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30/03/2009

LUNE CAPTIVE DANS UN ŒIL MORT – PASCAL GARNIER

« Les conviviales », comme leur nom l’indique pompeusement, c’est un lieu de partage, de rencontres, d’échanges. Réservé aux personnes âgées, aux retraités aisés qui veulent profiter de leurs dernières années sous le soleil de Provence, en bonne compagnie, dans une résidence ultra-sécurisée où les enfants et petits enfants ne sont tolérés que 15 jours par an, des activités proposées pour tromper l’ennui. Quitte à vieillir, autant vieillir en paix et dans un endroit confortable.garnier.jpg

 

Martial et Odette ont quitté Suresnes (les fous* !) pour ce paradis artificiel. Bon, c'est pas pour dire, mais ils se sentent un peu seuls, au début, au milieu de ces 50 bungalows vides. Seuls et refroidis par la température glaciale non prévue dans la plaquette publicitaire. Ils ont payé pour la sécurité, le soleil, le pastis avec les amis de leur âge, éventuellement la pétanque et les ballades sur les marchés de Provence) ; bref, pour une retraite plus ou moins dorée dans un paradis artificiel (et quand il n'y a personne, on se rend bien mieux compte que le tout ressemble plus à du stuc qu'à du vrai marbre et qu'au final, on s'est fait peut-être avoir, mais bon, faut assumer à présent).

 

L’arrivée d’un autre couple, quelques semaines plus tard, les rassure : Maxime et Marlène, puis Léa, une femme seule (est-elle veuve ? divorcée ? vieille fille ?) s’installent à leur tour dans le bunker plaqué or. Mr Flesh, le gardien taciturne et Nadine, la secrétaire animatrice, entourent le petit cercle de personnages. Le décor est planté, la partie de quilles va pouvoir commencer.

 

Pascal Garnier croque ses personnages l'air de rien, avec un humour sous-jacent plutôt sympathique : les couples s’observent, s’invitent, papotent, trompent l’ennui en organisant des apéros, en se racontant leurs vies. Petites histoires et gros mensonges, chacun rentre chez lui en critiquant son voisin. L’isolement et l’ennui exacerbent les travers et on sent pointer, lentement sous le vernis de sociabilité, les petites irritations, les accès d’intolérance, les touches de rancoeurs. Pas si lisses que ça, les petits vieux. L’installation d’un camp de gitans à proximité vient tout chambouler.

 

Si dans la première partie du roman j’ai seulement bien aimé l’acidité de ces vieux beaux / vieux cons, c’est surtout quand tout « part en barigoule » (nous sommes dans le Sud après tout) que je me suis amusée. Nous assistons à une comédie féroce qui tournerait presque à la farce si l’on ne discernait pas, sous l’exagération des situations, la férocité d’une peinture vitriolée : intolérance, jalousies, petitesses, les fêlures soigneusement cachées se fissurent encore plus et finissent par exploser. Si la pression monte lentement au début, elle s’installe de plus en plus, à coup de petits événements et de trébuchements des personnages, pour finir par éclater. Effet cocotte minute, le paradis se transforme en enfer. Une parodie grinçante, que j'ai trouvé un peu courte pour ne pas effleurer trop superficiellement ces petits travers pointés avec malice (mais je pinaille, là).

 

 

 

 Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier – Zulma, 157 pages

 

Les avis de Cathulu, In Cold Blog, Cathe, Valdebaz, Julie, Elfique

 

 

 

* quitter Suresnes….  J’y retournerais bien, moi !