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21/09/2009

HISTOIRE DE MES ASSASSINS – TARUN J. TEJPAL

« Le matin où j'appris la nouvelle de ma mort, j'étais assis dans mon bureau du deuxième étage, face à la baie vitrée ouvrant sur les torsades jaunes d'un laburnum dont l'or aveuglant avait en quelques jours viré au blanc laiteux, comme délavé par un détergeant corrosif. » Ainsi commence le roman de Tarun J. Tejpal. Un journaliste est visé par un attentat, mais la police a réussi à déjouer les meurtriers qui sont arrêtés. L'homme rencontre les cinq assassins au tribunal et tente, avec sa maîtresse, de connaître leurs passés. Comment, pourquoi, pour qui ? Qui sont-ils et que sont-ils ? tejpal.jpg

 

 

Tarun J. Tejpal propose ici un roman dense et foisonnant. Les récits s'imbriquent, alternant les chapitres consacrés au journaliste et à son enquête, dans lesquels nous plongeons dans une Inde corrompue et viciée, où les services de police, de la justice ou politiques sont évoqués sans concession, et les chapitres consacrés aux assassins : cinq récits, dans lesquels les parcours de ces cinq hommes sont retracés.

 

Chaku, qui manie le couteau comme un artiste ciseleur, Kaliya et Chini, les enfants de la gare qui deviennent voleurs, dealers et tueurs, Khabir, l'enfant sans nom, privé d’identité et d’histoire, Hathoda Tyagi, l'homme sans conscience, le broyeur de cervelle : cinq parcours d'enfants nés pauvres, sans espoir et sans avenir, cinq parcours qui entraînent le lecteur dans l'Inde des basses castes, des destins tracés d'avance : misère, pauvreté, impossibilité de s'en sortir. Manipulés, entraînés dans le crime, les assassins deviennent à la fois victimes et bourreaux sous la plume de Tejpal. Victimes d'une société viciée, corrompue, pourrie qui laisse de coté ceux qui n'ont rien, et bourreaux par nécessité, à défaut d'autre choix.

 

J'ai préféré toutes les parties consacrées aux cinq tueurs, cette immersion auprès des paysans, des enfants des rues, des castes inférieures pour lesquelles il n'y a pas d'avenir. Le style est à l'image de ces destins : sans concession, cru, parfois violent et toujours captivant. Captivant car la plume de Tejpal met le lecteur en totale empathie avec ces cinq enfants, que l’on n’absout pas mais que l’on comprend. Victimes d’une société où racisme, intégrisme, lutte des castes, instruction inexistante et misère broient les plus faibles, pour ces laissés pour compte s’en sortir par le crime ou la drogue est juste un moyen de survivre, tant bien que mal. Même si les notions de bien et de mal ont des frontières d'une fragilité ténue, voire ambigue.

 

La construction est parfois déconcertante, on arrive à se perdre dans les méandres de l'histoire (notamment les parties consacrées aux journaliste), Tarun J. Tejpal mélange les cartes et redistribue sans cesse les hypothèses : est-ce un crime politique ? Une vengeance contre celui qui dénonce la corruption dans son journal ? Les assassins sont-ils victimes d'un vaste complot ? Le Pakistan tire-il les fils de cet imbroglio ? Qui est réellement visé ? Assassins sans scrupules, comme le clame la police ou victimes manipulées comme le clame Sara, la maîtresse du journaliste ? La vérité ne sera révélée qu'à la fin.

 

 

Un bon roman, implacablement construit, parfois ardu, souvent édifiant.

 

 

 

Un portrait de Tarun J. Tejpal chez Anne-Sophie.

 

 

 


 

Histoire de mes assassins, Tarun J. Tejpal

Buchet Chastel, 590 pages, septembre 2009

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