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24/11/2007

LE POUSSE POUSSE – LAO SHE

680d62d97fbf256f02033fdf31442f4a.jpgSiang-tse est tireur de pousse-pousse. Paysan naïf et honnête fraîchement arrivé à la capitale, il ambitionne de devenir tireur indépendant et de posséder son propre pousse-pousse. Il économise consciencieusement afin de réaliser son rêve et de garder sa dignité.

Mais sa naïveté et sa crédulité lui joueront bien des tours.

Voilà un bien joli roman qui m’a fait découvrir un auteur jusqu’alors inconnu. Lao She a été mondialement connu grâce à ce livre, mais « Quatre générations sous un même toit » ou « Monsieur Ma père et fils » sont aussi des romans très connus.

Nous voilà dans le Pekin des années 20-30.

Mais pas de Cité Impériale, de palanquins luxueux ni d’Impératrice ou de riches vêtements brodés dans ce roman, non, plutôt des tireurs brisés par le temps et les conditions de travail, des épiciers ambulants, des mendiants, des vendeurs de thé pour qui l’essentiel est de subsister en gagnant de quoi manger son bol de riz quotidien.

Le ton est à la fois plein d’humour et de tendresse, mais aussi de résignation. Siang-tse est un personnage attachant, qui peu à peu perd son innocence, sa naïveté pour devenir amer et indifférent. Il est entouré d’une poignée de personnages tout aussi savoureux : Quatrième Seigneur, propriétaire d’un garage de pousses, qui cache derrière vanité et mépris la tristesse, au crépuscule de sa vie, d’être entouré de personnages qui ne l’aiment que pour son argent, et ne reconnaît dans les sourires qui l’entourent pour son anniversaire, que l’hypocrisie qu’il mérite pourtant, puisqu’il se cantonne dans une attitude fière et arrogante.

Tigresse, sa fille, devenue mégère à force de manipulations et d’intrigues, qui cherche malgré sa laideur un peu de chaleur et d’amour mais ne réussit qu’à se faire détester.

Petite Fou-Tse, vendue par son père ivrogne, qui vend son corps pour subsister tant bien que mal et rêve d’une vie meilleure.

C’est une immersion non pas dans les bas-fonds de Pékin, mais plutôt dans les rues obscures, les logements insalubres et miséreux, peuplés d’êtres désabusés, qui malgré leurs efforts perdent souvent leur dignité et leur fierté mais n’en restent pas moins attachants et attendrissants.

En bref un joli roman qui m’a fait découvrir un Pékin inconnu, celui des petites gens, des pauvres méritants qui ne sont pas nés du bon coté de la fortune, le tout avec une écriture simple et parfois très poétique.

En prime, et parce que je vous aime bien (!), voici un extrait que je trouve particulièrement savoureux (si c'est pas une belle description ça !!) :

« Les joues en feu, il ne pouvait s’empêcher de lancer à Tigresse quelques coups d’œil furtifs. Plus il la regardait, plus il se sentait troublé.  Il émanait d’elle une force mystérieuse et envoûtante…. « Allons, un peu d’audace »… Tigresse se tenait devant lui, totalement inoffensive….. La lampe une fois éteinte, la chambre se trouva plongée dans l’obscurité. Par la fenêtre, on distinguait un ciel d’encre. De temps en temps, des étoiles se fondaient dans la voie lactée ou traçaient des sillons blancs et rouges dans l’espace obscur, avec des mouvements divers, tantôt puissants, tantôt verticaux et tantôt obliques. D’autres dardaient une lumière incandescente ou explosaient, s’épanouissaient comme des fleurs. Parfois plusieurs étoiles volaient ensemble, en faisant vibrer l’espace et en semant le désordre dans un champ céleste. Une comète surgit d’un coin du ciel. Dans sa trajectoire rapide, elle sembla percer les ténèbres, laissant derrière elle une longue traînée lumineuse. Soudain, comme débordante de joie, elle illumina tout un pan de ciel d’un dernier éclat, d’une blancheur céleste. Un instant ébranlé, l’univers se referma. Les étoiles regagnèrent leurs places initiales, souriantes dans le souffle de l’automne. »

L’avis de Papillon.

10:47 Publié dans *Litterature Chinoise* | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook