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13/02/2008

ITINERAIRE D’ENFANCE – DUONG THU HUONG

03177a5e495ae557f36094307e6cb8ea.jpgBê a douze ans. Vive, passionnée et  exaltée, elle partage ses journées entre l’école communale où elle excelle, sa meilleure amie Loan, sa maman professeur avec qui elle vit alors que son père est basé en garnison près de la frontière.

Après avoir été exclue de son école pour avoir défendu une enfant contre un professeur abusif, elle s’enfuit avec Loan pour aller retrouver son père.

C’est le premier roman de Duong Thu Huong. Il faut pour l’apprécier se défaire de son enveloppe occidentale et revêtir en pensée un pantalon fluide, une tunique et des tongs. On y retrouvera alors le Viet-Nam chatoyant, les odeurs, les couleurs, les ombres et les lumières qui donnent l’impression de survoler ce pays en le caressant de la main. On frôlera les goyaviers, on effleurera les flamboyants, on humera les effluves de kumquat.

On y retrouvera le style délicat et serein de l’auteure, on s’installera à coté des personnages, en les écoutant, en les observant.

Cette fois ci, nous ne sommes plus en présence d’une femme divisée entre son devoir et ses sentiments (Terre des Oublis), mais en compagnie d’une jeune fille révoltée contre l’injustice, fière, droite. A mi chemin entre l’enfance et l’âge adulte, Bê entraîne son amie Loan dans un voyagequi sera initiatique et aventurier.

De la colonisation et ses dérives (« Si notre peuple avait tendu la joue aux colonialistes français, nous n’aurions plus de patrie. Les enfants n’apprendraient plus l’histoire des sœurs Trung, de la patriote Trieu, ne sauraient rien de l’héroïsme des rois Nguyên Huê et Quang Trung. Vous apprendriez, en revanche, une histoire importée : « Nos ancêtres les Gaulois… » »), des coutumes, de la cuisine, de la douceur de ce pays, Duong Thu Huong peint un portrait empli de tendresse. C'est le récit paisible d’un apprentissage serein, emli à la fois de fraîcheur, de candeur et de maturité (« Là où, pour la première fois, j’avais regardé l’horizon et discerné les différents chemins qui y mènent. Là où j’avais compris que vivre, c’est surmonter les malheurs, la souffrance et l’injustice pour atteindre l’objectif qu’on s’est fixé »).

C’est un joli roman. Je n’y ai pas retrouvé toute la force, la puissance de Terre des Oublis (écrit il est vrai quelques années plus tard), mais je l’ai lu néanmoins avec plaisir.

L’avis de Florinette.

Itinéraire d’enfance – Duong Thu Huong – Editions Weipieser,  378 p.

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14/11/2007

TERRE DES OUBLIS – DUONG THU HUONG

97e8e0c79ad173214df11c4ddaca6b73.jpgAlors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant, et qu’on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps, Miên s’est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu'elle aime et avec qui elle a un enfant. Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.

Ce roman m’a été vivement conseillé par mon libraire préféré. Je suis allée le trouver en lui demandant de choisir pour moi, avec pour seule condition le format du livre qui devait être de poche. Ce libraire m’ayant déjà conseillé le dernier Claudel, le roman de Rosamund Haden, celui de Elif Shafak, comme il m’avait vendu l’an dernier le dernier Muriel Barbery ou le roman de Nancy Huston, Ligne de failles, je suis maintenant ses conseils les yeux fermés.

Une fois de plus, merci Monsieur mon libraire ! Ce roman est d’une richesse absolue et ces 700 pages sont superbement bien écrites.

Miên choisit donc d’obéir à la pression de l’opinion publique et cède au poids des traditions en retournant auprès de Bôn, son premier mari bien que légalement elle puisse rester auprès de Hoan qu’elle aime. Poids des traditions, respect pour son premier mari qu’elle avait aimé sincèrement jusqu’à son départ pour la guerre et dont elle a porté le deuil longtemps, valeurs culturelles d’un pays où la femme doit prendre soin de son mari, mélange de compassion et de dégoût pour un homme physiquement et moralement brisé par la guerre, Miên abandonne sa vie confortable pour rejoindre Bôn dans sa masure alors qu’il a tout perdu et doit vivre de charité publique.

Miên se soumet aux traditions mais c’est aussi une femme orgueilleuse, qui refuse de se voir accuser de lâcheté en préférant le confort à la misère. C’est une femme fière, qui renonce à celui qu’elle aime, Hoan, en préférant les valeurs morales qui l’obligent à retourner auprès de Bôn.

Bôn quant à lui est une homme brisé, ruiné, qui n’a survécu que porté par la force de son amour pour Miên. Il réclame sa femme car c’est la seule chose qui lui permettra de se reconstruire. Hoan, quant à lui, se résigne à laisser partir Miên alors qu’il est pétri de jalousie et de désespoir.

Dans ce roman Duong Thu Huong nous parle d’amour.

De l’amour désespéré d’un homme brisé qui se raccroche au passé pour ne pas sombrer dans la folie, qui s’agrippe aux souvenirs de son amour passé comme à une bouée de sauvetage et dont il espère faire renaître les cendres.

De l’amour étouffé d’un autre homme qui voit sa femme le quitter pour un fantôme surgi du passé. De la jalousie qui l’asphyxie et du désespoir qui le pousse à partir le plus loin possible mais qui ne peut oublier la quiétude des jours heureux ; de la honte qui le submerge parce que son corps réclame le plaisir qu’il ne connaît plus.

Elle nous parle aussi de l’amour écartelé de Miên : celui qu’elle éprouve pour Hoan et la vie qu’il ont bâti ensemble, et celui, oublié, fané, flétri, qu’elle a jadis ressenti pour Bôn. Cet amour qu’elle se souvient d’avoir vécu et qui devient torture en ressuscitant trop longtemps après.

Mais elle nous parle aussi du Vietnam. De ses villages et ses vallées, de ses forêts, de sa cuisine et de la vie paisible de ses paysans. Elle nous parle des cicatrices trop mal fermées de la guerre et de ses atrocités, de ses traditions séculaires et de sa lente ouverture au modernisme.

Au final, c’est une histoire d’amour et d’honneur, écrite dans une langue fluide et poétique (la traduction est très bien écrite), que je vous conseille d’inscrire dans votre liste au Père Noël !

L’avis de Florinette, qui a elle aussi aimé.

 Extraits

« Effaré, il vit les trois seuls êtres qu’il aimait au monde se dresser comme trois ombres de l’autre coté du fleuve, sans pont, sans barque, sans vagues. Ils ne lui répondaient pas, n’agitaient pas la main, ne faisaient pas le plus petit geste pour lui montrer qu’ils avaient entendu son appel. Ils se dressaient comme trois ombres, indifférents, insensibles, les yeux vides. Ô maman, papa, ô Miên… je vais mourir…  Dans son âme, des larmes coulèrent lentement. Elles ressemblaient aux gouttelettes de rosée dans la vallée, à l’aube. Pourquoi les larmes ressemblent-elles à de la rosée quand l’homme pleure sur lui-même ? Il ne le comprenait pas. Cette question lancinante flottait, l’accompagnait comme des graines de pissenlit pendant qu’il rassemblait ses dernières forces pour aller de l’avant. » « Voila sa terre natale, la terre qu’il a polit de ses pas. Et pourtant c’est la première fois qu’il remarque ces fleurs étranges. Avaient elles germé pendant ses années d’absence ? … Il sait seulement que ces fleurs fragiles ressemblent à un nuage vert qui s’abat sur la vallée, tournoie entre les herbes argentées, les lilas sauvages desséchés, chancelle sous la lumière mate de l’automne. Leur beauté l’étourdit. Il se laisse choir sur l’herbe, regarde le soleil glisser sur les fleurs, éprouve soudain l’envie de pleurer, de se dissoudre, les membres épars, l’envie qu’on lui transperce le cœur avec une baïonnette pour mettre un terme à son existence misérable et solitaire en ce monde, l’envie d’être emporté comme un poulet par un aigle, loin, très loin dans une île sauvage ou un désert coupés du monde des hommes, où il referait sa vie parmi la végétation, les bêtes sauvages. Cette vie serait peut-être plus dure mais elle ne serait pas humiliante, écrasante comme celle qu’il mène ici. »

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