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06/06/2011

D'acier - Sylvia Avallone

acier.jpgFace à l'île d'Elbe se dressent Piombino et les barres d'immeubles de la via Stalingrado. Des immeubles où la vie s'étire avec torpeur, entre les cris des adultes, les pleurs des bébés et l'ennui des jeunes qui traînent entre les terre-pleins et la plage, à l'ombre de l'usine Fucchini, l'aciérie où travaillent la plupart des hommes de la cité.

Dans ce quotidien accablé de chaleur et de poussière vivent Francesca et Anna qui, du haut de leurs treize ans, rêvent d'un futur différent où Anna sera avocate et Francesca star de télévision. Un père violent pour l'une, un frère délinquant pour l'autre, des mères qui ont parfois baissé les bras et la plage remplie d'ordures pour seule alternative aux après midi abrutis par la télé qui beugle dans les appartements.

"Avoir été au coeur de la vie, et ne pas l'avoir su."  Silvia Avallone peint ces jeunes déboussolés, sans détours ni édulcorants, en un tableau plein d'âpreté et pourtant palpitant de vie. Si leurs parents avaient des idéaux, ils les ont oubliés, ou perdus au fil des années de chômage, de difficultés et de déceptions, de promesses jamais tenues et de mensonges savamment enrobés par la classe politique. Impossible pour la nouvelle génération de croire en un monde meilleur, alors on survit, tant bien que mal, entre petites magouilles, partie de babyfoot ou boites de nuit. Au milieu de cette grisaille, Anna et Francesca, dont la beauté suscite le désir, la jalousie et la convoitise : liées par une amitié indéfectible  elles en sont pas encore des femmes mais plus tout à fait des enfants et chacune puise en l'autre la force de croire encore en des lendemains moins sordides. Elles sont les reines de la cité, ont ce monde à leurs pieds et croient encore, peut-être, un peu, que l'avenir leur appartient.

On pourrait reprocher à l'histoire les clichés attendus ou des situations caricaturales ou parfois manichéennes (la beauté de Francesca et Anna face à la laideur des autres jeunes filles, l'histoire d'amour entre Alessio, frère de Francesca et ouvrier et Elena, la jeune fille de bonne famille qui deviendra chef du personnel à l'usine, la mère de Francesca vieillie trop tôt, l'île d'Elbe paradis inaccessible, symbole du rêve et d'une vie plus facile) mais ces défauts sont compensés par une écriture précise qui plonge immédiatement le lecteur dans cette cité industrielle de Toscane et lui fait sentir, outre les effluves de l'acier, celles des algues et des relents de la plage. On sursaute aux cris des mamas et les pleurs des bébés, on sent le soleil accabler ses épaules et on entend presque l'effritement des rêves qui se dissolvent dans la torpeur de l'ennui. Anna et Francesca sont des personnages pour lesquels on ressent une empathie immédiate : Silvia Avallone réussit à décrire sans exagération et toujours avec une grande justesse ce fil invisible, fusionnel et passionnel qui lie les adolescentes pour qui l'autre, l'Amie, devient le centre de gravité, le point d'équilibre, la bouée de secours d'existences encore fragiles. Ne serait-ce que pour ça, on pardonne le reste et on attend un deuxième roman de l'auteur, encore plus abouti.

« Tous les quatre, ils attendaient quelque chose – que le samedi après midi remplisse les rues de scooters et de jolies filles, qu'une bagarre éclate, que Francesca arrive avec des fringues à tomber, et Sonia, Jessica ou même Elena, que Mattia et Anna réapparaissent, vu que ça faisait une semaine qu'on ne les voyait plus, bref, que quelque chose se passe dans ce printemps qui commençait à peine, dans ce putain de trou. »

D'acier – Silvia Avallone / Liana Levi, 387 pages, avril 2011

09:35 Publié dans *Littérature Italienne* | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

06/02/2011

La vie sexuelle des super-héros – Marco Mancassola

 

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« On a tous besoin de héros ».

 

 

Moi, quand je serais grand, je serais un super-héros, disent les petits garçons (ou les petits filles). Ou disaient. Parce qu'ils sont où, les super-héros qui ont bercé l'enfance de milliers de gamins fascinés par Batman, Superman, Spiderman, Wonder woman et consorts ? Finis, enfouis dans les limbes des années 80-90, dépassés, obsolètes, périmés, relégués dans un vague recoin des mémoires d'où, de temps en temps, ils surgissent un instant pour mieux s'y retirer.

 

Les super-héros, pourtant, sont encore vivants dans le roman de Marco Mancassola. Ils vivent à New-York et ont pris leur retraite. Leur retraite de super-héros, j'entends. Mr Fantastic est devenu un scientifique reconnu, Bruce Wayne (Batman) cultive ses pectoraux, son ego, son cynisme et sa cour de fans hystériques tout en s'offrant des prostitué(e)s de luxe, l'Homme de Pierre s'est retiré dans le Maine, Mystique la femme polymorphe anime un show de téléréalité tout comme Namor l'homme poisson, Superman est octogénaire et a fondé une école de super-héros à Brooklyn où il vit retiré. Ils sont encore vivants mais plus pour longtemps, tous reçoivent une lettre de menace, il semble d'un gang ait décidé de les assassiner. Pourquoi ? Un inspecteur de police, Dennis De Villa cherche à les protéger, son frère journaliste s'interroge sur l'affaire.

 

N'allez pas chercher un roman policier, une intrigue riche en rebondissements et loufoquerie, non. Ici point d'aventures ni de gadgets, point de suspens, et pourtant on reste rivé à l'histoire, touchés par la mélancolie de Red Richards et son amour pour une jeune astronaute qui, elle, n'a pas besoin de super pouvoirs pour voler dans l'espace, on se moque de ce Batman devenu une sordide caricature de lui-même, on sourit devant les métamorphoses solitaires et nocturnes de Mystique. Nos super-héros sont vieux. L'ère des super pouvoirs est terminée, place à la réalité, la téléréalité, l'argent, le sexe. Les idéaux se sont envolés. On n'attend plus d'eux qu'ils sauvent le monde. On les observe comme des curiosités, des people que les paparazzi traquent. Que reste-t-il d'eux ? Pas grand chose. Des corps qui lâchent plus ou moins, des pouvoirs encore là et qu'ils cultivent par habitude ou par nécessité professionnelle, puisqu'ils servent uniquement pour des shows de téléréalité. Le sexe ? Vécu comme une antidote à la solitude, dans une ultime tentative de se prouver qu'ils existent encore. Le sexe comme échappatoire, seul, tarifaire ou bien désespéré, est la seule chose qu'il reste pour ces héros épuisés, fatigués, démodés. Les héros de nos jours sont des enfants portés aux nues, comme Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic devenu l'enfant sacré de l'Amérique, le chouchou des medias, l'enfant rebelle, mais « l'Amérique pardonne tout à ses fils préférés ».

 

C'est un monde aux idéaux déchus, un monde où l'espoir d'un monde meilleur n'est plus que vestige. Chaque partie consacrée à l'un des personnages (la première, réservée à Mr Fantastic est la plus longue et la plus mélancolique), constitue une pièce d'un puzzle qui, le livre terminé, représente un monde où le rêve n'a plus sa place. Qu'en est-il de nos idéaux ? Partis en poussière dans la vaste course de la vie. Gommés par le succès, l'argent, la pantomime sociale des civilisations et du progrès.

 

Un roman à la mélancolie grave et envoutante.

 

 

"J'ignore d'où lui venait tant de mépris. A l'époque, on ne savait rien de la vie privée de Batman. J'ignore même si le mépris de mon père était dû à la possibilité que Batman fut une tapette où à une intuition plus profonde et cruelle. L'intuition que les super-héros ne sauveraient jamais rien. Jamais personne. « Un jour tu seras déçu ». Peut-être qu'en réalité c'était plus simple que cela et que ma passion le faisait enrager. D'une certaine façon, mon père aurait voulu être à la place de Batman. Il aurait voulu être un super-héros ou peut-être tout seulement un héros aux yeux de son fils."


