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03/07/2009

HISTOIRE D’UNE VIE – AHARON APPELFELD

De bric et de broc, voilà ce qu’on pourrait penser de cette autobiographie d’Aharan Appelfeld. Des chapitres posés ça et là, dans un ordre pas du tout chronologique, des souvenirs livrés un peu au hasard, des réflexions éparses et un style neutre, comme si Aharan Appelfeld piochait au hasard dans un album de souvenirs et se contentait de décrire simplement ce qu’il y voit, en appelfeld.jpgobservateur impartial.

 

Mais, comme il le dit dans sa préface, Aharon Appelfel préfère faire éclore les souvenirs tels qu’ils viennent, quel que soit l’ordre, quel que soit le sujet (« Ce livre n’est pas un résumé, mais plutôt un tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leurs racines…. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans ma mémoire, et convulsent encore. »).

 

Appelfeld ouvre des fenêtres et lit, dans un style très neutre, presque blanc, les pages du livre de sa vie : une famille juive peu pratiquante, des vacances en Ukraine chez ses grand-parents pratiquants, la vie dans le guetto, coupés du monde, l’évasion d’u camps et la longue marche dans la forêt, seul, quand il avait 10 ans. Puis la fuite en Palestine, la vie en Israël, ses premiers écrits, son rapport aux mots et à la littérature.

 

Avec une étonnante économie de mots et de moyens, pourrait-on dire, cette autobiographie en dit peu et en dit long, très long à la fois : souffrance, peur, faim, violence, blessures de l’âme, difficulté et impossibilité de se reconstruire, tout l’indicible est dit sans mots, avec une extrême pudeur qui fait justement ressortir l’anéantissement intérieur et la nécessité de vivre avec, pour ne pas mourir, justement.

 

 

L’histoire d’une vie, Aharon Appefeld, 214 pages - Points, Octobre 2005

 

 

Merci à La Nymphette pour le prêt.

 

Les avis de Thom chez les Chats de Bibliothèque et de Malice.

 

Une interview de l’auteur sur le site du Magazine Littéraire.

06:00 Publié dans *Essais, documents*, *Littérature Israélienne* | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook

07/10/2008

DES PAPILLONS SOUS LA PLUIE – MIRA MAGUEN

 

Eva, Hava, Havalé. La vendeuse de papillons. Celle-là.

Celle-là, c’est le nom que Mama Ruth donne à sa fille.

Celle-là est partie il y a vingt-cinq ans sans se retourner, en laissant derrière elle Mama Ruth et Adam, son petit garçon de 10 ans. Vingt-cinq ans de silence et un appel, un jour. « Allo, c’est Eva, ta mère. »magen.jpg

Cet appel va bouleverser Adam, devenu médecin. Adam qui a grandit le cœur rempli de l’absence de sa mère, rempli d’espoir au début, puis de désillusions, de rancœur, de rage, et enfin d’indifférence. Adam a construit sa vie. Tant bien que mal. Une vie brinquebalante entre ses consultations, Eliana qui l’aime et qu’il aime mais n’arrive pas à épouser, Mama Ruth devenu invalide suite à un accident vasculaire cérébral, et puis des souvenirs, des odeurs, des saveurs. Celle-là lui a seulement laissé un papillon en verre cassé. Et ce papillon reste dans sa poche. Il le frotte, le touche, toujours. Eva est partie mais toujours avec lui, Eva l’a abandonné, Eva a préféré partir.

Eva sera là dans deux jours, alors Adam ne sait pas. Aller la chercher ? Lui pardonner ? La faire souffrir autant qu’il a souffert ?

C’est un roman aussi doux et soyeux que l’amour filial. Aussi douloureux et râpeux que l’absence d’une mère. Aussi fragile et ténu que des bribes de souvenirs. Pendant deux jours, Adam va se rappeler. Celle-là lui saute à la figure, brutalement issue d’une boite à souvenirs soigneusement  cadenassée, verrouillée, cuirassée, surgissant quand on ne l’attend plus, quand on ne l’espère plus, quand on n’en veut plus. Les souvenirs s’égrènent et viennent écorcher le présent, éventrer la carapace d’un fils dépouillé d’amour, s’insérer et s’infiltrer sournoisement entre le lien solide et indéfectible tissé entre Adam et Mama Ruth.

Un bien joli roman, vraiment, à la fois doux-amer et brûlant, acide et sucré comme l’amour filial.

Des papillons sous la pluie, Mira Maguen - Mercure de France, 422 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

Les avis des autre jurés : Anna Blume, Antigone, Annie, Clochette