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30/08/2010

Robe de marié – Pierre Lemaitre

9782253120605-G.jpgDiscutant dernièrement avec des amies, je proférai l'énormité suivante : « Est ce que les vraies Fashion Victims porteraient des vêtements des collections des saisons passées ? Non. Je suis comme elles : je veux lire des romans de cette rentrée uniquement, les autres ne me font pas envie du tout. »

 

Donc, errant comme une âme en peine dans les rayons blafards d'une grande et impersonnelle librairie de province où pas un seul nouveau roman n'était présenté (c'était la veille de la rentrée), je suis rentrée chez moi bredouille et je me suis plongée dans un roman vintage, donc, en me disant que cet auteur, je l'avais déjà apprécié avec « Cadres noirs », et qu'un polar me permettrait de prendre mon mal en patience en attendant la vraie rentrée.

Robe de marié. D'abord il manque le « E ». Intriguant. C'est qui le marié ? Pourquoi il porte une robe ? D'autant que le roman commence par la vie de Sophie Duguet, employée comme nurse auprès d'une famille aisée. Sophie, on le devine, est folle.

 On le devine parce Pierre Lemaître nous plonge d'emblée dans l'esprit de Sophie avec une maîtrise impressionnante : les crises d'amnésies, l'impression de sombrer dans un gouffre de plus en plus profond, un gouffre vertigineux où Sophie semble s'enfoncer avec une torpeur abrutie et inéluctable. On ne sait rien de son passé, ou plutôt on devine que Sophie a assassiné son mari, sa belle-mère et s'est reconstruit une vie. Jusqu'à ce que sa folie refasse surface et qu'elle commette un troisième meurtre, puis un quatrième.

Il est vertigineux, ce roman, car Pierre Lemaitre réussit à semer le doute dans l'esprit de son lecteur. Semer le doute, retourner les situations, distiller l'angoisse et surtout, surtout, à l'accrocher à son roman, l'accrocher et le maintenir totalement captif.

Dans la première partie, on suit Sophie dans sa folie, on compatit et en même temps on est écoeuré. Les mécanismes de la folie sont distillés lentement, c'est une descente aux enfers machiavélique et tortueuse complètement hypnotisante. Dans la seconde, on comprend, l'histoire est reprise par Frantz, un homme qui suit Sophie depuis de longues années, qui l'observe. Une autre folie, cette fois pire encore, celle d'un homme obsédé et ravagé qui consacre sa vie à suivre cette femme.

Le tout se rejoint, et le tour est joué : on ne peut lâcher le roman.

Parfaitement maîtrisé, donc, où les folies se rejoignent et s'affrontent jusqu'au final que l'on achève à trois heures du matin, les mains moites et le coeur frissonnant.


Comme quoi, le vintage, c'est vachement bien. D'ailleurs, j'ai acheté encore plus vintage, du coup : le premier roman de Pierre Lemaître « Travail soigné ».

 

Robe de marié, Pierre Lemaitre

Le livre de poche, mai 2010, 407 pages

 

Cuné : « Les rouages des détaqués sont impénétrables, la machination est diabolique et la lectrice heureuse : elle a tout oublié de sa vie le temps de ces 271 pages, rivée aux mots. Bravo ! »

Stéphie : "J'aime ce genre de livre dans lequel arrive une nouvelle révélation hallucinante à chaque fois que vous croyez avoir tout vu et tout compris."

Cathulu qui n'a pas aimé :(.. : "je suis restée totalement à l'extérieur d'une narration qui aurait pu être efficace si elle avait été plus crédible.Dommage."

 

19/08/2009

LA NUIT DESCEND SUR MANHATTAN – COLIN HARRISON

Pincez-vous le nez, retenez votre respiration, n’inspirez surtout pas lors du premier chapitre de ce thriller haletant, impeccablement réalisé par Colin Harrison. Retenez votre respiration, donc, et poursuivez votre lecture. Vous rencontrerez Jin Li, jeune chinoise responsable d’une entreprise de nettoyage de bureaux new-yorkaise, qui assiste au meurtre nauséabond de deux de ses jeunes employées mexicaines. Pourquoi ?

 

Jin Li, donc, dirige une entreprise de ménage. Ménage, nettoyage de bureaux, y compris récolte et destruction de documents hautement confidentiels. Il semblerait que Jin Li ne détruise pas tous les documents sensibles, qu’elle les filtre et les transmette, là-bas, en Chine, à certains amateurs d’informations susceptibles d’influer les marchés boursiers. Jin Li disparaît après le meurtre, son frère Chen se lance à sa poursuite, de même que Ray Grant, son dernier amant, qui semble rescapé d’une catastrophe, avoir bourlingué depuis de par le monde, et se retrouve plongé dans une affaire sordide qui va l’immerger dans le harrison.jpgbas fonds de Brooklyn (d’où il est originaire), les avenues scintillantes de l’Upper East Side, poursuivi par les malfrats de Brooklyn qui se rêvent plus puissants qu’ils ne sont, une organisation financière aussi illégale que folle de rage, assisté par son père mourrant et ex-flic de la NYPD.

 

Nous sommes à Brooklyn, NY, donc, et allons plonger irrémédiablement, sans même le vouloir ni le voir venir, dans un thriller exemplaire qui nous promène dans un New York fascinant, de South Brooklyn à l’Upper East Side, en passant par Broadway et le Lower Manhattan. Mafias financières, organisations chinoises revanchardes et prêtes à tout pour rouler la bourse américaine, jeunes cadres sous méta-bloquants pour supporter le stress et oublier leur morale fluctuante en fonction de leurs intérêts financiers, le tout se mêle, s’imbrique sans relâche et promet une belle, très belle nuit blanche.

 

Qui plus est, Ray Grant (j’ai regretté d’avoir lu la quatrième de couverture) est un très bon personnage, troublant, dur à cuir, ravagé par une souffrance intérieure qui a laminé sa vie ; il va se lancer à la recherche de Li Jin, se poser régulièrement près de son père en phase terminale et découvrir des vérités insoupçonnées qui vont le traîner aussi bien dans les petites luttes intestines des petits truands de Brooklyn que des grandes batailles des marchés financiers internationaux.

 

Impeccable, donc, et parfaitement réalisé. Même si les puristes trouveront que tous les ingrédients d’un beau thriller sont un peu trop balancés, là, comme ça, histoire d’appâter le lecteur (ma foi, oui, peut-être, un peu), le style direct, sans fioriture mais très bien écrit, l’immersion dans un New York formidablement décrit, avec les hauts et les bas de cette ville, l’histoire hypnotique et l’intrigue magistralement orchestrée en font un très bon roman, qui m’a happée sans relâche. J’avais aimé Havanna Room, du même auteur, me reste à lire Manhattan Nocturne qui semble être son meilleur.

 

 

 

La nuit descend sur Manhattan, Colin Harrison

Belfond Noir, 382 pages, janvier 2009

(Titre original The finder, rien à voir donc avec le titre français que je trouve totalement raté).