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20/10/2009

LES VISAGES – JESSE KELLERMAN

New York, un galeriste reconnu, dénicheur de talents, un artiste fou (ou génial ?), une famille richissime, un tueur en série, des enfants violés et assassinés, voilà les ingrédients du roman de Jesse Kellerman. kellerman.jpg

 

Ethan Muller est marchand d’art, issu d’une famille d’immigrants juifs qui ont fait fortune dans l’immobilier. Un jour, l’homme de confiance de son père informe Ethan qu’on a retrouvé des dessins dans un des appartements des Muller Courts (une des nombreuses propriétés de son père). Victor Clarke, l’auteur des dessins, a disparu. Personne ne semble le connaître, ni savoir où il est. Inconnu, mais génial. Disparu, mais auteur d’une œuvre exceptionnelle, hors du commun : une série de dessins formant un gigantesque puzzle, une cartographie de visages et de silhouettes époustouflante et tout autant énigmatique.

 

Fasciné par le talent de Clarke et flairant le caractère extraordinaire de ces dessins, Ethan décide de les exposer ; l’exposition attire la curiosité des amateurs, des professionnels, mais quelques semaines plus tard Mc Grath, un ancien policier de New York contacte Ethan : il a reconnu sur les dessins des visages d’enfants assassinés des années auparavant.

 

 

Au-delà du roman policier et de l’enquête à proprement parler que mène Ethan pour retrouver Victor Clarke, Jesse Kellerman, en s’appuyant sur une intrigue impeccablement construite, entraîne le lecteur dans un roman familial où les liens du sang, la filiation, la famille sont partie essentielle de la trame. Après chaque chapitre concernant Ethan et Victor, des interludes nous ramènent dans le passé et nous font connaître la famille d’Ethan, du premier colon juif, Solomon Muller, arrivé à la fin du 19ème siècle dans cette Terre Promise que furent les Etats-Unis pour les juifs allemands. Au fil des interludes, en faisant des sauts dans le temps, Jesse Kellerman dresse le portrait de la dynastie créée par Solomon Muller à force de travail, d’acharnement et de renoncements : argent, fortune et renommée, alliés à la rage de vaincre pour établir une lignée de puissants et asseoir la dynastie, assistés par les femmes qui seront encore plus fermement acharnées à maintenir la réputation sociale de la famille, quitte à écraser tout ce qui peut affaiblir leur nom.

 

Tandis que le lecteur glane peu à peu les indices et événements qui permettront de savoir qui est Victor et quelle est son implication dans les meurtres des enfants (les deux récits se révéleront au final intimement liés), le récit de Ethan (raconté à la première personne du singulier, en s’adressant régulièrement au lecteur) propose également une réflexion sur l’art, ses enjeux, ses valeurs. Les portraits de l’artiste, le pouvoir des marchands d’arts, critiques, et acheteurs est esquissé à travers les descriptions du milieu artistique new-yorkais, à la fois bohème et calculateur, où la création de l’artiste doit céder la place à la logique financière des investisseurs.

 

Ethan, en rupture avec sa famille, ne pourra que replonger dans l’histoire familiale et renouer avec cette filiation qu’il rejette tant. Elevé dans des hôtels particuliers par des gouvernantes, ignoré par son père à la mort de sa mère, le jeune homme, devenu un pilier du marché de l’art new-yorkais après avoir jeté sa gourme et brûlé ses ailes dans la drogue et les filles faciles, va s’immerger dans un milieu inconnu quoique propriété de sa famille : le Queens, les Muller Courts, véritable ville dans la ville, avec ses cloaques, ses rebuts et ses laissés pour compte d’une société qui méprise les faibles, faibles qui se révèlent au final bien plus libres que le jeune homme. Partagé entre deux femmes, Marylin, galeriste toute puissante et de vingt ans son aînée et Samantha, la fille du policier Mc Grath, issue d’un milieu modeste, Ethan plonge dans une enquête qui le ramènera à ses propres origines, et par là-même à l'homme qu'il est réellement.

 

Un bon roman, servi par une intrigue particulièrement captivante et une plume saisissante qui maintient le lecteur en haleine.

 

 

 

Les visages, Jesse Kellerman, traduit de l’américain par Julie Sibony

Sonatine, Octobre 2009, 472 pages

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14/10/2009

L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS – ERIC FOTTORINO

L’homme qui m’aimait tout bas est un livre hommage, un livre mémoire, un livre confession, la confession d’un amour inaltérable fottorino.jpgd’un fils pour son père, amour inaltérable et pourtant disloqué le jour où le père d’Eric Fottorino s’est donné la mort.

 

Eric Fottorino s’efforce de retracer, en tirant un par un les fils des souvenirs, en évoquant des anecdotes, des bribes de moments partagés. Eric Fottorino écrit donc, écrit pour que cet homme qui l’a adopté, lui a redonné la vie, en même temps que son nom. Cet homme qui l’aimait silencieusement, sans mots et sans paroles, d’un amour qui se passait de preuves (« Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort – la force de l’évidence – que tu ne l’aurais pas crié sur les toit. Il fallait une indiscrétion de voisin, de cousin, pour que j’apprenne combien tu étais fier, heureux, de ce rejeton épais comme un arbalète qui disputait aux plus costauds des titres de champion à la gomme. Je me console ainsi : tu est parti tôt mais tu as eu le temps d’être fier de moi, de nous tes fils. » ).

 

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06:06 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : deuil, filiation, suicide, hommage, père | |  Facebook