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30/10/2008

EXPERON – HELENE CRUCIANI

Après des années de revendications, manifestations, réclamations, négociations, les femmes au foyer ont obtenu ce qu’elles voulaient : leur expérience de mère sera valorisée, elles toucheront un salaire (confortable) pour élever leurs enfants.

 

Une condition, néanmoins : elles devront suivre des études spécifiques et obtenir le diplôme d’AAE (diplôme d’Aptitude auprès des Enfants), suivre une psychanalyse, et, enfin, pouvoir se rendre au centre de Bébé-sélection et choisir, assistés d’un généticien, le bébé qui leur conviendra le mieux.

 

Vous l’avez compris, nous sommes en 2054. Annabel désespère d’obtenir son Diplôme d’AAE, son mari Sollow finalise son projet « Experon », qui permettra aux populations de pouvoir acquérir des expériences sans vécu, par un simple transfert de cellules cognitives. Une jeune femme confie son fils, Ange à Sollow. L’enfant ne parle pas mais semble doué d’une capacité visuelle et mnémotechnique stupéfiante.

 

experon.jpgJe n’aime pas la science fiction, je crois l’avoir déjà dit. Ici, cedi dit, le futur est proche et le livre, sans être un chef d’œuvre d’anticipation, se laisse lire, dévorer même, tant les personnages et les situations sont prenants.

 

Le rapport des femmes à la maternité est souvent juste, expressément quand les femmes notamment, ne peuvent plus accéder aussi facilement à leur désir de devenir mères. La maternité devient obsession, la mère idéale une obligation. Dans cette société, l’expérience est du temps perdu, lire un livre une hérésie depuis que les fulmigua permettent d’acquérir la connaissance d’une œuvre sans passer par la phase lecture, obsolète et inutile, vous en conviendrez. Dans cette société, les ENA (Enfants Non Autorisés) sont dénoncés et élevés dans des centres spécifiques en attendant leur adoption. Dans cette société, les films d’antan sont visualisés dans des cinémages, on ne va plus dans des cinémas, on visualise ses films ou hologrammes chez soi, dans son coin. Ce qui est nettement plus confortable et tranquille, vous en conviendrez sans peine.

 

Rapport au progrès, à la maternité devenue un droit à obtenir, rapport à l’évolution des espèces, le roman d’Hélène Cruciani appelle ou soulève des réflexions intéressantes. Si je devais relever un détail qui m’a gênée, ce serait sans doute qu’à aucun moment on ne parle de l’homoparentalité : que sont devenues les revendications quant au droit à la l’homoparentalité dans ce futur proche ?  La question, d’actualité pourtant, aurait à mon avis mérité d’être abordée. L’auteur élude le problème, et ce sera mon seul regret.

 

Mais je pinaille, là. Parce que je l’ai lu avec intérêt, avec plaisir, et que pour ces raisons là, c’est déjà un bon moment.

 

 

Experon, Hélène Cruciani – Ed. Griffes d’Encre, 250 pages

 

 

Les avis de Lucile et Delphine