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25/08/2010

Les derniers flamants de Bombay -Siddhart Dhavant Shandhvi

bombay.jpgLe cinéma bollywoodien est souvent magnifique : des couleurs, des chansons, de la gaîté, de la légèreté. Le roman indien, lui, est souvent rempli de couleurs, aussi, d'odeurs et plonge le lecteur dans un pays délicieux.

Les derniers flamants de Bombay, malheureusement, devient aussi insipide d'un film raté.

Karan est un jeune photographe, incroyablement doué qui s'échine à photographier les scènes la rue. Il rencontre un pianiste extrêmement doué, lui aussi, et Zaïra, une star de Bollywood. Karan découvre la vie de Samar, le pianiste, et Zaira, cette star inaccessible dotée d'une beauté à couper le souffle. Nous ne sommes pas dans l'Inde pauvre et misérable : ici tout est clinquant, superficiel, vain et vaniteux. Fasciné par Zaira et la vie de ces nantis, Karan se laisse séduire...

Alors que la quatrième de couverture vante un meurtre et de multiples rebondissements, le style est creux et indigeste. Rempli de poncifs (la star, le pianiste homosexuel, l'amant,...), de scènes aussi outrageusement ridicules que mal racontées, ce roman me laisse complètement sur la bas-coté.

Mais, par dessus tout, le style... le style, damned...inexistant, fade, bourré de clichés, souvent brinquebalant entre deux métaphores aussi piètres que malhabiles...

Au bout d'une centaine de pages, je lis la chose suivante « Saisissant ses hanches, elle l'attira à lui, puis le repoussa, arrêtant son gland à l'orée de sa chose cachée ».

Saisissant mon exemplaire, je l'attirai à moi pour vérifier que j'avais bien lu, puis le repoussai immédiatement, arrêtant les frais à l'orée de ma consternation.

 

 

 Les derniers flamants de Bombay -Siddhart Dhavant Shandhvi

Editions des Deux Terres, août 2010, 469 pages

 

Merci néanmoins à l'équipe de Babelio, et à l'opération "Masse critique". Mauvaise pioche, pour moi...

 babelio.gifmasse_critique.jpg

15/03/2010

LES 3 ERREURS DE MA VIE – CHETAN BHAGAT

28 décembre 2005 : l’écrivain Chetan Bhagat reçoit un e-mail d’un lecteur, jeune entrepreneur, qui lui annonce, tout de go, qu’il avalera un somnifère à chaque fin de phrase de son courrier. Pourquoi ? Parce que 3 erreurs ont ravagé sa vie. Trois erreurs qu’il ne peut se pardonner. Et sa lettre d’adieu sera destinée à cet écrivain donc.

 

bhagat.jpg19 phrases. 19 somnifères. L’écrivain parvient à retrouver l’identité du jeune homme et se rend à son chevet à l’hôpital. Il écoute l’histoire du jeune homme.

 

Pour commencer, surtout ne lisez pas la 4èmede couverture de ce sympathique roman. On y dit beaucoup trop de choses sur ces trois erreurs. Laissez l’histoire vous entraîner, laissez Govind, le jeune homme, vous emmener à Ahmedabad, province du Gurajat, dans le sud de l’Inde. Etudiant brillant, Govind rêve de devenir homme d’affaires. Il décide d’ouvrir un magasin de sport, plus particulièrement dédié au cricket, sport national en Inde, avec ses deux amis d’enfance, Omi, dont le père est prêtre dans un temple, et Ish, sportif émérite et joueur de cricket passionné.

 

L’histoire est enlevée, les aventures, qu’elles soient gaies ou tristes, de Govind se lisent avec plaisir, et, même si le style est très simple, elles nous entraînent dans l’Inde d’aujourd’hui, où traditions et modernités s’affrontent (l’histoire d’amour entre Govind et Diviah, la jeune sœur de Ish est touchante, les deux jeunes n’ont pas le droit de s’aimer) et où les rivalités religieuses peuvent dégénérer rapidement en affrontements sanglants (les 3 jeunes hommes décident d’entraîner un jeune musulman, Ali, et ce malgré sa religion et la colère de l’oncle d’Omi, religieux fondamentaliste aux ambitions électorales).

 

Le roman de Chetan Bhagat a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en Inde. Un roman populaire, que je ne qualifierai pas de grand roman, sans doute, mais qui, le temps de sa lecture, reste un excellent divertissement, parce que dépaysant, plein de sensibilité, d’humour et de fraîcheur.

 

Et de temps en temps, ça fait du bien.

