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27/03/2009

DE SANG FROID – TRUMAN CAPOTE

Le 16 novembre 1959, la famille Clutter est sauvagement assassinée. Herb Clutter, Nancy Clutter, Kenyon Clutter et Dorothy Clutter sont ligotés dans leur ferme du Kansas, et abattus d’une balle dans la tête. Très peu d’indices et aucun témoin pour ce crime odieux. La police s’interroge.

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Truman Capote a choisi un fait divers remarqué dans un journal. Fasciné, il se lance dans une longue enquête, récolte les témoignages, se rend sur les lieux du crime, et rencontrera les criminels quand il purgeront leur peine. De ce travail naît « De sang froid », sous titré « Récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences ».

 

Il retrace, dans la première partie (« Les derniers à les avoir vus en vie ») la dernière journée des victimes. En parallèle, nous suivons la journée des deux assassins, Perry et Smith, qui préparent minutieusement leur crime. Pas de suspens donc, quant à l’identité des meurtriers. Le rythme n’en est pas moins soutenu et Truman Capote fait admirablement monter la tension, tout en relatant le plus scrupuleusement et objectivement les dernières heures de la famille Clutter.

 

Il raconte ensuite la cavale de Perry et Smith ainsi que l’enquête, l’arrestation, les aveux et enfin la pendaison des coupables.

 

Le ton est toujours distant, extrêmement précis. Truman Capote relate les événements sans jamais prendre parti,  et, malgré la distance, l’objectivité du récit, il arrive à faire plonger avidement le lecteur dans cette histoire.

 

C’est un témoignage fascinant, non seulement sur un meurtre commis presque sans mobile (si ce n’est le vol qui ne rapportera que quelques dollars), mais aussi, et surtout, sur d’une part la vie dans le Kansas, les occupations et mœurs dans un bled perdu, les aspirations d’une famille paisible et aisée et d’autre part sur l’enchaînement de circonstances qui va mener deux jeunes gens à tuer… pour tuer, parce que « c’est comme ça ». Absence de morale dont on apprendra peu à peu les raisons (toujours seulement exposées, jamais suggérées ni imposées). Le parcours des tueurs, leur enfance... Truman Capote témoigne, toujours en observateur impartial, jamais en juge, en alternant les points de vue (victimes / enquêteurs / tueurs) : les faits sont à la fois simplement exposés tout en proposant une peinture au scalpel des personnalités (notamment celle des jeunes meurtriers) et de la société américaine des années 60.

 

Au final, et dans la dernière partie, nous assistons au procès. Là encore, voilà un document particulièrement intéressant sur la justice de cette époque, les hésitations et errements d’un jugement, les manquements qui, aujourd’hui, nous paraissent totalement injustes et bâclés. Truman Capote termine son récit par l’exécution des jeunes gens, et l’on sent, en refermant le livre, toutes les interrogations et remises en questions sur la peine de mort, son principe, sa justification. Mais, encore, une fois, c’est au lecteur de se faire son propre avis.

 

Le mien est fait, ceci dit, et depuis longtemps et, sur cette question là, il n’est pas sans me rappeler le film de Tim Robbins « La dernière marche ». J’ai lu ce roman (non-roman, comme le disait Capote) en moins de deux jours. Fascinant.

 

 

De sang froid, Truman Capote – Folio 506 pages

 

 

Les avis de Sel, Phil