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08/11/2010

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Il est pourtant éculé, le thème du suicide, et beaucoup l’ont traitépaasilinna.jpg avec humour de façon réussie, ou pas. Je me souviens du Magasin des suicides de Jean Teulé où l’on trouvait tout, absolument tout, pour pouvoir se suicider en paix et sans risque d’erreur. Satisfait ou remboursé, vantait le propriétaire. Je me souviens de « Vous descendez ? » où grâce à Nick Hornby  quatre énergumènes au bout du rouleau se rencontraient un beau soir en haut de la tour de Londres. Chacun venait de son coté, mais la place étant prise, pas question de sauter en groupe, les désespérés décidaient de se donner un délai.

 

Ici, c’est la rencontre entre le Président Onni Rellonen, capitaine d’industrie en faillite et le Colonel Hermanni Kemppainen, militaire sans garnison, qui va déclencher, par une suite d’événements loufoques, une épopée truculente entre futurs suicidés. Mais commençons par le commencement. Car avant la mort, il y a bien une vie, n’est-ce pas ?

 

Le Président Onni Rellonen, donc, a décidé de mourir en se tirant une balle dans la tête. Alors qu’il se rend dans une grange pour mettre enfin fin à ses mornes jours, il découvre que les lieux sont occupés par un homme qui - sacrebleu ! - semble lui aussi décidé à en finir, vu que le bonhomme est occupé à tendre une corde à une poutre.

 

« Dire qu’il se trouvait en même temps deux Finlandais dans la même grange, et dans le même but cruel. Le Président Rellonen se rua à la porte et cria : Arrêtez, malheureux ! Mon colonel ! » L’officier manqua de mourir de peur. Il perdit l’équilibre, le nœud lui serra la gorge, il se débattit un instant au bout de la corde et aurait sûrement fini pendu si l’homme d’affaires n’était pas arrivé à temps…. Il n’était plus seul au monde. »

 

Ces deux là vont immédiatement le lier d’amitié et organisent rapidement un symposium sur le suicide en publiant une petite annonce dans la presse spécialisée, ie les annonces nécrologiques. Car oui, figurez vous qu'en Finlande on se suicide beaucoup. Rapidement rejoints par une foule de désespérés, et notamment par la belle Directrice Adjointe Helena Puusaari, nos deux compères vont très vite se retrouver entourés et, tous décident que quitte à en finir, autant le faire entre amis. L’équipée va pouvoir commencer, le fol itinéraire d’une vingtaine de cas perdus se déroule sous nos yeux ravis.

 

Un roman sympathique, où nous croisons tour à tour toute une foule de personnages tous aussi rocambolesques les uns que les autres. Que ce soit par amour, désespoir, peines d’argent, de couple, de santé, tous les joyeux déprimés vont se lancer dans une aventure de grande envergure : mourir ensemble, mourir entourés, mourir en beauté.

 

C’est drôle, Arto Paasilinna s’en donne à cœur joie et, tout en croquant ses aspirants macchabées avec malice, n’en oublie pas de taquiner avec une pointe de sarcasme moqueur la société finlandaise et ses petits travers bien masqués sous le glacis des rollmops et du progrès social. Le tout est férocement gentil ou gentiment féroce selon les pages ; y passent aussi, tant qu’on y est, les Helvètes et leur pieuse fierté (par question, pour ces habitants du Valais, qu’une bande de joyeux moribonds viennent y salir leur réputation par un suicide collectif), les hooligans allemands, les fonctionnaires finlandais qui voient d’un sale œil cette histoire qui masque sûrement une affaire d’espionnage ou pire encore…

 

 

Bref, c’est plutôt burlesque,  même si très convenu au final (notamment la fin, que l’on voit arriver bien longtemps à l’avance), mais le tout est bien fait, les digressions et nouveaux personnages viennent sauver une épopée qui aurait pu rapidement tourner en rond et nous faire périr d’ennui si Arto Paasilina n’avait pas maîtrisé son récit en l’agrémentant sans arrêt de nouvelles aventures vaudevillesques et en y glissant ses petites piques et sa truculente vision de la société finlandaise. Une meilleure lecture pour moi que "Les dix femmes de l'industriel Rauno Ramekorpi".

 

A lire pour se dérider un peu…

 

 

Petits suicides entres amis – Arto Paasilinna

Folio, 292 pages, février 2009

 

 

Merci Stéphanie !

 

Les avis de Karine et Bladelor, plutôt mitigées, et celui de Yohan, qui a bien aimé, comme moi.

 

 

 

 

16/10/2009

LES DIX FEMMES DE L’INDUSTRIEL RAUNO RÄMEKORPI – ARTO PAASILINNA

Rauno Rämekorpi fête ses soixante ans ce jour-là. Industriel renommé et reconnu, il reçoit à cette occasion le ban et l’arrière paasalinna.jpgban de la bonne société finlandaise. Ainsi qu’une multitude de cadeaux, dont de somptueux et trop nombreux bouquets de fleurs. Comme sa femme Annikki est asthmatique, il décide de se débarrasser des fleurs et entame une grande tournée auprès de maîtresses et amies. Avec l’aide de Seppo Sorjonen, le chauffeur, complice et confident, Rauno va ainsi se retrouver dans le lit de neuf autres femmes, qu’il retrouvera quelques mois plus tard au moment de Noël.

 

Une comédie grinçante, parfois amusante, qui nous lance sur les pas d’un homme riche, dans la force de l’âge, persuadé d’être un héros pour ces dames. Obtus, fier de lui et parfait goujat, Rauno offre son sexe comme LE cadeau ultime, persuadé que toutes lui voueront une reconnaissance éternelle (forcément, hein !). Au passage, quelques formules épinglent la bonne société finlandaise, et particulièrement les petits et un peu moins petits bourgeois parvenus, quelques (trop rares) moments truculents et assez savoureux, mais ceci dit, le tout, au final, reste quand même très léger. On sourit, on s’amuse un peu, mais sans extase non plus, la longue litanie des maîtresses devenant monotone à la fin. Quant à leur vengeance, quelques mois plus tard, elle fait seulement sourire, mais manque à mon sens cruellement de … cruauté. Arto Paasilinna épingle la muflerie masculine, la goujaterie virile avec une écriture détachée et un humour froid, mais il m'a semblé effleurer son sujet dans une comédie un peu trop superficielle pour me convaincre.

 

Divertissant, mais sans plus.

 

 

Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi – Arto Paasilinna

Denoël, 258 pages, avril 2009

 

 

Les avis de Michel, Laurent et Clochette