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19/08/2010

Le coeur régulier – Olivier Adam

adam.jpgUne cinquantaine de pages.

 

Une cinquantaine de pages, c'est ce qu'il m'a fallu pour enfin entrer dans le dernier roman d'Olivier Adam et finir par l'apprécier.

 

Tout commence sur une falaise, quelque part au Japon. Près de ces falaises habite Natsume, l'homme qui vient discrètement taper sur l'épaule de ceux qui viennent ici échapper à la vie, sauter, partir, fuir. L'homme leur tape sur l'épaule, les retient, les héberge quelque temps, le temps de leur redonner envie de vivre.

 

Sarah est venue car c'est ici que Nathan, son frère, son double, son jumeau,  a lui aussi voulu mourir. C'est ici que Nathan a rencontré Natsume, qu'il est revenu, a retenté de vivre, pour rentrer en France quelque temps plus tard... et mourir quand même, plus tard, sur une route de France.

 

 

Un roman trop statique, au début, qui s'ouvre sur la souffrance d'une soeur vidée par l'absence de son frère. Elle se réfugie au Japon, laisse derrière elle mari et enfants pour tenter de trouver des réponses, elle aussi, à la mort de son frère d'abord puis à sa propre existence.

 

Les parties japonaises du roman m'ont laissée de marbre et j’ai eu du mal à éprouver une quelconque empathie avec les personnages, ou à adhérer avec certains passages (entre Sarah et Natsume, trop affectés, trop travaillés), certaines rencontres que fait Sarah qui m'ont semblé artificielles,  ou tout simplement le nombrilisme de cette souffrance qui la rend aveugle à sa propre famille laissée en France.

 

En revanche tout ce qui suit m'a davantage touchée. Au delà du manque, c'est le récit de Sarah, ces souffrances enfouies qui sont là et vous prennent à la gorge quand vous voudriez qu’elles restent enterrées. Souffrance de celle qui a grandi dans l’indifférence de ses parents, réfugiée avec son frère dans un monde parallèle, protégés des autres et du monde par une frontière à la fois ténue et solide, celle de l'amour que se portent un frère et une soeur.

 

Souffrance de ces personnes écrasées par la sauvagerie et la muflerie d'une société vorace, qui ronge ses habitants petit à petit. A travers l'histoire de Sarah, c'est la société sans pitié que désigne Olivier Adam, la société qui laisse sur le bas coté ceux qui n'ont pas fait les bonnes écoles, n'ont pas les bons diplômes, la bonne attitude.

 

Nathan était le rebelle, celui qui préférait rejeter la société plutôt que s'y insérer. Pas forcément sympathique, pas forcément aimable, le frère avait toujours fui devant la rudesse de la société. Préférait cracher plutôt que d'avaler de travers ; tandis que Sarah, elle, avait fini par boire la tasse, tant bien que mal : emploi dans la mode (où l'on se moque de faire travailler enfants à bas salaire dans les pays du Tiers Monde pourvu que la réponse au marché soit là, où l'on préfère ne pas se nourrir plutôt que ne pas être conforme aux normes physiques), mariage avec un homme épousé uniquement parce que lui l'aimait et la sécurisait, enfants désirés mais qu'on a laissé grandir sans les regarder vraiment, et qui sont devenus étrangers.

 

Un frère et une soeur séparés mais qui s'aimaient. L'une avait fini par accepter et se fondre dans la masse, l'autre préférait fuir dans des paradis articifiels. Nathan était toujours à l'écoute tandis que Sarah, trop occupée à ignorer lâchement ses petits arrangements avec ses vrais désirs, finissait par fermer les yeux. Et ne plus voir que ce qu'elle voulait bien voir, et surtout pas qu'elle avait finit par perdre Nathan. Quand la souffrance finit par aveugler et rendre sourd à celle des autres...

 

Plus que le roman d'une renaissance (celle de Sarah qui finira par accepter, puisqu'elle comprendra que Nathan, lui aussi, avait envie de revivre), c'est le roman des douleurs diluées, occultées, des douleurs que l’on farde lâchement par un voile de convenance, qui m'a touchée.

 

Au final un roman qui me laisse partagée entre un ennui certain dans toutes ses parties japonaises et une certaine empathie avec Sarah, quand même. Néanmoins, je préfère rester sur le souvenir de "Des vents contraires", paru l'an dernier.

 

 

Le cœur régulier, Olivier Adam

Editions de l’Olivier, août 2010, 232 pages

 

 

 

L'avis de Cathulu, mitigée, et celui de Clara, transportée

 

 

16/01/2009

DES VENTS CONTRAIRES – OLIVIER ADAM

 

Des vents contraires, c’est l’histoire de Paul Anderen qui tente de survivre depuis que sa femme est partie sans un mot. adam.jpgPourquoi ? Comment ? Où ? Paul n’en sait rien et depuis son départ il flotte, ballotté sur les vagues d’une existence qui part à vau l’eau : enfants, boulot. Alors il quitte la région parisienne et s’installe à Saint Malo, où son frère qui gère l’auto-école familiale lui propose un emploi de moniteur.

 

Des vents contraires est un roman lumineux. Parce qu’à travers la tristesse insondable qui plombe les pages perce une lueur vacillante mais bien présente : l’amour désespéré de Paul pour ses enfants. Le ton oscille entre souffrance et joies. La souffrance devant l’absence, l’incompréhension, la douleur, et quelques moments de joie, de partage, des corps qui se serrent et s’étreignent pour s’insuffler un peu de chaleur ou d’amour.

 

On y croisera des personnages recalés par la vie : la férocité de la vie les unit, ils se reconnaissent et ne se jugent pas : un autre père dévasté par un divorce, une vieille dame solitaire, un commissaire groggy qui regarde grandir sa fille sans oser l’approcher… Des écorchés qui tentent de s’accrocher au quotidien, en s’imbibant un peu et souvent beaucoup de gin ou de vodka, pour se réchauffer le cœur, en contournant les règles pour grappiller quelques minutes de bonheur.

 

Il y a aussi ces deux enfants ravagés par l’absence de leur mère, qui s’accrochent à leur père comme à une bouée, mais qui sont eux même la bouée de leur père. Unis, soudés, désespérés, roc ô combien fragile qui tente de survivre au désespoir.

 

Des existences fracassées, brisées, une météo tempétueuse, une ville sublimée par le récit, il y a dans ce roman une force incroyable, celle qui pousse à avancer, malgré les tempêtes, les vents, la douleur qui vrille le cœur et le broie toujours plus fort. Et puis, à travers les nuages, là-bas loin dans le brouillard, on aperçoit une toute petite lueur qui annonce l’apaisement, qui scintille tant bien que mal et promet qu’un jour, peut-être, la vie réussira à s’adoucir.

 

 

 

 

Des vents contraires, Olivier Adam - Editions de l'Olivier, 255 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel

06:25 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : olivier adam, douleur, absence, saint malo, tempête, alcool | |  Facebook