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22/03/2011

Les imperfectionnistes – Tom Rachman

 

rachman.jpg« Internet est à la presse ce que le klaxon est à la musique. »

 

Et pourtant c'est un véritable concert de klaxons, d'acclamations, de hourras, qu'Internet devrait réserver, aujourd'hui, à ce roman, mais détaillons un peu le propos, quand même...


Au début des années 50, Internet n'était seulement qu'une vague idée, un germe pas encore éclos quand Cyrus Ott crée un quotidien international, dont les bureaux sont basés à Rome. Un quotidien dont le lecteur de ces « Imperfectionnistes » va suivre l'évolution à travers onze de ses collaborateurs (ou lecteur), et ce sur une cinquantaine d'années.

 

Onze personnes, qu'ils soient grand reporter, correcteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef, pigiste ou encore une lectrice fidèle. Onze histoires qui sont autant de petits bijoux bourrés d'humanité, ciselés avec la précision et la délicatesse de l'auteur, ancien journaliste.

 

Il y a Lloyd Burko, le correspondant à Paris ex grand reporter grand séducteur, à présent vide d'inspiration et cocu, véritable has been qui ne peut plus vendre un seul papier, prêt à inventer un scoop pour pouvoir écrire. Il y a Hardy, la reporter du service économique, anorexique et paumée. Il y a Winston le nouveau pigiste naïf qui ne connait rien au métier et se fera rouler par un vieux briscard, ou encore Ruby, la secrétaire de rédaction aigrie, seule et pathétique, Graig le rédac-chef adjoint qui déteste son métier, Kathleen la rédac-chef de tête castratrice...

 

Ces onze histoires pourraient presque se lire indépendamment, elles s'attachent tour à tour à chacun des personnages, chacun à une époque différente de la vie du journal. Entre chacune d'elles, un intermède sur l'évolution du quotidien à travers les ans. On retrouve dans chaque histoire un ou des personnages que l'on a précédemment rencontrés, le tout brosse tableau très humain et complet des différent acteurs du journal et place le tout dans un contexte très humain, bourré d'empathie pour ces bras cassés aussi pathétiques que touchants.

 

Car ce sont tous plus ou moins des bras cassés, des anti-héros, aux prises avec le doute, la peur, la douleur. Journalistes, rédacteurs ou acteurs à différents niveaux d'un journal, il n'en sont pas moins humains et fragiles, touchants, parfois agaçants, parfois désolants. Jusqu'à cette lectrice de la première heure, lectrice dans le sens premier du terme, lectrice avide et assidue, mais en retard d'un demi siècle sur son temps.

 

Humain, drôle, touchant, attendrissant, parfois révoltant et toujours d'une incroyable justesse, Les imperfectionnistes se lit avec avidité et tendresse. On se réjouit de recroiser Lloyd ou Ruby, ou un autre quelques années plus tard, on s'attache à tous les personnages secondaires (tous aussi finement croqués que les principaux), on aimerait que le journal soit toujours publié et ne souffre pas de l'effondrement du nombre de lecteurs, on aimerait que les capitaux entrent, que.... bref, on aimerait que le roman ne s'arrête pas, ou que Brad Pitt, qui en a acheté les droits, réussisse à en faire un film à la hauteur de la beauté du roman.

 

 

Il a en tous cas une base solide. Pour le reste, j'ai hâte de voir le résultat.

 

 

 

Les imperfectionnistes, Tom Rachman

Grasset, janvier 2011, 390 pages.

 

L'avis de Cuné, qui m'a donné envie de me précipiter sur ce roman,

 

Et une interview de l'auteur sur Culture-Café.