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01/09/2009

CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA – VERONIQUE OVALDE

Rose, Violette, Vera Candida, Monica Rose, une lignée de femme dans une île imaginaire, Vatapuna. Une lignée de femmes vouées à enfanter seules, enfanter des filles, ne jamais révéler l’identité du père et vivre en ne comptant que sur elles.ovaldé.jpg

 

C’est aérien, un roman comme celui-ci. Aérien et lourd, parce que les vies de ces femmes ne sont ni douces ni faciles. Rose Bustamente, la mère, grand-mère et arrière grand-mère, a commencé par vendre son corps avant de devenir pêcheuse de poissons volants. De sa rencontre avec Jeronimo, le riche propriétaire qui voulait l’exproprier, l'homme au passé sombre et au présent trouble,  va naître Violette, qui sera pute tout court avant de mourir. Vera Candida, la fille de Violette, préfère quitter Vatapuna quand elle se rend compte qu’elle est enceinte…

 

Une histoire de femmes, donc, dont les destins semblent se répéter, marqués par une même fatalité obscène. Une fatalité que Vera Candida refuse. Son départ de Vatapuna lui permettra de rejeter ce sort, d’apprendre à vivre, d'apprendre à aimer, petit à petit, d’abord sa propre fille, puis Itxaga, l’amant qui la réconciliera avec les hommes ou avec l’amour tout court. Avec elle-même, aussi. Une histoire de femmes devenues mères par hasard et qui découvrent une force insoupçonnable dans la maternité (« C’est très difficile, pensait Vera Candida, d’oublier que votre enfant est un organe siamois de l’un des vôtres, c’est très difficile de ne pas le considérer tout le temps comme un membre supplémentaire et parfait de votre propre corps »).

 

C’est surprenant, ce style léger, ces phrases qu’on dirait éparpillées comme par hasard, comme des petites gouttelettes qui éclatent mais qui n’en sont pas moins extrêmement travaillées, sans aucun doute. Au début, on se dit, oui, c’est pas mal, c’est joli,… puis on se laisse aller et, à côtoyer Rose et Vera Candida (qui sont celles que l’on voit le plus, les plus fortes, les plus intenses) on est bercé par ce texte mélodieux qui fait surgir des images, des couleurs, des sons. On n’est plus avec Lancelot qui regardait le ciel lui tomber sur la tête et se disait, Ciel ! le ciel me tombe sur la tête que faire qu’est-ce qui m’arriveshclhurmp, le ciel lui était tombé dessus avant qu’il ait pris la moindre décision. Ici les femmes souffrent, se battent contre la vie (les hommes) et contre elles-mêmes, parfois, à coup de petits riens et de grande volonté. Elles apprenent à avancer, à s'arranger de leur passé et regarder de l'avant. Rien n’est dit mais tout est suggéré, imagé, les phrases sont des petites bulles qui éclatent, donc, qui pétillent avec une belle densité de couleurs et de sens. Au final, une impression jolie, inattendue, et vraiment plaisante.

 

« La regarder ainsi c’était pour Itxaga comme de sentir de nouveau le sang pulser dans son corps jusqu’à l’extrémité même de son doigt fantôme, la main de Vera Candida qui pendait de son poignet et faisait négligemment dégringoler ses cendres d’un petit tapotement de l’index était comme l’aorte de son univers, il pensa, Pour le moment ça me fait du bien de la revoir, quand ça me fera de nouveau mal j’arrêterai de la voir, mais c’est une promesse d’ivrogne et d’amoureux, à quel moment bascule-t-on dans la douleur et dans la dépendance, y-a-t-il un moment précis où la joie disparaît ? Alors il dit, Tu attends quoi de moi ? Il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, qu’elle cesse de regarder la cours et ses ornières pareilles à des vasques de boue, il aurait aimé qu’elle ne scrute pas un loin la cime de l’araucaria du jardin abandonné en face, il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, le fixe de ses yeux minuscules, remarque la cicatrice sur son visage et le petit doigt qui manquait et dise, Abandonne tout et allons sur ta colline de comédie musicale et reprenons tout à zéro…. ....C’était une drôle de question, mais cela avait à voir avec le mille feuilles qu’il avait confectionné à partir de ses terreurs, de ses frustrations, de ses incapacités et de son infinie solitude (l’infinie solitude étant la couche de crème acide qui ajoutait à plusieurs reprises du moelleux à la chose). »

 

 

Cuné et Marie ont aimé. Bab's aussi.

 

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovalé

Eidtions de l’Olivier, août 2009, 293 pages

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