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08/12/2010

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

bello.jpgÇa ressemble à un roman policier classique, un roman de bonne facture où tous les éléments de crime et de l’enquête sont donnés au lecteur qui pourra s’il le veut en tirer rapidement ses conclusions. Le lieu, une ville de province. Le crime : Emilie Brunet et son amant ont disparu depuis plusieurs jours. Les protagonistes  habituels : le mari, principal suspect, la maîtresse, la gouvernante, le meilleure amie…. Le policier : Achille Dunot, enquêteur à la retraite, grand lecteur expert dans l’œuvre d’Agatha Christie.

 

Ça pourrait, mais ce n’est pas tout à fait ça. C’est même fichtrement plus compliqué. Achille Dunot est enquêteur à la retraite, certes, mais il est frappé d’amnésie antérograde : il oublie tout des événements de la veille et doit relire chaque matin le carnet dans lequel il a consigné la veille tout ce qu’il a appris. Henri Gisquet, son supérieur, lui demande de l’aider à résoudre cette affaire qui parait simple : Claude Brunet, le mari d’Emilie, a été arrêté. Principal suspect, il a été passé à tabac par un jeune inspecteur persuadé de le faire ainsi avouer. Mais Claude Brunet, suite à cette bavure, est lui-même devenu amnésique : il n’a aucun souvenir de la journée qui a précédé la disparition de sa femme et de ce fait ne peut produire d’alibi. Pour corser le tout, Claude Brunet est un neurologue reconnu spécialiste des sciences cognitives : son amnésie est elle réelle ou simulée ? Entre ces deux là commence une partie d’échecs où Achille Dunot est tributaire de son cahier et des souvenirs qu’il y consigne.

 

Antoine Bello sème ici et là des indices, les efface, les balaie, les reprend. Tout au long du roman, truffé de références à Agatha Christie ou à d’autres énigmes policières littéraires (Dickens avec Le mystère d’Edwin Drood, Gaston Leroux) (puisque Dunot et Brunet comparent l'affaire qui les occupe aux principales enquêtes de Poirot et ne cessent de confronter leurs analyses réciproques de l'oeuvre d'Agatha Christie), il sème le trouble dans l’esprit du lecteur qui doit se contenter des souvenirs de Dunot. Mais ceux-ci sont-ils exacts, impartiaux ? N’a-t-il pas oublié un élément important ? A-t-il été manipulé par Brunet, considéré dès le début comme le coupable idéal : héritier, machiavélique, volage, l’homme qui prône la recherche du crime parfait semble être le suspect idéal. Mais rien n’est plus facile que de sauter sur des conclusions rapides. Hercule Poirot aurait brillamment élucidé l’affaire en y apportant des preuves éclatantes. Ariadne Olivier, elle, aurait laissé son intuition la guider au fur et à mesure de l’enquête et abouti au même résultat. Comme Ariadne Olivier, je me suis laissée porter par un indicible soupçon, une idée tenace et sous-jacente qui commençait à pointer insidieusement mais ne trouvait pas de prise réelle ou légitime, jusqu’aux dernières pages du roman.

 

A lire et à relire sans doute, pour tenter de trouver d’autres preuves irréfutables, pour peu qu’il y en ait. A revoir aussi « La corde », d’Alfred Hitchcok, et surtout les romans d’Agatha Christie où Hercule Poirot entre en scène. Jusqu’à, évidemment, Poirot quitte la scène.

 

  

Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet – Antoine Bello

Gallimard, septembre 2010, 251 pages

 

 

Les avis de Cuné : "C'est un régal de plonger dans ce chaleureux hommage à Dame Agatha et au roman policier en général"

 

Celui de Fashion : « C'est un véritable jeu de piste que je me suis pour ma part régalée à suivre »

 

Celui de Voyelle et Consonne :  « Un exercice de style, donc, plein de prouesse et d'habilité »

 

Celui d’Emeraude : « Un roman à la fois drôle, intéressant, divertissant… »

 

Celui de Vincent Jolit sur Rhinoceros : « Un tel niveau de virtuosité permet à Antoine Bello de signer à nouveau un texte magistral. »

 

04/05/2009

PIERRES DE MEMOIRE – KATE O’RIORDAN

Nell, 48 ans, vit à Paris où elle est œnologue. L’Irlande, elle n’y est pas retournée depuis longtemps, depuis ce jour où elle en est oriordan.jpgpartie, enceinte, à 16 ans. De temps en temps, brièvement, furtivement, Ali, sa fille, et Grace, sa petite-fille, lui rendent visite à Paris. Un soir, un voisin l’appelle et lui demande de rentrer : Ali va mal.

 

Nell retourne auprès de sa fille, qui a repris le pub familial après le décès d’Agnès, la mère de Nell. Le quotidien d’Ali, ancienne héroïnomane, oscille entre sourires et larmes, grâce et crasse ; sa fille est couverte de puces et de poux, Nick son mari est malade, les chats ont envahi la maison. Un jeune homme, Adam, occupe une caravane sur le terrain adjacent et semble manipuler Ali.

 

Voilà un joli roman, où l’on apprendra peu à peu comment la vie de Nell a été brisée, comment ces failles ont lentement fissuré jusqu’à la vie de ses proches. C’est agréable, et doux, une histoire d’amour maternel et familial. Une famille où quatre femmes se suivent et se ressemblent un peu, où les larmes et les regrets ont remplacé les sourires et les mots. Kate O’Riordan effleure très bien ces instants où un mot de plus peut briser à jamais des relations déjà trop distendues, ces moments émouvants où l’on se réfugie dans le silence pour épargner l’autre, où l’on a peur de parler, peur de dire, peur de se dire.

 

Une histoire toute en douceur et en non-dits, en mots chuchotés et en regrets murmurés.

 

Touchant.

 

 

Pierres de mémoire, Kate O’Riordan – Editions Joelle Losfeld 347 pages

 

Cathulu a aimé.

06:54 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : irlande, pub, mémoire, relations mère-fille | |  Facebook