 

 

 

 

Les 3 erreurs de ma vie, Chetan Bhagat

Le Cherche-Midi, 322 pages, mars 2010.

 

 

« - Je vais essayer d’être claire. Je déteste carrément les maths. Pour moi, c’est du même acabit que les cafards et les lézards. Les maths me dégoûtent, me donnent la nausée, me dépriment. Entre un électrochoc et un devoir de maths, je choisis l’électrochoc. J’ai entendu dire qu’au Rajasthan, les gens faisaient trois kilomètres de marche à pied pour atteindre un point d’eau. Je serais prête à échanger mes problèmes de maths contre ces kilomètres, tous les jours. Les mathématiques sont la pire invention de l’homme. Mais qu’est ce qu’il avait donc dans la tête ? La langue c’est trop facile, inventons les symboles bizarroïdes et manipulons-les pour qu’ils hantent les générations suivantes de gamins. Qu’est ce qu’on peut avoir à en faire, que sinus soit différent de cosinus ? Qui se préoccupe du développement d’une somme de cubes ? … Amusantes, les maths ? Si les maths sont amusantes, se faire extraire une dent, c‘est amusant, avoir une infection virale, c’est amusant, les vaccins contre la rage, c’est amusant.

 

-         Je crois que ton approche n’est pas la bonne.

 

-         Oh non, pas la peine d’essayer. Il n’est pas question que j’approche quoi que ce soit. J’ai vécu avec les maths, je m’en suis accommodée, j’ai lutté. C’est une relation orageuse que je subis depuis des années. Du CP à la terminale, cette matière m’a poursuivie. Les gens font des cauchemars avec les monstres. Moi, je fais des cauchemars avec des interro surprises de maths. Je sais que tu as fais un sans-faute et que tu les adores. Mais, rappelle-toi, dans la plupart des régions du monde, les maths ne signifient qu’une chose pour les élèves.

 

..

-           Quoi ?

 

-           La chair de poule. »

 

Ça me rappelle quelqu'un !

 

 

06:00 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : inde, cricket, gurajat | |  Facebook

21/09/2009

HISTOIRE DE MES ASSASSINS – TARUN J. TEJPAL

« Le matin où j'appris la nouvelle de ma mort, j'étais assis dans mon bureau du deuxième étage, face à la baie vitrée ouvrant sur les torsades jaunes d'un laburnum dont l'or aveuglant avait en quelques jours viré au blanc laiteux, comme délavé par un détergeant corrosif. » Ainsi commence le roman de Tarun J. Tejpal. Un journaliste est visé par un attentat, mais la police a réussi à déjouer les meurtriers qui sont arrêtés. L'homme rencontre les cinq assassins au tribunal et tente, avec sa maîtresse, de connaître leurs passés. Comment, pourquoi, pour qui ? Qui sont-ils et que sont-ils ? tejpal.jpg

 

 

Tarun J. Tejpal propose ici un roman dense et foisonnant. Les récits s'imbriquent, alternant les chapitres consacrés au journaliste et à son enquête, dans lesquels nous plongeons dans une Inde corrompue et viciée, où les services de police, de la justice ou politiques sont évoqués sans concession, et les chapitres consacrés aux assassins : cinq récits, dans lesquels les parcours de ces cinq hommes sont retracés.

 

Chaku, qui manie le couteau comme un artiste ciseleur, Kaliya et Chini, les enfants de la gare qui deviennent voleurs, dealers et tueurs, Khabir, l'enfant sans nom, privé d’identité et d’histoire, Hathoda Tyagi, l'homme sans conscience, le broyeur de cervelle : cinq parcours d'enfants nés pauvres, sans espoir et sans avenir, cinq parcours qui entraînent le lecteur dans l'Inde des basses castes, des destins tracés d'avance : misère, pauvreté, impossibilité de s'en sortir. Manipulés, entraînés dans le crime, les assassins deviennent à la fois victimes et bourreaux sous la plume de Tejpal. Victimes d'une société viciée, corrompue, pourrie qui laisse de coté ceux qui n'ont rien, et bourreaux par nécessité, à défaut d'autre choix.

 

J'ai préféré toutes les parties consacrées aux cinq tueurs, cette immersion auprès des paysans, des enfants des rues, des castes inférieures pour lesquelles il n'y a pas d'avenir. Le style est à l'image de ces destins : sans concession, cru, parfois violent et toujours captivant. Captivant car la plume de Tejpal met le lecteur en totale empathie avec ces cinq enfants, que l’on n’absout pas mais que l’on comprend. Victimes d’une société où racisme, intégrisme, lutte des castes, instruction inexistante et misère broient les plus faibles, pour ces laissés pour compte s’en sortir par le crime ou la drogue est juste un moyen de survivre, tant bien que mal. Même si les notions de bien et de mal ont des frontières d'une fragilité ténue, voire ambigue.

