cuisinière noire. Très tôt, la vie les a séparées : Maria est restée à la ferme, tandis que Catherine en était brutalement arrachée dès 1931. Quand elle revient vingt ans plus tard, Tom et Isobel Fyncham en sont les nouveaux propriétaires. Entre Catherine et Tom, l'attirance est immédiate mais des ombres rôdent. C'est en partant sur les traces de son père défunt que la jeune femme parviendra à démêler les raisons du malaise et les origines du drame qui s'est joué, à son insu, entre Tom, Isobel et elle-même. Tout au long du roman, Maria veille sur son amie, secondée en cela par un voisin afrikaner, Hendrik, lui aussi fasciné par la belle et fougueuse Catherine ».

Voilà un très bon roman, très joliment écrit, que j’ai eu le plus grand plaisir à lire.

En partant de la découverte d’ossements humains en 1990, Rosamund Haden remonte dans le passé et nous emmène dans une très belle histoire d’amitié entre deux fillettes, une noire et une blanche, alors que l’appartheid est plus que jamais en vigueur en Afrique du Sud, amitié qui jamais ne faiblira malgré les années. Histoire d’amour aussi entre Katie et Tom, amour passionné malgré la femme de Tom, Isobel, amour silencieux et désespéré d’Hendrik, jeune Afrikaner secrètement amoureux de Katie qui veillera secrètement sur elle et la protègera, amour filial de Katie pour son père, qu’elle a toujours aimé malgré les blessures qu’il a infligé à sa famille, ou amour paternel d’un homme qui a si mal aimé ses proches.

Katie tente de comprendre qui est réellement Tom, quelles sont les raisons qui le poussent à s’éloigner d’elle, qui était réellement son père et quelle a été sa vie après que sa femme et ses filles l’aient quitté (Katie l’a découvert avec une autre femme quand elle avait huit ans), pourquoi son père ne leur a rien laissé à sa mort.

Ce roman nous plonge dans une Afrique du Sud encore gangrenée par la ségrégation, mixe les époques sans jamais perdre le lecteur. Tout au long de ce très beau récit, le lecteur n’oublie jamais les ossement découverts dans les premières pages, qui augurent un événement douloureux, une plaie qui s’ouvrira, quand Katie découvrira enfin qui est Tom, qui est Isobel et surtout qui était son père.

Je ne doute pas que ce roman soit bientôt adapté à l’écran : tous les ingrédients d’un très bon film y sont réunis, mais, d’ici là, je vous invite vivement à vous plonger dans le livre.

Extraits :

« 1952. Les années d’après-guerre avaient glissé sur Maria : il y avait eu la chaleur des étés, le froid glacial des nuits et des petits matins d’hiver, et voilà qu’elle avait vingt-neuf ans. Il lui semblait avoir vécu un long sommeil dont les rêves étaient interrompus par le jour et se nourrissaient des livres qu’elle lisait. »

« Une nuit, allongée dans l’église obscure, Maria avait vu des lumières dorées. Elles avaient traversé son corps par de fins tuyaux, partant de ses orteils et de ses doigts pour ressortir au sommet de son crâne. Un souffle avait parcouru à toute allure sa colonne vertébrale, qui avait jailli entre se jambes pur former un queue. Elle s’était retrouvée dans le corps d’u guépard, courant dans les plaines infinies sur une herbe dorée. Elle n’était plus que mouvement. Puis il y a avait eu une petite main sur son front, une haleine tiède et suave dans son oreille, un rire. De retour à la maison de Hebron, elle était allée de regarder dans le miroir de la salle de bains et avait vu les larmes sombres du guépard sur son visage – de vieux yeux qui voyaient tout, du début à la fin. »

06:55 Publié dans *Littérature Africaine* | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook