Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/03/2010

À QUOI SERVENT LES CLOWNS ? ANNE PERCIN

Ça sert à quoi un clown ? A faire rire ? A détendre les spectateurs entre deux numéros de cirque ? Et pourquoi il y a des clowns percin.jpgtristes ? Parce qu’il y a des gens tristes et qu’il faut les faire rire ?

 

Les gens tristes, ils sont dans le roman de Anne Percin. Pas tout à fait tristes, mais qui auraient des raisons de l’être : le HLM dans lequel vivait Melinda, 7 ans, avec sa sœur Cindy (16 ans) et sa mère a brûlé. Du coup elles retournent vivre dans une caravane, la maman de Melinda vend des frites dans une baraque à frites et emmènera Melinda à l’école... quand elle pourra le faire, un jour. Mais demain est un autre jour, et aujourd'hui un cirque s’installe dans le terrain vague à coté de la caravane : Pablo, un petit garçon, laisse échapper un jeune tigre de quelques mois. Ce petit tigre, c’est Melinda qui va le recueillir…

 

C’est un très joli roman jeunesse, que j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir et, parfois, le cœur un peu serré. Anne Percin manie une plume tendre, toute en simplicité et justesse. Avec elle, le quotidien de la petite Melinda, ballottée de HLM en caravane, sans père, chahutée par sa grande sœur, est auréolé de lumière, on perçoit sous la grande précarité la douceur de l’amour maternel, souvent impuissant ou dépassé, ou la tendresse bourrue de la grande sœur. Et face à ce cocon familial pour le moins incertain et fragile, Pablo, le petit garçon du cirque, lui, se pose plein de questions, il n’est doué ni pour la voltige, ni pour le dressage, ni pour la gymnastique et se demande ce qu’il va bien pouvoir faire comme métier de cirque, plus tard. Surtout quand on commet des bourdes épouvantables comme laisser un bébé tigre s’échapper…

 

C’est un roman qui plonge dans le quotidien d’une famille en danger, celle de l’écartèlement et de la mise en foyer (tout est signifié dans un passage où Melinda et Cindy sont interrogées par un travailleur social, sans que les mots « travailleur social » ou DDAS ne soient prononcés), dans les difficultés des familles immigrées (d’autres familles qui habitaient le HLM qui a brûlé : reconduites à la frontière, extrême précarité), le tout avec un art de l’ellipse prononcé, rien n’est dit, tout est suggéré, mais jamais de façon pesante.

 

Car n’oublions pas que nous sommes dans un roman jeunesse, et, au final, Anne Percin propose une fin généreuse sans sombrer dans la guimauve, lumineuse sans être mièvre. C’est un roman grave et optimiste, tout simple et pourtant plein d’innocence et de fraîcheur. Un exercice difficile très justement réalisé. J’ai beaucoup aimé.

 

 

A quoi servent les clowns, Anne Percin

Editions du Rouergue, Dacodac, Janvier 2010, 157 pages

 

 

 

 

« - Dis donc, pinéguette, je suis ta mère, quand même ! J’ai pas envie que tu fasses les mêmes conneries que moi.

-         Sympa. Méli et moi, on n’est pas des conneries, tu sais.

 Sa mère en a le souffle coupé. Elle entrouve la bouche, mais rien ne sort. Soudain elle se détourne. On l’entend renifler. »

 

L'avis de Clarabel

 

 

 

25/11/2009

LE GARCON AU PYJAMA RAYE – JOH N BOYNE

Bruno a neuf ans quand son père est transféré à Auschwitz pour prendre le commandement du camp. Bruno quitte donc sa 786906896.jpggrande maison berlinoise pour une nouvelle maison, à l’orée du camp où il n’y a « pas une rue, personne qui marchait ou se hâtait… quand Bruno fermait les yeux, tout ce qu’il sentit, ce fut le froid, comme s’il se troublait dans l’endroit le plus reculé du monde. Au milieu de nulle part. ».

 

Quelque temps plus tard, Bruno rencontre Schmuel, un autre garçon de neuf ans, qui vit de l’autre coté de la barrière, celle qui  sépare la nouvelle maison de Bruno de cet endroit sinistre où les gens portent tous le même pyjama rayé. Le mauvais coté. Une amitié improbable va se nouer entre les deux enfants.

 

 

S’il faut juger ce livre, il faut sans doute se mettre dans la peau d’un jeune lecteur. Ce « conte » (bien que je répugne à associer le mot conte à ce récit là) est sans doute une histoire touchante qui permettra au jeune lecteur d’aborder un sujet ardu. En revanche, en tant qu’adulte, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur certains points qui m’ont perturbée : un enfant allemand de neuf ans, qui plus est fils de commandant SS ne devait-il pas, à son age et vu son statut, être déjà largement embrigadé par la propagande et surtout ses parents ?  Aurait-il le droit de lire le roman de Stevenson l’anglais quand les lectures imposées étaient celles qui glorifiaient le nationalisme ? (si un professeur d’histoire peut m’éclairer sur le sujet…).

 

Bruno me semble bien ignorant de ce qui se passe de l’autre coté, tout comme sa sœur Gretel, 12 ans, quand ils arrivent à Auschwitz. Quant à la fin, j’ai l’ai vue arriver rapidement, en me disant « noon, allons, préparons nos mouchoirs…. ».

Je pinaille, je rechigne, c’est sûr, mais c’est ainsi. Pour le reste, il n’en reste pas moins que c’est une intention touchante de mettre des mots accessibles aux enfants sur cette période de l’histoire.

 

Avec ça, on est bien avancés hein ? En tant qu’adulte, je n’ai pas particulièrement été touchée. Mais je l’envoie à mon filleul de 13 ans pour connaître son avis. Je verrai bien ce qu’il en pense.

 

Le garçon au pyjama rayé, John Boyne

Gallimard Jeunesse, septembre 2009, 188 pages

 

 

Les avis de Clochette, Enna, Celsmoon,  Theoma, Tamara, Ys, Laure, Karine, Fashion, Canel et sans doute plein d’autres…

06:05 Publié dans *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Facebook

13/11/2009

HUNGER GAMES – SUZANNE COLLINS

Vous vous souvenez du film « Le prix du danger » de Yves Boisset, il y a quelques longues années, où des candidats pouvaient participer à un jeu hungergames.jpgtélévisé de type téléréalité dans lequel les candidats devaient tout simplement s’entretuer et le vainqueur gagnait une somme très substantielle ? Ici, nous sommes un peu dans ce jeu là, sauf que nous sommes en Amérique du Nord dans un futur plus ou moins lointain, que les candidats sont tirés au sort, ne peuvent se soustraire au jeu et qu’ils sont âgés de 12 à 18 ans.

 

Katniss a seize ans quand le nom de sa petite sœur Prim est tiré au sort. Prim a 12 ans, c’est sa première Moisson (tirage au sort donc, et participation potentielle). Katniss est habituée au braconnage (le pouvoir du Capitole, ou gouvernement, affame volontairement ses citoyens pour mieux les soumettre à son régime totalitaire), elle a l’habitude d’aller chasser en forêt, est plutôt futée et débrouillarde avec un arc et des flèches. Comme la loi l’y autorise, elle se porte volontaire en remplacement de Prim et prend la route pour l’Arène, où sa prestation face à vingt trois autres Tributs (deux candidats garçon / fille pour chacun des douze districts du pays) sera filmée vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

Vingt-quatre candidats, un seul survivant. A coté de ça, Koh Lanta ressemble à une animation à l’orgue de barbarie pour maison de retraite…

Lire la suite

18/09/2009

JE NE SAIS PLUS POURQUOI JE T'AIME – GABRIELLE ZEVIN

Naomi est une adolescente tout ce qu'il y a de plus normale, co-rédactrice en chef du journal du lycée, elle a un petit ami, des amis, bref, une jeune fille dans la norme dans une petite ville de l'Etat de New York. Il suffit d'une chute dans un escalier pour que s'effacent de sa mémoire les 4 dernières années de sa vie. Naomi se réveille avec un trou béant dans ses souvenirs, un jeune ZEVIN.jpggarçon du lycée, James, auprès d’elle. Tout ce qui remonte à moins de 4 ans s'est envolé : le divorce de ses parents, la naissance de sa demi-soeur, la petite amie de son père, et son propre petit ami, Ace, qu'elle regarde aujourd’hui comme un parfait inconnu. Mais Naomi est une gentille fille, alors elle tente de colmater les brèches comme elle peut, retourne au lycée, se demande pourquoi elle aime (aimait ?) Ace, pourquoi James l'attire alors qu'il est considéré comme « fou », pourquoi ce gentil garçon qui se prétend son meilleur ami, Will, semble lui battre froid.

 

 

Un joli roman, tout simple, qui, avec une jolie histoire d'identité, se lit avec plaisir. Gabrielle Zevin dissèque avec finesse les doutes et les interrogations typiques de l'adolescence (rapport à l'identité, émois amoureux, rapports aux études, comportements sociaux entres jeunes). Personnage central et attachant, Naomi poursuit son petit chemin en tâtonnant dans le labyrinthe de sa mémoire,   en arrive à s'interroger sur ses anciennes motivations et aspirations. Son accident lui permettra de remettre un ordre tout neuf dans ses pensées et de, pourquoi pas, bifurquer vers de nouveaux horizons.

 

Un petit truc qui me titille quand même (je cherche la petite bête ?), Naomi est une adolescente normale donc. Enfin, normale, oui et non. Nous apprenons au début que Naomi est une enfant adoptée. Chose qu'elle sait et dont ses parents n'ont jamais fait mystère. Il me semble cependant qu'une adolescente, en pleine crise identitaire, et peut-être surtout après une amnésie, s'interrogerait davantage sur ses origines. Ici, le sujet est très peu abordé après la présentation de Naomi. Mais peut-être me trompe-je et cela n'a-t-il aucune importance ?...

 

Ce n'est pas une restriction, ceci dit, parce que ce roman jeunesse, plutôt délicat, est bien fait, et fera le bonheur de ma nièce, je n'en doute pas une seule seconde.

 

 

 

Je ne sais plus pourquoi je t'aime, Gabrielle Zevin

Albin Michel Collection Wiz, 350 pages, septembre 2009

 

 

 

Les avis de Cuné (merci pour l'envoi !), Esmeraldae et Clarabel.

18/05/2009

LA VOIX DU COUTEAU – PATRICK NESS

Dans un mois, Todd aura treize ans. Il deviendra un homme, conformément aux lois de Prentissville, Nouveau Monde, une planète colonisée par les humains. Sur Nouveau Monde, les humains peuvent entendre le Bruit, les pensées des autres : elles se superposent, se chevauchent. Et ce Bruit est devenu un vacarme incessant avec lequel les hommes ont appris à vivre. Les femmes, elles, ont disparu de Prentisville, décimées par un virus à l'arrivée sur Nouveau Monde. Alors que couteau.jpgTodd se promène dans les Marais, il découvre un lieu où le Bruit s’estompe jusqu’à disparaître totalement. Cette découverte sera à l’origine de sa fuite : son père adoptif lui confie quelques affaires, un couteau, le journal de sa mère et lui ordonne de fuir Prentisville, le plus vite possible, le plus loin possible. Todd s’échappe, avec son fidèle chien Manchee (les animaux parlent sur Nouveau Monde) et découvre, avec stupéfaction, une jeune fille, Viola. Une fille ? Sur Nouveau Monde ?

 

Fichtre, quelle agréable trouvaille ce roman jeunesse ! Quelle trouvaille pour moi qui ne suis pas une habituée du genre et encore moins fan de science fiction ! Mais ici, la science fiction est de toute façon très légèrement présente, jamais pesante. On n’est pas sur Terre, d’accord, nous croiserons quelques créatures non humaines (les Spackles, anciens habitants de Nouveau Monde), mais tout reste parfaitement accessible et lisible pour une réfractaire comme moi, même s’il m’a fallu quelques pages pour m’habituer à la syntaxe grammaticale parfois défaillissante et aux fautes d’otorgrafes de Todd : il est le narrateur de l’histoire.

 

Nous allons donc suivre ce jeune garçon dans sa fuite affolée, comprendre peu à peu, avec lui, comment les hommes ont colonisé cette planète, leur volonté initiale de créer un Nouveau Monde sur de nouvelles bases Quand cherche-t-on un nouvel endroit pour vivre ? Quand l’endroit où tu vis, c’est plus la peine d’y rester. Vieux Monde c’est dégoûtant, violent et surpeuplé. Ca se déchiraille en plein de morceaux avec des gens qui se détestent et s’entreptripent, et personne n’est heureux tant que tout le monde n’est pas malheureux à  mourir. En tout cas, c’était comme ça avant. »). Mais les hommes sont ce qu’ils sont et ne restent pas toujours bienveillants…

 

Todd et Viola tentent d’échapper à des hommes (re)devenus barbares : ils ont sombré dans un obscurantisme primaire. Les fugitifs rencontrent d’autres colonies bâties selon des préceptes différents de Prentisville, et, tout au long de cette fuite, nous voilà plongés dans un très bon roman jeunesse, roman d’initiation (Todd doit devenir un homme et  nous comprendrons ce que Homme veut dire dans la bouche des habitants de Prentisville), un roman porteur de valeurs de tolérance et respect entre individus (nous croiserons quelques Spakles et comprendrons comment ils ont été colonisés et souvent décimés), des valeurs d’amitié, de fidélité, de liberté de choix et d’affranchissement de l’individu de toute sorte de fanatisme. Le tout se lisant avec avidité, le suspens est entier et terriblement bien ficelé, et la fin ne donne qu’une envie, que la suite paraisse bientôt, « La voix du couteau » étant le premier volet d’une trilogie « Chaos en marche ».

 

Prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2008.

 

 

La voix du couteau, Patrick Ness

Gallimard Jeunesse, 440 pages, avril 2009

 

Les avis de Lily, Cathulu, Fashion, Lael, Hambre,

 

13/10/2008

Une jolie fille rien que pour moi - Aurélie Antolini

Je n’ai plus 32 ans, je n’ai plus 36 ans, je n’ai plus 28 ans, j’en ai onze.

 

J’en ai onze et je suis le narrateur de ce joli petit livre qui se déguste en vitesse, en souriant, en s’émouvant parfois.antolini.jpg

 

Le narrateur, donc, a onze ans. Il vit avec sa mère. Son père, il ne sait pas où il est. Il est parti. Du moins c’est ce que sa mère lui a dit. Alors le narrateur vit avec elle, observe le va et vient des hommes qui traversent la vie de sa mère, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par rester. Puis c’est Minoucha qui surgit dans sa vie. Minoucha et ses onze ans, Minoucha qui transforme le gosse en amoureux transi, en éponge à sentiments…

 

J’avoue qu’en lisant la quatrième de couverture j’ai eu peur :

 

« Notre prof principale nous a demandé de remplir une petite fiche qui racontait notre vie. Comme si tout ce bordel pouvait rentrer dans un bristol.

« Père : vendeur de slips chez Eminence

Père intérimaire : pêcheur de mérous

Mère : représentante en gros nichons

Moi : amoureux de Minouche

Rêve : déménager dans la maison du Sud

Ambitions : avoir des plumes au cul… »

 

Et bien finalement, non, il suffit de se laisser aller à cette plume naïve, gaie et souvent mordante. Aurélie Antolini manie avec finesse et précision le style d’un enfant de onze ans, dessine un joli tableau sur l’enfance, ses désirs, ses peurs, ses rêves secrets, saupoudre ça et là quelques pincées de sucre ou de sel.

 

C’est le roman d’un enfant qui découvre l’amour, l’amitié avec ses yeux encore innocents et tellement lucides.

 

C’est le constat d’un enfant qui grandit et découvre que les adultes peuvent si bien mentir à leurs enfants. Par bêtise, par humeur, par colère ou par ignorance. Un enfant qui hésite entre candeur et maturité.

 

On y découvre une famille et ses petits travers, les premières amours, leurs premières douleurs, avec des yeux tout neufs, encore innocents et tellement lucides.

 

Un bien joli roman, donc, à lire par nos ados et aussi par nous !

 

Une jolie fille rien que pour moi, Aurélie Antolini

Editions Intervista : Les mues.

Pour les 12 ans et +, 174 pages

Les avis de Laurence du Biblioblog, et Joëlle

18/06/2008

UGLIES - SCOTT WESTERFELD

uglies.jpgDans trois mois, Tally aura seize ans. Elle pourra alors rejoindre son ami Peris dans New Pretty Town. Dieu, qu’elle a hâte, Tally, d’avoir seize ans et de pouvoir enfin devenir une Pretty ! Dans trois mois, elle subira enfin l’Opération. L’Opération qu’elle attend, impatiemment, fébrilement, fiévreusement depuis qu’elle a été admise à Uglyville.

Car Tallis, comme ses amis moches, pourra enfin subir l’opération de chirurgie esthétique qui la rendra conforme aux critères de beauté en vigueur. Elle pourra enfin vivre dans à New Pretty Town et faire la fête avec ses nouveaux amis. On lui broiera les os pour les remodeler, sa graisse sera aspirée (sur certains, on en injecte pour qu’ils atteignent la masse corporelle idéale), sa peau sera entièrement poncée pour en recevoir une nouvelle (parfaite), les cartilages de son nez et ses pommettes seront remplacés par du plastique programmable, ses yeux passés au laser. Car Tallis se trouve moche, et ce depuis toujours. Mais Tallis rencontre Shay, qui aura elle aussi bientôt seize ans. Et, contrairement à Tallis, Shay ne veut pas devenir une Pretty. Shay prétend même que Tallis est très bien comme ça !! Tallis ne la croit pas une seule seconde, mais elle écoute quand même cette nouvelle amie qui lui parle de La Fumée, cet endroit où vivent en cachette les Uglies qui préfèrent rester moches et vivent dans la clandestinité.

Ça donne froid dans le dos, non ? Ça donne envie de vomir ? Mais, vous-même, n’avez-vous pas, un jour, peut-être, eu secrètement envie de pouvoir modifier, même légèrement, un petit truc chez vous ? N’avez-vous pas envié secrètement les modèles de perfection que nous apprennent à envier les magazines de mode et beauté ? Dans Uglies, nous sommes dans une société totalitaire où la norme est devenue la beauté. La médecine a réussi à gommer les imperfections, petit à petit, et la beauté est devenue normative. Est devenue un dû aussi. Et, de fil en aiguille, les mochesvivent et sont élevés dans la certitude qu’ils ne pourront être heureux s’ils ne se fondent pas dans la masse et ne deviennent pas eux aussi des Pretty.

Mais la beauté n’est pas seule en cause. A grand renfort de bourrage de crâne, de manipulations perverses, les Autorités ont réussi à rendre les populations parfaitement malléables, soumises, obéissantes. Trop contents d’êtres enfin beaux (on les a tellement persuadés qu’ils étaient moches), les nouveaux Pretty ne songent pas un instant à s’interroger, et encore moins à se rebeller. De toute façon, ils sont trop occupés à faire la fête.

Voici donc un roman jeunesse fort agréable, où on parle de manipulation des masses, de crédulité, de soumission. Où l’on évoque aussi ce passé lointain où les Rouillés, ceux d’il y a longtemps, utilisaient trop de métal ! Ils en mettaient partout, dans leurs immeubles, leurs voitures, et d’ailleurs, ils avaient plein de problèmes, les Rouillés ! Les guerres, les différences, l’épuisement des ressources, les jalousies ! A force de lire des magazines où la beauté était sans cesse vantée, ils vivaient dans le mal-être, le malaise ! On enviait les beaux, on raillait les moches, certaines filles avaient même cette maladie du « non-manger » (incroyable !) ! Ouf, à présent, grâce à l’Opération, tout le monde devient Pretty à seize ans, et du coup, personne ne songe à se rebeller, parce que tout le monde est pareil. Des personnes parfaites dans un monde parfait.

Un roman fort agréable plutôt captivant, donc, qui se lit avec plaisir, qui n’est pas dénué d’humour et suscite quelques bonnes questions. A lire pour soi, et à lire par nos ados aussi.

Les avis de Fashion (merci pour le prêt !), Solenn, Martin sur le Blog des livres, Virginiesur Chrestomanci, Emmyne

 

 

 

05/05/2008

LA DECLARATION – GEMMA MALLEY

758848454.jpgLa vie éternelle ; la Longévité ; finies la mort, la maladie, les handicaps, la vieillesse avachie : en 2140, on vit éternellement. On prend ses petites pilules quotidiennes conçues à base de cellules souches humaines toutes fraîches et adieu la mort.

 

Mais qui dit vie éternelle dit surpopulation. Surconsommation d’oxygène, d’eau… Du coup les naissances sont interdites. Seuls peuvent mettre au monde un enfant ceux qui se sont Affranchis de la Déclaration de Longévité. Ceux qui ont l’affront ou l’inconscience de penser qu’une vie doit durer ce qu’elle doit durer, et que la jeunesse et les idées neuves sont essentielles. Ceux là mourront. Une vie contre une autre. Simple comme bonjour.

Alors, ceux qui naissent illégalement de parents non Affranchis sont des Surplus. On ne les tue pas, non. On n’est pas si inhumain que ça, non. Quelle idée ! On ne les tue pas, on les dresse, on les éduque, on les enferme dans des foyers où ils apprennent à devenir de bons serviteurs. Comme ça ils pourront être au service des Légaux, ceux qui ont le droit d’être ici. Et bien évidemment, ils ne peuvent pas prendre le traitement de Longévité. On les tolère le temps de leur courte vie, et c’est tout.

Voici un roman jeunesse fort passionnant. A travers l’histoire d’Anna, du Surplus Anna, devrais-je dire, et celle de Peter, jeune Surplus nouvellement arrêté et envoyé dans le foyer de Grange Hall, Gemma Malley nous transporte dans un futur proche où la recherche de la vie éternelle a remplacé toute éthique.

Et il y a plein de choses dans ce roman : endoctrinement des masses (que ce soit les Légaux qui refusent de céder leur place et considèrent la jeunesse et la nouveauté comme néfastes, ou l’endoctrinement d’Anna qui finit par croire qu’elle mérite d’être réduite en esclavage, pour laver l’affront que ses parents ont commis en la mettant au monde), impuissance et hypocrisie des gouvernements qui ne peuvent lutter contre l’épuisement des ressources naturelles (pétrole, énergies naturelles, eau) mais qui finissent par s’en préoccuper parce que ce ne sont plus leurs enfants qui en pâtiront, mais eux par la force des choses.

Il y a aussi la toute puissance des grandes firmes pharmaceutiques, trop heureuses d’avoir trouvé là un filon en or, la résistance qui s’organise en réseaux souterrains, animée par quelques fous qui préfèrent laisser leur place à des enfants, quelques idiots qui supposent que le monde est fait pour être renouvelé, que la jeunesse a plus que tout autre sa place sur cette Terre.

Et il y a la la fraîcheur de ces deux adolescent qui vont tenter de vivre, d'échapper au diktat, parce qu'ils sont convaincus que la jeunesse doit exister et prendre la place de la vieillesse. Que c'est Ça, l'ordre naturel des choses. Pas la vie éternelle de ces vieux qui s'accroche avidement à leur éternité.

Anna et Peter vont essayer de fuir, de VIVRE. Ils sont jeunes, ils sont à la fois innocents, plein d’espoir, et en même temps conscients qu’il leur faudra arracher de force leur droit d’exister.

Un roman jeunesse, donc, qui se lit avec beaucoup d’intérêt, pour les ados, oui, mais aussi pour les parents !

Les avis de : Cuné, Stéphanie (que je remercie pour le prêt), Fashion, Clarabel, Clochette, Olga

 

 

13/03/2008

JE SUIS TA NUIT – LOIC LE BORGNE

1047248201.jpgPierre est veuf et élève seul son fils Tristan qui a 17 ans. Un jour, Tristan rentre de cours et lui annonce qu’une amie vient de se donner la mort. Suicide. Et voilà Pierre qui replonge dans son passé. Il doit, il veut, raconter à son fils un part de sa propre enfance, des événements qui ont bouleversé sa vie, bouleversé ou plutôt pulvérisé, broyé, fracassé son enfance.

Ce récit va nous plonger des années auparavant. Pierre a onze ans. Lui et ses amis, sa bande, son clan, sa troupe vivent et savourent leur enfance. Rires, joies, goûters, éclats et malices rythment le quotidien de ce petit groupe d’amis liés pour la vie. Instantannés de bonheurs, quand l'enfance est encore aux portes de l'innocence... et n'a pas encore franchi le pas de l'âge adulte, n'a pas encore ouvert les yeux et ignore encore que le monde peut être sordide.

Et on se rappelle. On se remémore à cette lecture sa propre enfance. Les années 80. Les héros qui illuminaient nos journées. Goldorak, Dark Vador, Candy…. Retour dans le passé. Impression étonnante d’oublier qu’on est devenu adulte et d’observer ces gamins, devenir eux, de faire partie de la bande.

On vit avec eux donc. Et on plonge dans l’horreur. Parce que ces gamins vont découvrir un corps. Affreusement mutilé. Et cette découverte est le point de départ d’une immersion totale, absolue, dans une suite d’événements tragiques, inexplicables, un récit stupéfiant (« Je ne savais pas, en me levant ce jour de Pâques 1980, que d’ici peu j’aurais à combattre des forces aussi néfastes et effrayantes que celles du grand Stratéguerre, ennemi juré d’Actarus, ou du sinistre empire de Dark Vador, dont la haine pour le Jedi n’avait d’équivalent que celle d’une enfant torturé par son bourreau. »).

C’est sombre, horrifiant, on lit avec passion, répulsion, avidité. Impossible de fermer le livre avant de l’avoir terminé. C’est à la fois fantastique et allégorique. Au-delà de l’histoire de ce « Bonhomme Nuit » qui vient ravager ce village, et faire fondre sur ces enfants un monde de noirceur absolue, il y a nos propres fantômes, nos passés, nos parts d’ombre et de colère. L’innocence doit disparaître et faire place à l’âge adulte. Ces enfants franchiront la limite au bord d’un abîme de noirceur. Certains tomberont, d’autres survivront, mais resteront marqués à jamais. Avec leur propre part d'ombre, tapie au fond, terrée ne demandant qu'à resurgir.

Il faut le lire, il faut s’y plonger. C’est un envoûtement, une spirale qui nous aspire et nous happe.

Ou bien offrez le à vos ados… et lisez le avant.

Les avis de Lily, qui le fait voyager, de Clarabel et de Rose.

Prochaine étape : Fashion, puis Emmyne.

07:53 Publié dans *Litterature Française*, *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook

09/03/2008

L’HOMME QUI A SEDUIT LE SOLEIL – JEAN-COME NOGUES

818958643.gifParis, 1661. Sur le Pont Neuf les saltimbanques, les chiffonniers, les baratineurs gagnent quelques sous pour acheter leur repas du jour. Gabriel est un jeune garçon qui assiste un baladin en lui prêtant main forte. Il est repéré par Molière, récemment distingué par Monsieur, frère du roi, qui lui demande d’intégrer sa troupe du théâtre du Palais Royal… Gabriel sera moucheur de chandelles…

Voici un roman jeunesse qui décrira (grossièrement) à aux jeunes ados un Paris du 17ème siècle, la vie des saltimbanques et des comédiens de l’époque. On y croise le roi Louis XIV, Fouquet, Louise de la Vallière et Colbert…

Le style est simple sans être dénué de vocabulaire, l’atmosphère bien décrite.

On y parle de théâtre et de la vie d’une troupe, de ce besoin de jouer, de se donner des théâtreux (« le besoin de retrouver les rires que ses répliques faisaient jaillir du public, le plaisir de capter l'attention, de se projeter hors de soi-même, d'être un autre en quelque sorte..."!).

Certes, les raccourcis sont nombreux, la précision historique plus qu’aléatoire, mais nous sommes ici en présence d’un roman dédié aux jeunes adolescents.

Espérons qu’il leur donne envie de découvrir plus avant les farces de Molières….

A paraître en avril 2008 chez Pocket Jeunesse.

10:25 Publié dans *Littérature Jeunesse* | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook