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20/09/2010

La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

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C’était l’époque où JFK était encore Président, où les femmes commençaient à prendre la pilule et découvraient le Valium. C’était le temps où quelques fous furieux imaginaient que le tabac pouvait tuer ; un certain Bob Dylan chantait à la radio, et même un autre groupe de rock, avec un nom bizarre de pierre qui roule.

 

C’était le temps où Martin Luther King faisait un rêve et organisait une marche.

 

C’était le temps, dans le Mississipi, où les blanches de la bonne société employaient des bonnes noires. Et militaient pour que les toilettes des noires et des blancs soient séparées, pour éviter les risques de maladie.

 

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11/12/2009

L’ARABE – ANTOINE AUDOUARD

Antoine Audouard dresse la chronique de la haine ordinaire, celle qui naît dans les préjugés, grossit lentement et en silence dans audouard.jpgl’esprit d’hommes ordinaires, effleure parfois à coup de petites piques et de réflexions amères jusqu’à enfler inexorablement et finir par exploser un triste jour. Un événement, un accident, une goutte d’eau qui va faire se renverser le vase de la colère et de la bêtise.

 

L’accident, c’est le viol et l’assassinat de Noémie, dans ce petit village du Sud où les habitants ont vu s’installer l’Arabe. Il est pourtant discret, cet Arabe. Logé dans une cave (c’est provisoire, hein, juste provisoire, faudra qu’il s’en aille !), employé dans une carrière, l’Arabe ne fait rien de mal sur cette Petite place des Hommes, beau nom pour une belle place, pourrait-on dire… Mais sur la Petite place des Hommes vit aussi Mamine, la grosse obèse qui ne peut plus bouger sa graisse autrement qu’en voiturette électrique. Mamine la mère de Noémie qui voit d’un sale œil cet Arabe envahir son paysage. Même s’il ne fait apparemment rien de mal, s’il se tient à carreau, elle le surveille, dès fois que… parce qu’on ne sait jamais, hein, avec ces gens là… Et dès lors que Noémie est tuée, dès lors que son meurtrier avoue, Mamine ne tient plus en place, même si c’est Robert l’ivrogne, l’ex-mari de Noémie, qui a fait le coup. Alors elle va voir les flics et dénonce. Robert a avoué mais l’Autre est forcément dans le coup. Forcément.

 

Chronique de la haine ordinaire, donc, esquissée sans fioriture aucune, avec des mots abrupts, des phrases sèches, des situations hachées, mais qui dessine sans concession la bêtise humaine, les haines viscérales nées de préjugés et nourries à l’ignorance, soigneusement entretenues et irriguées au fil des ans, chronique d’hommes et de femmes éructant de bêtise, engoncés dans une méchanceté crasse distribuée à tous et toutes («  Pour rire, Mamine dit aux garçons qu’ils allaient le suivre, ça lui ferait une promenade, elle en avait besoin. Ce qu’on appelait la route des Pierres était l’ancienne route des carrières. Elle menait aussi au camping municipal et à l’institut des débiles, qui avait une grande piscine ouverte, la seule du village, ce qui en disait long sur un village où on dépensait plus de sous pour des débiles irrécupérables, venus des quatre coins du pays, et peut-être même de l’étranger, que pour des gens nés au village dont les parents et les grands parents étaient enterrés au cimetière, et le maire avait beau dire que ce n’était pas de sa faute, le petit pédé, il n’avait qu’à pas être maire si es choses n’étaient pas de sa faute ».), l’Arabe esquisse un portrait noir et âcre d’une part d’humanité peu reluisante, solidement ancrée dans les mentalités, rampante et qui ne demande qu’à exploser au grand jour.

 

 

L’Arabe, Antoine Audouard

Editions de l’Olivier, 260 pages, septembre 2009

 

 

Les avis de :

 

In cold blog : “Sans ostentation, avec une certaine pudeur, Antoine Audouard livre un puissant réquisitoire contre la bêtise. Son récit, implacable, d’un réalisme cru, laisse peu de place à l’espoir et agit sur le lecteur comme un uppercut, le laissant le souffle coupé, nauséeux ».

 

Cuné : je n'ai jamais rien lu d'autre de cet auteur, mais "L'Arabe" est un Grand Roman. »

 

Valérie : « C'est un roman très pessimiste sur la peur de l'autre, mais aussi sur l'ennui qui pousse les jeunes à commettre des actes monstrueux.  Pas de place pour  l'amour ici, peu de place pour l'espoir même s'il se termine sur la venue au monde d'un enfant mais qui peut encore croire après avoir lu ce livre qu'enfance siginifie innocence? » 

A propos des livres :  « J'ai été révoltée par la bêtise et la méchanceté de ceux du village mais j'ai également été touchée par l'humanité de Juste, Bernard, Estevan et l'Indienne et par la gentillesse presque naïve de l'Arabe. »

 

La chronique d’ Hubert Artus sur Rue89 avec une video de l’auteur.

06:06 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : racisme, préjugés, ignorance crasse | |  Facebook

23/11/2009

VILLE NOIRE VILLE BLANCHE – RICHARD PRICE

Nous sommes à Amstrong, Dempsy, une banlieue de New York où vit une grande communauté noire. Brenda Martin erre dans la cité et se price.jpgrend à l’hôpital. Brenda vient de Gannon, la cité « blanche » d’à coté. On a volé sa voiture dans laquelle dormait son fils Cody, quatre ans. C’est l’inspecteur  Lorenzo Council, un flic noir habitué à la cité, connu et apprécié de la communauté qui va enquêter. D’un autre coté, une jeune journaliste blanche, Jesse, tente de couvrir l’affaire, décidée à faire ici ses preuves et récolter le scoop qui lancera sa carrière, tandis la tension monte entre les deux communautés.

 

Richard Price est un peintre du concret, un peintre qui balaie de coups de pinceaux précis, nets et tranchants les stigmatisations raciales, les haines communautaires et les violences sourdes de la grande banlieue New Yorkaise. Au-delà de l’affaire elle-même, de la disparition du petit garçon, de la personnalité trouble de cette mère assommée qui semble vivre la disparition de son fils de façon trop détachée, engourdie par la souffrance ou l’indifférence, c’est toute la violence latente qui rampe entre les deux communautés qu’il met en exergue. D’un coté, la communauté blanche à l’abri dans sa cité, de l’autre, un ghetto noir. Au milieu, un parc, ligne de séparation entre les deux clans, une limite infranchissable qui sera bafouée et piétinée. Au loin, Manhattan et la richesse qui semblent narguer la cité.

 

Deux populations qui ne se mélangent pas mais qui semblent attendre le détonateur qui déclenchera l’affrontement. La disparition de Cody, l’acharnement de la presse à accuser la communauté noire (Brenda dit que son agresseur était un noir), l’empressement de la police blanche de Gannon à envahir Armstrong et harceler la population, tout se met peu à  peu en place pour que l’implosion survienne, dans une atmosphère étouffante de canicule. Lorenzo le flic aguerri sent que l’inévitable se produira mais ne peut que tout faire pour le retarder. Jesse, la journaliste, observe, infiltre et devient la confidente de Brenda, femme complexe, perdue, victime autant que coupable d’une société sans pitié. D’un coté l’expérience du sage, de l’autre l’impulsivité de la jeunesse, tous deux entourés de personnages complexes (jeunes désoeuvrés, laissés pour compte des cités, pasteurs haranguant la foule, associations d'aide aux démunis, associations de mères), forment un portrait étouffant des communautés, des ghettos de banlieue, de cette société qui étouffe et ne laisse que la haine pour monnaie d’échange, haine qui ne demande qu’à exploser, surgir et libérer enfin les rancoeurs et les frustrations.

 

On n’est pas dans un thriller où l’essentiel est de retrouver l’enfant, que l’on retrouvera d’ailleurs aux trois quarts du roman mais dont la « résolution » ne servira qu’à enclencher la suite des événements, on est dans une spirale à la fois glauque et hypnotisante, absorbés dans ce tableau âcre et amer où le noir et le blanc forment un mélange trouble et envoûtant, le tableau d'une société en péril qui ne peut s'exprimer autrement que par la violence.

 

Envoûtant, c’est le mot. Edifiant, aussi. Passionnant, en tous cas.

 

 

 

Ville noire, ville blanche, Richard Price

10/18, septembre 2009, 620 pages

 

 

L‘avis de Papillon : « C’est le genre de gros roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et nous laisse hébété face à ce monde bicolore et à ce constat forcément décevant : tout le monde a plus ou moins tort dans cette histoire, autant ceux qui pensent que les Noirs sont tous coupables que ceux qui sont convaincus qu’ils sont tous victimes ».

 

Celui de Polar Noir : « Ville Noire Ville Blanche est un de ces romans dont on sait dès les premières lignes qu'il vous en restera quelque chose ».

26/10/2009

FILLE NOIRE FILLE BLANCHE – JOYCE CAROL OATES

« Tout ce que vous croyez avoir imaginé est réel : il faut seulement y survivre. » Il faudra vingt ans à Genna Meade pour oates.jpgcoucher sur papier les événements qui ont marqué sa première année dans la prestigieuse Schuyler School, fondée par son arrière grand-père. Lorsqu’elle entre à Schuyler en 1974, Genna a dix-huit ans. Son père, Max Meade (Mad Max Meade) est un avocat réputé des droits de l’homme, fervent opposant à la guerre du Viêt-Nam, radical de gauche militant, père absent obnubilé par son combat. La mère de Genna, Veronica, milite elle aussi pour les droits des noirs, l’émancipation de la femme et la libre absorption de substances illicites.

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25/05/2009

ENVOYEZ LES COULEURS – DONALD WESTLAKE

Donald Westlake est connu pour ses policiers et surtout pour son héros gentleman cambrioleur et surtout looser, John westlake.jpgDortmunder. Ici, bien que publié chez  Rivages/Thriller, c’est un Westlake d’une toute autre veine que nous découvrons en suivant les aventures d’Oliver Abott, jeune professeur d’anglais.

 

Oliver, petit bourgeois blanc et bon fils de famille, prend ses fonctions de professeur dans le collège de Schuyler Colfax, à New York. Ce poste, il en a rêvé toute sa vie. Ou plutôt, il a seulement adhéré à la tradition familiale qui veut que les hommes de sa famille enseignent à Colfax et en deviennent le directeur après quelques années. Oliver, donc, entre à Colfax sans se poser de questions, ni sur son avenir, ni sur sa réelle vocation. Mais voilà que le jour de arrivée, les élèves se mettent en grève. En grève parce que, à Colfax, Oliver a pris la place d’un professeur noir, que 87 % des élèves sont noirs, et que ce népotisme irrite sacrément la communauté noire du quartier. Nous sommes dans les années 60 et le racisme est omniprésent. La situation va s’envenimer, le jeune homme tomber amoureux d’une enseignante noire, les clans se former : la guéguerre peut commencer.

 

Nous allons donc suivre ce candide  je serais plutôt du type bouchon, je me laisse flotter, je dérive très lentement, tout peinard au fil de l’existence »), totalement dépassé une situation qu’il a du mal à comprendre, épaulé par une jeune femme pleine d’idéaux. Le père est un imbécile de première, aveugle et prétentieux (« je me moque du nom qu’ils se donnent, ce n’est pas une communauté, c’est de la racaille »), la mère prépare des citronnades pour tous les manifestants, noirs ou blancs, tous sont entourés d’une galerie de personnages croqués avec beaucoup de malice et une formidable acuité.

 

Des allures de vaudeville, des situations burlesques et des personnages à la fois attachants et irritants, Envoyez les couleurs, titille avec malice pas mal de petit travers, de préjugés stupides, de comportements abjects. Petits racismes ordinaires, communautarisme aveugle, lâchetés et faiblesses, le tout servi sous couvert d’une jolie comédie romantique avec amour, désamour, jalousies, ruptures et retrouvailles. Et toujours cet humour cocasse, distillé l’air de rien, taquin, moqueur et toujours bien vu.

 

J’adore Westlake. De plus en plus.

 

 

Donald Westlake, Envoyez les couleurs

Rivages/Thriller, 336 pages, janvier 2009

 

 (un petit reproche à Rivages/Thriller ? Beaucoup de coquilles quand même)

 

 

Pour Jean-Marc Laherrère, c’est une « comédie à la Capra », tout à fait d’accord !