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05/09/2011

Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

des vies d'oiseaux.jpg« Mon Dieu, il me semble être bien vivante dans ma tombe ». Elle est vivante, Vida, ou plutôt elle tente de l'être, dans sa grande maison de Villanueva. Une grande maison que, au retour de vacances, elle et son mari Gustavo ne retrouvent pas cambriolée mais presque. Il n'y manque rien, mais on y et venu. On y est venu, on y a vécu, on en est parti. L'inspecteur Taibo va enquêter sur ses squatteurs qui occupent les riches maisons quand elles sont vides. Et partent sans rien emporter.

 

Ce n'est pas un polar, évidemment, même si l'intrigue repose sur cette enquête menée par Taibo. Ce n'est pas un polar car on devinera rapidement qui sont ces squatteurs. Pas un polar, non, mais bien encore une fois un roman très ovaldien, où les mots et les phrases forment des bulles de couleurs qui éclatent sur la page et forment un tableau coloré et onctueux. Coloré comme cette Amérique du Sud où se situe l'intrigue (Amérique du Sud où se situait déjà, approximativement, Ce que je sais de Vera Candida), onctueux comme l'atmosphère éthérée et mélancolique qui nimbe l'histoire et vient lentement envelopper le lecteur.

 

L'intrigue, pourtant, est aussi légère qu'un souffle : une femme, Vida, s'ennuie dans sa maison avec son mari riche. Ce n'est pas qu'elle ne l'aime plus, mais elle est mélancolique. Gustavo est riche et Vida vient d'Irigoy, une ville pauvre du centre du pays. Leur fille Paloma est partie, elle a fui avec son amant Adolfo et Vida ne l'a plus vue depuis longtemps. L'inspecteur Taibo, que sa femme a quitté, va tomber amoureux de Vida. Voilà. Rien de plus, on pourrait regretter l'absence de fond du roman, ou plutôt l'absence d'intrigue plus travaillée, plus élaborée, plus palpitante. Oui, peut être, et j'avoue l'avoir pensé au milieu du roman. Mais peu importe cette légèreté de l'histoire, elle est comblée, oui, comblée, par le style ovaldien que, pour ma part, je continue à aimer. Il y a des mots qui flottent dans l'espace, y ondoient, y scintillent, s'arrêtent un instant pour mieux repartir et voguer au fil des images qu'ils suscitent.

 

« Quand elle l'interroge, il lui fait une réponse bizarre, il lui dit que ce qu'il veut, c'est rester auprès d'elle parce qu'elle est comme un ensemble de molécules dans un vent stellaire et qu'il a peur qu'elle ne s'éparpille dans l'espace. »

 

Au delà de l'intrigue et de sa légèreté il y a les mots donc, et les images qu'ils suscitent. Des images où se dessinent les personnages, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses. Ici c'est de mélancolie et de regrets qu'il s'agit. Pour combattre cette mélancolie les personnages partent, s'envolent, vers de nouveau horizons parce que pour vivre il faut partir. Pour aimer il faut partir ; à son tour prendre son envol. Quitter le nid. C'est ce que raconte Véronique Ovaldé, avec sa plume, sa grâce, et son talent de conteuse. Même si Des vies d'oiseaux manque - un peu - de contenu, il n'en reste pas moins un joli conte où les mots ont la part belle et les images continuent de flotter bien après la dernière page tournée.

 

« Taibo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l'on quitte et le cuir patiné....cet homme avait la possibilité d'être tout près de vous et très loin à la fois, c'était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l'absence de cet homme...cette avidité, cette maladresse ont fait place à l'étonnement de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu'on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu'on ne soupçonnait pas chez l'autre, et il s'est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu'elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d'ocytocine et d'on ne sait quoi qui la rendaient si triste et aimante à la fois), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale ») elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu'il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fut complète et augmentée, et depuis combien d'années n'avait-elle pas mis la queue d'un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ? ».

 

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux

Editions de l'Olivier, 236 pages, aot 2011


Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

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Véronique Ovaldé a gentiment accepté de répondre à mes questions sur "Des vies d'oiseaux". Cet interview est ici (et merci à Abeline Majorel de m'avoir guidée et épaulée pour cet interview). 

 

Les avis de Clara, Cuné

 

 


14/06/2011

La vie commence à 20h10 – Thomas Raphaël

« Après hypokhâgne, khâgne, une licence, un master et bientôt un doctorat, je me sentais à l'aise ans ma mission de résumer cinq épisodes de La vie la Vraie pour Télé 7 Jours ».vie.jpg

 

Elle, c'est Sophie. Elle n'a pas encore trente ans, essaie de terminer sa thèse (« Transitionnels ou symboliques : les objets du quotidien dans le roman français de 1953 à 1978 ») (tout un programme) (ne pas confondre avec « Transitionnelles ou symboliques : les choses du quotidien dans le roman français de 1953 à 1978 ») (vous comprendrez si vous lisez le livre). Sophie est également l'auteur d'un roman que, pour le moment, tous les éditeurs refusent, vit avec Marc, professeur de lettres et maître de conférences, qui a la charge de son neveu et de sa nièce depuis la mort de leurs parents. Il faudra un concours de circonstances et un coup de pouce du hasard ou du destin pour que Sophie, après qu'elle ait écrit à la chaine de télévision qui diffuse une série bêtifiante depuis des années, soit embauchée par Joyce Verneuil, productrice crainte et respectée en tant que Coordinatrice d'écriture. Sophie ne dit rien à Marc, accepte de sacrifier à ses idéaux un an seulement dans le seul but d'être éditée (c'est la carotte) et entame une double vie entre Bordeaux et Paris.

 

La vie la vraie, c'est le titre de cette série, diffusée tous le soirs à 20h10 devant des milliers de fans qui suivent le quotidien d'un quartier niçois et les turpitudes de ses habitants. La vie la vraie, c'est le quotidien de Sophie qui va devoir jongler entre mensonges à son compagnon (qui ne s'abaissera jamais à regarder une émission aussi populaire et populiste) , impératifs de la production stressants, la pression mise par Joyce Verneuil et l'attachement qu'elle finit par ressentir pour la série et ses intervenants, qu'ils soient comédiens, scénaristes ou acteurs divers.

 

"Tu sais que chez Flammarion, ils n'ont pas lu ton texte. Oh, ils vont le lire, t 'en fais pas, ne serait-ce que pour les coquilles...  Et je vais te dire, pas de pression, bon ou mauvais, personne ne lira ton roman. … Le plus dur, dans l'édition, c'est de percer. T'en fais pas pour ta réputation. Pense au prochain roman. ». De la chick litt de la vraie, donc, où les codes du genre sont respectés (double vie, quiproquos, vie de couple, peur du futur, suspens avec la disparition d'un personnage et j'en passe) et qui n'est pas sans rappeler, évidemment « Plus belle la vie » (du moins, je suppose :) ou tout simplement Le diable s'habille en Prada (Joyce Verneuil a bien des points communs avec Miranda Priestly). Mais une chick litt ma foi fort bien faite, où les situations s'enchainent à toute vitesse, où les clichés sont compensés par une histoire qui tient la route sans jamais déraper, des interrogations bien amenées et jamais lourdes, le tout dans un style enlevé jamais vulgaire ni simpliste. On y apprend de plus moult détails sur l'élaboration, la conception et la réalisation d'une série télévisée (Thomas Raphaël a été scénariste pour la télévision) et le tout se moque bien gentiment ou parfois plus vachardement du petit milieu de la télévision, voire, cerise sur le gateau, de l'édition tant qu'on y est.

 

Bref, voilà c'est dit, de la chick litt, oui, mais de la bonne qui se lit avec plaisir et le sourire aux lèvres. Et ça, ça fait du bien par les temps qui courent. C'est moi qui vous le dis.

 

 

Les avis de Clara (que je rejoins totalement), Lectrices & the city et Actulittéraire.

 

 

La vie commence à 20h10, Thomas Raphaël

Flammarion, 514 pages, juin 2011

 

 

10/03/2011

Alex – Pierre Lemaître

 

C'est marrant parce qu'au début, je me suis dit que le style était trop différent des précédentsalex couv.jpg romans de Pierre Lemaître. Très sec, presque parlé, des faits, des actes, point. Et puis au bout de quelques pages ces faits, ces gestes, ces situations viennent s'enchaîner, s'imbriquer, se bousculer et on n'a qu'une envie : y rester, s'y enfoncer, oublier qu'on est presque demain et que demain, justement, il faudra se lever. Et demain, donc,  ou aujourd'hui, en tous cas ce matin, on ne sait plus, on a perdu la notion du temps, ou alors on l'a toujours mais on s'en fout, on oublie que l'on doit partir. On reste avec Alex et peu importe le reste. Il attendra, de toute façon.

 

Alex a une trentaine d'années, elle est jolie dans le sens jolie-mais-discrète. Les hommes se retournent sur son passage et notamment un quinquagénaire qui semble la suivre. Alex ne se méfie pas assez et, alors qu'elle rentre chez elle, elle est kidnappée par cet homme qui l'enferme dans un entrepôt. Ce qu'il veut ? « La voir crever ». C'est clair, net, sans appel. Alex se retrouve enfermée dans un cage suspendue à quelques mètres du sol, avec des rats affamés pour seule compagnie.

 

Un témoin a assisté à l'enlèvement et prévenu la police. Le commissaire Camille Verhoeven est chargé du dossier (Camille Verhoeven, héros de « Travail soigné » du même Pierre Lemaître (toujours pas lu, honte à moi)), Camille le petit flic caractériel, un mètre quarante cinq et le veuvage pas encore digéré, se retrouve mêlé contre son gré à cette affaire : il n'y a personne d'autre pour prendre l'affaire en mains, il va devoir s'y coller, en attendant que son collègue revienne.

 

 

Au début, donc, le style est étonnant : sobre, sec, rapide, nerveux. Et s'il m'a laissée perplexe pendant quelques pages, il m'en aura fallu seulement quelques autres pour être irrémédiablement rivée à mon exemplaire. Pierre Lemaître excelle à créer des situations et des atmosphères toutes aussi parfaitement tendues que magistralement orchestrées. De page de page, on suit tour à tour Alex aux prises avec son ravisseur (qui est-il, pourquoi veut-il sa mort ?) (Alex, fermement résolue à survivre et se battre) et Camille Verhoeven qui se prend peu à peu au jeu de l'enquête, Camille Verhoeven personnage fêlé, démoli par la mort de sa femme après qu'elle ait été kidnapée. Cette affaire, il ne la quittera pas, finalement.

 

Etonnante aussi la tournure que prendra le roman dans la deuxième partie où l'on apprendra qu'Alex n'est pas la simple victime d'un banal pervers, et c'est là que se révèle tout le machiavélisme de Lemaître : l'enquête se transforme, les victimes ne sont plus celles qu'on pensait et le tout prend une tournure bien plus sombre avec des ramifications aussi tortueuses qu'habiles, des hommes assassinés à l'acide sulfurique, tous semblant être choisis au hasard sans autre lien que celui de croiser, un jour ou l'autre, la route d'Alex.

 

Un roman idéal pour oublier le reste donc, où la folie et la vengeance ont la part belle. Des mots simples et un style sans fioriture aucune révèlent des personnages ambigus, tous aussi fascinants les uns que les autres. Que ce soient les personnages secondaires qui exhalent tous un parfum âcre d'humanité salace ou de salacité parfois simplement humaine (un des talents de Lemaître consiste justement à saisir, grâce à d'infimes détails ou descriptions, des fragments d'humanité bien croqués qu'il balance, l'air de rien, à la face de son lecteur) ou Camille Verhoeven, idéalement torturé et pugnace, tous les protagonistes qui évoluent autour d'Alex, (est-elle victime, est-elle bourreau ?) , sont parfaitement maîtrisés.

 

Jusqu'à la fin, on dévore ce roman presque sans mâcher, voracement. Et cette fin... parfaite.

 

 

 

Alex, Pierre Lemaître

Albin Michel, 392 pages, janvier 2011

 

 

Les avis de Stéphie, Claude Le Nocher, Clara, Pimprenelle

 

 

 

 

 

 

09/03/2011

La fée Benninkova – Franz Bartelt

 

Imaginez que vous êtes tranquillement installé chez vous, le télé allumée diffusant unbenninkova.jpg dessin animé. Vous n'attendez personne (de toute façon personne ne vient jamais vous rendre visite). On frappe à la porte, vous ouvrez et voyez débarquer une jolie fille. Elle a très envie de faire pipi et vous raconte qu'elle est poursuivie par de très, très méchants lutins noirs, qu'elle est une fée (une gentille fée parce que les fées sont toujours gentilles), qu'elle a perdu sa baguette mais que, dès qu'elle l'aura retrouvée (si vous l'autorisez à la commander par la poste sous votre nom, puisque les très méchants lutins noirs ont infiltré la poste et pourraient la lui voler), elle exaucera votre souhait le plus cher.

 

La fée Benninkova commence comme un conte qu'on pourrait qualifier de loufoque, à moins que ce ne soit enfantin. Un peu des deux mon colonel ? Enfantin parce qu'il s'agit d'une fée et que de très méchants lutins noirs rodent dans les parages. Mais le narrateur de l'histoire, qui voit cette féérique apparition bouleverser sa vie, est aussi lourdement handicapé : difforme, boiteux, laid, notre quasi Quasimodo vit reclus depuis que Marylène, caissière de supermarché de son état er profiteuse dans l'âme, l'a plumé et exploité pendant quelques mois.

 

L'enfantin n'a plus de mise, laissez les enfants passer leur chemin. Si la gentille fée est aussi une emmerdeuse de première, entêtée, la langue bien pendue, qui s'emporte rapidement sur les injustices de la vie, le narrateur quant à lui, raconte une histoire beaucoup plus morose, où le handicap est moqué, raillé et lâchement exploité par un couple de profiteurs aussi malins que cruels.

 

Grâce à sa plume qui sait alterner moments tendres et caustiques, à son humour posé qui lâche au détour d'une phrase apartés, allusions, ou tout simplement mots qui font mouche, le tout sans jamais forcer le trait, Franz Bartelt (dont j'avais découvert la plume avec le très bon « La mort d'Edgar ») raconte simplement avec ce ton posé et plein de finesse une histoire de solitude, de désirs inavoués ou raillés, de petites bassesses et de grande naïvetés cruellement exploitées.

 

Un joli conte à la fois cruel et tendre, gentiment extravagant où l'humour distancié se déguste avec gourmandise. Seule la fin me laisse quelque peu perplexe, mais au final, une lecture agréable et savoureuse.

 

 

La fée Benninkova, Franz Bartelt

Le dilettante, 158 pages, décembre 2010

 

L'avis de Stephie, que je remercie pour le prêt.

 

 

 

 

 

 

 

11/02/2011

Série grise – Claire Huynen

 

huynen.jpgCe n'est pas parce qu'on est vieux qu'on n'a plus le droit de vivre, non ? Notre narrateur décide de rentrer dans une maison de retraite. Pas d'enfants, des amis à qui il ne veut pas confier sa future décrépitude, notre bonhomme organise la veille de son départ une grande bouffe directement inspirée du Festin de Babette et va s'installer à Mathusalem, « maison de retraite pour adultes valides ».

Un court récit délicieusement écrit, où le quotidien d'une maison de retraite est raconté avec un humour caustique. Il est cynique, notre vieil homme, et observe ses contemporains avec irrespect et lucidité, qu'ils soient gros, maigres, édentés, bavards ou mutiques. Ses contemporains ou ceux qui les entourent, de la directrice de Mathusalem ou le personnel soignant, le narrateur brosse un portrait narquois qui passe au crible de ses observations corrosives les journées qui s'étirent et se ressemblent.

Claire Huynen s'amuse dans ce roman tout en finesse. Parce que derrière l'humour acerbe et les provocations de notre narrateur (qui va fumer des joints avec un camarade d'infortune ou même, insulte suprême, picoler un peu), c'est l'univers aseptisé des maisons de retraite qui est passé au crible : la vieillesse n'est pas synonyme d'enfermement, on a le droit au plaisir, aux joies, et même au sexe. Si si, et tant pis si les âmes pudiques et conformes en sont choquées.

Un roman à l'humour caustique et attendrissant, servi qui plus est par un style délicieux.

 

 

Série grise, Claire Huynen

Le Cherche-Midi, janvier 2011, 109 pages

Lu pour les Chroniques de la rentrée littéraire

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« Sa pose semblait la même. Pourtant les livres, serrés entre ses doigt, différaient. Et cet objet, à géométrie infinie, déterminait mille femmes. Dès le premier soir, j'avais aimé sa manière de lire. Avec une concentration pudique, une empathie attentive, elle semblait d'abstraire en une troublante danse avec les mots auxquels elle se mêlait. Parfois, aux langueurs de son regard, l'on devinait un tango. Ses yeux s'éclairaient et cheminaient, vite, de mots en mots, de ligne en ligne, s'alanguissaient un instant et, en une manière de pas arrière, reprenaient quelques lignes plus haut, remontaient le cours de la page. En d'autres moments, c'était une valse qu'elle abordait. Elle se laissait, captive, porter au rythme régulier des mots qui l'entreprenaient en danseur exercé. Elle fléchissait avec concentration et offrait à ses pages une reddition sans combat. J'aimais lorsqu'elle s'invitait à de fougueux cha-cha-cha. Souvent, elle souriait alors. Son regard furetait de mot en mot, facétieux et complice. Elle gambadait entre les pages, légère et insouciante. Ses doigts même s'agitaient imperceptiblement sur la reliure. »

 

 

 

24/01/2011

Des clous – Tatiana Arfel

 

arfel_des-clous.jpg« Penser moins, pour travailler plus ».

 

Passer du succès d'un premier roman à l'épreuve du second n'est sans doute pas facile. Changer de ton, de thème, d'ambiance, éviter la répétition et prendre le risque d'une changement de cap non plus. Tatiana Arfel quitte l'ambiance poétique de L'attente du soir pour aborder le monde de l'entreprise et sa violence.

 

Des clous, voilà ce que sont Catherine, Laura, Rodolphe, Marx, Francis et Sonia. Des clous sur lesquels on tape sans arrêt, sur lesquels on tape avec violence, avec mépris, pour les faire rentrer dans le moule, les mettre en conformité avec l'Entreprise, Entreprise avec un grand E car les conformes doivent s'y soumettre et oublier jusqu'à leur propre identité afin de sacrifier à son succès.

 

Des clous, voilà. Des non conformes aussi. Qu'ils soient hôtesse d'accueil (Laura, qui ne supporte pas les talons hauts) comptable expert (Françis, qui se réfugie dans les chiffres, un peu trop, un peu trop bon, un peu trop solitaire) cuisinier (Rodolphe, qui s'imagine qu'on peut donner de la confiture aux cochons, ie agrémenter les plats des employés quand c'est réservé aux cadres, en encore, pas tous, les meilleurs) ou Catherine, la DRH, qui était entrée dans l'entreprise avec joie, devenue l'ombre de son ombre parce qu'elle envisageait son métier du point de vue...humain. Humain. Quelle aberration. Quelle idiotie. Alors les conformes, les bons, ceux qui sont entrés dans le moule, ceux qui savent, ceux qui sont, ceux qui comptent, les convoquent à un séminaire d'entreprise. Un séminaire de formation animé par Denis, un comédien, qui va les remotiver, les aider, les soutenir.

 

Tu parles, Charles. Ce séminaire, en réalité, est destiné à les faire couler encore plus vite, encore plus facilement. Les faire couler et surtout les faire couler tous seuls. Les aider à fournir eux-même les preuves de leur incapacité, de leur inaptitude. Les aider à plonger encore plus vite et les faire dégager. Vite, bien, et sans coût supplémentaire.

 

On se croirait dans un roman futuriste, une anticipation. Un peu, mais pas tant que ça. Anticipation parce que le récit est dramatisé, parce que tout ça semble outrancier, inconcevable ; Tatiana Arfel fait par ailleurs référence au roman de George Orwell, 1984 ou à celui d'Huxley, Le meilleur des mondes ("J'ai pensé, bien sûr, à 1984, j'ai pensé qu'Orwell avait été visionnaire, et que comme toujours la réalité dépassait toujours la fiction. Certes nous ne travaillerons pas à la modification de la réalité des faits historiques, nous ne travaillerons pas à un mensonge clair et direct, mais nous travaillerons à la soumission des hommes par la langue"... "J'ai pensé aussi à celui d'Huxley, plus visionnaire encore, à la dictature du confort, de la sécurité, de chacun sa place, conditionné et consentant".). Mais c'est cette exagération, cette outrance qui sont volontaires et amplifient encore plus la violence et la déshumanisation de ces personnages, de ses clous, de ces hommes et femmes objets, certains frappant d'autres recevant les coups, mais tous devenus des êtres désincarnés soumis à l'Entreprise, nouveau Dieu devant lequel on se prosterne et se sacrifie.  Anticipation, peut-être, mais l'action se déroule en 2006. Un ancrage dans le présent, des hommes et des femmes qui pourraient être n'importe lesquels d'entre nous, des travailleurs devenus des rebuts et que l'Entreprise et ceux qui la dirigent, la portent, la soutiennent, y sont conformes, vont s'employer à broyer et réduire en poussière.

 

L'écriture est à la fois blanche et cruelle. Pas de concession, pas de poésie et de douceur comme dans L'attente du soir, nous sommes dans un conte actuel et impitoyable, un récit acre où les protagonistes racontent, à leur tour, ce séminaire. Si tous les non-conformes ont la même voix, la même blancheur, c'est qu'ils deviennent peu à peu des machines qui ne pensent plus et perdent peu à peu toute humanité, toute individualité. Si les conformes ont la même violence, le même acharnement à détruire, c'est qu'ils ont été refaçonnés, remodelés pour devenir des machines, des broyeurs. De la négation de l'humain au profit de la productivité. 

 

Au fil des pages, au gré de l'horreur absolue et de la révolte que peuvent inspirer ce récit, le lecteur s'enfonce dans un monde de noirceur où toute couleur a été bannie, toute identification, toute personnalisation, toute humanité (« Une erreur de prénom ce n'est pas très grave en soi, enfin, ça vexe, je sais. Les gens veulent tellement qu'on s'intéresse à eux, comme si l'entreprise était là pour ça, comme si on n'avait rien d'autre à faire. Il y a une erreur fondamentale dans leur façon de prendre le travail, ils croient qu'on les embauche pour eux, leur petite personne, alors qu'on a besoin d'efficacité, c'est tout, peu importe ce qui arrive. Ils ne devraient pas se plaindre, eux aussi viennent au boulot pour gagner de l'argent, pas pour HT, si c'était bénévole y'aurait plus personne ! Mais ils demandent encore, encore de l'attention, mon nom, mon nom, mon nom exact, moi, moi, moi.... Les gens continuent à s'appeler par leurs prénoms, comme s'ils existaient seuls, et ça m'énerve ! Ca m'énerve ! Faudra interdire ça, bien sûr ! »).

 

Un univers impitoyable que Tatiana Arfel décrit sans concession, froidement. Amélioration du langage où les mots inutiles, vains, improductifs, sont bannis pour faire place à un vocabulaire efficace, rapide, qu'ils soit français ou anglais. Un univers brutal où l'individu est réduit à un numéro, une machine qui ne peut plus penser, plus agir, seulement obéir et adhérer aux règles ou en être éjecté, et tant pis si ça veut dire mourir.

 

Violent et blanc, donc, ce roman de Tatiana Arfel. Même si un épisode final m'a semblé trop facile, trop approprié, trop propice, il n'en reste pas moins que, tout comme Delphine de Vigan avec  Les heures souterraines  Tatiana Arfel signe là un excellent roman sur la violence en entreprise et l'anéantissement des individus au profit de cette même entreprise.

 

 

 

Des clous, Tatiana Arfel,

José Corti, janvier 2011, 315 pages

Lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire

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07/01/2011

L’attente du soir – Tatiana Arfel

arfel.jpgLe môme, Mademoiselle B, Giacomo.

 

Giacomo le dresseur de caniches qui parle et qui raconte la vie du cirque, la solitude, les soirées passées à faire rêver, à allumer quelques étincelles dans les yeux des spectateurs, étincelles de plaisir, jeux d’ombres et de lumières pour apporter un peu de joie dans les villes tristes qu’ils traversent, brinquebalant leur chapiteau branlant de vieux cirque fatigué. Giacomo dont les yeux ne sont que douceur.

 

Mademoiselle B, la femme grise, sans vie, sans amis. Mademoiselle b qui a grandi sans le regard de ses parents pourtant présents, mais qui ne la regardaient pas. Mademoiselle B devenue transparente aux yeux de tous y compris les siens. Mademoiselle B qui évolue dans un halo de brume, invisible et aveugle à la vie, aux autres, à elle-même.

 

Et le môme, enfant des rues, enfant du terrain vague où il a grandit, seul, avec un chien. L’enfant qui ne parle pas, l’enfant qui aboie parce que le seul regard qui l’ait aimé est celui d’un chien. Le môme qui peint inlassablement avec du sang, de la boue, des feuilles d’arbre, les tâches et les ombres qui obstruent sa mémoire. Qui est-il ? D’où vient-il ?

 

Que dire de l’attente du soir qui n’ait déjà été dit ? C’est un roman choral ou chacun prend la parole (sauf le môme, bien sûr, pour qui Giacomo parle et raconte, maintenant qu’il sait, ce qu’a été sa vie). Un roman dont chaque mot, chaque phrase, est recouvert de poésie, chaque page fait frissonner ou frémir.

 

Un conte étrange où la magie côtoie la solitude, où la lumière côtoie la nuit, où la joie côtoie la tristesse. Tour à tour, le lecteur écoute les récits, se fond dans l’histoire de ces trois êtres perdus et seuls (Giacomo, malgré les quelques artistes qui l’entourent, n’a pas réellement vécu, ni fondé un véritable foyer). Un conte étrange où des être fantomatiques vont peu à peu renaître et réapprendre à vivre. Apprendre à vivre, puisqu’ils ne savaient pas qu’ils étaient en vie. Même si l’intrigue elle-même se devine rapidement, même si le lecteur fera très rapidement le lien entre les personnages, même si tout reste au final très attendu, on se laisse malgré ça bercer par la poésie du style et la puissance évocatrice de la plume de Tatiana Arfel.

 

 

L’attente du soir, Tatiana Arfel

Ed José Conti, collection Merveilleux, octobre 2009, 325 pages

 

Les avis de Papillon, Cuné, Caro[line], Fashion, Dominique, Cathulu

 

06:05 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

21/12/2010

La fortune de Sila – Fabrice Humbert

humbert.jpgUn restaurant. Un serveur, des couples, des familles, des amis attablés. Un milliardaire russe et sa femme, un mathématicien et son ami, un homme qui a fait fortune dans le crédit immobilier. Un enfant bouge trop et gêne le serveur, le serveur lui demande de se pousser, le père de l’enfant se lève et frappe le serveur.

 

Et rien ne se passe. Tous baissent le nez dans leur assiette, le serveur retourne en cuisine. Personne n’a bougé, personne ne s’est interposé. La vie continue.

 

Un prologue amer et parfaitement réussi pour le roman de Fabrice Humbert. Sec, nerveux, il plonge directement le lecteur en apnée et le capte sans ambages. Une scène d’ouverture qui va découler sur les personnages attablés ce jour là et leurs existences vouées à l’argent.

 

Mark Ruffle, l’homme qui a frappé, est l’archétype du profiteur roublard. Il a bâti sa fortune sur le crédit immobilier et vend des crédits aux plus faibles ; sa fortune repose sur l’exploitation des subprimes aux États-Unis. Lev est un milliardaire russe qui a profité de l’écartèlement de l’empire de Russie. Simon est une jeune et brillant mathématicien reconverti dans la finance anglaise. Autour d’eux, des femmes qui subissent et acceptent elles aussi les compromis faciles. Certaines partiront, d’autres pas.

 

Fabrice Humbert plonge le lecteur dans l’univers apparemment feutré de la finance, dans des milieux où l’argent se compte en milliards. Univers feutré en apparence, univers miroir d’un coté fastueux et de l’autre d’une violence larvée et souterraine. Ces personnages dont les routes se croiseront peu où à peine évoluent dans un monde où le pouvoir et la réussite se bâtissent sur un terreau fait d’intimidation et d’écrasement des faibles. Lev, Simon et Mark, dans une spirale infernale, oublient leurs idéaux et rêves de jeunesse pour devenir des monstres prêts à tout, la faim et la soif de pouvoir devenant toujours plus voraces. Certains se demanderont toujours s’ils ont fait les bons choix, certains hésiteront, d’autres agiront sans la moindre morale.

 

A coté d’eux, Sila, le serveur émigré du Sénégal, leur oppose la fraîcheur et l’innocence.

 

Entre pouvoir, corruptions, lâchetés et compromissions, Fabrice Humbert dessine un monde sans pitié où la corruption et la violence sont maîtresses. Ses personnages avancent avec avidité, s’interrogent, ou pas, sur leurs choix et leurs possibilités. 

 

Vendre son âme, posséder le pouvoir, accumuler sans cesse et toujours plus, mais pour quoi ? Un roman dont le style et le récit happent le lecteur et, même s’il tend à être trop professoral, à trop détailler, expliquer, donner au lecteur des clefs qu’il ne demande qu’à deviner par lui-même, s’il tombe parfois dans  l’excès d’analyse et de démonstration, n’en reste pas moins un bon roman et une découverte agréable.

 

 

 

 

La fortune de Sila – Fabrice Humbert

Le passage, août 2010, 317 pages

 

 

L’avis de Papillon : « Un roman brillant et extrêmement cruel ».

 

 

 

15/12/2010

Du plomb dans le cassetin - Jean-Bernard Maugiron

cassetin.jpgEn a-t-il, du plomb dans la cervelle, le narrateur de cette histoire ! Un brave homme qui travaille comme correcteur dans un journal régional. Le soir, il relit, corrige les articles écrits par les journalistes, là-haut, dans la salle de rédaction. Lui, comme ses collègues, est relégué au sous-sol, là où les rotatives tournent, là où la nuit s’échangent les blagues, les farces, et même parfois les confidences… C’est sa collègue qui lui a demandé de rédiger un article sur son métier. Alors il écrit. Et chaque chapitre, qui commence par la même phrase « Je travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional », sonne comme une ritournelle, une ode à ce métier qui petit à petit disparaît. Les machines remplacent peu à peu les hommes.

 

Un récit très court dans en forme d’hommage à l’un des derniers métiers traditionnels de la presse. A travers le récit du narrateur, qui s’obstine, se reprend, se répète, semble petit à petit perdre la tête, on découvre un vieux garçon (il vit avec sa mère, est passionné par les circuits de trains), un univers nocturne en voie de disparition, celui des salles de correction, leurs traditions, petites habitudes tissées au fil des nuits passées à travailler ensemble, les anecdotes qui se racontent en rigolant, leurs héros tristes et désabusés, personnages touchants autant qu’amusants.

 

En a-t-il, du plomb dans la cervelle, le narrateur de cette histoire ? Du plomb oui, du plomb qui peu à peu le ronge et lui fait perdre la tête. Le récit devient plus sombre, le personnage sombre lui dans la folie… Du plomb, oui. Dans la cervelle. Ca s’appelle le saturnisme.

 

Un roman qui m’a beaucoup touchée, autant par son style parfois gouailleur, direct et très maîtrisé que par une histoire-hommage teintée d’amertume et de tendresse envers toute une profession.

 

 

Du plomb dans le cassetin - Jean-Bernard Maugiron

Buchet-Chastel, septembre 2010, 107 pages

 

 

L’avis de Tamara.

 

Lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire, ce roman faisait partie de la Sélection « Premier roman » .

 

 

08/12/2010

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

bello.jpgÇa ressemble à un roman policier classique, un roman de bonne facture où tous les éléments de crime et de l’enquête sont donnés au lecteur qui pourra s’il le veut en tirer rapidement ses conclusions. Le lieu, une ville de province. Le crime : Emilie Brunet et son amant ont disparu depuis plusieurs jours. Les protagonistes  habituels : le mari, principal suspect, la maîtresse, la gouvernante, le meilleure amie…. Le policier : Achille Dunot, enquêteur à la retraite, grand lecteur expert dans l’œuvre d’Agatha Christie.

 

Ça pourrait, mais ce n’est pas tout à fait ça. C’est même fichtrement plus compliqué. Achille Dunot est enquêteur à la retraite, certes, mais il est frappé d’amnésie antérograde : il oublie tout des événements de la veille et doit relire chaque matin le carnet dans lequel il a consigné la veille tout ce qu’il a appris. Henri Gisquet, son supérieur, lui demande de l’aider à résoudre cette affaire qui parait simple : Claude Brunet, le mari d’Emilie, a été arrêté. Principal suspect, il a été passé à tabac par un jeune inspecteur persuadé de le faire ainsi avouer. Mais Claude Brunet, suite à cette bavure, est lui-même devenu amnésique : il n’a aucun souvenir de la journée qui a précédé la disparition de sa femme et de ce fait ne peut produire d’alibi. Pour corser le tout, Claude Brunet est un neurologue reconnu spécialiste des sciences cognitives : son amnésie est elle réelle ou simulée ? Entre ces deux là commence une partie d’échecs où Achille Dunot est tributaire de son cahier et des souvenirs qu’il y consigne.

 

Antoine Bello sème ici et là des indices, les efface, les balaie, les reprend. Tout au long du roman, truffé de références à Agatha Christie ou à d’autres énigmes policières littéraires (Dickens avec Le mystère d’Edwin Drood, Gaston Leroux) (puisque Dunot et Brunet comparent l'affaire qui les occupe aux principales enquêtes de Poirot et ne cessent de confronter leurs analyses réciproques de l'oeuvre d'Agatha Christie), il sème le trouble dans l’esprit du lecteur qui doit se contenter des souvenirs de Dunot. Mais ceux-ci sont-ils exacts, impartiaux ? N’a-t-il pas oublié un élément important ? A-t-il été manipulé par Brunet, considéré dès le début comme le coupable idéal : héritier, machiavélique, volage, l’homme qui prône la recherche du crime parfait semble être le suspect idéal. Mais rien n’est plus facile que de sauter sur des conclusions rapides. Hercule Poirot aurait brillamment élucidé l’affaire en y apportant des preuves éclatantes. Ariadne Olivier, elle, aurait laissé son intuition la guider au fur et à mesure de l’enquête et abouti au même résultat. Comme Ariadne Olivier, je me suis laissée porter par un indicible soupçon, une idée tenace et sous-jacente qui commençait à pointer insidieusement mais ne trouvait pas de prise réelle ou légitime, jusqu’aux dernières pages du roman.

 

A lire et à relire sans doute, pour tenter de trouver d’autres preuves irréfutables, pour peu qu’il y en ait. A revoir aussi « La corde », d’Alfred Hitchcok, et surtout les romans d’Agatha Christie où Hercule Poirot entre en scène. Jusqu’à, évidemment, Poirot quitte la scène.

 

  

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

Gallimard, septembre 2010, 251 pages

 

 

Les avis de Cuné : "C'est un régal de plonger dans ce chaleureux hommage à Dame Agatha et au roman policier en général"

 

Celui de Fashion : « C'est un véritable jeu de piste que je me suis pour ma part régalée à suivre »

 

Celui de Voyelle et Consonne :  « Un exercice de style, donc, plein de prouesse et d'habilité »

 

Celui d’Emeraude : « Un roman à la fois drôle, intéressant, divertissant… »

 

Celui de Vincent Jolit sur Rhinoceros : « Un tel niveau de virtuosité permet à Antoine Bello de signer à nouveau un texte magistral. »