 

La construction est parfois déconcertante, on arrive à se perdre dans les méandres de l'histoire (notamment les parties consacrées aux journaliste), Tarun J. Tejpal mélange les cartes et redistribue sans cesse les hypothèses : est-ce un crime politique ? Une vengeance contre celui qui dénonce la corruption dans son journal ? Les assassins sont-ils victimes d'un vaste complot ? Le Pakistan tire-il les fils de cet imbroglio ? Qui est réellement visé ? Assassins sans scrupules, comme le clame la police ou victimes manipulées comme le clame Sara, la maîtresse du journaliste ? La vérité ne sera révélée qu'à la fin.

 

 

Un bon roman, implacablement construit, parfois ardu, souvent édifiant.

 

 

 

Un portrait de Tarun J. Tejpal chez Anne-Sophie.

 

 

 


 

Histoire de mes assassins, Tarun J. Tejpal

Buchet Chastel, 590 pages, septembre 2009

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28/08/2009

LE ROI DU CINEMA MUET - INDRAJIT HAZRA

Nous sommes à Calcutta au début du vingtième siècle. Le jeune Abani Chetterjee voit la carrière de son père, fonctionnaire deshazra.jpg Chemins de Fer Indiens, brutalement interrompue après un stupide incident. L’arrivée de son oncle au sein du foyer familial va lui ouvrir les portes du bioscope indien, encore frémissant, tout juste né et prenant peu à peu la place du théâtre auprès des spectateurs.

Le jeune Abani deviendra technicien, souffleur, puis enfin acteur de ce nouvel art tout juste balbutiant quoique encore muet : le cinéma (bioscope, donc).

 

De la carrière d’un jeune candide devenu étoile montante du cinéma, la vie pleine d’entrain de Calcutta, la montée du nationalisme en Inde, à travers la carrière ascendante d’Abani, nous voici plongés dans une fable agréable nous racontant la naissance puis la chute d’un acteur adulé.

 

C’est amusant, notamment les nombreux passages sur le métier de comédien, souvent tourné en dérision (non pas le métier lui-même, mais dans l’approche que Abani en a, totalement dépassé par son succès, ou celle des producteurs), c’est intéressant du point de vue historique (naissance du cinéma muet, approche des industriels et des spectateurs vis-à-vis de ce nouvel art vis-à-vis du théâtre, montée du nationalisme). Les chapitres sont entrecoupés d’ « Entractes » qui nous plongent dans des scenarii souvent édifiants (le récit du tournage du « Trou noir de Calcutta est assez drôle et nous montre bien comment un cinéaste peut assaisonner l’histoire pour la rendre vendable, donc bankable), l’histoire de ce jeune homme est touchante, mais, en lisant certains critiques sur des sites anglo-saxons, évoquant nombreux jeux de mots et allusions historiques précises, je ne saurais dire si la traduction ne reflète pas les jeux de mots ou si je manque de connaissance en histoire de l’Inde : j’ai passé un assez bon moment, ai apprécié la caricature d’un nouveau bioscope se voulant commercial, quitte à vendre du sein pour faire venir le public, mais je ne crierais pas au chef d’oeuvre non plus.

 

 

Leiloona en parle aussi aujourdhui.

 

 

 

  

Le roi du cinéma muet – Hindrajit Hazra

Le cherche midi, Août 2009, 370 pages

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16/09/2008

LE TIGRE BLANC – ARAVIND ADIGA

CouvAdig[6].jpgA l’occasion de la visite du Premier Ministre Chinois en Inde, un entrepreneur se présentant comme le Tigre Blanc lui écrit une longue missive dans laquelle il raconte son parcours d’entrepreneur hors normes. Issu d’une caste mineure, celle des cuisiniers, Balram, puisqu’il s’agit de son nom, réussit à s’élever de sa condition en devenant chauffeur. Employé dans une famille riche, il observe la société indienne, ses perversions, ses inégalités, sa corruption. Balram parviendra à devenir Entrepreneur, dans un pays qui se veut libre et moderne, qui se proclame ouvert et liberal… en devenant meurtrier…

 

Aravind Adiga nous offre ici un portrait acide et mordant de la société indienne. Nous plongeons dans l’univers moite des rives du Gange où Balram Halwai, promis par sa caste et sa pauvreté à rester inférieur, à abandonner l’école faute de moyens financiers. Mais le Tigre Blanc, comme l'a surnommé son instituteur, est une espère rare : une fois tous les cent ans, il naît un de ces animaux : libre, ambitieux, différent. Balram est un de ceux là. Employé comme chauffeur auprès de riches entrepreneurs, il quitte son village natal pour New Delhi.

