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10/09/2009

LOVING FRANCK – NANCY HORAN

Au début du vingtième siècle, Franck Lloyd Wright est un architecte renommé et précurseur. Marié, père de six enfants, il lovingfranck.jpgconstruit pour Edwin et Mamah Cheney une maison à Chicago. Franck et Mamah entament une liaison et finiront par s’enfuir ensemble en Europe.

 

 

Loving Franck est une fiction historique (Nancy Horan a d’ailleurs remporté le prix Fenimore Cooper de la meilleure Fiction Historique pour ce premier roman).

 

Si le nom de Frank Lloyd Wright vous dit quelque chose, c’est sans doute grâce à sa réalisation la plus célèbre, le musée Guggenheim à New York. Mais avant de construire ce musée pour Solomon Guggenheim, Franck Lloyd Wright, fut un précurseur partisan d’une architecte en harmonie avec la nature (maisons des prairies). Et défraya la chronique en abandonnant son foyer pour fuir avec Mamah Chenay.

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15/07/2009

LA TROISIEME MISS SYMONS – FLORA M. MAYOR

Quant on naît troisième fille au sein d’une famille de 7 enfants, dans l’Angleterre victorienne, mieux vaut être jolie, sinon symons.jpgcorrectement dotée, savoir converser, être d’une compagnie agréable et laisser supposer aux futurs prétendants un potentiel de sociabilité suffisant pour attirer le fiancé.

 

Henrietta Symons n’est ni jolie, à l'aise sans être riche, pas particulièrement agréable : son caractère acariâtre n’est pas son meilleur atout pour trouver un mari. Alors que ses sœurs quittent le foyer familial, Henrietta se voit condamnée au célibat.

 

Le parcours, donc, d’une enfant devenue jeune femme, vieille fille et enfin vieille dame.

Que ce soient les sœurs d’Henrietta, chacune décidée à se caser avec un parti honorable à défaut de susciter de l’amour, ses frères voués à « faire carrière », sa mère réfugiée dans la maladie, tous les personnages qui entourent Henrietta sont croqués avec finesse et les mœurs de l’époque habilement dessinés. On retrouve également beaucoup d’humour dans le portrait d’Henrietta, dont le caractère certes fort peu aimable (le personnage n’est pas très attachant, au final) restera grincheux… et touchant.

 

Acariâtre, donc, bourrée de préjugés, réactionnaire, amère et peu souriante, cette Henrietta victorienne ressemble beaucoup à une ou deux « célibataires endurcies » que je connais, et c’est aussi ce que j’ai aimé dans ce livre : le portrait et l’analyse d’une jeune fille qui pourrait à quelques détails près (époque, éducation, famille) relater ou prédire celui d’une fille d’aujourd’hui, qui deviendrait une vieille tante digne et indignée qu’on aime bien, à condition de ne pas la voir trop souvent.

 

« Henrietta tuait le temps en allant ici ou là « jeter un œil » ; non à une église ou un tableau ancien, bien sûr – elle n’approchait jamais les chefs d’œuvres maintenant qu’elle avait tout le temps de les voir –mais à l’office de Pâques, aux défilés célébrant les anniversaires royaux ou aux batailles de fleurs…. S’il pleuvait, si quelque chose allait de travers, c’étaient des récriminations à n’en plus finir. Et quand, enfin, elle assistait à son spectacle, elle n’en retirait qu’un plaisir infime….Elle était si exigeante en matière de confort qu’elle devint un objet de terreur et d’aversion pour les serveurs et les femmes de chambre. Elle réglait sa note avec ponctualité, mais d’une pingrerie redoutable, elle arrachait maintes concessions à l’hôtel en revenant à la charge avec une obstination qu’aucun homme et très peu de femmes auraient le courage de montrer. En quête de l’hôtel idéal, elle était toujours par monts et par vaux… Cette vie lui gâta le caractère. Elle était plus irritable et tatillonne que jamais, toujours prête à livrer bataille, flairant l’entourloupe, persuadée qu’on cherchait à profiter d’elle. »

 

 

 

La troisième Miss Symons, Flora M. Mayor (1913)

Editions Joëlle Losfled, 128 pages, mai 2009

 

 

Les avis plus détaillés de Cathulu et Lou.

20/05/2009

LE GOÛT ÂPRE DES KAKIS – ZOYÂ PIRZÂD

Kaki n.m : Fruit du plaqueminier, jaune oranger, à pulpe molle et sucrée (Larousse).pirzad.jpg

 

 

La plume de Zoyâ Pirzâd est comme un kaki : colorée, toute en douceur et en saveur. Jamais molle,  elle coule avec limpidité, sans effets de style superflus ni fadeur.

 

C’est une jolie découverte que cette auteure, dont j’avais entendu parler ici ou là, sans jamais avoir pris la peine d’ouvrir ses précédents ouvrages. C’est chose faite avec « Le goût âpre des kakis », recueil de cinq nouvelles dans lesquelles Zoyâ Pirzâd dresse quelques tableaux de vie, quelques portraits de femmes (mais aussi d'hommes) dans la société iranienne contemporaine.

 

Que ce soit par la hantise des tâches chez une jeune femme qui s’acharne à effacer, nettoyer, laver, astiquer, frotter, lessiver, qui oublie dans son obsession son mariage malheureux ("Les tâches", au style très économique, presque télégraphique, où les scènes se succèdent sans superflu, comme la solitude que ressent la jeune femme), que ce soit dans un appartement, qu’une jeune femme vend et que l’autre achète (l’une est ne supporte pas le poids et l’assujettissement à un mari maniaque et traditionaliste, l’autre au contraire est une femme d’intérieur accomplie, mais toutes deux sont amères et désabusées par leurs vies ("L’appartement")), chacune de ces nouvelles propose un portrait bref mais saisissant d’une société iranienne moderne (les femmes travaillent, fument, divorcent) où les traditions sont encore omniprésentes, parfois lourdes, parfois pleines de grâce (hospitalité, politesse, respect). Une jeune femme dévouée mariée à un artiste insaisissable (« Le père Lachaise), un jeune employé humble qui observe son patron marié à une mégère (« L’harmonica ») ou la solitude d’une femme que le destin a privée d’enfant (Le goût âpre des kakis ») complètent ces petits tableaux et en font une mosaïque réaliste et pleine de tendresse pour ces pans de vies iraniennes.

 

 

Des hommes et des femmes, heureux ou malheureux, une culture exquise, de frustrations et des désirs, des solitudes et des familles unies, un très joli recueil, qui se lit avec plaisir.

 

Naina en parle aussi.

 

 

Le Goût âpre des kakis, Zoyâ Pirzâd

Zulma, 219 pages, mai 2009

 

 

L’avis de Pagesapages.


 

15/05/2009

ONZE HISTOIRES DE SOLITUDE – RICHARD YATES

Onze histoires de solitudes, onze histoires de tristesse ou d’isolement, onze façons d’être délaissé, sur la carreau d’une société ou de s’enfermer sur soi, Richard Yates promène dans ces nouvelles son regard attendri et lucide sur la middle-classe américaine des années 50-60.

 

yates.jpgCe sont onze solitudes que nous propose ces petites histoires douces amères. Des histoires d’enfance : un petit garçon dans une nouvelle école, isolé par ses camarades parce que différent, qui souffre de la cruauté involontaire des autres enfants (« Docteur Jeu de Quilles », pleine de tendresse), des petites jalousies et envies dans une autre école, pour une maîtresse plus jolie, plus enviée, mâtinées de honte et de petites lâchetés enfantines (« Une petite fête pour Noël »).

 

Des histoires de femmes : la honte et la douleur d’une jeune femme, condamnée à rendre visite à son mari tuberculeux une fois par semaine, qui voit sa jeunesse lui filer entre les doigts et culpabilise de tromper ce mari devenu un poids (« Absolument sans douleur »)

 

Des histoires de couple : un jeune couple qui se marie par conformisme et tait cette petite voix moqueuse qui lui susurre de ne pas le faire (« Tout le bonheur du monde »).

 

Et puis il y a des hommes, jeunes ou vieux, prêts à bêler avec des idiots pour ne pas rester seuls, dépendants du regard d’autrui, empêtrés dans leurs illusions, qui laissent exploser leurs frustrations ou leurs colères (« Le mitrailleur » « Un pianiste de jazz formidable ») d’autres hommes enfermés dans leurs convictions, emplis de certitudes, sourds aux conseils des autres (« Contre le requins », « Les bâtisseurs » (certainement ma préférée)), des vieux malades qui unissent leurs solitudes dans un hôpital (« Fini l’an ‘ieux, ‘ive l’an neuf », très réussie).

 

 

Bref, des êtres maladroits, tristes, amers, des laissés pour compte ou des loosers, des personnages ordinaires, avec leurs failles et leurs désirs de réussir, de rentrer dans la norme. Ce recueil est différent de « la fenêtre panoramique », les sentiments et frustrations n’y sont pas finement distillées et décomposés. Ici, onze fenêtres s’entrouvrent et se referment sur des pans de vie américains.

 

 

 

Onze histoires de solitude, Richard Yates

Pavillon poche, 364 pages – Mai 2009

 

 

 

Pour les anglophones, les curieux, les patients (40 mn) Richard Yates lit ici la nouvelle « The best of everything » (tout le bonheur du monde) (cliquez sur Audio of Yates reading « the best of everything »).

02/03/2009

L'HISTOIRE D'UN MARIAGE - ANDREW SEAN GREER

San Francisco, années 50. Pearlie Cook a épousé son amour d'adolescence, le beau Holland. Tous deux ont un fils, Sonny, atteint degreer.jpgpolio, un chien muet et une petite maison au bord de l'océan. Ce mariage, Pearlie l'a voulu, espéré, réalisé bien que tous deux se connaissent finalement peu, malgrè les avertissements des tantes de Holland : "son coeur est... malade" "ne vous mariez pas avec lui !". ¨Pearlie épouse Holland, donc, et traverse paisiblement les premières années de vie commune, jusqu'à ce que Charles "Buzz", que Holland a connu pendant la guerre, surgisse dans sa vie comme une boule dans un jeu de quilles.

 

La narratrice Pearlie, se souvient de ces quelques mois qui ont fait basculer le fragile édifice sur lequel sont basées ses convictions : qu'est ce que l'amour et connaissons nous vraiment ceux que nous aimons ? Qui sont ils vraiment et ne les voyons nous pas avec un voile opaque qui dissimule tout ce que nous ne voulons pas voir ? Et que faire alors quand la réalité devient si violente et inattendue que nous ne pouvons que nous battre ou nous résigner ?

 

Au cours de la première partie du roman, Andrew Sean Greer distille un à un les différents éléments qui permettront au lecteur de connaître précisément tous les "enjeux" de l'intrigue. Chaque nouvel élément vient gifler le lecteur et corser une histoire qui sans celà aurait sans doute été plutôt banale. Le tout est complexe, surprenant (et j'avoue avoir pensé "un peu too much ?" quand le dernier morceau du puzzle s'est ajouté).

 

Mais ce n'est pas cette complexité que j'ai le plus appréciée : l'histoire de Pearlie et Holland est déconcertante, elle interpelle, elle absorbele lecteur, oui, mais au delà j'ai préféré l'époque dans lequel le roman m'a plongée : San Francisco, la guerre de Corée et le patriotisme culte qui voulait que les jeunes hommes partent se faire mitrailler le sourire aux lèvres et la fierté en étendard, le MacCarthysme, le conformisme rigoureux dans lequel on se moule pour convenir aux critères préétablis, la ségrégation et l'homophobie, le besoin de correspondre aux critères sociaux et de n'en surtout pas déroger.

 

Intéressant, donc, pour le portrait  lucide et tendre qu'une femme porte sur son mariage et sur celui qu'elle aime, sur les choix de vie qui portent et guident un couple qui ne sait pas communiquer (mais apprenait-on à communiquer à cette époque ?), et pour la description de cette ambiance so "Frisco" dans une Amérique conservatrice et puritaine.

 

L'histoire d'un mariage, Andrew Sean Greer - Editions de l'Olivier, 273 p.

 

 

Les avis de Cuné, Clarabel et de la Muse agitée.