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21/09/2011

Les oreilles de Buster - Maria Ernestam

« J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution ».ernestam-oreilles-buster.jpg

 

Aucune surprise ne sera gâchée en citant cette phrase qui ouvre quasiment le roman de Maria Ernestam. On le sait donc dès le début, Eva, la narratrice, a décidé de tuer sa propre mère et l'a fait. C'est que qu'elle confie à ce journal, ce carnet, que lui offre sa petite-fille pour ses cinquante six ans.

 

A cinquante-six ans, Eva vit dans une petite fille suédoise, apparemment en paix avec elle même et avec les siens, son compagnon Sven et ses amies, Gudrun ou Petra. Une presque vieille dame paisible qui va, petit à petit, raconter cette vie qu'elle a vécue et ses relations avec sa mère, tyrannique et despote.

 

Et on y plonge avec délices, dans ces mémoires tantôt amères tantôt tendres, on se révolte devant le comportement ignoble de la mère d'Eva, on se propose de fournir l'arsenic ou le couteau ou le pistolet, on s'émeut, on s'attendrit, on rit, aussi, souvent, ou plutôt on sourit car Maria Ernestam n'oublie pas d'être drôle et de saupoudrer son intrigue de petites touches d'humour distancié et serein. Et, au delà de l'aspect tragi-comique du roman on se régale à lire ces pages et ces pages sur la construction de soi, sur les chemins que nous prenons ou ne prenons pas, les erreurs, les choix de vie, les bifurcations, les hésitations, et surtout les forces extérieures qui nous poussent et nous font avancer, agir, regretter aussi, parfois.

Un roman teinté de nostalgie, d'humour parfois noir (le sort réservé à Bjorn ne pourra que vous donner la chair de poule, tout comme celui réservé à ce fameux Buster et ses oreilles), dans lequel Maria Ernestam ouvre une petite fenêtre sur la société suédoise : les relations humaines, qu'elles soient amicales, familiales, amoureuses, sont dépeintes avec autant de tendresse que de lucidité, autant d'humour que de sérénité.

 

 

Maria Ernestam, Les oreilles de Buster

Gaia, 413 pages, août 2011

 

 

Lu pour les Chroniques de la Rentrée LittéraireChRL.jpg

 

 

L'avis de Emeraude.

 

12:20 Publié dans *Litterature Scandinave*, Rentrée littéraire 2011 | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Facebook

18/08/2011

Le dîner – Herman Koch

koch.jpg



Un restaurant. Un peu huppé, plutôt classe, où il faut sept mois d'attente pour obtenir une table.

Deux couples.
Lui, il est politicien, probablement le futur premier ministre du pays. Il s'appelle Serge.
Elle, sa femme, arrive les yeux rouges, elle a visiblement pleuré. C'est Babeth.
L'autre homme, le narrateur de l'histoire, est le frère du premier. Le frère cynique et impitoyable, celui qui méprise les ambitions politiques de son frère, celui qui déteste cet endroit. Il s'appelle Paul.
L'autre femme est Claire, la femme de Paul.


Serge, Babeth, Paul, Claire. Réunis au restaurant pour parler de ce qu'ont commis Rick, Michel et Beau. Leurs enfants. Un acte immonde, on le comprendra rapidement. Absents mais omniprésents. Parce ce que c'est pour faire face à leurs actes que les parents se sont réunis. Pour réagir, décider. Sauf qu'ils ne sont, évidemment, pas d'accord. Question de valeurs, ou de courage. D'ambitions, d'avenirs, les leurs, pas uniquement ceux de leurs enfants.

Voilà pour le résumé. Un roman en six parties (apéritif, entrée, plat, dessert, digestif, pourboire) pendant lesquelles va se dérouler une partie d'échecs où chacun abat ses pions : vanités, ambitions, lâchetés, hypocrisies : quand il s'agit de sauver ses enfants, chacun fait face avec ses propres armes. Et ces armes ne sont pas forcément celles qu'on croit, tout comme les valeurs des acteurs de ce drame. Et c'est sans doute ce point qui surprend et garde constamment l'intérêt du lecteur : les personnages ne sont pas ceux que l'on imagine et les petits arrangements avec la morale ou les saletés humaines ne sont pas exactement où on les attendait.

Un portrait cynique et terriblement noir d'un tranche d'inhumanité à laquelle on ne souhaite pas appartenir. Et pourtant. Que ne ferions nous pas pour nos enfants ? Qui peut savoir, en fait.



Le dîner, Herman Koch
Belfond, juillet 2011, 330 pages


Les avis de Clara, Ys, Cuné.



14:33 Publié dans *Litterature Scandinave* | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

17/03/2011

Le caveau de famille – Katarina Mazetti

 

Martine Désirée à la ferme.

 

Souvenez vous : on avait laissé Benny et Désirée, à la fin de « Le mec de la tombe d'à coté », alorsmazetti.jpg qu'ils tentaient de faire un bébé. Trois essais sinon rien, ils avaient décidé d'aviser seulement sur l'avenir de leur situation si l'essai s'avérait concluant.

 

Concluant, il l'est, et voilà que ces deux tourtereaux, qui s'aiment malgré les embuches, ie leurs caractères, vies, goûts, éducations respectives à l'opposé les uns des autres, décident de vivre ensemble, et, mieux encore, de convoler.

 

Si le premier tome de leurs aventures avait un coté drôle et souvent une grande finesse, ce « Caveau de famille » devient bien plus pataud au fil des récits entrelacés de Benny et Désirée. Ici encore, les chapitres alternent les points de vue des deux tourtereaux, en y incluant au début quelques récits faits par Anita, l'ex de Benny.

 

Mais les péripéties de ce couple qui sombre dans une normalité routinière où chacun, dans sa partie, se lance dans des récriminations larmoyantes ou aigries, c'est selon (et pas essentiellement Désirée, d'ailleurs) , finissent par perdre leur finesse et leur humour. Un humour certes présent par endroits (vous connaissez beaucoup d'hommes qui conseilleraient à une femme enceinte de prendre un autre gâteau car « ça augmenterait la teneur en graisse de ton lait »?) , mais qui se tarit au final en même temps que la communication entre Benny et Désirée.

 

L'humour s'est tari, tout comme ces petits détails qui faisaient que Le mec de la tombe d'à coté visait toujours avec justesse ces petits rien et ces grands tout qui font le suc des relations homme-femme. Ici, Katerina Mazetti grossit le trait avec des situations souvent peu crédibles où Désirée semble avoir perdu d'un coup féminité et intelligence (on a plutôt envie de lui suggérer un moyen de contraception) et où même les enfants survivent à des accidents gravissimes de façon bien opportune. Le tout se répète inlassablement jusqu'à la fin qui se termine en mode quand y'en a plus y'en a encore. Mouais. C'est bien dommage car si bon nombre de lectrices se sont identifiées à Désirée quand elles l'ont rencontrée, l'image que donne Katarina Mazetti de cette jeune femme intelligente devenue bonbonne ne donne plus du tout envie de s'y retrouver.

 

Madame fait tout à la maison, s'occupe des enfants, de la cuisine, du ménage, Monsieur aimerait qu'on l'aide davantage à la ferme, aimerait pouvoir s'asseoir en rentrant avec son journal et sa bière : Madame peine à conjuguer vie professionnelle et vie familiale, Monsieur préfèrerait qu'elle se lance dans la vente à domicile, ... certes, ces préoccupations sont universelles et intemporelles, mais, déclinées sur le même mode pendant 237 pages, quatre années et plusieurs enfants, elles deviennent aussi répétitives qu'ennuyeuses. 

 

Comme leur vie de couple ?

 


 

 

 

Le caveau de famille, Katarina Mazetti

Gaïa, 237 pages, mars 2011

 

 

Les avis de Cuné (merci pour le prêt) Tamara, Cathulu, Emeraude.

 


 

01/03/2011

Le léopard – Jo Nesbø

 

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Après l'affaire du Bonhomme de neige, Harry Hole s'est exilé à Hong Kong. Fondu dans la mégalopole grouillante, il survit plus ou moins mal entre cuites, opium et dettes de jeu, jusqu'au jour où une jeune policière vient le chercher. Des meurtres sanglants sont commis en Norvège et la police a besoin de Harry, seul spécialiste des meurtres en série. Et ceux ci sont particulièrement violents : les victimes, deux femmes, sont noyées dans leur propre sang sans que l'on sache quelle arme les a tuées. Harry, poursuivi par la mafia chinoise, accepte de suivre Kaja Solness, la jeune policière.

 

Où nous retrouvons donc Harry Hole, inspecteur alcoolique, drogué, démoli par le départ de Rachel et Oleg, inspecteur rebelle méprisant et méprisé. Cette enquête s'avère passionnante et Jo Nesbø s'applique à brouiller les pistes, les démêler pour mieux les enchevêtrer à nouveau. De Hong Kong à Oslo en passant par le Congo, l'intrigue, complexe, mêle adroitement guerre des polices (la brigade criminelle et la Krispos sont en guerre, et chacune cherche à arrêter le meurtrier en premier), affres du héros (Harry Hole, personnage complexe, riche, intrigant) tout en accueillant des personnages secondaires parfaitement réussis (l'inspecteur Bellman, de la Krispos, ivre d'ambition et de réussite, qui cherche à détruire socialement et professionnellement Hole, Katherine Pratt qui, après Le Bonhomme de neige, revient de façon surprenante et tient là un second rôle fort intéressant, ou encore, surprise, le Bonhomme de neige lui-même, et j'en passe). Si "Le léopard", au début, peut paraître longuet, l'action une fois démarrée ne fait aucune pause et Jo Nesbø ballade son lecteur de rebondissement en retournement de situation, de nouveau meurtre en hypothèses aussitôt démolies.

 

Harry Hole, lui, est démoli et pourtant doté d'une capacité à survivre à tout, il s'arrachera à une mort certaine plus d'une fois. On pourrait trouver tout ça tiré par les cheveux, tout comme on pourrait trouver le tout parfois frôlant le cliché facile (le flic alcoolique, le flic véreux, la guerre des polices et d'autres encore) mais Jo Nesbø corrige le tout grâce à une intrigue complexe parfaitement maîtrisée et réussie de bout en bout, qui fait oublier ces 760 pages qui s'avalent goulûment.

 

 

 

L'avis de Jean-Marc Laherrere

 

Le léopard, Jo Nesbø

Gallimard série noire, janvier 2011, 761 pages.

Lu pour les Chroniques de la Rentrée Littéraire

polar,thriller,roman noir,tout à la fois,oslo,harry hole

 

 

08/11/2010

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Il est pourtant éculé, le thème du suicide, et beaucoup l’ont traitépaasilinna.jpg avec humour de façon réussie, ou pas. Je me souviens du Magasin des suicides de Jean Teulé où l’on trouvait tout, absolument tout, pour pouvoir se suicider en paix et sans risque d’erreur. Satisfait ou remboursé, vantait le propriétaire. Je me souviens de « Vous descendez ? » où grâce à Nick Hornby  quatre énergumènes au bout du rouleau se rencontraient un beau soir en haut de la tour de Londres. Chacun venait de son coté, mais la place étant prise, pas question de sauter en groupe, les désespérés décidaient de se donner un délai.

 

Ici, c’est la rencontre entre le Président Onni Rellonen, capitaine d’industrie en faillite et le Colonel Hermanni Kemppainen, militaire sans garnison, qui va déclencher, par une suite d’événements loufoques, une épopée truculente entre futurs suicidés. Mais commençons par le commencement. Car avant la mort, il y a bien une vie, n’est-ce pas ?

 

Le Président Onni Rellonen, donc, a décidé de mourir en se tirant une balle dans la tête. Alors qu’il se rend dans une grange pour mettre enfin fin à ses mornes jours, il découvre que les lieux sont occupés par un homme qui - sacrebleu ! - semble lui aussi décidé à en finir, vu que le bonhomme est occupé à tendre une corde à une poutre.

 

« Dire qu’il se trouvait en même temps deux Finlandais dans la même grange, et dans le même but cruel. Le Président Rellonen se rua à la porte et cria : Arrêtez, malheureux ! Mon colonel ! » L’officier manqua de mourir de peur. Il perdit l’équilibre, le nœud lui serra la gorge, il se débattit un instant au bout de la corde et aurait sûrement fini pendu si l’homme d’affaires n’était pas arrivé à temps…. Il n’était plus seul au monde. »

 

Ces deux là vont immédiatement le lier d’amitié et organisent rapidement un symposium sur le suicide en publiant une petite annonce dans la presse spécialisée, ie les annonces nécrologiques. Car oui, figurez vous qu'en Finlande on se suicide beaucoup. Rapidement rejoints par une foule de désespérés, et notamment par la belle Directrice Adjointe Helena Puusaari, nos deux compères vont très vite se retrouver entourés et, tous décident que quitte à en finir, autant le faire entre amis. L’équipée va pouvoir commencer, le fol itinéraire d’une vingtaine de cas perdus se déroule sous nos yeux ravis.

 

Un roman sympathique, où nous croisons tour à tour toute une foule de personnages tous aussi rocambolesques les uns que les autres. Que ce soit par amour, désespoir, peines d’argent, de couple, de santé, tous les joyeux déprimés vont se lancer dans une aventure de grande envergure : mourir ensemble, mourir entourés, mourir en beauté.

 

C’est drôle, Arto Paasilinna s’en donne à cœur joie et, tout en croquant ses aspirants macchabées avec malice, n’en oublie pas de taquiner avec une pointe de sarcasme moqueur la société finlandaise et ses petits travers bien masqués sous le glacis des rollmops et du progrès social. Le tout est férocement gentil ou gentiment féroce selon les pages ; y passent aussi, tant qu’on y est, les Helvètes et leur pieuse fierté (par question, pour ces habitants du Valais, qu’une bande de joyeux moribonds viennent y salir leur réputation par un suicide collectif), les hooligans allemands, les fonctionnaires finlandais qui voient d’un sale œil cette histoire qui masque sûrement une affaire d’espionnage ou pire encore…

 

 

Bref, c’est plutôt burlesque,  même si très convenu au final (notamment la fin, que l’on voit arriver bien longtemps à l’avance), mais le tout est bien fait, les digressions et nouveaux personnages viennent sauver une épopée qui aurait pu rapidement tourner en rond et nous faire périr d’ennui si Arto Paasilina n’avait pas maîtrisé son récit en l’agrémentant sans arrêt de nouvelles aventures vaudevillesques et en y glissant ses petites piques et sa truculente vision de la société finlandaise. Une meilleure lecture pour moi que "Les dix femmes de l'industriel Rauno Ramekorpi".

 

A lire pour se dérider un peu…

 

 

Petits suicides entres amis – Arto Paasilinna

Folio, 292 pages, février 2009

 

 

Merci Stéphanie !

 

Les avis de Karine et Bladelor, plutôt mitigées, et celui de Yohan, qui a bien aimé, comme moi.

 

 

 

 

31/03/2010

LE BONHOMME DE NEIGE – JO NESBØ

Un bon thé bien chaud, un bon feu de cheminée, quelques biscuits et nous voilà prêts à affronter les frimas hivernaux et nesbo.jpgglaçants du Bonhomme de neige. Nous sommes en Norvège. Chaque année des femmes disparaissent aux premières neiges, ne laissant rien derrière elles. Si ce n’est un bonhomme de neige, dans leur jardin ou à proximité. Le point commun entre ces femmes ? Elles ont consulté un médecin quelque temps auparavant. Le même. Harry Hole, inspecteur renommé, se voit confier l’enquête (il a reçu un courrier signé le bonhomme de neige), assisté d’une nouvelle venue dans son équipe, Katrine Bratt.

 

Je viens donc de découvrir Jo Nesbø et ses polars nordiques, son inspecteur Harry Hole, alcoolique repenti dans cet opus (il semble qu’il l’ait été avéré dans les précédents et plus que ça même..). Un polar classique, un serial killer redoutable autant que diabolique, des chausse-trappe en veux tu en voilà tout au long du roman, des fausses pistes, des indices distillés ça et là, un rythme saccadé tout en prenant le temps de bien saisir la psychologie des personnages, et un final au suspens redoutable.

 

Classique, donc, et très bien construit : les flashes back dans le passé mènent le lecteur vers d’autres meurtres survenus bien avant que Holle soit investi de l’enquête et que l’on pense même à faire un lien entre ces disparitions, le tout sans perturber le rythme de lecture. Au contraire, ils permettent de semer le doute, encombrer nos esprits par d’insupportables suppositions et hypothèses quant à l’identité du tueur. Quant aux personnages, que ce soit Harry Hole, détaché, blasé, à la fois dégoûté et, pourtant, décidé à faire régner la justice coûte que coûte, ou les autres personnages (une jeune femme décidée à résoudre l’enquête pour d’inavouables raisons, quels que soient les moyens utilisés, un ex flic assassiné, un séducteur compulsif, des médecins jouant un peu trop avec les codes de l’éthique), Jo Nesbø donne à tous ses personnages une profondeur psychologique, des psychoses inavouées qui font d’eux des êtres viscéralement intéressants, quelle que soit leur rôle (gentil / méchant) dans le roman. Et, au final, tous sont plus ou moins les deux.

 

Intéressant. Bien fait. A retenir.

 

 

Le bonhomme de neige, Jo Nesbø

Folio Policier, janvier 2010, 584 pages

 

 

 

Les avis de Keisha, Jean-Luc Laherrere, Armande, Kathel, Polar Noir.

 

 

 

16/10/2009

LES DIX FEMMES DE L’INDUSTRIEL RAUNO RÄMEKORPI – ARTO PAASILINNA

Rauno Rämekorpi fête ses soixante ans ce jour-là. Industriel renommé et reconnu, il reçoit à cette occasion le ban et l’arrière paasalinna.jpgban de la bonne société finlandaise. Ainsi qu’une multitude de cadeaux, dont de somptueux et trop nombreux bouquets de fleurs. Comme sa femme Annikki est asthmatique, il décide de se débarrasser des fleurs et entame une grande tournée auprès de maîtresses et amies. Avec l’aide de Seppo Sorjonen, le chauffeur, complice et confident, Rauno va ainsi se retrouver dans le lit de neuf autres femmes, qu’il retrouvera quelques mois plus tard au moment de Noël.

 

Une comédie grinçante, parfois amusante, qui nous lance sur les pas d’un homme riche, dans la force de l’âge, persuadé d’être un héros pour ces dames. Obtus, fier de lui et parfait goujat, Rauno offre son sexe comme LE cadeau ultime, persuadé que toutes lui voueront une reconnaissance éternelle (forcément, hein !). Au passage, quelques formules épinglent la bonne société finlandaise, et particulièrement les petits et un peu moins petits bourgeois parvenus, quelques (trop rares) moments truculents et assez savoureux, mais ceci dit, le tout, au final, reste quand même très léger. On sourit, on s’amuse un peu, mais sans extase non plus, la longue litanie des maîtresses devenant monotone à la fin. Quant à leur vengeance, quelques mois plus tard, elle fait seulement sourire, mais manque à mon sens cruellement de … cruauté. Arto Paasilinna épingle la muflerie masculine, la goujaterie virile avec une écriture détachée et un humour froid, mais il m'a semblé effleurer son sujet dans une comédie un peu trop superficielle pour me convaincre.

 

Divertissant, mais sans plus.

 

 

Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi – Arto Paasilinna

Denoël, 258 pages, avril 2009

 

 

Les avis de Michel, Laurent et Clochette

31/08/2009

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE - KATARINA MAZETTI

Benny est agriculteur et plutôt balourd.mazetti.jpg

 

Désirée est bibliothécaire et plutôt intello.

 

Il aime les tableaux au point de croix de sa maman, elle aime le design et l’art contemporain.

 

Ils se rencontrent au cimetière, devant les tombes de feu le mari de Désirée et feu la maman de Benny.

 

Tout les oppose, et pourtant…

 

C’est marrant, mais ce livre m’a toujours tentée, et pas tentée. J’en lisais beaucoup de bien ici et là, j’avais envie d’essayer, mais la couverture du broché et le titre me rebutaient, du coup, j’ai laissé passer. Et puis je suis tombée dessus dans une charmante librairie de Sanary sur Mer (au passage, le petit village de Sanary compte deux très bonnes librairies sur son port, une librairie spécialisée en BD dans les ruelles du vieux village, quelques bouquinistes, et aussi une délicieuse biscuiterie provençale, je dis ça je dis rien J). La libraire, passionnée et passionnante, me l’a conseillé, voire chaudement recommandé. Ma foi, c’étaient les vacances, un livre de plage me serait toujours utile, je pourrais toujours le donner à ma nièce, je l’ai acheté. Et lu. Et gardé pour moi.

 

L’histoire est totalement prévisible, ces deux là ont tout pour ne pas s’aimer, sont trop différents pour s’assembler et comme les contraires s’attirent forcément, les voilà embarqués dans une histoire d’amour où le bat blesse trop souvent pour ne pas provoquer des étincelles. Une histoire facile et attendue, donc, mais servie avec un humour très fin, des réflexions justes et touchantes sur les relations de couple et les concessions qui se font à maux couverts. Des débuts d’une relation où la passion et la nouveauté effacent tout le reste aux premières hésitations, aux premiers reproches, aux ressentiments et frustrations qui se transforment en rancoeurs, puis en regrets, le tout est toujours juste, à la fois subtil et drôle. Chaque chapitre est raconté par l’un des deux tourtereaux et donne lieu à de savoureuses remarques qui illustrent joliment leurs différences (« J’en étais sûr. Elle a l’air de quelqu’un qui lit sans arrêt et de son plein gré. Des gros livres, avec des petits caractères et sans images. »)

 

Très joliment racontée, l’histoire de Désirée et Benny se lit avec plaisir. Un bémol ? Un seul, soyons sincère : la fin est trop manifestement ouverte vers un nouvel épisode (du style « vous voulez savoir si Benny et Désirée arriveront à *….* ??, lisez la suite ! », et plutôt cucul la praline). Mais ça ne m’empêchera pas de la lire, cette suite.

 

 

Le mec de la tombe d’à coté, Katarina Mazetti.

Babel, 254 pages

 

 

Les avis de Cuné, Emeraude, Papillon, Fashion, Dasola, Tamara, Caroline de Pensées de ronde, Laure, Sylire, Lilly, Pimprenelle, Chrestomanci, Stéphie, Brize, Kathel, Flo , Abeille, Aproposdeslivres, Theoma.

 

Et l'avis d'un homme, quand même ! Yvon l'a lu.

 

J'en ai sans doute oublié, n'hésitez pas à me signaler vos billets...

 

10/10/2008

LA PRINCESSE DES GLACES - Camilla Läckberg

glaces.jpgAlex Wijkner est retrouvée morte dans sa baignoire. Les veines ouvertes. Suicide évident. Mais très vite l’autopsie révèle qu’Alex n’a pu de suicider : trop de somnifères dans le sang. Il s’agit d’un meurtre.

Erika, son ancienne amie d’enfance veut comprendre ce qui s’est passé. Elle est aidée Patrick, inspecteur de police et amoureux transi.

 

L’intrigue était bien pensée. Un meurtre, une jeune historienne curieuse, un flic amoureux, un passé lourd et un village dont les bouches sont scellées, le passé soigneusement enfoui, les non-dits et les ragots murmurés seulement mais jamais avoués.

 

Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible à la façon dont Camilla Läckberg a « accommodé sa sauce », et je pense que le mélange « chick lit » / polar est ici fort mal venu.

 

A trop vouloir en faire, on fait en effet n’importe quoi. Je dirais même du grand n’importe quoi. Camilla Läckberg mélange les genres : on est dans un mix fade de Desperate Housewives (la quatrième de couverture le proclame ouvertement), et Bridget Jones (citée nominément), le tout accommodé façon polar. J’ai l’impression que l’auteur a pioché ici ou là des formules gagnantes, a mis le tout dans un mixeur et sorti le tout sans avoir un seul instant pensé à le retravailler.

 

L’enquête ne tient pas la route, on a envie de prendre la place des inspecteurs en leur demandant de barricader le lieu du meurtre au lieu de laisser aller notre jeune Miss Marple mener son enquête toute seule. On se demande comment la police peut ne pas sceller ni examiner une scène de crime. Voit on trop les Experts à la télé ? Toujours est-il que l’enquête nous semble bien peu cohérente et sensée.

 

Sans compter un style parfois lourd et désagréable, des mètres de phrases perdues façon chick lit (on s’en contrefiche, qu’Ericka doive choisir entre une culotte ventre plat ou un string avant son dîner, et encore plus qu’elle se précipite dans la salle de bains pour enfiler une culotte dentelle avant le Grand Moment. Et ils le font 5 fois, d’ailleurs : édifiant (ou consternant)…). Cette parenthèse, dont certes la parenté est reconnue à Bridget Jones, manque cruellement d’originalité.

 

La traduction est mauvaise, ou alors le roman lui-même était écrit pour un public peu exigeant. Ici, on ne tombe pas, on se casse la figure, on ne chute pas, on s’étale, on n’est pas attirant, on est bandant etc …. L’utilisation trop fréquente de l’argot rend la lecture déplaisante, lourde et surtout peu qualitative. On a l’impression qu’une gamine s’est essayé au polar. Mouais. Pour moi,

c’est raté.

 

Ceci dit, et soyons honnête, le dénouement final est surprenant. Même si une partie de l’énigme apparaît clairement au lecteur au bout de 200 pages, il n’en reste pas moins que la fin comporte encore des surprises de taille.

 

Il y aura une série de plusieurs titres. Celui-ci très clairement me suffira.

 

La princesse des glaces, Camilla Läckberg, Ed. Actes Sud Actes Noirs, 381 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

 

 

 

 

Ce livre a suscité des avis divergents sur la blogosphère :

 

Les pour : Cathulu, Michel, Gawou, Elfique, Mamzelle Poupée, Shopgirl

Les contre : Moustafette,

Les mitigés : Le Bookomaton, Julie,

 

 

Ainsi que parmi les filles du Prix ELLE 2009 :

Les pour : Annie

Les contre : Antigone, Anna Blume

 

11/09/2008

TENEBREUSES – KARIN ALVTEGEN

alvtegen.jpg

 

Axel Ragnerfelt est écrivain, Prix Nobel de Littérature et considéré comme un Maître dans son pays. Ou plutôt était. Aujourd’hui il vivote sur un lit d’hôpital, terrassé par une attaque cérébrale. Son fils Jan-Erik entretient la flamme et la mémoire de son père, à travers conférences, interviewes, œuvres caritatives, qui continuent à alimenter aussi bien la réputation du grand homme que le tiroir caisse familial. Mais, un jour, Gerda, la fidèle employée de maison de la famille Ragnerfelt meurt en désignant comme unique héritier de ses maigres ressources un jeune homme totalement inconnu.

 

Ce n’est pas la vie d’Axel Ragnerflet qui risque  de basculer, mais son œuvre ; tout ce qu’il a consciencieusement érigé et farouchement protégé est menacé de pulvérisation, atomisation, désintégration.

 

 

Tout commence comme un roman noir classique. Des personnages bien campés, un auteur immensément connu et reconnu, une épouse frustrée et aigrie, un fils incapable de bâtir quoi que ce soit qui se contente des miettes (confortables) récoltées dans l’ombre de son père. Un jeune homme égaré dans sa propre existence, qui cherche le chemin de sa vie : qui est-il ? pourquoi a-t-il été abandonné et pourquoi cette Gerda l’a désigné comme héritier, lui qui ne la connaît même pas ?

 

Un début classique donc. On devine rapidement qu’il y a anguille sous roche et que le Grand Homme n’est sans doute pas si Grand que cela, à l’intérieur. Mais, soudainement, alors qu’on se disait que le roman était de bonne facture, sans plus, voilà que les choses prennent une tournure brusquement plus noire, obscure, ignominieuse et que l’on est littéralement rivé au livre, à la fois hypnotisé et écoeuré.

 

Les visages se révèlent et deviennent glauques, le récit se transforme en un roman psychologique ténébreux et opaque à souhait.

 

Un roman où les écrivains s’enfoncent dans l’ignoble, où les ayants droit se vautrent dans la boue pour qu’elle ne soit pas remuée, où les femmes boivent et vendent leur âme au diable pour protéger leur misérable vie.

 

Vous êtes écrivain et l’inspiration vous a quitté ? Votre succès s’émousse ainsi que votre fortune ? Allez donc voir par ici et voyez si tout cela en vaut vraiment la peine.

 

Vous allez enfin publier votre premier roman et vous demandez comment sortir du lot et faire parler de vous ? Allez voir par ici, êtes vous sûr que tout cela en vaut le coup ?

 

Vous êtes lecteurs : allez donc voir par ici et aérez la pièce, vous risquez de manquer d’air.

 

 

 

Ténébreuses, Karin Alvtegen – Plon 315 pages

 

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009

L'article de ELLE sur la sélection de septembre, catégorie Policier