 

 

La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola

Gallimard du Monde entier, janvier 2011, 545 pages

 

 

 

 

 

28/06/2010

Manhattan Transfer - John Dos Passos

« Je crois que cette ville est pleine de gens qui veulent des choses inconcevables… »

dospassos.gifC’est particulier, Dos Passos. C’est même assez troublant. On s’y perd, on lâche le fil, on le retrouve, on essaie de ne pas se laisser distancer alors on s’accroche et on se retrouve embarqué dans un flux de personnages et d’histoires enchevêtrées, imbriquées comme une pelote de laine avec laquelle aurait joué un chat facétieux.

Et puis, de fil en aiguille, on finit par être pris dans la trame, on s’attache aux maillons, on s’accroche et on est finalement bien content d’avoir pris part au voyage.

Pour l’histoire, ou plutôt les histoires, ce sont des gens, des hommes, des femmes, des aisés, des ambitieux, des révoltés, des migrants ou des déshérités, tous obnubilés par le désir de réussir en ce début de vingtième siècle. Réussir une carrière, une affaire, une vie. En changer, aussi. Réussir et trouver ce qu’ils cherchent. Pour l’un, ce sera faire fortune, pour l’autre une carrière théâtrale, pour l’autre vivre libre, ou assurer l'avenir de son enfant, un avenir meilleur avec d'autres armes que celles que l'on a eu soi-même, pour d'autres trouver la reconnaissance, celle de soi, celle des autres.

Tous ces personnages se croisent, se rencontrent, se parlent. Ils s’aiment, se haïssent, se séparent et se retrouvent mais tous sont reliés par un même fil, celui du bonheur qu’ils cherchent tout simplement à atteindre. Un bonheur qui revêt des formes différentes et qui n’arrivera pas toujours.

New York est la ville de tous les possibles, dit-on. Elle est ici omniprésente. Dos Passos ne se perd pas en descriptions mais on palpe cette ville tentaculaire à chaque tournant de rue, chaque théâtre, chaque quai ou bateau. La ville enveloppe les personnages, les entoure d’un halo qui représente l’aboutissement d’un rêve pour certains ou un hydre à fuir pour d’autres. Elle est le terre-plein central sur lequel évoluent les personnages, leur point d’ancrage autant que leur source de désespoirs. Un paysage en arrière plan qui cristallise les fantasmes et les espoirs d'une dizaine d'hommes et de femmes et qui devient par là-même un personnage de premier plan.

Au travers une narration elliptique, fractionnée en autant de petites scènes qui viennent s’empiler, on passe d’un personnage à l’autre, on fait des sauts dans le temps, brutalement, au travers le cantique des cantiques ou d'autres citations évoquées, citées, parfois psalmodiées, on se perd dans un labyrinthe d’histoires, et on a l’impression, au final, d’être une de ces petites fourmis.

Et moi, être une petite fourmi new-yorkaise, ça me va très bien.

 

 

Manhattan Transfer, John Dos Passos

Folio, 505 pages, octobre 2009

Merci encore à Dasola !

