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02/10/2009

LAIT NOIR – ELIF SHAFAK

J'avais décidé de ne pas lire le dernier livre d'Elif Shafak. Même si j'avais aimé « La bâtarde d'Istanbul » et moins « Bonbon Palace », quand j'ai lu que Elif Shafak publiait un livre dans lequel elle racontait sa dépression postnatale, je me suis immédiatement détournée : allaitement, dépression…les histoires nombrilistes dans lesquelles un écrivain tourne autour de sa propre personne ont le don de m'agacer. Pourtant ici ou là, je lisais du bien de Lait Noir. Mes réticences commençaient à lait noir.jpgs'effilocher. Le doute à pointer son nez, la curiosité à me titiller. Et puis le billet de Sylvie m'a convaincue d'aller voir par moi-même de quoi il en retournait exactement.

 

Que Sylvie en soit remerciée, donc !

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29/09/2008

BONBON PALACE - ELIF SHAFAK

Bonbon Palace.

 

Bonbon Palace est un immeuble croulant, miteux, à bout de souffle. Une dizaine d’habitants pour un millier de cafard, poux et autres bestioles qui pullulent, une odeur putride et des habitants… pittoresques.

 

Parmi ces habitants, il y a les jumeaux Djemal et Djelal, coiffeurs de leur état et commères de leur passion. Il y a Nadja la russe qui se nourrit de séries TV, Hadji Hadi, le grand-père conteur, Hygiène Tijen qui porte bien son surnom, shafak.jpgSidar qui rêve de ne plus rêver en quittant enfin ce vaste monde, il y a la Maîtresse Bleue qui attend son Arlésien d’homme marié, il y a Su la gamine si perspicace ou les autres enfants.

 

Le nouveau roman d’Elif Shafak se déroule encore une fois à Istanbul. Après « La bâtarde d’Istanbul », voici un nouveau tableau coloré de la vie des Stambouliotes.

On y retrouve dans la première partie une grande part de ce qui faisait le charme de « La Bâtarde… » : descriptions croquantes et savoureuses de cette ville tentaculaire et baroque, dessin malicieux des mœurs et des humeurs vivantes et loquaces ; toute la joie de vivre, le fatalisme, la vie grouillante et pittoresque d’Istanbul sont esquissés avec gaieté, ironie, persiflage parfois ou raillerie, tendresse aussi.

 

On y est, à Istanbul, on y vit parmi les embouteillages, les engueulades, les couleurs, les fumées et le brouillard de pollution.

 

Dès le début du roman, nous nous retrouvons plongé en plein psychodrame : on veut supprimer un cimetière, il y a deux tombeaux d’un même saint inconnu au bataillon, mais les deux tombeaux seront vides. Puis on y croise un couple d’émigrés russes qui quittent leur vie et tout ce qu’ils ont pour s’établir en Turquie, on y croise des exilés, des émigrés, des esseulés qui doivent bâtir une vie, rebâtir une existence dans cette capitale qui leur tend les bras.

 

Le tout se rejoint et nous voilà à Bonbon Palace.

 

Le fond du roman est formidable : un immeuble rempli de gens loufoques, angoissés ou perdus, tous aussi névrosés que seuls, tous aussi allumés ou passionnants. Un condensé de Stambouliotes dignes représentants d’une ville multiculturelle passionnante, ébouriffante, colorée et vivifiante. Et puis ce fameux saint, qui ressurigira...

 

Quant à la forme, c’est là que le bat blesse un peu. La première partie est donc parfaitement savoureuse, imagée, délicieuse. Elle se lit le sourire aux lèvres et le passeport à la main, prêt à s’envoler pour Istanbul. Néanmoins,  j’ai trouvé que dès que l’on atteint le premier récit du « narrateur », lui aussi habitant de l’immeuble, le ton devient plus monotone. Elif Shafak se met à expliquer et détailler les agissements de ses personnages, rajoute inutilement des développements sur le caractère, la formation des psychologie : ils sont superflus et j’aurais préféré que les caractères se dévoilent davantage avec des histoires, des anecdotes plutôt que des explications détaillées des moteurs de leurs personnalités.

 

C’est mon qeul regret. Le tout reste un bon roman, toujours aussi pictural et amoureux d’Istanbul, mais, pour qui veut découvrir l’auteur, je conseillerais plutôt dans un premier temps la lecture de « La bâtarde d’Istanbul », d’autant qu’il vient de sortir en poche chez 10/18.

 

Bonbon Palace, Eif Shafak – Ed. Phébus, 450 pages

(traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy)