Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2009

L'EXPERT – TREVANIAN

Ce qui est agaçant, quand on commence une série en lisant le deuxième volume, c'est qu'il faut faire preuve d'imagination pour trevanian.jpgse représenter les épisodes précédents et s'accommoder des rappels de l'auteur sur le passé de son ou ses personnages. Ici, dans ce deuxième volet des aventures de Jonathan Hemlock, alpiniste renommé, amateur et critique d'art, homme de charme et d'esprit, nous apprenons dès le début que Jonathan, non seulement content d'être un expert éclairé dans son domaine (Jonathan a l'œil absolu, il repère un faux d' un seul coup d'œil) est aussi, et surtout, un ancien tueur, ex-employé du CII (cellule de contre assassinat américaine). Jonathan a pris du recul et s'est retiré des affaires depuis son dernier contrat. Il se consacre à ses conférences et expertises d'art et le voilà à Londres où un homme est assassiné, empalé, dans le beffroi de l'église St Martin in the Fields. Peu de temps après, Jonathan est contacté par une organisation secrète, organisation similaire au CII américain, qui lui demande de reprendre du service.

Lire la suite

26/10/2009

FILLE NOIRE FILLE BLANCHE – JOYCE CAROL OATES

« Tout ce que vous croyez avoir imaginé est réel : il faut seulement y survivre. » Il faudra vingt ans à Genna Meade pour oates.jpgcoucher sur papier les événements qui ont marqué sa première année dans la prestigieuse Schuyler School, fondée par son arrière grand-père. Lorsqu’elle entre à Schuyler en 1974, Genna a dix-huit ans. Son père, Max Meade (Mad Max Meade) est un avocat réputé des droits de l’homme, fervent opposant à la guerre du Viêt-Nam, radical de gauche militant, père absent obnubilé par son combat. La mère de Genna, Veronica, milite elle aussi pour les droits des noirs, l’émancipation de la femme et la libre absorption de substances illicites.

Lire la suite

07/10/2009

LES HEURES SOUTERRAINES – DELPHINE DE VIGAN

Mathilde est une veuve d’une quarantaine d’années, mère de trois garçons, cadre dans une grande société. Alors que son vigan.jpgactivité lui permet de faire face à la solitude, de réapprendre à vivre et à exister, elle devient petit à petit victime de harcèlement moral de la part de son supérieur (« Elle aurait dû raconter les rendez-vous annulés à la dernière minute, les réunions déplacées sans l’en informer, les soupirs excédés, les remarques piquantes sous couvert d’humour, et ses appels qu’il ne prend plus alors qu’elle le sait dans son bureau. Des oublis, des erreurs, des agacements qui, isolés les uns des autres, relevaient de la vie normale d’un service. Des incidents dérisoires dont l’accumulation, sans éclat, sans fracas, avaient fini par la détruire. Elle a cru qu’elle pouvait résister. Elle a cru qu’elle pouvait faire face Elle s’est habituée, peu à peu, sans s’en rendre compte. Elle a fini par oublier la situation antérieure, et le contenu même de son poste, elle a fini par oublier qu’elle travaillait dix heures par jours sans lever la tête. Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible. Elle ne avait pas qu’une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d’y remédier… Elle est la cible aujourd’hui et il ne reste plus rien…. Elle se tait parce qu’elle a honte ».)

 

Thibault, une quarantaine d’années aussi, est médecin aux urgences médicales de Paris. Il vient de quitter Lila qu’il aime, mais qui est incapable de lui rendre son amour. Son quotidien : les blessures des autres, les douleurs, les petits et grands bobos qu’un médecin est amené à soigner dans une grande ville. Un quotidien et une solitude qui l’usent jusqu’à la corde (« Il est médecin de ville et sa vie se résume à ça. Il n’a rien acheté de pérenne, pas d’appartement, pas de maison de campagne, il n’a pas eu d’enfant, il ne s’est pas marié, il ne sait pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce qu’il n’a plus d’annulaire gauche. Il n’y a pas d’alliance possible. Il a quitté sa famille et ne revient qu’une fois par an.  Il ne sait pas pourquoi il est loin, d’une manière générale, loin de tout excepté de son travail qui l’accapare tout entier. Il ne sait pas comment le temps est passé si vite. Il ne peut rien en dire, rien de particulier. Il est médecin depuis bientôt quinze ans et il ne s’est rien passé d’autre. Rien de fondamental.»).

 

Harcèlement moral d’un coté, solitude de l’autre, les deux personnages principaux du roman de Delphine de Vigan traînent derrière eux des torrents de désespoir et de lassitude dans un roman sombre où la tristesse suinte à chaque page, où ne perle pas une seule lueur de gaîté.  Et c’est dans un Paris dénué d’humanité, Paris ville tentaculaire qui avale ses habitants et les recrache avec indifférence, Paris qui abrite des grandes (et petites) sociétés dans lesquelles les hommes et femmes ne sont que des pions malléables, interchangeables et supprimables sans préavis, que ces deux ébréchés déambulent, marchent sur un fil tendu à l’extrême, toujours au bord du gouffre, du précipice, et finissent, usés,  épuisés, par baisser les bras («  Il arrive un moment où le prix est trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut sortir du jeu, accepter d’avoir perdu. Il arrive un moment où l’on ne peut pas se baisser plus bas »).

 

Delphine de Vigan dit avec beaucoup de simplicité le sentiment de disparaître, de fondre, de se dissoudre que Mathilde ressent au sein de sa société : à petit feux, lentement, Mathilde perd tous ses dossiers, jusqu’à ne plus être qu’une ombre inutile dans son département, un fantôme balayé, renié qui finit par se gommer lui-même et renoncer à se battre, en devient incapable de se défendre.

 

Les chapitres concernant Thibault et son mal-être m’ont moins touchée, son incapacité à exprimer son amour, sa quête d’un être à aimer, m’ont paru plus artificielles, moins tangibles. Une victimisation moins parlante pour moi, sans doute, et c’est là le seul reproche que je ferai à ce livre.

 

Le tout est écrit avec des mots justes, sans exagération, sans pathos, et, contrairement à d’autres avis lus ailleurs, j’ai trouvé la fin tout à fait logique, un autre dénouement m’aurait immanquablement déçue.

 

 

 

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

JC Lattès, 300 pages, août 2009

challenge-du-1-litteraire-2009.jpg

 

 

 

 

Les avis partagés de : 

Koryfée, séduite (« Un roman sombre, traité brillamment, sans effet de style ni concession »), 

Bab's, séduite aussi ("Ils sont sans pathos, juste tragiquement beaux tout comme les deux personnages")

Canel a aimé aussi.

 

Hubert Artus, pour qui c'est un coup de coeur (en lien une video de l'auteur également).

Isa, a aimé aussi, même si elle trouve elle aussi que le personnage de Thibault n'est pas assez étoffé.

 

Laurent, déçu (« Quant à l’histoire, je n’y ai rien trouvé de véritablement original, et un sentiment d’enlisement m’a rapidement envahi « ) 

Clarabel, déçue aussi (« En fait, ce roman a été pour moi une déception. J'ai trouvé que l'histoire était triste, porteuse d'une espérance qui rendrait presque fébrile le lecteur »)

Celsmoon, déçue aussi, l'a fini avec un neoud à l'estomac.

 

 

Merci à l’équipe de l’agence Zelios Interactive pour cette lecture dans le cadre du Goncourt des Lycéens.

goncourtlycéens.jpg

21/09/2009

HISTOIRE DE MES ASSASSINS – TARUN J. TEJPAL

« Le matin où j'appris la nouvelle de ma mort, j'étais assis dans mon bureau du deuxième étage, face à la baie vitrée ouvrant sur les torsades jaunes d'un laburnum dont l'or aveuglant avait en quelques jours viré au blanc laiteux, comme délavé par un détergeant corrosif. » Ainsi commence le roman de Tarun J. Tejpal. Un journaliste est visé par un attentat, mais la police a réussi à déjouer les meurtriers qui sont arrêtés. L'homme rencontre les cinq assassins au tribunal et tente, avec sa maîtresse, de connaître leurs passés. Comment, pourquoi, pour qui ? Qui sont-ils et que sont-ils ? tejpal.jpg

 

 

Tarun J. Tejpal propose ici un roman dense et foisonnant. Les récits s'imbriquent, alternant les chapitres consacrés au journaliste et à son enquête, dans lesquels nous plongeons dans une Inde corrompue et viciée, où les services de police, de la justice ou politiques sont évoqués sans concession, et les chapitres consacrés aux assassins : cinq récits, dans lesquels les parcours de ces cinq hommes sont retracés.

 

Chaku, qui manie le couteau comme un artiste ciseleur, Kaliya et Chini, les enfants de la gare qui deviennent voleurs, dealers et tueurs, Khabir, l'enfant sans nom, privé d’identité et d’histoire, Hathoda Tyagi, l'homme sans conscience, le broyeur de cervelle : cinq parcours d'enfants nés pauvres, sans espoir et sans avenir, cinq parcours qui entraînent le lecteur dans l'Inde des basses castes, des destins tracés d'avance : misère, pauvreté, impossibilité de s'en sortir. Manipulés, entraînés dans le crime, les assassins deviennent à la fois victimes et bourreaux sous la plume de Tejpal. Victimes d'une société viciée, corrompue, pourrie qui laisse de coté ceux qui n'ont rien, et bourreaux par nécessité, à défaut d'autre choix.

 

J'ai préféré toutes les parties consacrées aux cinq tueurs, cette immersion auprès des paysans, des enfants des rues, des castes inférieures pour lesquelles il n'y a pas d'avenir. Le style est à l'image de ces destins : sans concession, cru, parfois violent et toujours captivant. Captivant car la plume de Tejpal met le lecteur en totale empathie avec ces cinq enfants, que l’on n’absout pas mais que l’on comprend. Victimes d’une société où racisme, intégrisme, lutte des castes, instruction inexistante et misère broient les plus faibles, pour ces laissés pour compte s’en sortir par le crime ou la drogue est juste un moyen de survivre, tant bien que mal. Même si les notions de bien et de mal ont des frontières d'une fragilité ténue, voire ambigue.

 

La construction est parfois déconcertante, on arrive à se perdre dans les méandres de l'histoire (notamment les parties consacrées aux journaliste), Tarun J. Tejpal mélange les cartes et redistribue sans cesse les hypothèses : est-ce un crime politique ? Une vengeance contre celui qui dénonce la corruption dans son journal ? Les assassins sont-ils victimes d'un vaste complot ? Le Pakistan tire-il les fils de cet imbroglio ? Qui est réellement visé ? Assassins sans scrupules, comme le clame la police ou victimes manipulées comme le clame Sara, la maîtresse du journaliste ? La vérité ne sera révélée qu'à la fin.

 

 

Un bon roman, implacablement construit, parfois ardu, souvent édifiant.

 

 

 

Un portrait de Tarun J. Tejpal chez Anne-Sophie.

 

 

 


 

Histoire de mes assassins, Tarun J. Tejpal

Buchet Chastel, 590 pages, septembre 2009

challenge-du-1-litteraire-2009.jpg

16/09/2009

LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES – JEAN-MICHEL GUENASSIA

 

 

« Je vais te dire une chose, mon garçon, une femme qui lit en marchant, je trouve ça suspect. »

 

Je ne l’ai pas lu en marchant, ce livre (comme certaines pourraient le faire), je l’ai lu debout, assise, couchée. Je l’ai lu en guenassia.jpgapnée, en râlant (parfois) devant sa longueur et son poids qui l’empêchait de m’accompagner ici ou là. Je l’ai commencé sans arrière pensée, parce le titre me plaisait et qu’on en disait du bien. Je l’ai terminé le cœur serré en me disant qu’il en valait – vaut – la peine.

 

L’histoire débute à Paris en 1980. Jean-Paul Sartre est enterré au cimetière Montparnasse. Deux hommes se rencontrent aux abords du cimetière : Michel et Pavel, qui se sont connus vingt ans auparavant, dans un bistrot du quatorzième arrondissement de Paris. A l’époque, Michel avait tout juste douze ans, un grand frère communiste, Franck, des parents propriétaires d’un magasin de salles de bains. La famille bourgeoise de sa mère méprisait celle de son père, fils d’un cheminot SNCF. L’oncle Maurice vivait en Algérie, où Franck partirait bientôt.

 

C’est grâce à son frère Franck que Michel entre un beau jour au Balto, le petit bistrot près de Denfert-Rochereau. Ce café dont l’arrière salle semble abriter les réunions d’un club très fermé. Michel intègrera ce club des Incorrigibles Optimistes, où se retrouvent autour de parties d’échecs passionnées une poignée d’exilés d'Europe de l'Est : Igor l’ancien chirurgien russe, Leonid l’ancien pilote de l’Aeroflot, Tibor l’ancienne star de cinéma hongrois, son manager Imré, Werner le projectionniste de cinéma, Pavel ou Sacha que tous semblent détester. Tous sont passés à l’Ouest, ont abandonné leurs patries, leurs familles, leur passé. Kessel et Sartre s’installent parfois au fond de la salle.

 

Un jeune adolescent, quelques apatrides qui n’ont plus que l’amitié pour se réchauffer le cœur, une famille petite-bourgeoise qui se déchirera, des amis passionnés et exaltés, une passion commune pour les grandes discussions sur la vie, la littérature, le socialisme, l’Algérie, les échecs, voilà les ingrédients du roman de Jean-Michel Guenassia. Entre chronique sociale des années 1960 et esquisse amère des déceptions du stalinisme, sur fond de rock and roll et de guerre d’Algérie, c’est un roman au style fluide, agréable, sans fioriture inutile : on se glisse dans cette histoire, on se faufile au fond du Balto et on regarde vivre ces personnages attachants et terriblement émouvants avec l’impression d’être juste à cotés d’eux, de les écouter et de les observer.

 

Parfois les histoires croisées de ces hommes s’imbriquent, il y a quelques retours en arrière, le passé des exilés se mêle au présent de Michel, ses études au lycée Henri IV, son amour des livres, ses relations avec Cécile, l’amie de Franck, passionnée par Aragon, Camille la jeune fille passionnée de poésie, ses relations parfois houleuses avec sa famille. Parfois on se dit que c’est long, mais il suffit d’une pause pour retrouver avec joie cette galerie touchante, ce Paris des années 60 dans lequel on aimerait vivre, ces bistrots où l’on refait le monde dans la fumée des cigarettes et les discours qui finissent souvent en engueulade générale mais où tout le monde se réconcilie rapidement. La fin n’est pas dénuée d’émotion, on comprendra pourquoi Sacha est ignoré des autres et le cœur se serrera dans les toutes dernières lignes.

 

Un roman jamais trop lyrique, avec juste ce qu’il faut de nostalgie, un roman d’atmosphère et d’amitiés, un roman qui nous fait aimer tous ses personnages et Paris encore plus.

 

 

Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia

Albain Michel, 758 pages, septembre 2009

 

 

 

Clarabel a aussi beaucoup aimé.

 

 

 

 

 

10/09/2009

LOVING FRANCK – NANCY HORAN

Au début du vingtième siècle, Franck Lloyd Wright est un architecte renommé et précurseur. Marié, père de six enfants, il lovingfranck.jpgconstruit pour Edwin et Mamah Cheney une maison à Chicago. Franck et Mamah entament une liaison et finiront par s’enfuir ensemble en Europe.

 

 

Loving Franck est une fiction historique (Nancy Horan a d’ailleurs remporté le prix Fenimore Cooper de la meilleure Fiction Historique pour ce premier roman).

 

Si le nom de Frank Lloyd Wright vous dit quelque chose, c’est sans doute grâce à sa réalisation la plus célèbre, le musée Guggenheim à New York. Mais avant de construire ce musée pour Solomon Guggenheim, Franck Lloyd Wright, fut un précurseur partisan d’une architecte en harmonie avec la nature (maisons des prairies). Et défraya la chronique en abandonnant son foyer pour fuir avec Mamah Chenay.

Lire la suite

07/09/2009

COMME LA GRENOUILLE SUR SON NENUPHAR – TOM ROBBINS

Moi, quand je serais grande, je serai trader. Je ferais du fric, du pognon, j’écraserai tous les autres et j’aurai le plus bel robbins.jpgappartement dans le plus beau des buildings. J’aurai une Porsche et je montrerai à tout le monde qu’une petite nana des Philippines peut, elle aussi, se faire sa place au soleil, surtout à Seattle.

 

Gwendolyn sacrifie donc au rêve américain de pouvoir, d’argent et de réussite les quelques réticences morales qu’elle pouvait garder de ses origines modestes. (« L’argent. Le bel argent. Q-Jo soutient que c’est ton avidité de richesses matérielles qui est à l’origine de l’apparition des vingt-trois cheveux gris (elle les a comptés) dans ta crinière brune de  Philippine, mais tu sais que ce n‘est pas vrai : c’est le sang gallois du coté de ta mère qui est en cause. Et de toute façon il n’y a pas d’avidité en toi, pas de vulgaire cupidité IL s’agit plutôt d’un besoin biologique. C’est cela. A l’approche de la trentaine, tu entends le tic-tac de l’horloge. Seulement, toi, ce n’est pas des bébés que tu veux faire, c’est du fric. Tu ressens l’envie d’enfler, de devenir grosse de pognon et d’expulser des dollars en argent comme une machine à sous. »)

 

Quelques arrangements avec l’éthique ne vont pas l’empêcher de grimper les marches de la réussite, sauf que cette veille de Vendredi Saint la bourse s’effondre et les marchés s’écroulent. La voilà bien dans la mouise, la petite. Il faudra qu’elle rencontre un ancien trader exilé à Tombouctou, que le singe régénéré et kleptomane de son petit ami s’enfuie, que sa meilleure amie disparaisse pour que l’univers de Gwendolyn change subitement de perspective.

 

Métaphorique, rempli d’une imagination aussi débordante qu’abracadabrante, le style de Tom Robbins est un vrai détonateur : ça pulse, ça bondit et rebondit, le tout a l’air complètement barré mais recèle une vraie et implacable critique de notre bonne vieille société de consommation, Gwendolyn représentant à elle seule tout ce que le Nouveau Monde peut contenir de jeunes loups prêts à tout pour réussir. Ambition quand tu nous tiens…

 

Farfelu, donc, et drôlissime.

 

Sauf que.

 

Sauf que au bout d’un moment, l’humour parfois scatologique et souvent en dessous de la ceinture m’a quand même bien agacée.

 

Sauf que la façon dont Larry, le trader repenti, soigne son cancer m’a…. enfin, c’est cette scène qui m’a donné envie de tout arrêter. J’ai continué, parce qu’il y a quand même beaucoup d’humour et une sacrée bonne dose de cynisme derrière cette histoire ahurissante, mais bon… au final, ce n’est pas pour moi. Pas le moment peut-être, parce qu’en général ce genre d’humour ne me fait pas peur, mais là, ça n’a pas marché.

 

 

Comme la grenouille sur son nénuphar, Tom Robbins

Gallmeister, Août 2009, 424 pages

 challenge-du-1-litteraire-2009.jpg

 

Un grand merci à Brize pour le prêt !

Cathulu et Papillon, comme Brize, ont beaucoup aimé.

03/09/2009

LA BELLE ROUGE - POPPY Z. BRITE

L'an dernier Poppy Z. Brite nous avait régalés avec Alcool, le premier volet de sa trilogie culinaire. Nous y suivions Rickey et G-Man, cuistots amoureux et quelque peu imbibés, dans la création de leur restaurant entièrement dédié à leur pécher mignon. C'était follement sympathique, épicé en diable, gentiment sucré et largement parfumé de saveurs très… Nouvelle Orléans.84626100056200L.gif

 

« La belle rouge », second volet de la trilogie, arrive ce mois ci dans nos assiettes. Deux ans se sont écoulés depuis l'ouverture d'Alcool. Le succès est au rendez-vous, Rickey et G-Man, s'il ne sont pas riches pour autant,  ont vu leur réputation assurée, leur talent reconnu, et savourent la réussite de leur projet. Ils sont toujours associés à Lenny Duveteaux, lui-même toujours détesté par le procureur Placide Treat. C'est un article assassin sur Alcool dans un canard soit disant culinaire, rédigé par un soit disant critique gastronomique, qui va mettre de l'huile sur le feu.

 

Alcool était un hors d'oeuvre savoureux. Une mise en bouche réussie, grâce à laquelle nos papilles papillonnaient de joie et nous nous léchions les babines à chaque page. « La belle rouge » est un petit plat sympathique, correctement cuisiné, mais qui manque d'épaisseur et de saveur. Dans les 300 premières pages, nous assistons au bonheur de nos deux amoureux et leur envie de se libérer de la tutelle de Lenny Duveteaux. Les tourtereaux rêvent d'indépendance mais manquent d'argent. Une proposition inattendue vient leur permettre de gagner le pécule qui leur manque : Rickey est prié de devenir consultant auprès d’un restaurant de Dallas qui n’arrive pas à être rentable. Sa mission : revoir la carte, l’épurer ou l’enrichir, conseiller le chef, bref, mettre sa patte ici et là et en faire un restaurant qui marche. Rickey se rend au Texas et y retrouve une ancienne connaissance, Cooper Stark, le dit chef. Il décide de tout changer et de consacrer le restaurant à la viande, la belle, la rouge des texans  : La Belle Rouge voit le jour et c'est le succès immédiat. S'ensuivront un meurtre, une histoire de vengeance, de fils illégitime. Le roman se corse à ce moment, nous avons droit à de très belles pages alléchantes, délicieuses (ah... le menu que sert Coop à Rickey, j'en avais l'eau à la bouche) mais il faut avouer qu'avant ces premières péripéties se sont écoulées pas loin de 300 pages d'une histoire bien gentillette mais pas passionnante.

 

Que rajouter ? C'est une cuisine honnête, mais semble fade après Alcool. Tout cet alcool d'ailleurs s'est un peu évaporé, de même que la beuh fumée à pleines bouffées dans le premier volume, nos deux compères sont devenus un vieux couple assagi, quelques tiraillements ici où là viennent rappeler le bon vieux temps, mais il semble que la recette ait perdu le petit plus qui la rendait appétissante.

 

La belle rouge me paraît être une gentille cuisine bourgeoise. J'espère que le troisième volet regagnera ses étoiles.

 

Emma a en revanche beaucoup aimé !

 

 

 

La belle rouge – Poppy Z. Brite

Au diable Vauvert, 488 pages, septembre 2009

01/09/2009

CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA – VERONIQUE OVALDE

Rose, Violette, Vera Candida, Monica Rose, une lignée de femme dans une île imaginaire, Vatapuna. Une lignée de femmes vouées à enfanter seules, enfanter des filles, ne jamais révéler l’identité du père et vivre en ne comptant que sur elles.ovaldé.jpg

 

C’est aérien, un roman comme celui-ci. Aérien et lourd, parce que les vies de ces femmes ne sont ni douces ni faciles. Rose Bustamente, la mère, grand-mère et arrière grand-mère, a commencé par vendre son corps avant de devenir pêcheuse de poissons volants. De sa rencontre avec Jeronimo, le riche propriétaire qui voulait l’exproprier, l'homme au passé sombre et au présent trouble,  va naître Violette, qui sera pute tout court avant de mourir. Vera Candida, la fille de Violette, préfère quitter Vatapuna quand elle se rend compte qu’elle est enceinte…

 

Une histoire de femmes, donc, dont les destins semblent se répéter, marqués par une même fatalité obscène. Une fatalité que Vera Candida refuse. Son départ de Vatapuna lui permettra de rejeter ce sort, d’apprendre à vivre, d'apprendre à aimer, petit à petit, d’abord sa propre fille, puis Itxaga, l’amant qui la réconciliera avec les hommes ou avec l’amour tout court. Avec elle-même, aussi. Une histoire de femmes devenues mères par hasard et qui découvrent une force insoupçonnable dans la maternité (« C’est très difficile, pensait Vera Candida, d’oublier que votre enfant est un organe siamois de l’un des vôtres, c’est très difficile de ne pas le considérer tout le temps comme un membre supplémentaire et parfait de votre propre corps »).

 

C’est surprenant, ce style léger, ces phrases qu’on dirait éparpillées comme par hasard, comme des petites gouttelettes qui éclatent mais qui n’en sont pas moins extrêmement travaillées, sans aucun doute. Au début, on se dit, oui, c’est pas mal, c’est joli,… puis on se laisse aller et, à côtoyer Rose et Vera Candida (qui sont celles que l’on voit le plus, les plus fortes, les plus intenses) on est bercé par ce texte mélodieux qui fait surgir des images, des couleurs, des sons. On n’est plus avec Lancelot qui regardait le ciel lui tomber sur la tête et se disait, Ciel ! le ciel me tombe sur la tête que faire qu’est-ce qui m’arriveshclhurmp, le ciel lui était tombé dessus avant qu’il ait pris la moindre décision. Ici les femmes souffrent, se battent contre la vie (les hommes) et contre elles-mêmes, parfois, à coup de petits riens et de grande volonté. Elles apprenent à avancer, à s'arranger de leur passé et regarder de l'avant. Rien n’est dit mais tout est suggéré, imagé, les phrases sont des petites bulles qui éclatent, donc, qui pétillent avec une belle densité de couleurs et de sens. Au final, une impression jolie, inattendue, et vraiment plaisante.

 

« La regarder ainsi c’était pour Itxaga comme de sentir de nouveau le sang pulser dans son corps jusqu’à l’extrémité même de son doigt fantôme, la main de Vera Candida qui pendait de son poignet et faisait négligemment dégringoler ses cendres d’un petit tapotement de l’index était comme l’aorte de son univers, il pensa, Pour le moment ça me fait du bien de la revoir, quand ça me fera de nouveau mal j’arrêterai de la voir, mais c’est une promesse d’ivrogne et d’amoureux, à quel moment bascule-t-on dans la douleur et dans la dépendance, y-a-t-il un moment précis où la joie disparaît ? Alors il dit, Tu attends quoi de moi ? Il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, qu’elle cesse de regarder la cours et ses ornières pareilles à des vasques de boue, il aurait aimé qu’elle ne scrute pas un loin la cime de l’araucaria du jardin abandonné en face, il aurait aimé qu’elle se tourne vers lui, le fixe de ses yeux minuscules, remarque la cicatrice sur son visage et le petit doigt qui manquait et dise, Abandonne tout et allons sur ta colline de comédie musicale et reprenons tout à zéro…. ....C’était une drôle de question, mais cela avait à voir avec le mille feuilles qu’il avait confectionné à partir de ses terreurs, de ses frustrations, de ses incapacités et de son infinie solitude (l’infinie solitude étant la couche de crème acide qui ajoutait à plusieurs reprises du moelleux à la chose). »

 

 

Cuné et Marie ont aimé. Bab's aussi.

 

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovalé

Eidtions de l’Olivier, août 2009, 293 pages

challenge-du-1-litteraire-2009.jpg

 

28/08/2009

LE ROI DU CINEMA MUET - INDRAJIT HAZRA

Nous sommes à Calcutta au début du vingtième siècle. Le jeune Abani Chetterjee voit la carrière de son père, fonctionnaire deshazra.jpg Chemins de Fer Indiens, brutalement interrompue après un stupide incident. L’arrivée de son oncle au sein du foyer familial va lui ouvrir les portes du bioscope indien, encore frémissant, tout juste né et prenant peu à peu la place du théâtre auprès des spectateurs.

Le jeune Abani deviendra technicien, souffleur, puis enfin acteur de ce nouvel art tout juste balbutiant quoique encore muet : le cinéma (bioscope, donc).

 

De la carrière d’un jeune candide devenu étoile montante du cinéma, la vie pleine d’entrain de Calcutta, la montée du nationalisme en Inde, à travers la carrière ascendante d’Abani, nous voici plongés dans une fable agréable nous racontant la naissance puis la chute d’un acteur adulé.

 

C’est amusant, notamment les nombreux passages sur le métier de comédien, souvent tourné en dérision (non pas le métier lui-même, mais dans l’approche que Abani en a, totalement dépassé par son succès, ou celle des producteurs), c’est intéressant du point de vue historique (naissance du cinéma muet, approche des industriels et des spectateurs vis-à-vis de ce nouvel art vis-à-vis du théâtre, montée du nationalisme). Les chapitres sont entrecoupés d’ « Entractes » qui nous plongent dans des scenarii souvent édifiants (le récit du tournage du « Trou noir de Calcutta est assez drôle et nous montre bien comment un cinéaste peut assaisonner l’histoire pour la rendre vendable, donc bankable), l’histoire de ce jeune homme est touchante, mais, en lisant certains critiques sur des sites anglo-saxons, évoquant nombreux jeux de mots et allusions historiques précises, je ne saurais dire si la traduction ne reflète pas les jeux de mots ou si je manque de connaissance en histoire de l’Inde : j’ai passé un assez bon moment, ai apprécié la caricature d’un nouveau bioscope se voulant commercial, quitte à vendre du sein pour faire venir le public, mais je ne crierais pas au chef d’oeuvre non plus.

 

 

Leiloona en parle aussi aujourdhui.

 

 

 

  

Le roi du cinéma muet – Hindrajit Hazra

Le cherche midi, Août 2009, 370 pages

challenge-du-1-litteraire-2009.jpg