Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/01/2011

Blonde – Joyce Carol Oates

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ».

 

blonde.jpgEst elle morte au bon moment, Norma Jean Baker Mortensen Monroe ? Est elle morte avant de devenir l'ombre de son ombre, gavée de somnifères, de Nembutal, de Benzedrine, d'alcool, ou avant de devenir totalement folle, totalement aliénée, totalement dépendante des hommes, des autres, d'elle-même ou de l'image, cette image qui la regardait dans le miroir, cette autre Elle devenue l'Amie dans le miroir, la seule à laquelle elle pouvait se confier ? Est elle morte avant d'avoir pu vivre vraiment ?

 

« Rappelle toi, Norma Jeane, … meurs au bon moment ». Ces mots que lui a confiés sa mère, Gladys Mortensen, semblent prophétiques quand on connait la vie de Norma Jeane. Norma Jeane devenue Marylin, mais Norma Jeane l'héroïne du roman de Joyce Carol Oates.

 

Norma Jeane qui, sous la plume de Joyce Carol Oates, devient vivante, palpite, respire, prend forme et renaît pleinement. Je dis renaître car la star, elle, la Marylin, je ne la connaissais qu'à travers ses films et la légende qui l'entourait. Le reste, pour moi, était une nébuleuse faite de mythe et de faits avérés.

 

JCO s'est emparée du mythe pour dessiner le portrait et esquisser la vie d'une simple femme. De l'enfance de Norma Jeane, baptisée ainsi en hommage à Norma Thalmadge et Jean Harlow, deux stars que sa mère admirait. Sa mère qui travaillait dans les studios d'Hollywood, sa mère schizophrène, sa mère qui oubliait dans l'alcool et les médicaments les tourments et les peurs. Sa mère qui l'élevait seule, sa mère qui a toujours caché à sa fille la véritable identité de son père, son père qu'elle a cherché toute sa vie, appelant ses maris "Papa".

De l'enfance, chaotique, tourmentée (Norma Jean fut confiée à un orphelinat puis une famille d'accueil après que sa mère Gladys eut été internée), aux premières photos de pin-up, aux premiers pas à Hollywood, en passant par un premier mariage, au statut de star, de bombe sexuelle, de scandaleuse, de victime, de tas de viande salement exhibé et exploité, de fantasme ambulant entièrement fabriqué par les studios, Joyce Carol Oates s'empare du mythe et lui érige un piedestal fascinant sous forme d'une biographie romancée. Part du vrai ? Part du faux ? Le vrai, la vérité, celle qu'on connait, sert de fondations à un roman extrêmement fouillé où la star n'est plus qu'une femme, l'héroïne d'un somptueux roman qui ne se quitte pas.

SI Joyce Carol Oates excelle à forger des portraits de femmes brisées (Ariah dans Les Chutes, Genna dans « Fille noire, fille blanche »), la vie de Marylin devient sous sa plume un matériau qu'elle pétrit inlassablement pour en extraire un suc dense et palpitant.

Joyce Carol Oates écrit nerveusement, de façon saccadée pour souligner la vie en soubresauts de l'Actrice blonde. Son style énergique, parfois lancinant, parfois obsédant, magnifie son existence bousculée et la narration toute en brisures met en exergue les fêlures de la femme fatale, victime à la fois consentante et manipulée, méprisable et fascinante, obsédante et idéalisée.

Le regard de JCO se porte sur la vie d'une femme faite de contradictions, une femme faite et défaite au fil des ans et des rencontres. Des initiales ou des simples surnoms désignent les personnages qui entourent Marylin (l'Ancien Sportif pour Joe Di Maggio, le Dramaturge pour Henri Miller, H. pour John Huston, W pour Billie Wilder ou C. pour Tony Curtis) : ainsi ces personnages mythiques ne sont plus que des ombres secondaires qui entourent la Femme emblématique, petite fille brisée, broyée par une machine infernale qu'elle rêvait de quitter mais qui n'a pas jamais su s'échapper de la cage dans laquelle elle avait été enfermée.

 

Candeur sexuelle ou innocence perverse ? Qui était Norma Jean Mortensen Baker Monroe ? Nul ne le saura vraiment, mais JCO réussit à la perfection dans un exercice ô combien périlleux, ô combien dangereux. Sa plume correspond parfaitement à l'héroïne mythique : brûlante, acérée, saccadée, elle magnifie Norma Jean et la rend sublime, humaine, à la fois méprisable et infiniment émouvante.

 

 

Blonde, Joyce Carol Oates

Traduit de l'anglais (américain) par Claude Seban

Stock, 981 pages, juin 2010

Première parution 2005

Livre de poche (mai 2002)

 

 

Les avis de Restling

"J’ai adoré découvrir cette femme charismatique accompagnée de la plume de Joyce Carol Oates et si vous n’avez pas peur des pavés, je vous recommande chaudement ce roman."

 de Magda

"Oates pénètre les tourments et les espoirs de Marilyn mieux que n’importe quel écrivain l’a fait avant elle, et nous raconte une histoire dont il est impossible de décrocher. "

de Cathulu :

"Joyce carol Oates s'empare de la vie de Marylin Monroe , la sculpte, la brasse à sa guise et la transforme en une fiction fascinante qui distille un sourd malheur."



 

« Le trac. Cette peur animale. Le cauchemar de l'acteur. Une décharge d'adrénaline si forte qu'elle peut vous projeter à terre & votre coeur bat à toute vitesse & un tel afflux de sang dans ce coeur qu'on se dit avec terreur qu'il va éclater & et les doigts des mains et des pieds glacés & plus de forces dans les jambes & la langue engourdie, plus de voix. Un acteur est sa voix & sans voix il n'existe plus. Souvent il y a des vomissements. Epuisants et spasmodiques. Le trac est un mystère qui peut frapper n'importe quel acteur n'importe quand. Même un acteur chevronné. Un acteur à succès. Laurence Olivier, par exemple. Olivier a été incapable de jouer sur une scène pendant cinq ans au faîte de sa carrière. Olivier ! Et Monroe, touchée par le trac à la trentaine, durement touchée, devant des caméras & même devant des spectateurs en chair & en os. Pourquoi ? On explique toujours que le trac doit être une simple peur de la mort & de l'anéantissement mais pourquoi ? pourquoi une peur aussi générale frapperait-elle de façon aussi erratique ? pourquoi spécifiquement l'acteur & pourquoi si paralysante ? pourquoi cette panique à ce moment là, pourquoi ? vos membres vont-ils être déchiquetés, pourquoi ? vos yeux arrachés, pourquoi ? ventre percé, pourquoi ? êtes vous un enfant, un nourrisson sur le point d'être dévoré, pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

 

Le trac. Parce qu'elle ne pouvait pas exprimer de colère. Parce qu'elle savait exprimer magnifiquement & subtilement toutes les émotions à l'exception de la colère. Parce qu'elle pouvait exprimer la déception, le désarroi, la crainte & la douleur mais ne pouvait se présenter de manière convaincante comme l'instrument de telles réactions chez d'autres. Pas sur scène. Sa faiblesse, le chevrotement de sa voix si elle l'élevait pour exprimer la colère. La protestation, la rage. Non, c'était impossible !.... L'homme qui était son amant ou qui avait souhaité être son amant, comme tous ses amants un homme pénétré de la certitude d'être le seul homme à détenir le secret du puzzle, de l'énigme, de la malédiction de Monroe, lui avait dit qu'elle devait apprendre à exprimer la colère sur scène & qu'elle deviendrait alors une grande actrice ou aurait au moins une chance de devenir une grande actrice & il la guiderait dans sa carrière, il choisirait ses rôles & il la dirigerait, & il ferait d'elle une grande actrice de théâtre ; disant, taquin et grondeur même quand il lui faisait l'amour ( de cette curieuse façon lente & étonnée & presque abstraite sans jamais cesser de parler sauf au moment de l'orgasme & encore à peine un court instant, comme dans une parenthèse) que lui savait pourquoi elle était incapable d'exprimer de la colère et elle ? & elle secoua la tête en silence, non, & il dit Parce que tu veux que nous t'aimions, Marylin, tu veux que le monde entier t'aime & ne t'anéantisse pas, comme toi tu aimerais anéantir le monde & tu as peur que l'on découvre ton secret je me trompe ? & elle avait fui. »