11/03/2010

Irrésistible ascension du vin Aglianico à travers le monde – Gaetano Cappelli

Ricardo Fusco est un anthropologue au foyer. C'est-à-dire que le bonhomme, chercheur, universitaire, un type érudit, donc, qui irresistible ascension.jpgn’est pas a priori le dernier des imbéciles, se complait « en parangon de l’absentéiste parfait » depuis qu’il a écrit une « thèse monumentale » de 800 pages  intitulée « Tout sur les oies. Empreinte anthropologique dans un contexte paysan ». Thèse que, malgré son évident intérêt,  personne n’a voulu éditer. La femme de Riccardo, Eleonora, s’occupe du théâtre de la ville (nous sommes à Potenza, une petite ville de la province de Basilicate, Sud de l’Italie) après avoir «consacré son temps libre à la mise en scène dans une troupe amateur miteuse ayant surtout des velléités expérimentales ». Eleonora a deux passions : le théâtre élisabéthain (les quatre filles du couple s’appellent Ofelia, Desdemonda, Salomé et Cressida) et les jeunes premiers. Du coup le pauvre Riccardo est un peu frustré, un peu largué, dépassé… mais un jour il croise son vieil ami Grazantonio Dell’Arco qui lui demande de l’aider à lancer son nouveau cépage, un petit vin Angliano qu’il s’agit de lancer dans la jet-set et surtout auprès d’une célèbre œnologue – critique, qui se trouve par hasard être l’ancienne maîtresse de Ricardo.

 

"Irrésistible ascension du vin Aglianico à travers le monde" : un titre  «à rallonge » pour un roman dont les phrases ont tendance à prendre la tangente, à faire des virages à gauche, à droite, un peu en arrière dans le temps pour ralentir au présent, s’arrêter pour mieux repartir à toute berzingue. C’est parfois déroutant, parfois entraînant. Gaetano Cappelli déroule son histoire de façon à la fois décousue et pourtant tout à faite construite : il prend simplement régulièrement des chemins de traverses pour conter les aventures assez amusantes de ce pauvre Riccardo, aventures que l’on suit jusqu’au bout malgré les digressions auxquelles il faut s’habituer ('disgressions /chapitres signalés par des titres souvent amusants). Derrière cette histoire qui pourrait paraître un imbroglio de situations plus ou moins loufoques se cache un sympathique portrait, plutôt acide, sur les rancoeurs et les frustrations, sur les aigreurs et jalousies que suscitent la réussite sociale et financière de quelques individus issus d’une petite ville de province quand d’autres ont fait du surplace ou se sont fait doubler par des plus rapides ou plus malins, ou plus perfides.

 

C’est amusant, parfois caricatural : le style appuie un peu trop l’accent du Sud : ce qui donne parfois des « eh beh je viengdrai te voir à la ferme pour vérifier que tout se déroule selong nos plangs. D’accord.. eh mais c’est poingt que ton patrong, y va me jouer un tour de cochong ? Giglio Gaudosio ? Mais tu te souviengs donque poingt qu’il est bête ? ». On y sourit un peu, beaucoup, on grimace parfois, on regrette peut-être que le vin lui-même n’apparaisse pas plus tôt (les chemins de traverse !), on s’attache à ce Riccardo bien bênet malgré ses diplômes, on a envie de savourer un petit Anglianico, quand même, à la fin, parce qu’il finit par arriver, ce petit rouge, et qu’il ressemble à un sympathique petit vin de table, pas mauvais mais pas étourdissant non plus.

 

L'avis de Yv, que je rejoins totalement.

 

 

 

Irrésistible ascension du vin Aglianico à travers le monde – Gaetano Cappelli

Métaillié, Mars 2010, 202 pages

24/02/2010

LES AILES AILES DU SPHINX – ANDREA CAMILLERI

Le voilà donc, ce fameux commissaire Montalbano dont j’entends parler depuis longtemps. Une soixantaine d’années, plutôt camilleri.jpgvieux loup solitaire quoique plus ou moins fiancé avec Livia, un peu bougon et pas très loquace. Ici, Montalbano enquête sur le meurtre d’une jeune femme retrouvée assassinée, la tête emportée par un tir à bout portant. Seul moyen d’identification, un tatouage sur l’épaule représentant un papillon. Ses recherches le conduisent à une organisation – pardon : association – catholique venant en aide aux immigrées des pays de l’Est.

 

 

C’est donc un roman policier plutôt classique, on recherche le meurtrier, on pénètre dans les secrets d’une organisation catholique qui se révèlera pas si catholique que ça. Rien de très original pourrait-on dire, si ce n’est en premier lieu la langue si pittoresque de Camilleri : le tout, truffé d’expressions siciliennes et de parlé régional, est admirablement traduit par Serge Quadruppani. On pourrait au début se méprendre et se lasser de ce phrasé étrange (« La première pirsonne » « il s’était depuis longtemps fourré dans la coucourde qu’il était marié avec enfants » « il s’était fait tard et il avait un ‘pétit qui le mangeait vivant » les e remplacés par des i (« Rin à faire », « ou bien quelque chose qu’il avait pinsé pendant que Fazio téléphonait au notaire » ou bien les a en début de verbe « Picarella on aretrouva » « il adécida de s’allumer ‘ne cigarette »)) puis on s’habitue très facilement pour finir par se laisser bercer par ce langage coloré.

 

 

Le tout est souvent drôle, quelques remarques lancées par Montalbano, des piques ici et là sur la faillite du système italien, des apartés culinaires qui vous mettent souvent l’eau à la bouche, et surtout un commissaire fichtrement attachant : en bref, même si l’intrigue purement policière ne brille pas par son originalité et sa complexité, le roman est avant tout et surtout agréable pour la langue, le personnage et cette ambiance sicilienne, truculente et savoureuse.

 

 

Jolie rencontre, donc.

 

 

 

Les ailes du sphinx, Andrea Camilleri

Fleuve noir, 261 pages, janvier 2010

 

 

L’avis de Claude Le Nocher

 

 

 

Ps : j’avais en tête d’utiliser ce roman pour réaliser le challenge de Chiffonnette « A lire et à manger ». Or, il se trouve que la seule recette entièrement détaillée est celle du ‘mpanata de cochon » avec chou-fleur, saucisses, pommes de terre, huile de friture, saindoux, pâte à pain…. Pas tentée ! Je trouverai autre chose ailleurs !

 

02/02/2010

LE TAILLEUR GRIS – ANDREA CAMILLERI

Lui, est directeur de banque et vient de prendre sa retraite.camilleri.jpg

Elle, est sa  seconde femme, vingt cinq ans de moins au bas mot.

 

Il sait qu'elle le trompe, elle sait qu'il sait et qu'il se tait.

On lui propose un poste probablement lié à ma mafia, et vraisemblablement sa femme est derrière tout ça. Sur ce, il tombe malade. Sa femme veille sur lui, mais il n'es pas sûr qu'elle ne joue pas la comédie.

 

Pas de suspens, pas de mort (ou alors des anciens conjoints, décédés de mort naturelle), on n'est pas dans un polar, et ce qui fait le charme du roman, c'est le déroulé des pensées du vieil homme, oscillant sans cesse entre doute et certitude : sa femme l'a-t-elle épousé pour son argent ? En veut-elle à sa vie ? Et sa vie, que va-t-il en faire, maintenant qu'il n'a plus son activité professionnelle pour la combler ?

 

De le vieillesse, du temps qui passe, de ce qu'un homme peut encore offrir à sa femme (pour peu qu'elle en veuille encore), Andrea Camilleri écrit avec une langue toute personnelle, un style qui parfois enchante parfois déroute, le bilan d'un homme qui doit affronter l'inactivité, l'oisiveté, ferme les yeux sur l'infidélité de sa femme, ferme les yeux sur beaucoup de choses, en fait, y compris son propre fils qu'il ne voit jamais. Le passé prend toute sa place dans ce présent inoccupé.

 

C'est sympathique, la fin largement prévisible et attendue, mais ça ne manque pas de charme et donne envie de lire d'autres romans de l'auteur.

 

 

 

 

Le tailleur gris, Andrea Camilleri

Métailié Noir, Octobre 2009, 136 pages.

 

L'avis de Cuné.

 

 

22/05/2009

MONTEDIDIO - ERRI DE LUCA

Montedidio (la Montagne de Dieu) est un quartier de Naples où grouillent les enfants, crient les vendeurs de pizza, de poulpe et deluca.jpgles pêcheurs fraîchement revenus de mer. C’est le quartier où vit le narrateur, un jeune garçon de treize ans, qui va devenir un homme.

L’enfant a quitté l’école pour travailler chez un ébéniste et couche sur papier ses journées (« J’écris en italien parce qu’il est muet, et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain ».) C’est ce récit que nous suivons, parsemé d’expressions napolitaines, la langue des gens simples et du quotidien. Le jeune garçon a reçu un boumerang pour son anniversaire, et s’entraîne à le lancer, entraîne ses muscles, son corps pour maîtriser l’objet. Ce lancer auquel il s’entraîne, et qui symbolisera l’envol final vers l’âge adulte. Autour de lui, Mast’Erico, l’ébéniste plein de sagesse, son père plein de tristesse depuis que sa femme est malade, Don Rafaniello le cordonnier, un juif rescapé des camps qui veut rejoindre Jerusalem, plein de bonté et de douceur. Don Rafaniello  fabrique gratuitement des chaussures pour tous les pauvres du quartier et dit au garçon que sa bosse sur son dos abrite les ailes qui lui permettront de s’envoler pour Jerusalem.

 

Il y a aussi, Don Ciccio, le propriétaire de l’immeuble, vil, véreux, vicieux. Et surtout Maria, celle auprès de qui l’adolescent découvre l’amour, sent son corps se transformer, sa voix muer, ses sens s’éveiller.

 

Un très joli récit, servi par une langue à la fois dépouillée et très visuelle, très simple et pourtant très poétique, dans une atmosphère douillette mais pleine de vie, celle des années après guerre, où se mêlent espoirs et pauvreté, rudesse et entraide. C’est le passage à l’âge adulte, l’apprentissage de l’amour, de la force, de la sagesse, de la colère aussi, et tout en douceur, en clarté et en simplicité. Ravissant.

 

Montedidio, Erri De Luca

Folio, 230 pages – août 2007

 

L’avis de Papillon 

Extrait :

« Sur la promenade du bord de mer e long de la villa communale, nous passions à l’heure où les pêcheurs tiraient à terre le deux bouts de câble du grand filet. Il y avait six hommes à chaque bout, ils tiraient d’un coup tous ensemble, le plus vieux leur donnait le signal. Le câble tournait sur leurs épaules, les pieds croisés, ils poussaient de tout leurs corps, ils traînaient la mer à terre. Le filet s’approchait, large, avec lenteur, tandis que les deux câbles s’entassaient en anneaux sur la route. Quand il arrivait en bas, les poissons lançaient des étincelles, tout le blanc de leurs corps éclatait, ils tapaient de la queue par centaines, le sac renversait au sec tout le tas de vie volée aux vagues, papa disait : « voici le feu de la mer ». L’odeur de la mer était notre parfum, la paix d’un jour d’été une fois le soleil couché. Nous restions silencieux, serrés les uns contre les autres, ça a duré jusqu’à l’année dernière, jusqu’à l’année dernière j’étais encore un enfant. »

 

Géraldine, qui a gagné le jeu Blondel il y a quelques mois,  a eu la gentillesse de m’offrir ce livre. Un très bon choix, puisque je me promettais depuis longtemps de découvrir cet auteur. Un grand, très grand merci à vous, Géraldine.

11/05/2009

AVEC LES OLIVES – ANDREA VITALI

Nous sommes dans le petit village de Bellano au bord du lac de Côme, dans les années 30. La vieille Fioravanti meurt paisiblement vitali.jpgdans son sommeil. Ce qui est tout à fait normal, peuchère, elle avait 93 ans ! Rien d’anormal, donc, pour le docteur Lesti qui signe le certificat de décès sans examiner la dépouille. Mais on apprendra rapidement que tout n’est pas si simple, et que, dans ce petit village bien tranquille, les habitants ont bien des ressources, bien des aventures, et surtout bien des soucis !

 

Nous sommes plongés dans une savoureuse comédie à l’italienne, avons l’impression d’être attablé à la terrasse d’une trattoria et de contempler et déguster une délicieuse chronique, où les habitants du villages sont tous loufoques, attendrissants, complètement barrés et persuadés d’être dans leurs bons droits, qu’ils voient l’avenir dans les lignes de la main ou ne supportent pas le mariage de leur sœur avec un camarade, disons… bâti différemment.

 

Un curé de village résigné à entendre des confessions étonnantes ou subir des extrêmes onctions inattendues, d’un podestat (maire) de village dépassé par les événements, un capitaine des carabiniers dévoué et interloqué, une épouse qui voit des ressuscités partout, une prostituée pressée, une bande de jeunes gars imbéciles qui grandiront finalement, la galerie de personnages est truculente, touche au grand guignol parfois, mais est agréablement pittoresque.

 

Un grand roman ? Non. Non, parce que le style est souvent très facile, les phrases très courtes et les points de suspension trop utilisés pour passer d’un chapitre à l’autre, les allers-retours dans le passé / présent / et même avenir parfois déconcertants, le nombre de personnages un peu perturbant au début (heu, lui, c’est qui ? il a fait quoi déjà ?), et surtout le fond de l’intrigue finalement très léger, donc non, pas un grand roman. Juste un roman détente, qui vous transporte dans une époque révolue, avec un petit air de Don Camillo et Peppone, vous donne envie de commander un risotto alla milanese, un peu de bresaola ou une bruschetta tout en sirotant un verre de Franciacorta…. Avec les olives :)

 

 

 

Avec les olives, Andrea Vitali – Buchet Chastel 490 pages, mai 2009

06/11/2008

CHAOS CALME - SANDRO VERONESI

veronesi.jpgPietro et son frère Carlo sauvent la vie de deux jeunes femmes. Ils ont plongé sans hésiter, ramené les jeunes femmes sur la plage. Pietro est un héros ? Oui, peut-être. Personne ne le remercie. Pietro s’en va et Pietro rentre chez lui, pour apprendre que Lara, sa femme, est décédée d’une brutale rupture d’anévrisme pendant qu’il jouait les sauveurs.

 

Incapable de s’effondrer, incapable de ressentir ou d’exprimer son chagrin, anesthésié, Pietro passe ses journées dans sa voiture, devant l’école de Claudia. Pietro vit dans sa voiture, Pietro travaille dans sa voiture, Pietro reçoit dans sa voiture. Une, deux, trois visites, puis quatre, puis cinq. Le dernier salon où l’on cause, c’est chez Pietro. Comprenez dans sa voiture.

 

C’est un roman que j’aurai du mal à définir. Savoureux, ennuyeux ? En fait un peu le deux. L’incessant va et vient des amis, famille, voisins, connaissances de Pietro qui défilent dans sa voiture, qui pour s’épancher, qui pour s’inquiéter, qui pour « voir », est un régal. Chacun appréhende le deuil à sa façon, l’absence d’effondrement de Pietro, ou son absence de manifestation apparente de désespoir provoque peu à peu les confessions, les petites histoires et les grands rêves confiés. Que de sourires dans cette lecture ! Mais d’un autre coté, le livre est long, traîne un peu en longueurs par moments.

 

Mais il n’en reste pas moins un bon roman sur le temps qui passe, les rapports humains, les petites tendresses et les grands dégoûts. Parce que la vie, c’est justement ça, ces petits trucs qui font qu’elle a du goût, de la saveur, et que même sous l’insipidité de certains jours, elle est remplie de petits bonheurs. Il suffit d’ouvrir les yeux.

 

C’est souvent drôle, loufoque, attendrissant. Attachant, doux. Un roman sur nos vies et nos choix, parsemé de désirs et de regrets. Un roman à lire avec plaisir, malgré les longueurs.

 

Chaos calme, Sandro Veronesi – Grasset 505 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

Les avis de Anne, Antigone, Cuné,  LVE.  Bellesahi s’est ennuyée ferme.