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04/11/2010

Easter parade – Richard Yates

yates.jpgTraditions, conventions, habitudes et conformisme rigoureux de l’Amérique des années 50… Richard Yates n’en finit pas de promener son regard lucide, indulgent et acide à la fois, sur la middle-classe américaine après La fenêtre panoramique et Onze histoires de solitude.

 

Nées dans les années 30, des parents divorcés, Sarah et Emily Grimes sont ballotées de ville en ville au grès des déménagements de leur mère Pookie et de ses emplois aléatoires, tandis que leur père corrige les titres du Sun. Sarah et Emily l’imaginent grand journaliste, il n’est que correcteur.

 

Sarah épousera autant le conformisme de l’époque qu’un homme stable, fondera une famille rapidement et s’enfermera dans une inertie alcoolisée. Emily travaillera et enchaînera quelques liaisons sans avoir d’enfants. Deux vies à l’opposé l’une de l’autre pour deux sœurs différentes, deux conceptions de l’indépendance, de la vie, des hommes.

 

On n’est plus dans l’introspection et l’analyse des sentiments poussée à l’extrême de la Fenêtre panoramique : ici Richard Yates se concentre sur Emily, la plus jeune sœur Grimes. Emily refuse de rentrer dans la norme en se mariant (ou plutôt en divorçant à son tour) et traverse sa vie (le roman se déroule sur environ 40 ans, à New York, dans l’Iowa ou le New Jersey) en cumulant des liaisons qui n’aboutiront jamais et la laisseront insatisfaites. Tout comme dans son travail de rédactrice qui, au final, ne lui apporte que peu de possibilités d'évolution ou d'épanouissement.

 

Sous la plume de Richard Yates, qui reste en retrait et raconte en observateur minutieux l’évolution de Sarah et Emily, se dresse un portrait doux amer de deux jeunes femmes qui ploient, au final, sous le poids des conventions et laissera l’aigreur les gagner.

 

Une femme mariée mais pas heureuse, qui restera toujours auprès de ses proches sans oser s’en aller, l’autre qui cherche quelque chose qu’elle peine à identifier. Autour d’elles, des hommes, qu’ils soient pères, amants, fils, employés, écrivains, pasteurs, et complètent la toile de fond d’existences tristes et banales.

 

Des existences banales, donc, où chacune tente d’aller au bout de ses aspirations et où, peu à peu, le vide et le silence se créent entre les membres d’une famille. Si l’amour que se portent les deux sœurs reste réel, il ne se distend pas moins au fil des ans. Chacune, par sa vie et ses chemins différents, désapprend à communiquer et à parler des choses vraies. Une fois la faille béante, le fossé sera impossible à remplir. Parce qu’il est parfois plus facile de laisser le fossé s’élargir que de faire des efforts. Parce qu’il est parfois plus commode de fermer les yeux sur la détresse silencieuse de l’autre, Sarah et Emily campent sur leurs attitudes et éliminent l’empathie de leur relation.

 

Une empathie que Richard Yates, lui, n’oublie pas dans ce roman à la tonalité triste et nostalgique. S’il n’a pas la rage et la colère sous-jacente que l’on sentait chez April Wheeler, s’il n’a pas la profondeur de l’analyse de La fenêtre panoramique, il n’en reste pas moins un bon roman qui dépeint avec justesse et beaucoup de finesse une époque révolue.

 

 

Easter parade – Richard Yates

Pavillons Robert Laffont, octobre 2010, 256 pages

 

 

 

 

 

15/05/2009

ONZE HISTOIRES DE SOLITUDE – RICHARD YATES

Onze histoires de solitudes, onze histoires de tristesse ou d’isolement, onze façons d’être délaissé, sur la carreau d’une société ou de s’enfermer sur soi, Richard Yates promène dans ces nouvelles son regard attendri et lucide sur la middle-classe américaine des années 50-60.

 

yates.jpgCe sont onze solitudes que nous propose ces petites histoires douces amères. Des histoires d’enfance : un petit garçon dans une nouvelle école, isolé par ses camarades parce que différent, qui souffre de la cruauté involontaire des autres enfants (« Docteur Jeu de Quilles », pleine de tendresse), des petites jalousies et envies dans une autre école, pour une maîtresse plus jolie, plus enviée, mâtinées de honte et de petites lâchetés enfantines (« Une petite fête pour Noël »).

 

Des histoires de femmes : la honte et la douleur d’une jeune femme, condamnée à rendre visite à son mari tuberculeux une fois par semaine, qui voit sa jeunesse lui filer entre les doigts et culpabilise de tromper ce mari devenu un poids (« Absolument sans douleur »)

 

Des histoires de couple : un jeune couple qui se marie par conformisme et tait cette petite voix moqueuse qui lui susurre de ne pas le faire (« Tout le bonheur du monde »).

 

Et puis il y a des hommes, jeunes ou vieux, prêts à bêler avec des idiots pour ne pas rester seuls, dépendants du regard d’autrui, empêtrés dans leurs illusions, qui laissent exploser leurs frustrations ou leurs colères (« Le mitrailleur » « Un pianiste de jazz formidable ») d’autres hommes enfermés dans leurs convictions, emplis de certitudes, sourds aux conseils des autres (« Contre le requins », « Les bâtisseurs » (certainement ma préférée)), des vieux malades qui unissent leurs solitudes dans un hôpital (« Fini l’an ‘ieux, ‘ive l’an neuf », très réussie).

 

 

Bref, des êtres maladroits, tristes, amers, des laissés pour compte ou des loosers, des personnages ordinaires, avec leurs failles et leurs désirs de réussir, de rentrer dans la norme. Ce recueil est différent de « la fenêtre panoramique », les sentiments et frustrations n’y sont pas finement distillées et décomposés. Ici, onze fenêtres s’entrouvrent et se referment sur des pans de vie américains.

 

 

 

Onze histoires de solitude, Richard Yates

Pavillon poche, 364 pages – Mai 2009

 

 

 

Pour les anglophones, les curieux, les patients (40 mn) Richard Yates lit ici la nouvelle « The best of everything » (tout le bonheur du monde) (cliquez sur Audio of Yates reading « the best of everything »).