 

Le roman, sous la forme de huit missives envoyées au premier ministre chinois, relate le parcours de ce jeune homme. A la fois mordant et édifiant, le ton nous entraîne dans une Inde multiple, où l’argent côtoie la misère, où la liberté tutoie l’asservissement. Une Inde où les classes sociales se frôlent sans jamais se toucher, où les nantis vivent dans la Lumière tandis que les pauvres se noient dans les Ténèbres, au milieu des cafards, des taudis, des immondices. Le jeune et honnête Balram finira par franchir la limite, enverra valser ses principes et sa morale, vaincu par une colère froide et la volonté de grandir, lui aussi.

 

La plume d’Aravind Adiga est d’une acuité sans concession, il dénonce calmement, sans acrimonie, comme on énonce une vérité qui n’a pas lieu d’être cachée, les inégalités, le mépris, la soumission. Voyage au cœur de l’hypocrisie, de la corruption, de la pourriture d’un système économique et politique, servi par une plume percutante et une ironie mordante, le roman démontre la logique implacable d’un parcours hors normes, celui d’un jeune homme devenu tueur, puis entrepreneur. Celui d’un modèle de réussite qui a su se défaire de ses scrupules, se libérer des chaînes imposées par des traditions ancestrales. La fin veut les moyens : ceux qu'à utilisés Balram sont nécessairement amoraux, cruels. Mais quand on nait pauvre, quand on n'a rien, il n'est point de limites pour celui qui veut sortir de sa condition.

 

Le roman se lit d’une traite, il est quasiment impossible de le lâcher une fois commencé. Aravind Adiga signe ici un premier roman envoûtant, puissant de précision.

 

A lire donc.

 

 

Tamara est elle aussi très enthousiaste.

 

 

Le tigre blanc, Aravind ADIGA - Ed. Buchet Castel, 330 pages.

 

A l’occasion de la sortie du livre, les éditions Buchet Castel proposent un court film d’animation pour illustrer le livre. Initiative originale pour accompagner la parution. Je dois dire que je le trouve certes bien fait, mais il donne une image peut-être trop "polar" à ce roman. Certes il y a un crime, une police à la recherche d'un assassin, mais la ressemblance s'arrête là. Il s'agit avant tout d'un excellement roman sur l'Inde d'aujourd'hui, d'un héros pour lequel on éprouvera de l'empathie, d'un destin passionnant.

En revanche, j’apprécie je trouve la couverture du livre particulièrement réussie.

16/09/2007

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire - Vikas Swarup

1dfe721fd6fc92e73a861bca730eabf4.jpgRam Mohammad Thomas est un jeune indien sans le sou. Il participe au jeu « Qui veut gagner un milliard de roupies » et répond aux 12 questions qui lui ouvrent les portes de la fortune.

Mais le producteur n’a pas les moyens de payer : Ram est accusé de tricherie et doit justifier comment un serveur illettré a pu répondre correctement aux questions (« le cerveau est un organe que nous n’avons pas le droit d’utiliser »)

Il raconte à son avocate les rencontres décisives qui lui ont permis d’acquérir ces connaissances.

Au fil des chapitres, Ram nous plonge dans l’Inde d’aujourd’hui, moderne et technologique mais aussi archaïque, avec ses castes, ses traditions.

La vie de Ram est une succession de rencontres et de pérégrinations, qui lui feront cottoyer des stars de cinéma, des tueurs à gage, des prêtres pédophiles, des diplomates.

J’ai trouvé la description de l’Inde intéressante : les bidonvilles, la société de consommation, Bollywood et mélange des religions, Wikas Swarup nous entraîne dans un beau tableau des multiples contradictions au pays.

Mais je dois dire que je n’ai pas non plus été emballée par le roman. Le style n’est pas très recherché, et les aventures, certes parfois très cocasses ou bien dramatiques, m’ont laissée froide jusqu’à la dernière question. C’est seulement à ce moment que j’ai accroché et ai apprécié la lecture.

J’ai trouvé le personnage de Ram intéressant, sorte de Candide Indien et contemporain ; il semble se laisser porter par les événements, et, même s’il est habile et sage, je n’ai pas réussi à le trouver attachant.

Les avis (plus enthousiastes) de Tamara, Miette.

11:05 Publié dans *Litterature Indienne* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook