Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/02/2011

La vie sexuelle des super-héros – Marco Mancassola

 

superheros.jpg


« On a tous besoin de héros ».

 

 

Moi, quand je serais grand, je serais un super-héros, disent les petits garçons (ou les petits filles). Ou disaient. Parce qu'ils sont où, les super-héros qui ont bercé l'enfance de milliers de gamins fascinés par Batman, Superman, Spiderman, Wonder woman et consorts ? Finis, enfouis dans les limbes des années 80-90, dépassés, obsolètes, périmés, relégués dans un vague recoin des mémoires d'où, de temps en temps, ils surgissent un instant pour mieux s'y retirer.

 

Les super-héros, pourtant, sont encore vivants dans le roman de Marco Mancassola. Ils vivent à New-York et ont pris leur retraite. Leur retraite de super-héros, j'entends. Mr Fantastic est devenu un scientifique reconnu, Bruce Wayne (Batman) cultive ses pectoraux, son ego, son cynisme et sa cour de fans hystériques tout en s'offrant des prostitué(e)s de luxe, l'Homme de Pierre s'est retiré dans le Maine, Mystique la femme polymorphe anime un show de téléréalité tout comme Namor l'homme poisson, Superman est octogénaire et a fondé une école de super-héros à Brooklyn où il vit retiré. Ils sont encore vivants mais plus pour longtemps, tous reçoivent une lettre de menace, il semble d'un gang ait décidé de les assassiner. Pourquoi ? Un inspecteur de police, Dennis De Villa cherche à les protéger, son frère journaliste s'interroge sur l'affaire.

 

N'allez pas chercher un roman policier, une intrigue riche en rebondissements et loufoquerie, non. Ici point d'aventures ni de gadgets, point de suspens, et pourtant on reste rivé à l'histoire, touchés par la mélancolie de Red Richards et son amour pour une jeune astronaute qui, elle, n'a pas besoin de super pouvoirs pour voler dans l'espace, on se moque de ce Batman devenu une sordide caricature de lui-même, on sourit devant les métamorphoses solitaires et nocturnes de Mystique. Nos super-héros sont vieux. L'ère des super pouvoirs est terminée, place à la réalité, la téléréalité, l'argent, le sexe. Les idéaux se sont envolés. On n'attend plus d'eux qu'ils sauvent le monde. On les observe comme des curiosités, des people que les paparazzi traquent. Que reste-t-il d'eux ? Pas grand chose. Des corps qui lâchent plus ou moins, des pouvoirs encore là et qu'ils cultivent par habitude ou par nécessité professionnelle, puisqu'ils servent uniquement pour des shows de téléréalité. Le sexe ? Vécu comme une antidote à la solitude, dans une ultime tentative de se prouver qu'ils existent encore. Le sexe comme échappatoire, seul, tarifaire ou bien désespéré, est la seule chose qu'il reste pour ces héros épuisés, fatigués, démodés. Les héros de nos jours sont des enfants portés aux nues, comme Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic devenu l'enfant sacré de l'Amérique, le chouchou des medias, l'enfant rebelle, mais « l'Amérique pardonne tout à ses fils préférés ».

 

C'est un monde aux idéaux déchus, un monde où l'espoir d'un monde meilleur n'est plus que vestige. Chaque partie consacrée à l'un des personnages (la première, réservée à Mr Fantastic est la plus longue et la plus mélancolique), constitue une pièce d'un puzzle qui, le livre terminé, représente un monde où le rêve n'a plus sa place. Qu'en est-il de nos idéaux ? Partis en poussière dans la vaste course de la vie. Gommés par le succès, l'argent, la pantomime sociale des civilisations et du progrès.

 

Un roman à la mélancolie grave et envoutante.

 

 

"J'ignore d'où lui venait tant de mépris. A l'époque, on ne savait rien de la vie privée de Batman. J'ignore même si le mépris de mon père était dû à la possibilité que Batman fut une tapette où à une intuition plus profonde et cruelle. L'intuition que les super-héros ne sauveraient jamais rien. Jamais personne. « Un jour tu seras déçu ». Peut-être qu'en réalité c'était plus simple que cela et que ma passion le faisait enrager. D'une certaine façon, mon père aurait voulu être à la place de Batman. Il aurait voulu être un super-héros ou peut-être tout seulement un héros aux yeux de son fils."


 

 

La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola

Gallimard du Monde entier, janvier 2011, 545 pages

 

 

 

 

 

09/07/2010

Le livre sans nom – Anonyme

anonyme.jpgÇa démarrait pourtant bien, les pages se tournaient toute seules au rythme trépidant d'une histoire totalement déjantée et au style truffé d'humour.

Ça démarrait dans la petite ville de Santa Mondega, en Amérique du Sud. A Santa Mondega, l'impunité règne pour les malfaiteurs, les voleurs, les tueurs, violeurs, égorgeurs et autres vilains. Sanchez y tient un bar un peu miteux, et si d'aventure un client vide son chargeur dans la tête d'un autre client, tout le monde reste plongé le nez dans son verre. La devise de tous, ici : ne te mêle de rien. Mais un beau soir surgit un homme encapuchonné, Sanchez lui sert d'abord un verre d'urine. Mais Bourbon Kid, puisque tel est le nom de nouvel arrivant, n'est pas né de la dernière pluie... il suffira de quelques minutes pour que l'hécatombe commence. Cinq ans plus tard, deux moines entraînés aux arts martiaux dès leur plus jeune âge quittent Hubal à la recherche de l'Oeil de la Lune, une pierre aux pouvoirs paranormaux, qui attise toutes les convoitises... Cet Oeil de la Lune serait, quelque part, à Santa Mondega, entre les mains de... de plusieurs personnes, en fait, qui la volent, la perdent, la protègent, sans forcément en connaître tous les pouvoirs.

Ça démarrait bien, donc. La première partie est une épopée cynique, cinglante, où les cadavres jonchent les pages, de plus en plus nombreux, de plus en plus sanguinolents. De l'humour bien noir, on se croirait dans un Tarantino (cité en référence dans la quatrième de couverture), il y a un peu de Kung Fu, du sang, des balles, des bars glauques, du sexe et des voleurs. Les personnages sont tous des clichés ambulants (du barman relou, aux moines ceintures noire de tous les arts martiaux qui existent, du flic paumé, du gentil couple qui veut juste gagner de l'argent, quitte à voler..) sans doute tellement stéréotypés que je les ai trouvés au final sans grande surprise et bien convenus, dans un certain sens. On va y croiser Batman, Catwoman, ELvis Presley, Buffy... et probablement d'autres que je n'ai pas reconnus, mais tout ça m'a paru lourd, très lourd, au bout d'un moment. D'autant qu'apparaissent des créatures paranormales, inrruption qui ne m'a pas convaincue du tout... mais les vampires et moi... non, ce n'est pas ma tasse de thé.

Donc, dès la deuxième partie, pour ma part, ce fut fini : lassitude, ennui, l'humour noir et déjanté ne me déplaisaient pas, mais je me suis surprise à chercher ou attendre autre chose.

Et n'ai rien vu venir.

Mais les amateurs du genre apprécieront sans aucun doute. 

 

Le livre sans nom – Anomyne

Sonatine, mai 2010, 461 pages.

 

 

Stephie a beaucoup aimé,les Inrocks aussi, le Cafard cosmique beaucoup moins.