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25/09/2009

MANHATTAN NOCTURNE – COLIN HARRISON

Porter Wren est chroniqueur dans un journal new-yorkais. Son créneau :  le fait divers, le sordide, les échauffourées, les meurtres, harrison.jpgtous ces petits ou grands incidents qui balafrent les nuits de Manhattan, et accessoirement  lui permettent de vivre. Vivre du sordide tout en étant un père de famille exemplaire, un mari fidèle et, au final, un homme bien.

Jusqu’au jour où Porter rencontre Caroline Crowley, la veuve d’un cinéaste qui fut underground avant de devenir une référence dans le monde du cinéma, et plus tard un cadavre abandonné dans les décombres d’un immeuble du Lower East Side. Triste fin pour cet homme qui filmait sans arrêt, en caméra cachée, tout ce que la misère des âmes peut montrer et entassait ces casettes dans le coffre d'une banque ?

Lorsque Caroline demande à son amant de retrouver pour elle une cassette filmée par son mari, Porter met alors les pieds dans un obscur engrenage.

 

 

Manhattan nocturne porte bien son nom. C’est une, ou deux nocturnes, qu’il provoquera, embarquant son lecteur dans un récit fascinant et dans un Manhattan non moins captivant.

 

Le style est très narratif (et pourra désarçonner les amateurs d’action pure et simple, du moins au début) mais le récit de Porter est une plongée en apnée dans la nuit de Manhattan. A travers des personnages extrêmement bien dessinés, du premier au dernier, les portraits sont tous saisissants de justesse : Porter, le journaliste consciencieux, père et mari attentionné, verra ses valeurs s’effilocher en étant incapable de résister à sa maîtresse ; Hobbs, le propriétaire du journal, millionnaire, dégoulinant de graisse et de pouvoir qui révèlera plus tard avoir une faille, un secret qu’il cherche avant tout à dissimuler ; Simon, le cinéaste-voyeur et cynique ; Caroline, prête à tout pour parvenir à un autre monde que celui dans lequel elle a grandi ; Lisa, la femme de Porter, chirurgienne renommée, qui n’hésitera pas à lâcher brutalement ses consultations pour sauver ses enfants, jusqu’à Joséphine, la nounou, qui promène dans son sac un revolver (« Je le prends par mesure de sécurité. Parfois je rentre très tard, vous savez, et il y a tellement de gens qui se font attaquer, enfin bref, alors je suis allée prendre des leçons. Je veux juste me protéger… »).Sans compter tous les autres, des portiers aux clochards, en passant par les retraités et les policiers. Sans compter Manhattan, ses rues, ses avenues, ses immeubles rutilants ou ses taudis, son atmosphère, ses lueurs…

 

Des personnages saisissants, donc, et un intrigue à plusieurs niveaux, dont les fils se déroulent peu à peu, dont les rouages sont parfaitement huilés : histoire d’une obsession sexuelle qui va désintégrer la vie du journaliste ? Histoire de voyeurisme et de cassettes compromettantes ? Histoire de vengeance ? D’une succession où beaucoup d’argent est en jeu ? Histoire politique orchestrée par la police pour récupérer une vidéo de meurtre ?

 

Vanités, angoisses, manipulations, petits arrangements avec l'éthique pour quelques êtres dans le besoin ou malfaisances et transgressions chez les personnages principaux, Caroline sera la Pandore de Porter ; Manhattan nocturne sera notre boite de Pandore : l'ouvrir, c'est être aspiré aussi sec dans un univers d'une noirceur fascinante.

 

J’avais aimé Havana Room (dont le procédé narratif est proche de Manhattan nocturne), et beaucoup aimé « La nuit descend sur Manhattan », différent dans sa narration plus rythmée et plus séquencée par des chapitres courts. Manhattan nocturne est mon préféré. De loin.

 

 

Manhattan nocturne, Colin Harrison

10/18 domaine étranger, 421 pages

 

 

 

Manu  a beaucoup aimé et en a fait un livre voyageur. Je peux prêter le mien aussi pour ceux qui veulent.

 

 

 

08/04/2009

MUSC – PERCY KEMP

Monsieur Eme, à soixante-dix ans bien sonnés, est ce qu’on pourrait appeler quelqu’un bien de sa personne. Il attache une kemp.jpgimportance toute particulière à sa mise, choisit ses vêtements avec soin, ne sort que soigneusement vêtu et parfumé. Parfumé avec la même fragrance depuis moult années, cette fragrance appelée Musc conçue dans une parfumerie de Grasse. Un beau matin, la maîtresse de Monsieur Eme lui fait remarquer que son odeur a changé, très discrètement, très légèrement, mais a changé tout de même.

 

 

C’est la plume si personnelle, à la fois exigeante et totalement séduisante que l’on retrouve ici. Nous suivons Monsieur Eme et son rapport à Musc (le parfum devient un personnage intégral de l’histoire) son rapport à lui-même, aussi, aux autres, aux femmes, à la vie (sa vie étant toute conditionnée à son odeur, à ce qu’il émet), à la fois fascinés par le personnage et son besoin vital, essentiel, de retrouver SON parfum. Difficile de la décrire, difficile de préciser exactement pourquoi le roman est un bijou, parce que tout est dans le style, la façon si fluide dont Percy Kemp arrive à nous happer, nous chopper avec son sexagénaire jamais ridicule (et pourtant !) souffrant d’une obsession olfactive et prêt à tout pour retrouver ces effluves, en être à nouveau imprégné. Pe'rcy Kemp nous coince, nous enchaîne à son histoire, jamais dénuée d’un humour distant et pourtant bien présent.

 

Un vrai petit régal, donc.

 

 

Cuné a senti la même chose.