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23/10/2009

DANS LE CAFE DE MA JEUNESSE PERDUE

Hier avait lieu la rencontre régionale Auteurs / Lycéens organisée dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens pour les jeunes goncourtlycéens.jpglecteurs d’Ile de France et Normandie.

 

Un cadre éminemment agréable, le Cabaret Sauvage, des auteurs bavards, des journalistes, des attachées de presse, des animateurs, du rock rennais (la journée était organisée par la Ville de Rennes en partenariat avec la Fnac, nous avons donc eu droit à des groupes de rock découverts lors du dernier Festival Trans’ Musicales de Rennes !), des professeurs et surtout près de 300 jeunes lycéens, férus ou pas de lecture, impliqués et concernés par cette aventure ô combien nouvelle pour eux.

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13:01 Publié dans Bric à blog | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : prix goncourt des lycéens | |  Facebook

07/10/2009

LES HEURES SOUTERRAINES – DELPHINE DE VIGAN

Mathilde est une veuve d’une quarantaine d’années, mère de trois garçons, cadre dans une grande société. Alors que son vigan.jpgactivité lui permet de faire face à la solitude, de réapprendre à vivre et à exister, elle devient petit à petit victime de harcèlement moral de la part de son supérieur (« Elle aurait dû raconter les rendez-vous annulés à la dernière minute, les réunions déplacées sans l’en informer, les soupirs excédés, les remarques piquantes sous couvert d’humour, et ses appels qu’il ne prend plus alors qu’elle le sait dans son bureau. Des oublis, des erreurs, des agacements qui, isolés les uns des autres, relevaient de la vie normale d’un service. Des incidents dérisoires dont l’accumulation, sans éclat, sans fracas, avaient fini par la détruire. Elle a cru qu’elle pouvait résister. Elle a cru qu’elle pouvait faire face Elle s’est habituée, peu à peu, sans s’en rendre compte. Elle a fini par oublier la situation antérieure, et le contenu même de son poste, elle a fini par oublier qu’elle travaillait dix heures par jours sans lever la tête. Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible. Elle ne avait pas qu’une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d’y remédier… Elle est la cible aujourd’hui et il ne reste plus rien…. Elle se tait parce qu’elle a honte ».)

 

Thibault, une quarantaine d’années aussi, est médecin aux urgences médicales de Paris. Il vient de quitter Lila qu’il aime, mais qui est incapable de lui rendre son amour. Son quotidien : les blessures des autres, les douleurs, les petits et grands bobos qu’un médecin est amené à soigner dans une grande ville. Un quotidien et une solitude qui l’usent jusqu’à la corde (« Il est médecin de ville et sa vie se résume à ça. Il n’a rien acheté de pérenne, pas d’appartement, pas de maison de campagne, il n’a pas eu d’enfant, il ne s’est pas marié, il ne sait pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce qu’il n’a plus d’annulaire gauche. Il n’y a pas d’alliance possible. Il a quitté sa famille et ne revient qu’une fois par an.  Il ne sait pas pourquoi il est loin, d’une manière générale, loin de tout excepté de son travail qui l’accapare tout entier. Il ne sait pas comment le temps est passé si vite. Il ne peut rien en dire, rien de particulier. Il est médecin depuis bientôt quinze ans et il ne s’est rien passé d’autre. Rien de fondamental.»).

 

Harcèlement moral d’un coté, solitude de l’autre, les deux personnages principaux du roman de Delphine de Vigan traînent derrière eux des torrents de désespoir et de lassitude dans un roman sombre où la tristesse suinte à chaque page, où ne perle pas une seule lueur de gaîté.  Et c’est dans un Paris dénué d’humanité, Paris ville tentaculaire qui avale ses habitants et les recrache avec indifférence, Paris qui abrite des grandes (et petites) sociétés dans lesquelles les hommes et femmes ne sont que des pions malléables, interchangeables et supprimables sans préavis, que ces deux ébréchés déambulent, marchent sur un fil tendu à l’extrême, toujours au bord du gouffre, du précipice, et finissent, usés,  épuisés, par baisser les bras («  Il arrive un moment où le prix est trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut sortir du jeu, accepter d’avoir perdu. Il arrive un moment où l’on ne peut pas se baisser plus bas »).

 

Delphine de Vigan dit avec beaucoup de simplicité le sentiment de disparaître, de fondre, de se dissoudre que Mathilde ressent au sein de sa société : à petit feux, lentement, Mathilde perd tous ses dossiers, jusqu’à ne plus être qu’une ombre inutile dans son département, un fantôme balayé, renié qui finit par se gommer lui-même et renoncer à se battre, en devient incapable de se défendre.

 

Les chapitres concernant Thibault et son mal-être m’ont moins touchée, son incapacité à exprimer son amour, sa quête d’un être à aimer, m’ont paru plus artificielles, moins tangibles. Une victimisation moins parlante pour moi, sans doute, et c’est là le seul reproche que je ferai à ce livre.

 

Le tout est écrit avec des mots justes, sans exagération, sans pathos, et, contrairement à d’autres avis lus ailleurs, j’ai trouvé la fin tout à fait logique, un autre dénouement m’aurait immanquablement déçue.

 

 

 

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

JC Lattès, 300 pages, août 2009

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Les avis partagés de : 

Koryfée, séduite (« Un roman sombre, traité brillamment, sans effet de style ni concession »), 

Bab's, séduite aussi ("Ils sont sans pathos, juste tragiquement beaux tout comme les deux personnages")

Canel a aimé aussi.

 

Hubert Artus, pour qui c'est un coup de coeur (en lien une video de l'auteur également).

Isa, a aimé aussi, même si elle trouve elle aussi que le personnage de Thibault n'est pas assez étoffé.

 

Laurent, déçu (« Quant à l’histoire, je n’y ai rien trouvé de véritablement original, et un sentiment d’enlisement m’a rapidement envahi « ) 

Clarabel, déçue aussi (« En fait, ce roman a été pour moi une déception. J'ai trouvé que l'histoire était triste, porteuse d'une espérance qui rendrait presque fébrile le lecteur »)

Celsmoon, déçue aussi, l'a fini avec un neoud à l'estomac.

 

 

Merci à l’équipe de l’agence Zelios Interactive pour cette lecture dans le cadre du Goncourt des Lycéens.

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