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09/06/2010

Brooklyn – Colm Toíbín

Irlande, années 50. Eilis est une jeune fille comme les autres. Elle vit avec sa mère et sa soeur Rose alors que leur père est brooklyn.jpgdécédé et leurs frères partis vivre leur vie en Angleterre. C’est Rose qui lui offre l'opportunité de partir vivre à Brooklyn où elle pourra travailler et étudier la comptabilité. Après une traversée en bateau, Eilis a le mal du pays mais s'intègre peu à peu et rencontre d'autres jeunes filles logées comme elle dans une pension de famille. Eilis est bénévole dans la paroisse locale, employée dans un magasin de vêtements et fréquente les communautés irlandaises et italiennes très présentes dans ce coin de New York. Elle rencontre Tony, fils d’immigrés italiens.

 

 

Il y a des romans qui sont dans l'action, qui déroulent les vies de leurs personnages en les argumentant à coups de rebondissements et d'événements sensés signifier chaque étape importante de ces vies. Il y a d'autres romans qui tissent leurs histoires sur des petits faits et gestes, des pensées disséquées et n'en sont que plus passionnants. Brooklyn est de ceux là.

 

Pourtant, les choses n'étaient pas gagnées pour moi dans la première partie et, contrairement à Cuné, lire Brooklyn en anglais m'a au début laissée dans une position d’observatrice plus ou moins indifférente si ce n’est légèrement ennuyée. Tout est pourtant parfaitement compréhensible, la langue et le style sont tout à fait abordables. C'est petit à petit, lentement mais sûrement, que je me suis laissée happer par Eilis et suis entrée en totale empathie avec elle.

 

Parce que Colm Toíbín, l'air de rien, détaille avec une précision quasi entomologique les moeurs de ces jeunes filles qui acceptent ce que les années 50 leur réservent : travailler, un peu, puis se marier, fonder une famille et s'y consacrer ; quelques bals, quelques amourettes dont la seule finalité est de rentrer dans la norme en fondant un foyer.

 

Eilis ne conteste en rien ce futur, elle s'y prépare en toute quiétude, sans se poser de questions ni chercher à précipiter les choses. Mais cette nouvelle indépendance, loin de sa mère et de sa soeur, vont lui donner l'occasion de s'émanciper quelque peu et surtout de commencer à imaginer une autre vie, où elle pourrait travailler, tout en élevant des enfants.

 

Le destin tout tracé, le poids des conventions forment un mur auquel va se heurter Eilis. Sans arrêt partagée entre désirs intimes qu'elle peine à identifier voire à assumer, ses ambitions (qui sont pourtant bien raisonnables : préparer un diplôme pour ne pas rester vendeuse, éventuellement continuer à travailler à mi-temps si elle a des enfants) et les conventions qui sont imposées par le seul poids de l'éducation et des habitudes (personne n’empêche Eilis d’étudier, personne ne lui impose une mariage), Eilis est un personnage troublant.

 

Troublant car elle est écrasée par sa propre faiblesse et pas son incapacité à exprimer ses sentiments ou points de vue. Eilis est une jeune femme qui subit, observe et se tait, incapable de s'affirmer, par faiblesse ou par peur de blesser. Mais éduquait-on les jeunes filles pour qu'elles pensent par elles-même autrement que selon un moule tout tracé ? ? A cette époque, une jeune fille ployait volontairement sous le joug des conventions sans chercher à les remettre en question.

 

On peut la trouver lâche, quelque part manipulatrice dans ses mensonges par omission, je l'ai trouvée touchante, jusque dans ses faiblesses.

 

Un roman tout en finesse, qui rappelle effectivement Richard Yates et ces auteurs anglo-saxons qui savent disséquer, explorer des pans de sociétés ou de moeurs sans inutilement se perdre dans des intrigues complexes : un tableau social dressé avec une retenue très gracieuse ; les peurs, les doutes, la complexité des sentiments y sont livrés avec une discrétion ciselée, une grande délicatesse et beaucoup d'intensité, au final. Et si dans La fenêtre panoramique de Richard Yates April Wheler était une femme de tête qui prenait des décisions, ici Eilis est faible, lâche souvent, mais toujours touchante.

 

 

 

 

Brooklyn, Colm Toíbín

Penguin, 2009, 252 pages

 

 

 

Merci à L'ogresse d'avoir partagé ce roman, et à Cuné de l'avoir fait suivre.

 

 

Et, puisqu'il s'agit d'un livre en anglais, j'en profite pour réaliser un peu du challenge de Bladelor, Lire en VO, auquel je ne suis pas inscrite, mais quand même !

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« She wrote once more to Rose, using her sister’s office address and told her how far things had gone ; she attempted to describe Tony, but it was difficult without making him sound too boyish or silly or giddy. She mentioned that he never used bad language or curse words because she thought it was important for Rose… she had made it sound as tough she were pleading for him, instead of merely trying to explain that he was special and that she was not staying with him simply because he was the first man she had met.”