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21/05/2008

LES INTERMITTENCES DE LA MORT – JOSE SARAMAGO

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C’est un pays x où la vie suit son cours normalement. La Reine Mère agonise, le gouvernement gouverne, les travailleurs travaillent, les bébés naissent, les vieillards meurent, les citoyens citoyent. Un pays lambda, donc, jusqu’au jour où, d’un coup, les gens ne trépassent plus. Du jour au lendemain, la mort s'est mise en grève.

Après quelques jours de liesse populaire, les ennuis commencent : les moribonds s’accumulent et les rouages de la société se grippent un à un : pompes funèbres en faillite, hôpitaux et maisons de repos submergés par des flots de malades en phase terminale, compagnies d’assurance excédées, médias survoltés, naissance d’une maphia (« ph », oui) opportuniste qui aide les volontaires à passer l'arme à gauche ou plutôt les frontières (car ailleurs la mort est encore au boulot) nervosité du gouvernement, contre-attaque agressive de l’opposition, colère de l’Eglise, ce qui était source de joie devient une sérieuse, très sérieuse, source d’ennuis.

Finalement, c’était bien quand les accidentés succombaient et les vieillards mourraient…

Mon premier Saramago ne m’aura pas déçue. Cette fable plutôt grinçante se lit avec beaucoup de plaisir. Certes, il faut tout d’abord s’habituer à la narration très compacte (paragraphes longs, quasi absence de ponctuation, dialogues enfilés sans alinéa) mais, dès que l’on s’est familiarisé avec cette densité, on se régale de cet humour parfois loufoque, parfois acide, qui vous prend souvent au dépourvu au détour d’une phrase.

José Saramago épingle avec malice une Église furieuse de se voir retirer son principal argument de vente, la Résurrection  ; il croque savoureusement le rapport à la vieillesse de cette population croyante qui se voit contrainte de supporter ses ancêtres ad vitam aeternam. Les organisations financières, actuarielles et sociales en prennent pour leur grade, sans compter les savoureuses réunions de philosophes philosophant sur la philosophie de la vie (puisque mort il n’y a plus)…

Et puis un jour, constatant que l’expérience n’a pas été concluante, la mort décide de se remettre au travail. En prévenant cette fois-ci. Elle enverra à chacun un préavis d’une semaine…

La deuxième partie du roman ressemble plus encore à un conte fantastique où la mort travaille consciencieusement sur son secteur. Saramago nous propose une mort ordonnée, scrupuleuse, méticuleuse qui désobéit à sa hiérarchie, une faux complice et confidente, une victime récalcitrante … La mort s’interroge, observe, rend visite à ce violoncelliste réfractaire, le ton change un peu et la relation improbable entre ces deux-là prend un ton plus poétique, plus subtil…

Un roman qui n'est pas seulement une farce amusante, non, un roman plus profond sur notre rapport à la mort, à la vie... bref, une belle découverte que cet auteur (et une mention spéciale à la traduction qui est tout simplement brillantissime).

Les avis tout aussi enthousiastes de Jo Ann V et de Bon sens.

05:26 Publié dans *Littérature portugaise* | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook