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15/06/2010

America America – Ethan Canin

canin.jpgLe narrateur, Corey Sifter est rédacteur en chef du Speaker Sentinel, un journal local dans l’état de New York. Corey assiste aux obsèques du sénateur Henry Bonwiller, ancien candidat à l’investiture du parti démocrate lors des élections présidentielles de 1972. Sa course à la Présidence a été stoppée net quand il fut impliqué dans la mort accidentelle d’une jeune femme. A l’époque, Corey, fils d’ouvrier, travaillait pour la puissante famille Metaray, qui soutenait le sénateur et lui donnait les moyens – financiers et matériels – de devenir Président des Etats-Unis. La mort de Henry Bonwiller, trente ans plus tard, donne à Corey Sifter l’occasion de revenir sur cette période.

 

 

Corey raconte son enfance dans une ville fondée par la famille Metaray (le grand-père, Eoghan, immigré irlandais, a bâti sa fortune sur les gisements de la ville). Le fils de Eoghan, Liam Metaray, repère Corey et lui donne une chance de poursuivre ses études dans une université de renom et lui offre de travailler occasionnellement dans son domaine, ainsi que pour le sénateur Bonwiller.

 

Roman ambitieux, America America trace le parcours d’un jeune homme qui découvre le milieu de la politique, l’ambition d’une famille qui décide de créer un Président : tout sera mis en œuvre pour en faire le futur candidat démocrate. Sur fond de guerre du Viet Nam, Ethan Canin dresse le portrait lucide, mélancolique parfois de toute une galerie de personnages : Liam Metaray, philanthrope convaincu partagé entre morale et stratégie politique, qui souhaite faire oublier que son père avait laissé mourir cinq mineurs pour faire plier les syndicats, Henry Bonwiller, le sénateur alcoolique obnubilé par sa victoire, Trieste, la jeune journaliste à laquelle se confie Corey trente ans plus tard, ou bien sûr Corey, jeune candide qui découvrira que politique et morale ne font pas bon ménage. Il reconnaîtra néanmoins toujours qu’il doit à la famille Metarey d’avoir fait ses études et pu s’élever au-delà de ce que ses parents auraient pu lui offrir.

 

Avidité du pouvoir, vanité, luxure, America America est un roman ambitieux et passionnant. Impossible de ne pas repenser à Ted Kennedy et à l’affaire de Chappaquidick, le parallèle est là mais nous sommes dans une fiction et une toute autre histoire, où culpabilité et morale se heurtent aux ambitions nationales, nous sommes dans les coulisses de la politique, où journalistes et hommes de réseau sont choyés, où les discours sont soigneusement pensés (y compris dans leurs temps morts), où gratitude et loyauté se heurtent au cynisme et aux manipulations.

 

« J’étudie encore aujourd’hui la politique, et je suis toujours surpris de voir que les journalistes, les hommes politiques et tous ceux tout ceux que ma profession appelle désormais les faiseurs d’opinion peuvent encore se laisser influencer si on leur offre les bons cadeaux et les bons voyages, les bons alcools, les bons chanteurs et les noms appropriés, et que les citoyens, à leur tour, par millions, peuvent encore se ranger derrière eux. »

 

Roman également sur la transmission familiale, car il oppose le sens de la dynastie, représenté par la famille Metarey, qui veut transmettre sa puissance pour faire oublier l’immigration difficile et les premières années tâchées de honte, à l’éducation que donnera Corey Sifter à des propres enfants. 

 

« Tu sais, on élève ses enfants en fonction de ce que l’on connaît. On prend ce que ses parents ont fait, on essaie d’apporter ses propres corrections – en enlevant les choses blessantes, les injustices et tout le reste -  et on tente d’ouvrir au monde ces objets sacrés de façon à ce que celui-ci leur fasse le moins de mal possible. Du moins pas trop tôt. Et puis on s’aperçoit qu’ils ne sont pas si différents… disons… des animaux sauvages. L’un est féroce, peut-être. L’autre est calme, mais sans doute parce qu’il est effrayé. Un autre encore a toujours les yeux fixés sur  l’horizon… Un jour, on se rend compte à quel point on a été bête. Il n’y a rien à faire, à part les laisser partir. Tout ce qu’on peut faire de son coté, c’est prier. Je ne suis pas croyant, loin de là, Corey. Mais je prie quand même. Pour mes enfants ; c’est tout. Tous les parents le font. »

 

 

C’est un constat amer que dresse Corey Sifter, trente ans plus tard. Un constat amer, désabusé, jamais cynique mais lucide.

 

Un très, très bon roman.

 

« Si j’ai appris une chose durant le temps passé avec Henry Bonwiller, c’est que la politique de masse est avant tout une lutte émotionnelle, une bataille primale dans laquelle le charisme et l’instinct l’emportent sur l’éthique et la raison … j’eus l’intuition – qui dépassait largement l’entendement que je pouvais avoir à cet âge là – que la chute à laquelle j’assistais n’était pas celle d’un politicien isolé. »

 

 

America America, Ethan Canin

Editions des Deux Terres, avril 2010, 553 pages

21/08/2009

CARREFOUR DES NOSTALGIES – ANTOINE LAURAIN

C’est l’histoire d’un type, François Heurtevent, la quarantaine bien tassée, qui perd la mairie de Perisac à 202 voix près. Mariée à laurain.jpgune chef étoilée, ce jeune briscard de la politique voit son horizon à court terme assombri, il sombre dans la déprime et se met en tête de retrouver d’anciens camarades de classe après être tombé sur une vieille photo jaunie en recevant ses cartons. Il fait appel à un ami des renseignements et décide de rencontrer Clément, Delphine, Jérôme, Marjorie, Cédric… Retour dans le passé et retour sur une vie qui lui permettront de reprendre pied dans le présent et d’envisager l’avenir.

 

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